Omnia dicta fortiora si dicta Latina (Sur invitation d’Hannah)

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MessageSujet: Omnia dicta fortiora si dicta Latina (Sur invitation d’Hannah) Mer 25 Juil - 19:56



「 In canto veritas, intelligenti pauca 」



L’ennui. Il serre nos poitrines, étreint nos cœurs et verrouille nos lèvres. Il prend possession lentement de nos corps, et nos âmes qui s’efforcent à le combattre crouleront tôt ou tard face à ses attaques. Nous ne sommes rien face à cet ennemi suprême, véritable roi et maître tout puissant. Je ne crains que lui et je m’efforce à ne jamais avoir à m’y confronter. Il a sur mon être un effet surprenant que je n’ose encore contempler, la sensation de solitude. Pour être honnête, en cette matinée, j’avais gardé encore mes yeux clos, et ne vint à moi que cette idée originale : je suis un chien de berger. J’avais un sourire quand cette perspective avait envahi peu à peu mon esprit mais le parallèle n’était pas dénué de sens. Mon berger, mon maître était Dragón. Quoique j’en disais, il avait ma confiance pour nous guider, pour replacer la condition démoniaque au centre du monde et bouter de tout territoire nos piètres adversaires. Je l’écoute alors d’une oreille attentive, pourtant prête à lui sauter dessus si ses mots me déplaisent. Oui, nuançons la chose, je suis chien-loup; ma nature n’étant pas tout à fait domptable et c’est peu dire. Les moutons, mes chers moutons sont les démons, tous les démons, je les guide car, de fait, je suis la seconde assumée et unique du berger. J’ai juste des moyens de pression un peu trop extrêmes, disons que le mouton peut parfois se retrouver dans le fossé ou égorgé pour mauvaise conduite. Un chien-loup réagit de façon excessive, je crois. Les moutons, je leur gueule dessus pour qu’ils écoutent et alors tous en rang, s’imitant l’un l’autre, ils finissent toujours par plus ou moins être dans les clous. Bien bien, mais ce n’est pas cela qui était le plus utile pour expliquer ma pensée matinale. Le chien ne peut vivre sans son berger, il lui offre nourriture et une occupation. Si pour la nourriture, elle est d’une autre nature, Dragón me fournit bien cette occupation, par sa propre personne ou les tâches qu’il me confît. Quand il n’est pas là, je souffre de ce manque. Si je peux trouver nourriture autre part, l’ennui vient néanmoins exercer son emprise sur ma personne. Peu à peu, il me dévore et j’en deviens folle. Cependant, le chien ne pourrait-il pas jeter son dévolu sur les moutons ? Oui, c’est cela l’idée qui avait germé dans mon esprit. Il peut, quand son partenaire de prédilection manque à l’appel, se contenter de la masse blanche et s’amuser avec quelques-uns, de quoi repousser toute lassitude mortelle et fatale.

Je m’étais alors relevée prestement. Je n’avais qu’une idée en tête et elle m’obstinait. J’en oubliai ma tenue légère et je quittai déjà ma chambre pour arpenter mes appartements. En si peu de temps, j’avais conquis ces salles et avec un sourire triomphant, qui contrastait avec ma lingerie, je pénétrai dans la salle de bains. Un tel confort m’était indispensable et ce bois pâle m’adoucissait. J’avais eu la décision d’en finir vite avec mes ablutions matinales pour commencer la journée et assumer l’idée du chien de berger jusqu’au bout. Il faudrait retrouver le chambellan et cacher cette affaire scandaleuse à Son Excellence, qui refuserait déjà par principe une de mes propositions. Il était toujours là derrière son bureau à afficher ses traits neutres, se refusant à laisser perler de son regard la moindre émotion. Peut-être jouait-il avec son encrier, plongeant à de multiples reprises sa plume. Battait-il la mesure de ses doigts endurcis et entraînés ? Son regard ambré se perdrait-il sur mon corps, si je venais à trouver l’ambiance trop lourde, retirant une couche de vêtement ? Je n’avais laissé que vagabonder mon esprit un temps seulement et je me retrouvais déjà assise dans le sauna, à ne songer seulement qu’au bâton du berger.

Quand les réjouissances furent terminées, j’eus plaisir à ôter ce qu’il me restait pour filer sous la douche et l’eau chaude coulait sur ma peau sans que je n’y fasse plus attention. J’étais un brin perdue, tantôt les pensées coquines de la matinée me revenaient et me dégoûtaient déjà, tantôt je planifiais ma journée d’avance. Je n’avais pas économisé cette eau chaude que bientôt ce fut la douche froide… J’avais sans doute trop traîner à me poser des questions. Le retour à la réalité picota ma peau, plus habituée à la chaleur d’un lit qu’à l’impitoyable caresse d’un flot glacial. Une serviette vint s’enrouler autour de mon corps et je quittai précipitamment la salle de bains. Je progressais dans les salles par petits bonds, m’armant de furtivité. Je savais bien que le chambellan avait accès à mes appartements sinon ma chambre. Si auparavant, je n’avais craint qu’il me trouvât en charmante tenue, j’avais depuis calmé mes ardeurs et me retrouvai dans une volonté naturelle d’épargner à ces messieurs la vue inconditionnelle de mes formes. Bien allez, encore quelques pas ! Je me rhabillai avec une tenue plus confortable que cette serviette blanche que je laissai traîner sans gêne au beau milieu du lit.

J’avais ensuite retrouvé le chambellan, il passait justement son nez dans mes appartements et pénétrait dans l’antichambre. Je l’arrêtai net et lui priai de s’asseoir près de moi. Mes jambes croisées, j’affichai un sourire malicieux et un regard taquin. Henry, lui, était imperturbable et afficha de plus belle sa courtoisie légendaire. Il me plaisait énormément quand il s’adressait à moi de cette façon. Je lui fis part de mon idée, celle du chien-loup avec son berger. Il ne lui prit aucun sourire et écouta avec diligence et sérieux. J’en vins naturellement à la conclusion de me tourner vers les moutons, et il comprit rapidement, se relevant déjà. Il prit congé poliment et revint dans les minutes qui suivirent avec du papier à lettre, un encrier et une plume. Nous nous installions dans ma chambre sur le pupitre. Ainsi, je lui suggérai mes pensées et il retranscrivait. Il était d’une vivacité d’esprit incroyable et ne rechignait à aucune modification que je lui indiquai. En moins de trois heures, j’avais réussi à lui expliquer le fond de mes motivations et il me répondit d’une liste d’invités. Ses suggestions furent bien accueillies et ce temps passé fut l’excellent traitement contre ma crainte de l’ennui. J’ajoutai aussi la mention d’une entrevue avec la personne avec qui je sentirai le plus d’affinités. Si cette personne existe, je ne me forcerai aucunement si les invités sont d’odieux bougres. Je vaux mieux que ça et j’espère qu’ils le comprendront d’eux-mêmes. C’était lancé, dans une semaine, des invités seraient présents pour une soirée mondaine de présentation, dans mes appartements. Le chambellan se chargerait de tout, de l’envoi à la réception, il semblait presque heureux de s’adonner à cette petite fête.



~~~~~~~~~~~~~~~



La semaine est passée vite. Avec le recul, je trouve encore que mon idée n’est pas sans se départir d’une certaine folie. Les Démons ont cette tendance mal avisée et cette propension à la trahison, faire connaissance et montrer ses propres appartements n’était-il pas une étourderie ? Je prenais ce pari dingue que ma franchise et le pas que je faisais vers eux m’écartaient de leur esprit torturé de défection. Et s’il en est autrement, je n’aurai que plus de missions encore… loin du berger. Enfin, inutile de suspecter de mes invités un esprit de rébellion. J’imagine facilement que ceux qui ne peuvent me voir en dessin ne viendront définitivement pas. Je n’aurai donc normalement ce soir que les curieux ou les fidèles. A priori. Il va me falloir les impressionner, que je sois d’un grand éclat. Idiote ! Ma semaine s’est orientée sur un tout autre pan que l’organisation de ma soirée, je n’ai même pas quelque chose de propre à porter. J’ose espérer que Henry, lui, a réglé tous les problèmes logistiques, j’avais insisté sur la musique et le pianiste. Merde, j’espère vraiment que ça a été fait. Je n’ai pas toute la journée, je dois aller tout de suite vérifier que tout est prêt. En passant par l’antichambre, j’ai vu avec horreur l’heure que me présentait l’horloge. Midi était passé… Il va falloir que j’arrête de traîner dans le lit et au sauna. Enfin, faut croire que je le mérite ce confort, donc bon, est ce que je peux bien m’en vouloir après une enfance difficile de profiter de jouissances raisonnables et responsables ?  Le chambellan n’est pas très loin et il me confirme bien vite que tout est prêt et que les derniers détails sont avisés. J’en retire un grand soulagement, je serai passée pour quoi si rien n’était bon et que les invités découvraient tout cela ? Tu parles d’une galère… Je dois garder l’apparence, rien de mauvais ne doit se passer durant la soirée, tout doit être réglé pour qu’ils aient bonne opinion de moi. Si mes moutons me jugent incapable, comment je peux faire ensuite pour régner au milieu d’eux ? Par la crainte ou l’admiration, il faut que je donne le meilleur de moi-même.



« Pour le musicien, tout est bon ? Je compte vraiment sur une ambiance musicale qui nous mette dans des prédispositions utiles à la conversation et la détente. »


« Votre Magnificence, il va sans dire que le pianiste qui vous accompagnera est un musicien accompli. J’ai éprouvé de réelles difficultés à l’embauche de ce démon car aucun humain n’aurait été invité pour une telle soirée. »


Sans blague. J’ai déjà hâte de voir ce que ça donnera que ce musicien accompli. Il semblerait que nous n’aurons pas de chant dans ce cas, s’il n’est que pianiste, fin bon, je pourrai toujours lui demander de pousser la chansonnette. Je m’interdis de chanter, c’est du passé tout ça, puis pfff… comme si j’en avais encore envie ! Je n’aurai pas demandé quelqu’un si je pouvais m’en charger. Ça donnerait quelle image de chef si je me mettais à chanter pendant la réception ? Non, ce n’est pas sérieux et je ne connais que des musiques qui n’auront pas leur place dans un décor victorien. Pas pour moi. Pour la logistique plus basique, je fais confiance à Henry et puis, si, d’aventure, rien ne va, je changerai de chambellan. Je le regretterais bien sûr, un gentilhomme si courtois et révérencieux. Il est fort prévenant donc non, je ne pense pas que j’aurai à lever le petit doigt pour le bon déroulé de la réception. Je le quittai alors, descendant pour atteindre les cuisines. De là, je me sers un sandwich que les serviteurs ont eu le bon goût d’anticiper. Par quel procédé ingénieux s’en sont-ils doutés ? Nul besoin de se poser d’autres questions, car il y en a une qui reste en suspens. Comment dois-je m’habiller ce soir ? Ah non, je bannis le cuir, je ne peux pas me présenter ainsi. C’est sûrement des tenues dans lesquelles on est habitué à me voir, mais je veux marquer les esprits. Et puis, je ne connaitrai pas grand monde, je vais donc jouer et changer de comportement vestimentaire, comme pour prétendre à une autre identité. Ils seront bloqués dans leur certitude, si des rumeurs ont déjà circulé sur moi. Je ne doute pas que l’un m’imagine toujours dagues en main, les abattant même sur le bois de mes portes, ou encore cet autre qui pourrait se créer ses fantasmes du cuir, du fouet et de ma personnalité brûlante. Mais quelle idée saugrenue, il faut vraiment être d’une incroyable stupidité pour prétendre au fait que je porte une arme si peu létale. Si je pouvais trouver des robes comme celles d’antan, ce serait le contrepied parfait et je collerai au moins au décor.

