Omnia dicta fortiora si dicta Latina (Sur invitation d’Hannah)

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MessageSujet: Omnia dicta fortiora si dicta Latina (Sur invitation d’Hannah) Mer 25 Juil - 19:56



「 In canto veritas, intelligenti pauca 」



L’ennui. Il serre nos poitrines, étreint nos cœurs et verrouille nos lèvres. Il prend possession lentement de nos corps, et nos âmes qui s’efforcent à le combattre crouleront tôt ou tard face à ses attaques. Nous ne sommes rien face à cet ennemi suprême, véritable roi et maître tout puissant. Je ne crains que lui et je m’efforce à ne jamais avoir à m’y confronter. Il a sur mon être un effet surprenant que je n’ose encore contempler, la sensation de solitude. Pour être honnête, en cette matinée, j’avais gardé encore mes yeux clos, et ne vint à moi que cette idée originale : je suis un chien de berger. J’avais un sourire quand cette perspective avait envahi peu à peu mon esprit mais le parallèle n’était pas dénué de sens. Mon berger, mon maître était Dragón. Quoique j’en disais, il avait ma confiance pour nous guider, pour replacer la condition démoniaque au centre du monde et bouter de tout territoire nos piètres adversaires. Je l’écoute alors d’une oreille attentive, pourtant prête à lui sauter dessus si ses mots me déplaisent. Oui, nuançons la chose, je suis chien-loup; ma nature n’étant pas tout à fait domptable et c’est peu dire. Les moutons, mes chers moutons sont les démons, tous les démons, je les guide car, de fait, je suis la seconde assumée et unique du berger. J’ai juste des moyens de pression un peu trop extrêmes, disons que le mouton peut parfois se retrouver dans le fossé ou égorgé pour mauvaise conduite. Un chien-loup réagit de façon excessive, je crois. Les moutons, je leur gueule dessus pour qu’ils écoutent et alors tous en rang, s’imitant l’un l’autre, ils finissent toujours par plus ou moins être dans les clous. Bien bien, mais ce n’est pas cela qui était le plus utile pour expliquer ma pensée matinale. Le chien ne peut vivre sans son berger, il lui offre nourriture et une occupation. Si pour la nourriture, elle est d’une autre nature, Dragón me fournit bien cette occupation, par sa propre personne ou les tâches qu’il me confît. Quand il n’est pas là, je souffre de ce manque. Si je peux trouver nourriture autre part, l’ennui vient néanmoins exercer son emprise sur ma personne. Peu à peu, il me dévore et j’en deviens folle. Cependant, le chien ne pourrait-il pas jeter son dévolu sur les moutons ? Oui, c’est cela l’idée qui avait germé dans mon esprit. Il peut, quand son partenaire de prédilection manque à l’appel, se contenter de la masse blanche et s’amuser avec quelques-uns, de quoi repousser toute lassitude mortelle et fatale.

Je m’étais alors relevée prestement. Je n’avais qu’une idée en tête et elle m’obstinait. J’en oubliai ma tenue légère et je quittai déjà ma chambre pour arpenter mes appartements. En si peu de temps, j’avais conquis ces salles et avec un sourire triomphant, qui contrastait avec ma lingerie, je pénétrai dans la salle de bains. Un tel confort m’était indispensable et ce bois pâle m’adoucissait. J’avais eu la décision d’en finir vite avec mes ablutions matinales pour commencer la journée et assumer l’idée du chien de berger jusqu’au bout. Il faudrait retrouver le chambellan et cacher cette affaire scandaleuse à Son Excellence, qui refuserait déjà par principe une de mes propositions. Il était toujours là derrière son bureau à afficher ses traits neutres, se refusant à laisser perler de son regard la moindre émotion. Peut-être jouait-il avec son encrier, plongeant à de multiples reprises sa plume. Battait-il la mesure de ses doigts endurcis et entraînés ? Son regard ambré se perdrait-il sur mon corps, si je venais à trouver l’ambiance trop lourde, retirant une couche de vêtement ? Je n’avais laissé que vagabonder mon esprit un temps seulement et je me retrouvais déjà assise dans le sauna, à ne songer seulement qu’au bâton du berger.