Je suis pressée, mon regard en témoigne quand je le pose sur les gardes du palais qui me laissent quitter les lieux sans autre forme de procès. Dans mon accoutrement habituel, j’attire déjà les attentions. Certains se délectent des zones de peau visibles, d’autres du pantalon serré qui vient lécher mes formes et enfin la plupart ne me veulent pas dans leurs pattes et se décalent. Que ce soit anges ou démons, ceux qui perçoivent mon aura s’écartent. Je l’ai encore laissée s’exprimer et me voilà dans cette sublime flamme à parcourir les ruelles de la cité. Quelques mortels me bousculent et j’en tiens pas rigueur, je rends coup pour coup. Quand ce gros bonhomme bouffi m’a interpellée pour l’avoir coudoyé trop brutalement, j’avais déjà disparu avec une agilité qui défiait sa ridicule capacité d’observation. Mon sang bouillonnait mais simplement pour la perspective de trouver au plus vite une boutique qui satisferait mon désir. Je n’avais pas de temps à perdre, et c’était probablement un don qu’il m’eut croisée ce jour-ci plutôt que le précédent ou le suivant, l’issue aurait été bien différente. La balade n’était pas agréable, je n’étais pas de ces gens à vagabonder à l’extérieur pour passer le temps, c’était s’en remettre au hasard ou au destin et je ne me risquais jamais à tomber dans l’ennui ‘‘par hasard’’. Ma préférence s’en allait à visiter Dragón, j’étais sûre de m’occuper alors. Pour peu qu’il fût là.

Rien, pas une boutique qui ne satisfaisait mes plus hautes exigences et je tournais déjà depuis près de trois heures. J’avais ralenti le rythme et je m’essayais à songer aux possibilités d’accessoires et de maquillages que je retenais derrière chaque tenue. Et ce fut à ce moment que je le perçus. Je ressentis comme un nœud en travers de la gorge puis ce poids sur la poitrine. Et pourtant rien de physique, je n’étais pas en train d’être étranglée ou étouffée. Alors d’où cela provenait-il ? L’anxiété. Comme celle de la diva qui entre sur scène, celle de l’étudiant qui porte son projet devant ses professeurs, celle de la jeune femme avant sa défloration. Bon d’accord, la dernière est peut-être un brin exagérée. Néanmoins, j’avais cette pression en moi, était-ce le fait de ne pas avoir encore trouvé quelque chose de convenable ? Le fait d’être confrontée à d’autres ? Mais non, j’en avais bien l’habitude et cela provoquait en moi seulement excitation. Ah… Il est vrai que j’avais oublié un menu détail, minuscule précision dans cet océan de préparatifs. Dragón n’était pas tellement au courant de tout ça. Son Excellence ne savait pas qu’une réception était organisée au sein de son Palais, quoique ce fut dans mes appartements. J’imagine avec raison que mon chambellan ne s’est pas non plus enquis de lui présenter le projet. Tout s’est fait en catimini, laissons le Roi hors de ça. Il ne serait pas venu et puis… C’était donc cela ma source d’angoisse, le fait qu’il découvre la supercherie, qu’il arrive en fureur pour tout faire capoter. Il en était capable et alors s’en suivrait une confrontation spectaculaire car je me battrai bec et ongles pour ma réception, je ne lâche pas mes oisillons comme ça, ah oui on avait dit moutons, pardon. Je dois vraiment me le sortir de la tête, arrêter d’y penser. Il découvrira la chose, mais après que tout se soit passé et qu’il ne me porte honte auprès de mes invités. Imaginez-vous invité par un ami tandis que son conjoint vient vous jeter dehors juste après, désarmant n’est-ce pas ? Attendez, j’ai dit « conjoint » … C’était juste pour l’exemple, seulement pour l’exemple, c’est pas comme si Dragón et moi on… Oh et puis merde !


J’ai finalement trouvé quelque chose qui me convient, on verra bien ce que ça donnera ce soir mais j’ai toujours l’intention de faire forte impression. Si ma tenue ne leur convient pas, ma personnalité les carbonisera, haha ! Quoiqu’en fait, je m’en fiche, je veux juste repousser mon ennui mortel et je suis déjà contente que mes préparations personnelles me poussent à effectuer quelques recherches, ça me tient occupée. En ville, je me rends compte que j’ai trop traîné et après avoir par la même fait mes emplettes concernant mes chaussures, je dois me hâter de retourner au Palais. Il est 16h et les invités ont été convié pour 18h, m’assure Henry qui s’est chargé à la suite de la lettre de faire parvenir un détail des us et coutumes. J’ai quoi… que 2h pour me laver, m’habiller, me maquiller ? Oula, ça s’annonce mal. Bon au pire, j’arriverai en retard, ça leur fera un peu les pieds non ? bah quoi ? ils avaient qu’à rester chez eux s’ils voulaient du calme. Je profiterai de la douche pour calmer mes nerfs je crois. Je veux essayer d’être moins à cran, et pour ça, cela devrait aller si Dragón ne se pointe pas, physiquement ou dans mon esprit, c’est la même. Le moment est délicieux et j’apprécie de me rafraîchir encore mais je n’ai pas tout mon temps, après les trois lotions utilisées, je dois me sécher et commencer à m’habiller. Je me réserve de porter les talons quand tout sera terminé. Maintenant, il me faut du temps pour m’apprêter, je veux être présentable alors question maquillage je dois être rayonnante et ma coiffure peut-être un peu plus travaillée que simplement relâchée. Je travaille sur tout cela, sans une pensée détournée, sans anticiper la soirée. Ma seule tâche était d’être bien mise, et c’est sans doute grâce à Henry qui s’occupe du reste.

Je sors alors de ma salle de bains. Le chambellan m’explique alors que les invités seront dirigés jusqu’à l’aile au second étage. Après avoir gravi les escaliers, ils seront accompagnés par lui-même et là, il me laissera en leur compagnie et celle du pianiste déjà en place, ne me rejoignant que pour servir les boissons. Des serviteurs pourront graviter autour d’une table de bois spécialement installée pour l’évènement et remplaçant l’ancienne jugée trop petite. De petits amuse-gueules sont déjà proposés dans des plats en verre, leurs formes et leur goût sont si variables qu’il plaît au chambellan de croire que tout le monde s’en trouvera comblé. Champagne, vin et whiskey, rien d’autre. Il est raisonnable de penser que la qualité des boissons est sous la réserve de mon bon Henry et que si plainte il y a, je ne manquerai pas de le rosser convenablement. Il m’a parlé du fait que le thé pourrait être servi à toute heure, tant qu’une demande est faite, sans aucun problème. Pour le reste, rien n’a été dérangé dans le petit salon et j’en suis plutôt satisfaite. Imaginer ce lieu un peu plus chargé de vie renforce un peu plus mon excitation. Je suis fin prête, tout est prêt, on va pouvoir commencer.

Hannah Le pianiste me fixe un moment, les serviteurs sont confus de me trouver en pareille tenue et le chambellan ne se cache pas d’afficher un sourire satisfait. Je crois que je peux plaire ainsi. En fait, je me crois même assez sexy. Je ne sais pourquoi j’en viens à me placer ainsi, mais j’arrive près du piano, tournée vers l’entrée de la pièce, de profil au pianiste qui pose un regard envieux sur ma poitrine. Je fais mine de ne rien voir, posant seulement ma main sur le bois du piano à queue, le regard un peu dans la vide, à garder le maximum de contenance possible. Une réception est toujours difficile et je suis la seule officielle du palais, tout repose sur mes épaules. Je ne dois pas me laisser porter et agir à ma convenance, je représente, avec amertume, ce cher Dragón également. Je ne suis plus seulement Hannah Lormys mais la seconde du Vrai Roi, comme le nomme Henry, et à raison. Me voyant dans cette posture et inspirant profondément, Henry s’esclaffait alors.



« Je vois que Madame va nous offrir l’immense honneur d’un chant, je m’en vais prévenir nos hôtes, qui arrivent tout juste, que leur entrée se fera avec votre précieuse voix. »


Le voilà qui s’incline et disparait du salon en prenant soin de refermer les portes derrière lui. Je me retrouve alors avec ce pianiste complètement abasourdie. Impensable que je pousse la chansonnette, non, c’est pas vrai ça ! Le musicien, ce brun à la nuque dégagée, vêtu d’un gilet noir recouvrant une chemise blanche impeccable à manches longues, s’était permis de dégager d’une valise, dans le coin derrière le piano, une guitare acoustique. Il s’accordait rapidement et, moi, confuse j’étais restée dans l’exacte position avec laquelle Henry m’avait quittée. Le musicien me jette un regard puis s’exprime dans une voix claire :


« Nous allons chanter l’Ave Maria, un classique des classiques. Je commence et vous suivez ensuite, cela vous va, Madame ? »





(Pour vous mes andouilles avec vos navigateurs du Moyen-Âge)


Ce passionné n’attendit aucune réponse et commençait déjà ses arpèges. Il y joignit une voix que je n’attendis pas. Et avec fureur, le chant me rappela à quelques années auparavant quand nous nous étions joints, Etienne et moi, sur ce même chant. Un flot de souvenirs m’envahit et je n’arrivais pas à trier, la musique me guidait, balançant doucement ma tête d’un côté puis de l’autre, la main toujours appuyée sur le piano. J’étais transporté sur scène, entourée des spectateurs levant les bras haut, bercés par la douceur du chant. Je me retrouvai à recroiser le regard d’Etienne, trop fier de chanter pour une fois avec sa femme. Il n’était pas très doué pour ça, mais pour ce chant qui faisait écho au croyant qu’il était, cela le réconfortait. Je dois avouer que si Etienne se défendait, le musicien à mes côtés à cet instant était un petit génie. Je ne pensais pas qu’un pareil être existait à Damned Town. Il avait une capacité que je n’avais pas envisagé, ce brun mystérieux, et la langue qu’il employa m’était familière, rien qu’un peu. Du finnois, c’était ça. Je lâchai un regard timide en sa direction, quelque peu charmée par son exercice et la démonstration de son talent. Puis, me laissant porter doucement, je vis la porte se rouvrir face à moi, le musicien ne s’arrêta toujours pas, laissant les hôtes pénétrer dans le salon. La pression monta en flèche en moi et alors que mon regard vagabondait sur tel ou tel invité, je ne reconnaissais rien et n’observais rien, j’étais toute entière tournée vers ce que je devais présenter. C’en était fini, maintenant qu’ils étaient informés par Henry et à me voir ainsi à côté du chanteur-musicien, je ne pouvais plus me retirer. Je devais me lancer. Par chance, j’arrivai à raccrocher aux wagons de ma mémoire quelques bribes de paroles latines. Curieuse langue que Dragón révère mais que je me devais d’employer pour le chant. Superbe… Espérons que cela n’aura pas le don de l’invoquer. Et si je faiblis, je me rappelle enfin des paroles en anglais, ce sera mieux que rien.