Quand les réjouissances furent terminées, j’eus plaisir à ôter ce qu’il me restait pour filer sous la douche et l’eau chaude coulait sur ma peau sans que je n’y fasse plus attention. J’étais un brin perdue, tantôt les pensées coquines de la matinée me revenaient et me dégoûtaient déjà, tantôt je planifiais ma journée d’avance. Je n’avais pas économisé cette eau chaude que bientôt ce fut la douche froide… J’avais sans doute trop traîner à me poser des questions. Le retour à la réalité picota ma peau, plus habituée à la chaleur d’un lit qu’à l’impitoyable caresse d’un flot glacial. Une serviette vint s’enrouler autour de mon corps et je quittai précipitamment la salle de bains. Je progressais dans les salles par petits bonds, m’armant de furtivité. Je savais bien que le chambellan avait accès à mes appartements sinon ma chambre. Si auparavant, je n’avais craint qu’il me trouvât en charmante tenue, j’avais depuis calmé mes ardeurs et me retrouvai dans une volonté naturelle d’épargner à ces messieurs la vue inconditionnelle de mes formes. Bien allez, encore quelques pas ! Je me rhabillai avec une tenue plus confortable que cette serviette blanche que je laissai traîner sans gêne au beau milieu du lit.

J’avais ensuite retrouvé le chambellan, il passait justement son nez dans mes appartements et pénétrait dans l’antichambre. Je l’arrêtai net et lui priai de s’asseoir près de moi. Mes jambes croisées, j’affichai un sourire malicieux et un regard taquin. Henry, lui, était imperturbable et afficha de plus belle sa courtoisie légendaire. Il me plaisait énormément quand il s’adressait à moi de cette façon. Je lui fis part de mon idée, celle du chien-loup avec son berger. Il ne lui prit aucun sourire et écouta avec diligence et sérieux. J’en vins naturellement à la conclusion de me tourner vers les moutons, et il comprit rapidement, se relevant déjà. Il prit congé poliment et revint dans les minutes qui suivirent avec du papier à lettre, un encrier et une plume. Nous nous installions dans ma chambre sur le pupitre. Ainsi, je lui suggérai mes pensées et il retranscrivait. Il était d’une vivacité d’esprit incroyable et ne rechignait à aucune modification que je lui indiquai. En moins de trois heures, j’avais réussi à lui expliquer le fond de mes motivations et il me répondit d’une liste d’invités. Ses suggestions furent bien accueillies et ce temps passé fut l’excellent traitement contre ma crainte de l’ennui. J’ajoutai aussi la mention d’une entrevue avec la personne avec qui je sentirai le plus d’affinités. Si cette personne existe, je ne me forcerai aucunement si les invités sont d’odieux bougres. Je vaux mieux que ça et j’espère qu’ils le comprendront d’eux-mêmes. C’était lancé, dans une semaine, des invités seraient présents pour une soirée mondaine de présentation, dans mes appartements. Le chambellan se chargerait de tout, de l’envoi à la réception, il semblait presque heureux de s’adonner à cette petite fête.



~~~~~~~~~~~~~~~



La semaine est passée vite. Avec le recul, je trouve encore que mon idée n’est pas sans se départir d’une certaine folie. Les Démons ont cette tendance mal avisée et cette propension à la trahison, faire connaissance et montrer ses propres appartements n’était-il pas une étourderie ? Je prenais ce pari dingue que ma franchise et le pas que je faisais vers eux m’écartaient de leur esprit torturé de défection. Et s’il en est autrement, je n’aurai que plus de missions encore… loin du berger. Enfin, inutile de suspecter de mes invités un esprit de rébellion. J’imagine facilement que ceux qui ne peuvent me voir en dessin ne viendront définitivement pas. Je n’aurai donc normalement ce soir que les curieux ou les fidèles. A priori. Il va me falloir les impressionner, que je sois d’un grand éclat. Idiote ! Ma semaine s’est orientée sur un tout autre pan que l’organisation de ma soirée, je n’ai même pas quelque chose de propre à porter. J’ose espérer que Henry, lui, a réglé tous les problèmes logistiques, j’avais insisté sur la musique et le pianiste. Merde, j’espère vraiment que ça a été fait. Je n’ai pas toute la journée, je dois aller tout de suite vérifier que tout est prêt. En passant par l’antichambre, j’ai vu avec horreur l’heure que me présentait l’horloge. Midi était passé… Il va falloir que j’arrête de traîner dans le lit et au sauna. Enfin, faut croire que je le mérite ce confort, donc bon, est ce que je peux bien m’en vouloir après une enfance difficile de profiter de jouissances raisonnables et responsables ?  Le chambellan n’est pas très loin et il me confirme bien vite que tout est prêt et que les derniers détails sont avisés. J’en retire un grand soulagement, je serai passée pour quoi si rien n’était bon et que les invités découvraient tout cela ? Tu parles d’une galère… Je dois garder l’apparence, rien de mauvais ne doit se passer durant la soirée, tout doit être réglé pour qu’ils aient bonne opinion de moi. Si mes moutons me jugent incapable, comment je peux faire ensuite pour régner au milieu d’eux ? Par la crainte ou l’admiration, il faut que je donne le meilleur de moi-même.