Je n’ai plus le temps de songer à rien que je me dois de commencer, le musicien me fait le signe et ayant déjà chanté l’Ave Maria, je sais quand démarrer. J’ai confiance en moi, j’ai eu une carrière sur Terre, je dois assurer maintenant que je suis dans l’obligation de faire le spectacle. Je ferme les yeux et laisse ma voix emplir peu à peu le petit salon, me refusant à croiser le regard des invités alors que j’étais là, debout et un peu idiote. Je me laisse guider, les mots me manquent mais je joue simplement des vocalises et de ma dextérité pour combler la densité des paroles en latin. J’espère que la chose passera et que cet acte, promis par mon généreux chambellan, ne sera pas empreint de gêne et de déshonneur… Ce serait affreux pour… Mais je ne pense soudainement plus. Je suis le chant et mes yeux se rouvrent, portés sur un horizon plus lointain que mes hôtes ou la salle autour de moi. Rien ne me fait plus plaisir que de jouer de ma voix, sans conséquence, sans même une raison. Juste un moment de bonheur et d’intimité avec des hôtes dont je ne connais pas le visage, car je ne me concentre sur rien. Je partage avec eux, ma voix se fait l’écho de sentiments profonds que je cache mais le chant, lui, le chant trahit toujours s’il est honnête. Malheureusement, je ne sais mentir à travers la musique.

Quand le chant et la musique se seront arrêtés, je poserai délicatement mon attention sur chacun dans la salle, après avoir envoyé un regard insistant au musicien, si talentueux. Juste des yeux pour lui transmettre mes remerciements pour ce duo. Puis, je m’avancerai vers mes hôtes dans le souhait de me présenter mais d’abord, il me faudra savoir si cette étrange entrée en matière leur aura fait un quelconque effet. C’était primordial.

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MessageSujet: Re: Omnia dicta fortiora si dicta Latina (Sur invitation d’Hannah) Lun 30 Juil - 1:36


Omnia dicta fortiora si dicta Latina

« Vit heureux mon fils, je suis fier de ce que tu es. »

« Mère, je vous en prie, ne me laissez pas ! »

Puis, un dernier sourire, puis plus rien. Ce furent les dernières paroles de ma mère.
Cette scène, je m’en rappelle comme si c’était hier. Ce sourire, c’est le genre de sourire plein de tendresse, et de bienveillance que les mots ne peuvent décrire.

« Vit heureux »
Vivre heureux… Est-ce que je savais encore réellement ce que c’était ? Ma mère, les êtres qui m’était chers, tous sont partis m’ont tourné le dos, m’ont abandonné, me laissant pour seule compagnie la solitude. J’ai tellement été déçu par l’être Humain… Et l’unique fois ou je me disais que ça serait peut-être différent, le couteau n’en fut que remué dans la plaie. Etre heureux… C’est tellement abstrait pour moi aujourd’hui que je ne sais plus quel sentiment cela peut bien procurer.

Je soufflai un bon coup, le regard perdu dans le vide. Ces paroles me hante, ce sourire me hante, ce rêve me hante, cette vie me torture.

Après plusieurs minutes, je trouvai enfin le courage de me lever. M’arrêtant devant la glace, j’en profitai pour regarder ma silhouette. J’avais bien piètre allure : ma chevelure partait dans tout les sens, je perlai de sueur, en bref, j’avais passé une magnifique nuit à cogiter et cauchemarder.

Il m’en fallu ni une ni deux pour que je parte en direction de la salle de bain. Plongeant dans le bain glacé, il fallait que je me change les idées. J’étais de sale humeur. Et plus j’y repensais, plus je devenais mauvais. Ce que je peux tous les haïr. Zieutant la surface de l’eau, la tête à moitié immergé, j’en profitai pour faire des bulles en soufflant, tel un gosse. Au moins ça me faisait penser à autre chose.

Vous trouvez ça futile de se rattacher à son passé de la sorte ? Ah mais les souvenirs peuvent être attendrissants comme une véritable torture au possible… Comment ? Vous dîtes que c’était ma vie d’auparavant, ma vie d’humain ? Ca tombe bien, les humains sont des démons. Donc c’est du pareil au même.

Comment j’allais bien pouvoir m’occuper aujourd’hui ?

Je sortis en peignoir, vers la cuisine. L’eau était sur la gazinière, attendant patiemment d’être chauffée pour le thé. Le temps de sortir de quoi rapidement déjeuner, je pris la direction du salon pour y mettre en marche la platine. Le doux crépitement du vinyle sur le diamant de l’appareil, quel son des plus… Naturel si je puis dire ? Même si certains le trouverait insupportable, j’y vois un certain charme. A la bibliothèque de la ville, j’ai lu qu’il s’agissait d’un ancien appareil datant du XXième siècle. Et moi qui vient du milieu du XIXeme, que suis-je censé dire ? Que je suis une vieillerie, que je fais plus vieux que ce que je parais ? Cette absurdité me fit doucement sourire.

Un sifflement retentit, signe que le thé allait bientôt pouvoir être servi. Multipliant les allers-retours entre le salon et la cuisine, je fis un court arrêt par le couloir de l’entrée afin d’y récupérer le journal. C’est que j’avais mes petites habitudes à le lire au moment du petit déjeuner. Le ramassant, je me cognai la tête contre une étagère. Misère… Quelle idée j’eus à la mettre à l’entrée comme ça ? Un papier tomba de cette dernière, plus précisément une lettre. La ramassant, je fis demi-tour en direction de la salle de séjour.

M’assoupissant sur le fauteuil en cuir, tasse à la main, je regardai du coin de l’œil cette fameuse lettre. Il ne me fallut pas longtemps pour me remémorer son contenu : une invitation donnée par une certaine Hannatheme Lormys écrite de la main d’un… Chambellan ? Serait-elle de la noblesse ? Voilà bien longtemps que je n’avais pas eu l’occasion d’en côtoyer. Rien que d’y repenser me répugnait. « Qui sait, peut-être sont-ils plus ouverts et dignes de confiance que les Humains ? » aurais-je pensé si j’étais candide. Malheureusement, je ne le suis pas.

Arfh Jake, Jake, Jake… Calme toi, ça ne te ressemble pas tout ça. Tu vas même à l’encontre de tes principes en faisant des stéréotypés. Comme si les Démons étaient tous de grands méchants et que les Anges étaient les gentils sauveurs. Qu’en sais-tu alors que tu ne les a pas vu ? Surtout que bon… En soi, n’es-tu pas un Démon ?

Je relus une fois de plus la lettre en y esquissant par moment de légers sourires. Ce Henry Presidium avait porté une attention particulière à l’invitation. Je me demandais s’il en était pareil des autres invités. En tout cas, tout y était pour que j’y aille : décor victorien, thé servit à toute heure… Il savait parler à des conviés, du moins, caresser dans le sens du poil. Avec du recul, je finis tout de même par me demander comment il sut tout ça ? Il avait réussi à piquer ma curiosité. Ah satanée curiosité, un jour, tu causeras ma perte…

Je me demandais qui était invité… Je connaissais certes quelques-uns de mes congénères, mais c’était plus de vu que réellement connaître à proprement parler. Il est vrai qu’après avoir pris la poudre d’escampette durant un an, je ne devais pas réellement connaître grand monde. Et ce n’était pas avec mes deux arrêts au « Le Nocturne » que j’allais changer la donne.

D’ailleurs, je me rappelle de qui ? Il me semble qu’il y avait Casey, la dirigeante du bar. Elle a une vision des choses… Bien à elle si je puis dire. Alec, ou plutôt, blondinet effronté. Je ne lui ai jamais réellement parlé car ce dernier se mettait toujours dans des positions indélicates et me paraissait très susceptible. En plus d’être effronté bien évidemment. D’où le surnom donné. Et enfin, à ma dernière connaissance, Alizée. Alors, elle, c’est typiquement le stéréotype d’un pirate dans les contes pour enfant. Bière à la main, bruyante. Elle semble franche, à dire directement les choses qu’elle pense. D’ailleurs, selon elle, je serai un coincé. Je me mis à lâcher un sourire. Mais d’un autre côté, je trouve cet aspect plaisant à regarder et elle m’a l’air d’être de bonne sympathie. Enfin, c’est vite dit tout ça, il ne faut jamais juger un livre sur sa couverture.

BREF, mis à part eux, je ne connaissais personne. M’étant dit que c’était une bonne opportunité de savoir ce que devenait Damned Town, ce fut avec plaisir que je me mis à accepter l’invitation qui est pour… Aujourd’hui ?

Relisant bien en diagonale une énième fois la lettre, je sortis la montre à gousset pour y voir le jour que nous étions. L’appel fut sans attente : les dates concordaient.

« Moi qui me demandait quoi faire aujourd’hui… »

J’allais devoir m’affairer à diverses velléités comme venir en tenue présentable, savoir ou se situe le Palais, m’orienter jusque là-bas… J’en viendrai presque à oublier le mauvais rêve de ce matin…



Il était 12h à ma montre, j’avais soit 5h30 devant moi environ et depuis… Je n’étais pas avancé. A peine étais-je sorti que je me mis à flâner de ça de là dans les rues de notre magnifique cité. Quelle tête en l’air je suis...

Cependant, même en m’étant arrêté dans quelques boutiques, je ne trouvai rien qui m’allait. Ce matin, je disais venir en tenue présentable mais… Je fis rapidement un tour sur moi-même devant la vitrine d’un magasin. … J’ai remarqué qu’on me faisait souvent la réflexion sur la tenue que je portais. Est-ce que je sortais tellement du lot par rapport aux autres habitants ? Haha, heureusement qu’il ne s’agit qu’en apparence alors.

Cela dit… En un sens, si je venais à cette soirée de courtoisie dans le même habit que d’habitude, je devrai y être suffisamment élégant ?

« Tss et voilà que je me prends la tête pour rien maintenant ! »

Puis, je me surpris à m’esclaffer, en riant de ma propre bêtise :

« J’ai l’impression de perdre de l’âge en disant de telles broutilles. Ah là là… Capricieux, têtu et arrogant. Je suis vraiment un sale gosse. »

Après quelques minutes je repris mon sérieux. Finalement, j’irai avec les mêmes vêtements que d’habitude. Au moins, je serai dans le thème et cette mystérieuse Hannatheme pourra dresser une esquisse de l’étrange personnage qui se tiendra devant elle.

Il ne me restait donc plus qu’à trouver mon chemin jusqu’au Palais pour être prêt. Ce qui en soit n’était pas trop compliqué. Il suffisait de dénicher une carte de Damned Town dans les archives de la bibliothèque et le tour était joué. Ca me refaisait penser aux chasses au trésor que l’on menait mon frère et moi. Bizarrement, les valets qui nous accompagnaient nous laissaient toujours gagner. Enfin, le laissait gagner plutôt.

Trêves de mondanités et de rêvasseries, me voilà devant le sanctuaire du savoir. Je parcourrai d’un pas décidé les innombrables rangées de livres qui se dressaient sur mon chemin. Ayant autrefois passé beaucoup de temps ici, je finissais par bien connaître l’endroit. Carte à la main, je la déroulai sur une grande table afin d’y voir plus clair.

Il fallait que je trouve des PPP pour ne pas me perdre. Vous ne savez pas ce qu’est ce fameux « PPP » ? C’est l’abréviation de « Point Particulier du Paysage » c’est comme ça que j’ai appris à m’orienter et à me repérer. Une fois ma petite recherche effectuée et mes PPP dénichés, je remis la carte à sa place, et partit en saluant respectueusement la bibliothécaire. Bien évidemment, je n’avais pas les mains vides. J’avais emprunté d’autres livres, mais ceci est un détail.

Je regardai à nouveau ma montre : 16h. Le temps de rentrer, pour y déposer ce que j’ai emprunté, et boire un dernier thé il sera quoi ? 17h environ ?

« Bien, partons sans plus attendre, l’heure fatidique approche ! »

D’un pas un tantinet joyeux, je me mis à chantonner un petit air en regagnant mes appartements.



Je vous épargne les détails sur ma courte halte, de ma légère brulure que je me suis faite sur la langue en buvant le thé apparemment trop chaud ainsi que du chemin jusqu’au Palais des Démons.

Je me retrouvai là, au pied du royaume. L’endroit n’avait pas changé d’un pouce depuis la dernière fois lors de mon entrevue, avec notre souverain Dragon. Touchant la pierre dans laquelle était taillée le Palais, je ne pus m’empêcher de faire une remarque : elle était glaciale, tout comme avant.

« Monsieur, par ici je vous prie. »

Mon attention fut rapidement détournée. Un homme me faisait signe de rentrer au sein du Palais. Entamant le pas, il me suivit de très près. Même si de l’extérieur, j’avais quelques souvenirs de mon escapade ici, je dois bien avouer que vu de l’intérieur, j’étais quelque peu désorienté.

« C’est ici, veuillez patienter un instant s’il vous plaît, le temps que les autres invités arrivent. »

« Je vous remercie. »

Etais-je le premier arrivé ? Précédent ce coup-ci l’homme, ce dernier ferma la porte derrière moi. Levant la tête pour savoir dans quelle pièce j’étais arrivé, il ne me fallut pas longtemps pour la reconnaître. C’est ici que j’avais également attendu lors de ma première venue. Léger sourire aux coins des lèvres, je ressentis l’excitation monter de nouveau en moi. Ces vestiges complètement décalés par rapport au reste de la ville, l’Histoire qu’ils pouvaient contenir, tout cela, je m’en rappelle lors de ma première visite.

Tournant un peu en rond dans l’immense salle, et m’y arrêtant de temps à autres pour y admirer les différents artéfacts, je pris tout de même le temps de regarder une énième fois l’heure. Je ne devais pas être autant en avance tout de même ?

18h.

Il semblerait que si finalement. Moi qui n’aime pas être en retard ou en avance… « Rien ne sert de courir, il faut partir à point. » comme disait un célèbre poète français. Je me grattai la tête légèrement embarrassé.

Au même moment, la porte s’ouvrit à nouveau. De nouveaux invités étaient arrivés. Les regardant très rapidement du coin de l’œil, je me remis à mes observations. J’irai les saluer plus tard, lorsque nous serons tous à la salle de réception.

« Bienvenue à tous. »

Un homme, qui paraissait aux premiers abords, mieux vêtit que le personnel déjà présent, fit irruption dans la salle.

« Je me nomme Henry Presidium. Je vous remercie d’avoir tous rapidement répondu à l’invitation de sa Magnificence Hannathème Lormys. Si vous voulez bien me suivre, la cérémonie va commencer sans plus attendre. »

Alors, le voici, le fameux chambellan de Madame, l’auteur de nos invitations. Sans un mot, je me joignis discrètement au reste du groupe. Certains parlaient entre eux, d’autres, comme moi, étaient silencieux.

Nous enchaînions les marches d’escaliers, les couloirs. J’étais loin de m’imaginer que le Palais était aussi grand. Si jamais je devais me repérer, je serai clairement perdu. Au fur et à mesure de notre progression, une douce mélodie se faisait de plus en plus imposante. De la guitare ? Bien normal vous me direz, il faut bien donner le rythme. En tout cas, l’interprète jouait magnifiquement bien. Si vous tendiez l’oreille, vous pourriez percevoir un léger champ féminin accompagnant la douce mélodie. Timide et peu rassurée, il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour prendre de l’assurance et se mêler de plus belle à l’accompagnement. La tension commençait à monter, je me mis à frissonner, l’excitation en moi ne faisait que grandir lorsque soudain, deux grandes portes s’ouvrirent, nous aveuglant presque tant l’endroit était illuminé. Un léger parfum très agréable, se dégageait de la pièce. Tout avait été pensé avec minutie. J’avais des étoiles dans les yeux, tel un enfant devant un magasin de jouet

« C’est ici que se déroule la soirée. Je dois vous laisser. N’hésitez pas à faire appel au personnel déjà présent dans la salle en cas de besoin, je vous souhaite à tous, de passer un agréable moment. »

Puis, les portes se refermèrent derrière nous, laissant le chambellan partir s’affairer à ses occupations. Droit, courtois, respectueux, franc. Cet homme, savait employer les mots justes. C’est normal, me direz-vous, mais ce personnage avait un je ne sais quoi, que je ne savais percevoir…

Le décor était magnifique, somptueux même je dirai. Nous nous serions vraiment cru en pleine époque Victorienne pour le coup. C’est vraiment plaisant de voir que certaines personnes y voient un quelconque centre d’intérêt. Pour la peine, je n’en fus pas trop dépaysé. Moi qui avait opté pour des appartements un peu plus « moderne » j’aurai peut-être dû rester à quelque chose de plus classique ?

Force est de constater que le rouge était tout de même omniprésent. Pourquoi pas après tout ? Je me sens bien à l’aise avec le vert émeraude.

J’en viendrai presque à oublier la douce voix qui nous berçait depuis notre arrivée. Presque, car elle se situait juste devant nous. D’un rouge resplendissant et d’un noir provocant. C’est ainsi que je la décrirai. Est-ce elle, Hannathèmme Lormys ?

J’en fus étonnamment surpris. Que quelqu’un de haut placé nous accueille en chantant, voilà qui est des plus étonnants.


Cependant, je ne pus m’empêcher de me poser certaines questions : qui est-elle, pourquoi nous avoir conviés ici, quel est son caractère, ses objectifs, ses intentions ?

Tant de questions qui me venait à l’esprit et qui, dans un futur proche trouveront peut-être une réponse ?

La couleur de l’espoir et de la fatalité finiront-elles par faire bonne entente ? Seul l’avenir nous le dira.





NB:
 

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MessageSujet: Re: Omnia dicta fortiora si dicta Latina (Sur invitation d’Hannah) Lun 30 Juil - 15:33

Aile Ouest du Palais
Omnia dicta fortiora si dicta Latina
Henry Presidium.. Mais quel nom à la con encore ! Avaient-ils vraiment besoin d’étaler leurs titres jusqu’à en marquer leur propre sobriquet ? Pour la dixième fois, Alec relut la lettre qu’il avait reçue la veille : une missive du « Chambellan de Dame Lormys ». Si vous voulez mon humble avis, ces simples écrits nous avaient ramenés à la bonne vieille époque du fanatisme et de la royauté. Bien qu’il ait, au cours de sa petite vie, lu quelques extraits de grandes littératures, cette manière ampoulée de formuler des souhaits l’avait sidéré. Il se serait plutôt vu recevoir un parchemin, et encore, un post-it -rédigé néanmoins avec le plus beau des orthographe - : « Magne toi le cul, on t’attends au palais. Rdv 19h, la semaine pro ». Au lieu de ça, on le forçait de milles traductions.

Soupirant de fatigue, le démon alla caler son dos contre le fond de sa chaise. Au dessus de lui, la douce lumière de la led projetait son ombre vacillante, éclairant le papier d’ombres effrayantes. Au moins, fort de ses lectures, il avait fini par capter l’ensemble des enjeux que ce mince bout de parchemin contenait. Plusieurs grandes informations s’y bousculaient. La première ? Savoir que la seconde de Dragon était arrivée, et avait vraisemblablement déjà bien pris possession de ses quartiers. A moins qu’il ne s’agisse de la crémaillère.. ? Deuxièmement, il s’agissait d’une réception. Au palais des Démons. Une réception au palais des Démons ! Le suédois n’en revenait toujours pas. Lui qui grognait depuis si longtemps de ne point pouvoir apercevoir ses confrères, le voilà qu’on lui servait ses envies sur un plateau d’argent. S’il n’était à ce point courbaturé, il en aurait sauté de joie. Ses années dans l’infanterie choisirent ce moment pour ressortir, et son envie grandissante de camaraderie n’en fut que plus éveillée. Son excitation grimpa d’un cran et un sourire vint ébranler ses lèvres pincées. Bien évidemment qu’il y serait ! Non mais attendez. Il ne manquerait cela pour rien au monde.

Tentant de chasser les brumes qui habitaient son esprit, il se releva en tremblant. Décidément, ses maux le suivaient. S’ébrouant brièvement, pivotant la tête de droite à gauche pour délier ses muscles ankylosés, il fit quelque pas hésitants vers le plan de travail. De là, il balaya la succession de vaisselle sale et de contenants. Depuis combien de temps flemmardait-il de la sorte, vivant comme un paria ? Oh, au moins une bonne semaine. Lâchant un juron, il fit un geste brusque, renversant l’ensemble des assiettes, des verres. Le fracas qui en découla ne fut rien comparé au nombre incalculable de brisures que le sol eut ensuite à dénombrer. Bien trop. Mais au moins, cela lui éviterait de laver. S’emparant d’un balais, il eut tôt fait de rassembler les bouts, de les ramasser un à un, s’écorchant de temps en temps, avant de les jeter sans plus de ménagement. Bon débarras. Prenant note pour lui même, il se promit de trouver une solution pour se trouver un ou une domestique pour s’occuper de ces tâches ingrates. Accroupi comme il l’était, il eut du mal à se redresser, tant ses quadriceps frémissaient. La faiblesse qui l’habitait contrastait admirablement avec la silhouette qu’il arborait. Comment ce jeune gaillard d’à peine plus de la vingtaine pouvait à ce point avoir cette vile allure de vieillard ? Ah lala. Les spiritueux font bien des ravages parfois. Une âpre odeur de nicotine lui chatouilla soudainement les narines. Un haut le coeur faillit le submerger quand il se rappela qu’il n’avait récemment fait que fumé. Ça aussi, il allait falloir l’arranger. Attrapant les deux-trois paquets déjà entamés, il prit la direction de la fenêtre, qu’il ouvrit d’un geste brusque. Par chance, la nuit était tombée depuis quelques heures, ce qui lui évita de se faire aveugler par le soleil ardent. Son taux de vitamine D chutait drastiquement, et il ne tenait qu’à lui de sortir pour le rebooster. Mais là, il était trop tard. Ou trop tôt, prenez le référentiel que vous voulez. Il fit ensuite le tour de l’appartement, profitant de la pénombre au dehors pour aérer grandement son lieu de vie. Suite à quoi, il fit un brin de ménage, ses pas et sa détermination lui permettant de retrouver peu à peu l’usage de sa motricité. Restez prostré dans une succession de mêmes positions, et on verra si à la fin, vous tenez encore dignement sur vos pattes.

Moins d’une heure après, le tout était réglé. Sans être nickel, l’appart avait retrouvé de son petit cachet, et le démon put se jeter sur son canapé, un soupir de complaisance lui échappant gaiement. Désormais, il n’y avait plus qu’à attendre que l’horloge ne se déride. Qu’elle ne vienne le bercer de son tic-tac accéléré. Malheureusement, il avait beau se trouver à Damned Town, étrange cité, et le temps avait beau être relatif, il ne passerait pas plus vite. Décidé à tronquer l’ennui, Alec roula sur le dos, dardant son regard terne sur un plafond brillant de milles étoiles imaginaires. Les mèches blondes encadrant son visage, il se prit à songer, à anticiper le déroulé de la soirée. Déjà, il lui faudrait se vêtir correctement. Ça, même sans connaître les gens, il ne se permettrait de venir habillé comme un larron. Cela était impensable. Ensuite, il allait falloir qu’il se bride. Qu’il repense à ses années de services. Même sans avoir été des plus strictes et des plus privatives, il y avait tout de même eu un semblant de hiérarchie à respecter là bas. Et il s’y était bien habitué. Mais maintenant qu’il s’en était revenu à une liberté quasi totale, lui serait-il aussi évident de rentrer à nouveau dans les rangs ? Il allait devoir se contrôler, il le savait. A voir s’il s’y tiendrait.

Une question vint naturellement se poser. Pourquoi Lormys préparait-elle cette réception ? Dragon était-il à ce point si fainéant que de s’en remettre à elle ? Cette soirée naissait-elle au contraire du fruit de sa propre initiative ? Sans être totalement incohérent avec sa manière de penser, le démon songea qu’il aurait bien du mal à se brider si au final Dragon présidait. Il espérait donc en secret que la Vipère, comme on la prénommait déjà, serait aux commandes, quitte à ce qu’elle se révèle encore pire. Au moins, il aurait eu le bénéfice du doute. Et ça, pour le coup, ça n’avait pas de prix. A quoi ressemblait-elle ? Etait-elle rondouillette ? Cadavérique ? Un tempérament de feu ? Ou un calme ostensible ? Avait-elle du goût ? Et combien seraient-ils ? La foule serait-elle aussi dense que le bal de la dernière fois ? Avec délectation, le suédois se fit la remarque que cette fois, les auras seraient là. Elles ne seraient pas mises à mal, et pourraient être de la partie. Sans aucune volonté de discriminer, le démon savait toutefois que certaines âmes ne se valaient pas. Le noir est parfois nuancé, vous l’apprendrez bien assez vite pour vous en rappeler. Il se prépara donc à avoir face à lui quelques tapettes, ou au contraire, à se faire toiser par un super samouraï des ténèbres. Lui, ne viendrait que de sa petite personne. Il serait lui, et qu’importe si le résultat plairait. Enfin.. si, ça importait un peu quand même.

Alec savait pertinemment que cette soirée là représentait sa dernière chance pour accomplir ce pour quoi il avait été envoyé. Dragon l’avait déjà jeté. Si la Vipère en faisait de même, s’en était fini, il pouvait rentrer. Retourner coucher avec ses petites démones, voire s’en retourner afin de servir son Seigneur. Comparé au boulot de terrain, au contact de leurs ennemis jurés, cela paraissait chiant à souhait. Et pour cause ! Comment accepter de s’en retourner dans un endroit dont les secrets sont déjà bien percés ? Comment ne pas succomber à l’envie d’aller découvrir un univers encore peu exploré ? C’était se lancer un couteau dans le pied, et qui plus est dans le petit cluster de nerfs qui vous fait hurler à en pleurer. Surtout que techniquement, il n’avait jamais commencé. Ce serait alors se montrer indigne de son supérieur, lui qui avait prétendu lire un quelconque potentiel en lui. Peut-être ce dernier avait-il voulu le duper pour lui refiler un bon merdier. Qu’importe. Au moins, il y goûterait. Pour un peu que son entrée soit remarquée. Se massant le lobe droit, le démon fit une moue songeuse. Lui qui était plutôt d’humeur solitaire, à ne pas se mélanger dans les foules inconnues, il allait sûrement devoir jouer des coudes. Ils devaient être nombreux à se trouver dans la même situation que celle qu’il vivait aujourd’hui, à espérer décrocher cette fameuse entrevue. Dame Lormys.. Mais quelle générosité vous nous faisiez là ! Recevoir l’un de nous, c’était trop.. !

Ironiquement, le suédois rit de bon coeur. Bizarrement, il n’en avait plus honte. Après des semaines à vivre seul, il lui prenait parfois l’envie de se parler tout seul, de chanter ou de danser sans qu’il n’en ait plus rien à foutre. Mais entre parler aux coussins du sofa et pouvoir tenir une réelle conversation, la deuxième option lui demeurait toujours des plus satisfaisantes. Ah qu’il avait hâte de se trouver un colocataire. Ou alors.. ? Ou alors il chercherait à déménager, histoire de le dénicher d’autant plus vite. Mais ce sujet n’était pas au goût du jour. Nous parlions de la Vipère. Des rumeurs courraient à son sujet. Jusque là, les murmures étaient restés peu prononcés. Il y avait bien eu le vent de son arrivée, mais personne n’avait pu jusque là le confirmer. A propos de son tempérament, là aussi des choses se disaient, et je ne vous raconte même pas les bobards que l’on pouvait entendre sur sa relation avec Dragon. Pire qu’un article Closer. N’oubliant pas qu’il était fin mort, et à force de penser, le démon finit par fermer un œil, puis l’autre, avant de sombrer dans les bras de Morphée, qu’il empoigna à pleines mains. Maintenant qu’il l’avait attrapé, jamais il ne le lâcherait.

Son sommeil de plomb perdura une bonne partie de la journée du lendemain. Quand il émergea, le soleil était déjà bien haut, s’infiltrant de ses rayons par les fenêtres qu’il n’avait même pas pris le temps de refermer. Qu’importe. La fraîcheur nocturne ainsi que la perspective de la crémaillère l’avaient ragaillardi. Les idées nouvellement ancrées au fond de ses méninges, il se leva prestement. Reprenant une routine qu’il avait bien trop délaissée ces derniers jours, il s’étira lentement, prenant soin de chouchouter chaque partie de ses petites fibres bien aimées. Quand il eut fini de travailler sa souplesse, il étouffa un bâillement avant d’aller se faire couler un bon café. Faire le plein de caféine dès le matin lui procurait l’énergie qu’il n’avait pas forcément toujours au saut du lit. Les fesses appuyées contre l’un des tiroirs du haut, il but des lèvres la boisson brûlante. Pendant que ses yeux se perdaient le long des joints du carrelage, il se prit à vérifier que ses « folies » d’hier n’avaient pas ébréché son précieux sol. Il ne repéra de légères fissures et renfoncement qu’à deux endroits. C’était deux fois de trop. Maugréant, il déposa sa tasse au fond de l’évier, avant de monter. Sans s’appesantir de fringues, il passa la porte de la salle de bain qu’il ne ferma même pas. L’eau froide vint bientôt picoter son épiderme. Son coeur s’emballa le temps de venir lutter contre ces impressions de picotements qui le lacérait. Puis, une fois que les premiers tremblements furent passés, il savoura chaque moment de sa douche bien méritée. Elle fut, à l’image de toutes les autres, bien courtes.

Enroulant une serviette autour de sa taille, plus par réflexe qu’habité par une quelconque volonté de s cacher, il gagna ensuite son dressing. A proximité de l’ensemble de sa petite collection de textile, il prit le temps de regarder ce qu’il allait bien pouvoir porter. Dans une semaine. Pour une fois, le suédois prenait vraiment les devants. Rien ne serait laissé au hasard, surtout après qu’Henry ait formulé ses quelques recommandations. Survolant les cintres, Alec laissa ses doigts glisser contre le tissu, ne s’arrêtant que lorsque la texture le satisfaisait. Il eut tôt fait de remettre la main sur ses bons costumes. Heureusement qu’avant ses nombreux petits coups de mou, il avait prit le temps de s’en acheter quelques uns. On ne savait jamais qui l’on pouvait rencontrer. Les prenants tous du bout des doigts, il repassa dans la pièce adjacente, les jetant sur son lit, dorénavant à nouveau refait. Appréciant le plat que la couette constituait, il les étala un à un avec une délicatesse insoupçonnée. Ce matin, le calme dictait ses mouvements, si bien qu’il aurait pu pouponner sans que l’on ne puisse remettre en question la moindre de ses actions. Quand il pu avoir une vision globale de l’ensemble, et ce d’un simple coup d’oeil, il jeta son dévolu sur une pièce d’un bleu mat très sombre. Rangeant les autres, il garda celui là près de sa tête de lit, pour se rappeler à chaque matin qui s’écoulerait de l’événement qui l’attendait. Oui, il en faisait bien trop. Et oui, il avait bien trop hâte. La première journée fut donc consacrée à la recherche de sa tenue d’apparât.

Lors de la seconde, il partit en quête de petits accessoires pour agrémenter sa tenue. Ne s’abaissant pas au traditionnel port de la cravate, cette laisse interrompue, il égaya tout de même le tout de boutons de manchette qu’il trouva dans une boutique de l’artère principale du centre-ville. Ces derniers n’avaient rien de bien particulier, hormis un éclat doré qui le transperçait à chaque regard qu’il posait. S’il s’était trouvé au soleil, et habillé pour la circonstance, un simple mouvement de bras aurait pu l’aveugler, si peu que la réflexion des rayons ait eu le malheur de terminer dans le fond de sa rétine. Il aurait à court sûr crâmé les circuits. Adieu cônes et batonnets. La différence de couleur entre les boutons et ceux des manchettes le dérangeait toutefois profondément, si bien qu’il finit par faire retoucher son costume dans sa globalité. De sorte à avoir ces petites touches luxueuses à la place des anciens, bien trop sobres et qui ne permettaient pas de faire ressortir le bleu abyssal. Comme son costume comportait au niveau de ses deux ventricules une pochette, il se dirigea naturellement vers une rose blanche artificielle qu’il pourrait toujours glisser là. Ambiance mariage. Ce constat le fit rire. C’était tellement l’hôpital qui se foutait de la charité. Mais à défaut de vouloir assister à une quelconque union, le suédois aimait beaucoup le rendu de cette fleur agressive et pourtant si marquante. La finesse de ses pétales et l’agencement harmonieux de ces derniers le fascinaient. C’est donc tout naturellement qu’il s’exposerait avec. N’ayant plus de chaussures convenables, il jeta son dévolu sur de simples souliers de banquiers. Le détail de ces derniers résidaient dans les gravures que les tranches comportaient. De légers dessins que seule la lumière pouvait révéler. Il apprécia les spirales qu’elles comportaient, et ne réfléchit pas plus que cela. L’ensemble de ses petites emplettes lui avait prit la matinée. Au cours de l’après-midi, il retourna s’entraîner.

Quand Chelsey le salua, il baissa la tête, le regard entièrement dirigé vers les vestiaires qu’il eut tôt fait de quitter. Sans un regard pour le reste de la salle, il vissa des bouchons au contact de ses tympans. Surtout, ne pas percevoir les tonalités de sa voix. Emmuré dans un silence total, les yeux tournés vers les appareils, et non vers l’entrée, il fit sa séance, avec assiduité. Transpirant jusqu’à en être épuisé. De là, il se traîna en sens inverse, les yeux mi-clos. Quand il se glissa aux côtés de son sac, son premier réflexe fut de passer la main dans le fond, attrapant de ses doigts deux trois morceaux de sucre qu’il eut tôt fait d’engloutir. Il avait été à deux doigts de la crise d’hypoglycémie. Une trentaine de minutes passèrent où il ne bougea pas d’un poil, les yeux fermés, le souffle apaisé. Il reposa son corps, lui octroyant un peu de répit le temps de se reconstituer un peu. Puis il rentra chez lui.

Le jour J, il se leva aux aurores. Le regard vif, les sens en alerte, il enfila de quoi ne pas s’alourdir, puis partit courir. La forêt abrita ses foulées, vit la transpiration couler. Mais cela ne lui suffit pas. Il tourna tout de même en rond la plus grande partie de journée. Une petite boule au ventre s’était constituée, et le tenait. Ses yeux étaient plissés, témoignant de l’intense réflexion dont il faisait le sujet. Pourtant, il n’avança pas d’un poil. Ce fut avec un extrême soulagement que le début de soirée put venir le cueillir. Une seconde douche s’imposa, mais cette fois, l’eau fut chaude, voire brûlante, et coula bien plus longtemps que d’habitude. Les jets devaient venir décontracter ses muscles de la nuque qui se raidissaient. Le résultat fut plus que satisfaisant. S’habillant prestement, il enfila premièrement une chemise d’un blanc immaculé, pour rester dans l’original. Comme à son habitude, il ne la ferma pas jusqu’en haut, amenant un petit côté décontracté en laissant un bout du haut de son torse apparaître. C’était son petit plaisir, après toutes ces heures à se buter pour avoir le corps qu’il appréciait. Le pantalon bleu tempête vint ensuite enserrer sa taille, clôturant le flot de tissu blanc. Enfin, il enfila la pièce maîtresse, l’espèce de petit blazer. Doucereusement, il plaça la rose au devant de son coeur, et mis en place ses manchettes. Quand il eut fini, il retourna se coiffer, avant d’ébouriffer le tout. C’était bien mieux ainsi. Une dernière touche de parfum, et voilà qu’il était fin prêt. Dans sa poche droite, il glissa l’invitation du chambellan, avant d’éteindre toute lumière. Il était l’heure.

Heureusement, le Palais était tout proche. Il s’y rendit donc à pieds, profitant de la petite brise qui se créait, dans les couloirs de maisons. Il en profita pour relire une dernière fois son précieux pass pour l’aile ouest :


M. Hamilton,

Par la présente lettre, j’ai l’insigne honneur de vous annoncer la venue du célèbre officier en chef des Enfers, seconde du seul Vrai Roi, Son Excellence Dragón, Hannathème Lormys. Sa Magnificence a exprimé l’agréable vœu de célébrer en votre délicate compagnie l’inauguration de Ses appartements privés, dans une semaine à compter de ce jour. Pour cet événement, et uniquement pour celui-ci, le deuxième étage de l’Aile Ouest du Palais vous sera exceptionnellement ouvert afin d’accéder aux festivités. Les serviteurs de Sa Magnificence vous guideront dès votre arrivée. Il convient, selon les nobles coutumes et mœurs d’usage au Palais, de s’affubler d’apparat digne d’une soirée mondaine, où la bienséance sera de vigueur. Des victuailles et breuvages seront également à votre disposition, avec les compliments sincères du Palais.

Votre modèle a intéressé personnellement Sa Magnificence, Dame Lormys. Elle a eu vent de vos actions et votre personnalité curieuse et non attentiste a attisé son attention à votre encontre. Elle m’a signifié vouloir vous rencontrer au cours de cette charmante soirée afin d’établir un premier contact salutaire. Croyez bien, M. Hamilton, que votre présence est souhaitée. Les retours de vos espérances quant à un moyen d’unir nos forces contre l’adversité sont remontés aux oreilles de Sa Magnificence, et vous lui avez déjà plu sous cet angle.

Il est à préciser qu’au cours de la soirée, Madame se décidera à propos d’une seule personne à qui accorder un entretien privé. Les tenants et aboutissants de cette entrevue ne sont pas établis et relèveront de Sa propre initiative. Si cette perspective attise votre désir et attrait, il serait judicieux d’adopter une posture avantageuse, dès votre premier contact.

En vous adressant les plus sincères salutations de Dame Lormys, et en y joignant mes profondes considérations,


Henry Presidium, Chambellan de Sa Magnificence.


Cette lecture ne lui apporta rien de plus, sinon la certitude qu’il l’avait belle et bien mémorisée. La froissant, il finit par la jeter dans la première corbeille qui croisa sa route, puis il continua. Arrivé devant les escaliers du Palais, il les gravit avec prestance, et lenteur. Après tout, il n’y avait désormais plus qu’à savourer. Se présentant à l’accueil, il fut bien embêté, lorsqu’on lui demanda la preuve de son invitation. Le démon argumenta qu’il devait bien être sur leurs listes, mais ces lieux semblaient avoir subi milles tentatives d’infraction, que cela ne suffit pas. Il eu fallut que Mr Presidium lui même vienne pour régler le problème. Le suédois lui expliqua alors calmement la citation, lui récitant presque quasiment mot pour mot ce qui avait été rédigé à son égard. La vieille dame aigrie de l’accueil fut contrainte d’abandonner la partie et de le laisser passer. Une lueur dès lors condescendante et victorieuse flamba dans ses prunelles glacées. Puisque Mr le Chambellan était à ses côtés, il le conduisit directement dans l’Aile Ouest et lui permit d’entrer là où il était censé arrivé. Ce guide improvisé tomba à point nommé et lui fit économiser de précieuses minutes. Il était en effet fort aisé de ce perdre dans ce dédale de couloir, et l’on était jamais vraiment à l’abri d’un garde qui vous tombait dessus, soit-disant que vous étiez dans une zone protégée et que cela lui laissait ainsi le droit de vous assomer.

Avant qu’il n’ait même franchi la porte que le Chambellan venait de leur indiquer, à lui ainsi qu’aux autres invités, le démon perçut des notes jouées et chantées. Ne sachant pas qu’il avait en fait été convié à un opéra - oui, il manquait cruellement de culture musicale - Alec commença par seulement apposer ses doigts sur le bois vernis. Dressant l’oreille, il tenta de percevoir si le tout était en train véritablement d’être joué, ou si cela n’était que retransmis, en tant que fond musical. Lui qui n’écoutait que bien peu de musique, ne sut trancher, et il poussa la porte, désireux de pouvoir permettre à sa vue de l’aider. De là, son regard plongea sur un pianiste ardemment possédé par la mélodie qui le transportait, et d’une chanteuse, qui appuyée à ses côtés, se plaisait à égayer ses accords. Le démon ne reconnut ni l’air joué, ni ne compris les phrases prononcées, son oreille défaillant grandement. Au lieu de cela, il se contenta d’observer. Autour d’eux gravitaient du personnel en service, qui fourmillaient de l’envie d’aider. Pivotant la tête de droite à gauche, le suédois voulu derechef voir qui de ses confrères se trouvaient là. Malheureusement, un mouvement brusque du guitariste le força à reporter les yeux sur le curieux duo. Il en profita donc pour les détailler plus amplemement. Cette fois, il se concentra un peu plus sur la demoiselle, plutôt que sur l’autre musicien. Le feu de ses cheveux venait lécher le tissu sombre qui l’habillait. Sa tenue, une robe d’été lui collait au corps à la manière d’une seconde peau. De simples collants noirs masquaient la couleur naturelle de ses jambes, A son faciès, il eut un petit moment d’hésitation. Une large cicatrice lui barrait l’œil gauche, n’ayant toutefois eu raison de ses prunelles. Ses deux yeux voyaient, percevaient ce qui se passait. Le rendu n’en restait pas pour le moins impressionnant. Le démon se demanda ce qu’elle avait bien pu trafiquer pour en terminer comme ça. Cette vilaine balafre n’enlevai pourtantt rien au charme de son minois. De grands yeux noirs cerclés de noirs se perdaient au milieu d’une peau blafârde. S’il la trouvait un peu pâle, il n’en demeura pas pour le moins impressionné par le charisme qui s’en dégageait. Elle lui rappelait presque une femme qu’il avait rencontrée. Seulement, la douceur de son chant balayait tout doute. C’était bel et bien la première fois qu’il l’entendait chanter. Bien que peu réceptif à cette berceuse, le démon resta attentif, ses yeux vifs demeurant ancrés sur le tableau incongru devant lequel leur entrée les avait directement menés. Il se demanda toutefois à deux reprises quand la Vipère se pointerait.


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MessageSujet: Re: Omnia dicta fortiora si dicta Latina (Sur invitation d’Hannah) Dim 5 Aoû - 22:40

OMNIA DICTA FORTIORA SI DICTA LATINA Du chaos naît une étoile. Car c'est dans l'ombre que la lumière surgit. Une lueur dans le nuit sera plus brillant que tout les rayons du soleil en plein jour.

L’aube commençait à se lever sur la ville endormie (enfin pour la plupart c’est le cas) et moi je prenait le temps de redescendre de ma montagne.
J’avais travaillé toute la nuit à l’Observatoire et j’étais complètement claquée. Enfin pas autant que Ourane qui semblait avoir du mal à poser un sabot devant l’autre, je me demande bien ce que cet idiot de poney a bien pu faire toute la nuit dans mon dos.

Je soupire quand nous atteignons enfin notre maison.
Je vais pouvoir dormir ?
Que nenni ! Ce serai trop facile.
Ourane est un petit cochon qu’il faut passer à la douche et bien sûr nourrir. Lui il se détend et moi je prend sur moi pour ramasser un énième tas de crottin dans le paddock attenant à ma maison.

Quand je pousse enfin la porte de ma petite maison je souffle d’aise et hésite à me jeter tout habillée dans mon canapé.
Mauvaise idée étant donné qu’il est (encore une fois) couvert de livre ancien et précieux que j’ai du sortir dans la semaine sans les ranger.
Je renonce et jette mon sac dans un coin de la pièce ainsi que mes bottes couverte de boue. Je m’en occuperai dans un heure ou deux après ma sieste.

C’est d’ailleurs ma chambre que je rejoins en traînant mes chaussettes sur le sol, mon lit m’appelle et je m’apprête à réaliser le saut de l’ange, sauf que je suis encore coupée dans mon élan.
Posée sur un oreiller, je voie une enveloppe cachetée. J’ai du la déposer là hier soir avant de partir à l’Observatoire. Le caché porte un sceau qui me semble connu, je ne peux pas le laisser là sans le regarder : le risque de louper un gros truc serai….trop gros.

Je m’assoie sur les draps noirs et ouvre l’enveloppe. Je n’ai même pas pris la peine de vérifier si l’envoyeur avait mis son nom sur l’enveloppe.
Et dés le début de la lettre je tique.
C’est un message du palais et de la part de la seconde du reptile, présenté comme le « Vrai » Roi des Démons, foutaises ! Je me contiens pour ne pas arracher la lettre en deux et me glisser dans mon lit pour dormir, mais continue de lire dans le calme du moins autant que possible.
Un sourire se dessine sur mes lèvres.
Oui.
Je vais y aller à cette fête au palais. Et en plus avec un peu de chance je pourrais m’entretenir avec quelques nouveaux démons.
C’est quand déjà ?

CE SOIR !!!

Je bondis de mon lit pour relire plusieurs fois l’information en question.
Non je ne rêve pas, c’est bien ce soir que nous allons au grand bal de « Dame Lormys ». Nous sommes attendu à 18h et il est 8h du matin.

Je soupir et m’étale sur mon lit. Je vais dormir quelques heures et à 15h, j’irai réfléchir à ma tenue.

En petite tenue, je me glisse dans mes draps froids : que c’est bon. Il me faut cinq minutes avant de sombrer dans un sommeil de plusieurs heures.
Enfin, selon moi, cela n’a duré que quelques minutes, mais le terrible réveil ne ment jamais, il est 15h.
Il me reste maintenant 3h pour me décider sur une tenue correct, me doucher, m’habiller, me coiffer, me maquiller et me rendre au palais.

Mon corps athlétique s’étire dans le lit avant que je n’en sorte en baillant, ma nuit en décalée a fait du bien, néanmoins, la douche va m’aider à me réveiller.

L’eau commence à ruisseler sur ma peau et je m’interroge. Qui sera à cette fameuse soirée ? Qui va être pris pour l’entretient avec la Seconde de Dragon ? Il me semble ne l’avoir jamais vu d’ailleurs, alors qui est-elle ?
Il faut couper court aux tergiversations car je manque de temps, heureusement pour moi, j’ai une robe qui me va parfaitement bien et qui fait très gala.

Mon corps est propre, mes cheveux sont sec et soignés. Je peux aller fouiller.

Les portes de ma garde robe grincent quand je l’ai ouvre et je découvre un univers oublié depuis le bal de Noël de Damned Town.
Les robes se succèdent sans se ressembler et certaine sont même tellement ancienne que je les avaient oublié.
La bleu en question sort dans un bruissement léger.
Elle est magnifique.
Un satin bleu nuit, une coupe original : au dessus du genou devant et long à l’arrière, avec un profond décolleté et des bretelles pour dénuder mes épaules.
Je me glisse dedans et je me sens tellement….hmmmmm.
Ok ce terme n’existe pas, mais je ne saurais pas en mesure d’en utiliser un autre. Certain que personne d’autre n’auras une tenue comme la mienne, je suis sobre, classe, sexy et original. Autrement dit, parfaite.
Les plis de la robe ondule autour de moi et mettent en valeurs mes formes.

Je m’attaque à mes cheveux et il est hors de question que je les attaches. J’aime mettre en valeur mes boucles noirs, mais je ne veux pas non plus être gênée. J’ai de la chance d’avoir une crinière épaisse, je peux ainsi fixer quelques mèches vers l’arrière et dégager mes yeux.

Pour mon maquillage, je noircis mes yeux avec du bleu nuit, pose un peu de mascaras et j’en reste là. Je n’aime le rouge à lèvre, ni les phares à joue. Mais j’ajoute ma touche perso, histoire d’accrocher l’œil de mes interlocuteurs : deux paillettes étoiles argentés sur le côté de mon œil gauche.

Il est 17h45, soit l’heure de se dépêcher à y aller au risque d’arriver très en retard.

Je saute dans ma pair d’escarpin ouvert bleu nuit et attrape une pochette noir fine. Je quitte les lieux précipitamment et m’engouffre dans la ville sous le regard médusé de mes voisins.
Heureusement pour moi, je connais le chemin par coeur et je n’habite pas loin du palais.

J’arrive juste à temps dans l’aile ouest. Il y a déjà du monde. Je reconnais quelques visages, mais je ne prend le temps de saluer personne. Un petit homme que je reconnais comme chambellan du palais vient nous chercher pour nous guider dans le lieu dédier à la fête. Et si cela est toujours comme du temps de Luke, nous sommes dans des appartements privés. Dragon ne serai pas au courant de cette petite sauterie ?

Je suis le mouvement et quand nous passons les portes au bois lourd, une douce mélodie nous parvient.
Je suis assez loin derrière et petite, je peine donc à voir ce qui se passe devant les grands messieurs qui me barrent la vue. Mais j’entends parfaitement bien la guitare et la voie angélique sur le Ave Maria.
C’est magnifique mais je note tout de même l’ironie de la chose. C’est un chant doux, calme, beau, qu’on pourrait associer à un ange, pas à une démone.

C’est beau, tellement beau que je joue des coudes pour aller voir ce qui se passe devant moi et là je tombe sur la plus jolie chose que je pouvais voir.
Une rouquine en robe noir moulante chante. Elle est aussi belle que sa voix à ce moment là. Serai ce la maîtresse des lieux ? Ou bien une simple chanteuse engagée ? Dans tous les cas, j’aurais des information sur elle avant la fin de la soirée.

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MessageSujet: Re: Omnia dicta fortiora si dicta Latina (Sur invitation d’Hannah) Sam 11 Aoû - 18:42

Logan Tancarville face au bal

Entrée n°7-Le Bal de la seconde (avec les invités)

Le réveil sonnait, tintait à mes oreilles, m'arrachant un grognement de contestation face à cet importuns qui venait trouver mon sommeil. Mais tel le garnement face à l'instructeur, il ne peut rétorquer face à la voix de la raison, au diable ce réveil mais il fallait que je me lève. C'est avec des geste lent et pataud que mon bras s'abat lourdement sur la pauvre mécanique complexe qui compose cette petite horloge. Le fracas de l'inox qui heurte le sol m'indique sans grande surpris que j'ai encore envoyé valsé ce fichu réveil. J'ouvre lentement les yeux, encore embués par les sable du marchand, et il semblerai que Morphées ait été généreux, j'avais la tête dans le paté comme jamais. Déjà, j'avais encore mal aux jambes et au dos parce que je m'étais endormi sur mon fauteuil après avoir inspecté le dossier que j'avais monté ces dernier jours. Je me lève durement et je m'étire paresseusement, un vrai pasha. Je traine du pied jusqu'à la cuisine histoire de faire couler un café. Filtre, eau, café, tout y était, il n'y avait plus qu'à attendre qu'il coule. J'avais bien quelques minutes à tuer, j'en profite pour rentrer dans la cabine de douche et simplement me rincer à l'eau fraiche pour me réveiller un peu. J'enleve ma cravate, ma chemise, mon pantalon et mes sous-vetement et je passais sous le jet d'eau. Rien de tel qu'un peu d'eau ben fraiche pour se réveiller le matin, sentir les gouttes qui ruisellent sur l'intgralité du corps avant de perler doucement dans le bac. Nonchalement, je sors de la douche trempé, bien réveillé maintenant. Je prend la serviette posée sur le présentoir à quelques pas de moi et je me sèche vigoureusement avant de passer la même serviette autour de ma taille. Le temps d'aller dans la cuisine au prix d'un baillement et le café était prêt; autre élément essentiel d'un bon reveil, une grande tasse de café noir. Je me sers un mug avant d'aller m'assoir à mon bureau, ou plutôt la table qui me servait de bureau.

Un unique dossier était posé en son centre, celui qui m'a tenu eveillé une bonne partie de la nuit avant de me réfugier dans mon fauteuil pour "faire une pause 5 minutes". J'ouvre la première pas du porte document et la première chose qui me fais face, c'est la lettre que j'ai reçu quelques jous auparavant. Une lettre du chambellant de Hannathème Lormys, la seconde de Dragon, ou du moins c'est ainsi qu'elle se présentait. Curieux j'avais décidé de mener une petite enquête afin de savoir de quoi il retournait vraiment. Hannathème Lormys, préfère être appelée Hannah, elle est plus que la seconde du Dragon, c'est sa main noire, son assassin personnel, si une personne à Damned Town devait mourir de la main du roi, Hannathème "la main gauche", s'en chargerai sans poser de questions, sans chichis ni blablas. Cependant, selon certain domestique, les disputes du roi et de sa seconde sont aussi violentes qu'un affrontement entre deux régiments bien entraînés, j'en déduisai qu'elle avait fort caractère, et qu'elle ne s'accordait pas toujours avec les décisions prises par son souverain, mais elle ne l'a jamais trahi, et si je me fiais à certain racontard, il semblerai qu'une étrange mécanique du coeur l'habite. C'est comme si elle était constamment tiraillée par une éspèce d'attitude passe/agressive envers Dragon. Mais pourquoi faire une reception maintenant? Pourquoi est ce qu'elle s'en occupe? Même si dans ma mémoire Dragon n'a jamais fais de bals mondains, n'importe qui plutôt que Hannathème Lormys pouvait s'en occuper. Sauf si elle fais ça sur un coup de tête, alors ça rentrait dans mon protrait robots.

Je n'aimais pas particulièrement les soirées mondaine et j'en gardais une rancoeur tenace depuis ma plus tendre enfance. Des tenues contaignantes, une étiquette trop rigide à tenir, et être constamment sur ses gardes, chaques paroles, chaques actes allait être jugé et évaluée par tout les nobles du tas. Le but? Gagner du pouvoir, les règles? La sournoiserie, la tricheries et la subtilité. La noblesse maitrisait ce jeu, ce "noble jeu" à la perfection et quiconque ne s'y accorde pas, perd bien vite son statut, ses pouvoirs, certains cas peuvent même aller jusqu'à la déchéance. Cela m'insuportait, j'étais un homme de terrain, si quelque chose me gène, je le dis en face, pointé par un joli canon de .55 magnum entre les deux petits yeux du géneurs. J'étais pas taillé pour ça, pour moi les pouvoirs, les faveurs, le blabla, ce n'était que du vent, la seule loi qui en vaut vraiment la peine, c'est la loi du talion, le plus fort gagne, et le pouvoir n'est pas une force, c'est un écran de fumée, si facile à dissiper, mais là ce n'allait pas être un simple voilé mais un véritable brouillard, dense et impénétrable dans lequel il allait falloir faire des pied et des mains pour éviter de voir une ordure se pointer les jours suivant pour tenter de te planter une lame entre les omoplates. Rien que d'y penser ça m'énervais déjà. Mais à m'enerver ainsi tout ce que j'allais faire c'était me mettre dans le pétrin. Déjà quand se déroulait la soirée? Je jette un oeil à la lettre en revenant à la première page.

C'était ce soir.

Bordel de merde!

J'avais presque renversé mon café, je m'étais tellement plongé dans ce dossier que je n'avais pas vu le temps passer. Je tourne rapidement la tête afin de trouver une horloge, celle du frigo indiquait 10h. Ouf, la cause n'était pas encore perdu, j'avais 8 heure pour trouver un costume, un parfum, et que je passe chez le barbier. Je délaissais ma serviette pour mon habit classique, chemise cravate et imper. Cela présentais bien auprès des clients, mais pour un bal mondain, cela manquait cruellement de prestance. Le premier arrêt allait donc être le tailleur. Je fermais la porte de mon appartement à clef et je partais dans les rues du centre ville. Je me demandais de quelle tenue j'allais bien avoir besoin poru ce genre de soirée, élégante bien sûr, mais j'avais besoin de quelques chose de confortable et léger, de plus je voulais aussi pouvoir garder mon arme, une attaque surprise du camp ennemis ne me surprendrai pas. De plus il fallait aussi quelques chose qui rende bien auprès des autres invités, que je ne fasse pas pâle figure face au premier idiot venu. Quel genre d'invités allaient se pointer à cette soirée, principalement des nobles? Ou des personnes ayant des activité et des rangs plus modeste? Je ne pouvais malheureusement pas répondre à cette question par moi même car, même si j'ai renié mon statut, je reste un enfant noble de naissance. Voilà qui était problématique, je ne savais pas vraiment à quelle sauce j'allais être mangé, dans le doute j'allais rester sur mes gardes au maximum, ne rien laisser passer, juste parler un peu avec Hannathème pour savoir ce qu'elle veux et laisser passer la soirée. Diable que j'ai horreur de cela, je sais que je me répète mais ça m'irrite au plus haut point.

Avant même de m'en rendre compte, plongé dans mes ruminations; j'étais arrivé à destination, un tailleur que j'avais aidé un peu plus tôt. En effet, le pauvre bougre s'était fais cambrioler plusieurs tenue d'apparage couteuse, qui lui étaient précieuse, je les ai retrouvée et les voleurs aussi, j'ai ramenés les deux au proprio qui s'est fait un plaisir des les corriger lui même, j'avais du respect pour ce démon qui faisait tourner sa boutique contre vents et marée, et qui avait les couilles de se salir les mains quand les choses bardaient, a Damned Town comme aux Enfers, pas de "police" comme sur terre pour régler les problèmes, tout à la force de l'individu et de ses alliés s'il en avait. Je passais la porte vitrée de la boutique où une petit clochette m'acceuille avec légèreté. Le temps d'arriver au comptoir et de tapoter mes doigts dessus que je vis un homme trapus sortir de la reserve. Il était petit (environ 1 tête de moins que moi), une barbe grise fournie qui forçait le respect, un gilet bleu marine qui laissait voir les manches d'une chemise olive. Notre tailleurs possédait une bonne bedaine bien enrobée.

Logan, quel plaisir de te revoir, encore merci pour la dernière fois, tu m'as sauvé un bon mois de salaire en retrouvant ma collection "Classy outfit in DT", je pourrais jamais assez te remercier, qu'est ce qui t'ammène par chez moi?

Bah ne t'en fais pas Arthur, tu m'as déjà payé pour ça, si jamais t'as encore un problème du même acabit tu sais où me trouver. Mais je ne suis pas venu pour me refaire de la pub, j'ai besoin d'une tenue. Tu vois je dois participer à un bal ce soir, une soirée mondaine, et j'ai besoin de quelque chose de classe, mais aussi léger et confortable, et bien sur quelques endroit discret pour faire passer un peu de "matériel" en douce, si tu vois ce que je veux dire.

Je pourrais toujours coudre une poche intérieure pour ça mais je crois avoir quelques tenues qui pourraient convenir à ce que tu cherches, laisse moi quelques minutes et on procèderas aux essayages et éventuels ajustements.

Je m'en remet à toi.

J'avais conclus cette phrase sur un sourire confiant alors qu'Arthur lui, partait déjà dans son arrière boutique pour chercher mon costume pour ce soir, je me replongeais dans mes pensées...Cela faisait une éternité que je n'avais pas fréquenté le gratin des enfers. J'en gardais un très mauvais souvenirs étant gosse mais cela allait-il me faire le même effet? Ou est ce que je vais me laisser prendre au jeu? D'instinct je voulais répondre non, et coller une beigne à quiconque me dirais l'inverse, mais quelque part au fond de moi, je sentais cette légère excitation de participer à cette soirée, rencontrer d'autres démons, rencontrer la seconde de mon souverain. Je n'arrivais pas à m'oter ce sentiment d'être un gamin qui va se précipiter sur un terrain de jeu avec d'autres gamins que je connais même pas. Un claquement sec m'ota de mes pensée, en effet Arthur venait de revenir avec plusieurs tenue. Il était maintenant venu le temps d'en choisir une.

Plusieurs tenues se succédaient, et aucune ne m'avais réellement convaincue jusqu'à ce que je tomber sur un petit bijou, un costume blanc, sans veste mais avec un veston blanc et une chemise rouge, et une cravate noire, avec un pantalon blanc et des mocassins noirs, l'alchimie était parfaite, suffisament classe pour intégrer ce genre de soirée, Arthur avait même cousu une poche dans le veston pour y planquer mon arme, s'il n'y avait pas de fouilles au corps, je passais sans prblèmes. De plus, le fait que le costume soit blanc le rendais atypique au possible, tout le monde préférais porter du noir dans une sobriété digne d'un enterrement, là j'étais sur de sortir de l'ordinaire, du moins parmis les hommes. J'avais trouve mon bonheur, je payais Arthur en le remerciant, je passais ensuite à la parfumerie et chez le barbier et je rentrais ensuite chez moi, il était 17h quand je refermais la porte de mon appartement, le temps de me préparer et c'était parfait.

Je passais donc sous la douche encore une fois mais en me lavant avec précision, hors de question d'oublier ne serai ce qu'une zone de mon corps sale. De haut en bas et de bas en haut le savon passé au peigne fin et le temps de se rincer, je sortais de la douche, propre comme un sou neuf. Je me séchais vigoureusement avant de m'habiller avec la merveilleuse tenue que j'avais achété un peu plus tôt. Je me parfumais et me recoiffais, mainteant que mes cheveux étaient un peu plus structurés de même que ma barbe grace au barbier. Je rendais bien, j'étais prêt pour le bal, enfin presque, je glissais mon .55 magnum dans la poche intérieur et je partais de chez moi en fermant, encore une fois, la porte.

Heureusement je n'habitais pas si loin du palais, 20 minutes à pied si je prenais mon temps, et c'était exactement ce que j'avais l'intention de faire, il était environ 17h30, le soleil commençait tout juste à décliner, cela me semblait un peu tôt pour commencer un bal, mais j'ai toujours eu une préférence pour le calme sombre de la nuit plutôt que l'agressive lumière de jour. Je déambulais vers ma destination avec le flegme d'un chat, les mains dans les poches, la cigarette dans la bouche, sortant la main droite de temps à autre pour faire tomber les cendres. Je songeais encore à Hannah, je me rappelais le contenu de la lettre, elle souhaitait voir l'un d'entre nous, mais pour quelle raison? En soi c'est au roi que j'avais des comptes à rendre, je devais le respect à sa seconde comme lui est du son rang bien évidemment mais pourquoi vouloir nous voir dans des entrevues à part? Et pourquoi 1 seule personne? Quelle surprise nous attendent pour cette soirée?Et quelle surprise pouvons nous attendre du camps ennemis, si ils ont des espions dans le palais, nul doute qu'ils sont au courant, un assassinat dans ces circonstances sont monnaies courantes aux enfers, et les anges ont beaux faire les fier du haut d'une tour d'ivoire, il n’hésitent à faire preuve d'autant de bassesses que les démons s'il cela sert leur idéologie, bref une belle bande d'ordure, bref des anges. Je le vais la tête vers le ciel qui commençait à prendre une teinte orangée, les prémices du couchant à venir, je soufflais la dernière bouffée de ma cigarette avant de jeter le mégot à la poubelle un peu plus loin. J'étais à deux pas du palais, que la fête commence.

Arrivé aux portes, je fus accueillis pas la même personne que celle qui a signé la lettre, le fameux Henri Présidium. Aucune fouilles, quelques gardes aux entrées, j'ai pus faire rentrer le magnum comme si de rien était, dans un sens cela m’embêtait parce que ça manquait de rigueur mais en même temps j'en profitais moi même pour infiltrer une arme. Le chambellan m'avait sommé de le suivre, c'est lui qui me mènera à la salle de réception. Je le suivis docilement, entendant monter au fur et à mesure une douce mélodie chantée accompagnée d'une guitare folk, non c'était une guitare sèche. Arrivé au porte de la salle, Henri m'invita à entrer, et là voilà qui se montrait enfin, fameuse seconde du roi, Hannathème Lormys, d'un roux flamboyant, les yeux vert, cicatrice sur l’œil gauche, c'était bien elle dans sa robe noire qui nous faisais l'honneur de nous accueillir à l'Avé Maria, j'allais prêt du balcon le plus proche pour me griller une autre cigarette alors que je profitais du chant divin pour prendre mon coin et mon recul, la soirée ne faisais que commencer, et la maîtresse de cérémonies venait d'abattre sa première carte, voyons quelle main la seconde de Dragon nous cache pour la suite de cette soirée.
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