« Pour le musicien, tout est bon ? Je compte vraiment sur une ambiance musicale qui nous mette dans des prédispositions utiles à la conversation et la détente. »


« Votre Magnificence, il va sans dire que le pianiste qui vous accompagnera est un musicien accompli. J’ai éprouvé de réelles difficultés à l’embauche de ce démon car aucun humain n’aurait été invité pour une telle soirée. »


Sans blague. J’ai déjà hâte de voir ce que ça donnera que ce musicien accompli. Il semblerait que nous n’aurons pas de chant dans ce cas, s’il n’est que pianiste, fin bon, je pourrai toujours lui demander de pousser la chansonnette. Je m’interdis de chanter, c’est du passé tout ça, puis pfff… comme si j’en avais encore envie ! Je n’aurai pas demandé quelqu’un si je pouvais m’en charger. Ça donnerait quelle image de chef si je me mettais à chanter pendant la réception ? Non, ce n’est pas sérieux et je ne connais que des musiques qui n’auront pas leur place dans un décor victorien. Pas pour moi. Pour la logistique plus basique, je fais confiance à Henry et puis, si, d’aventure, rien ne va, je changerai de chambellan. Je le regretterais bien sûr, un gentilhomme si courtois et révérencieux. Il est fort prévenant donc non, je ne pense pas que j’aurai à lever le petit doigt pour le bon déroulé de la réception. Je le quittai alors, descendant pour atteindre les cuisines. De là, je me sers un sandwich que les serviteurs ont eu le bon goût d’anticiper. Par quel procédé ingénieux s’en sont-ils doutés ? Nul besoin de se poser d’autres questions, car il y en a une qui reste en suspens. Comment dois-je m’habiller ce soir ? Ah non, je bannis le cuir, je ne peux pas me présenter ainsi. C’est sûrement des tenues dans lesquelles on est habitué à me voir, mais je veux marquer les esprits. Et puis, je ne connaitrai pas grand monde, je vais donc jouer et changer de comportement vestimentaire, comme pour prétendre à une autre identité. Ils seront bloqués dans leur certitude, si des rumeurs ont déjà circulé sur moi. Je ne doute pas que l’un m’imagine toujours dagues en main, les abattant même sur le bois de mes portes, ou encore cet autre qui pourrait se créer ses fantasmes du cuir, du fouet et de ma personnalité brûlante. Mais quelle idée saugrenue, il faut vraiment être d’une incroyable stupidité pour prétendre au fait que je porte une arme si peu létale. Si je pouvais trouver des robes comme celles d’antan, ce serait le contrepied parfait et je collerai au moins au décor.

Je suis pressée, mon regard en témoigne quand je le pose sur les gardes du palais qui me laissent quitter les lieux sans autre forme de procès. Dans mon accoutrement habituel, j’attire déjà les attentions. Certains se délectent des zones de peau visibles, d’autres du pantalon serré qui vient lécher mes formes et enfin la plupart ne me veulent pas dans leurs pattes et se décalent. Que ce soit anges ou démons, ceux qui perçoivent mon aura s’écartent. Je l’ai encore laissée s’exprimer et me voilà dans cette sublime flamme à parcourir les ruelles de la cité. Quelques mortels me bousculent et j’en tiens pas rigueur, je rends coup pour coup. Quand ce gros bonhomme bouffi m’a interpellée pour l’avoir coudoyé trop brutalement, j’avais déjà disparu avec une agilité qui défiait sa ridicule capacité d’observation. Mon sang bouillonnait mais simplement pour la perspective de trouver au plus vite une boutique qui satisferait mon désir. Je n’avais pas de temps à perdre, et c’était probablement un don qu’il m’eut croisée ce jour-ci plutôt que le précédent ou le suivant, l’issue aurait été bien différente. La balade n’était pas agréable, je n’étais pas de ces gens à vagabonder à l’extérieur pour passer le temps, c’était s’en remettre au hasard ou au destin et je ne me risquais jamais à tomber dans l’ennui ‘‘par hasard’’. Ma préférence s’en allait à visiter Dragón, j’étais sûre de m’occuper alors. Pour peu qu’il fût là.

Rien, pas une boutique qui ne satisfaisait mes plus hautes exigences et je tournais déjà depuis près de trois heures. J’avais ralenti le rythme et je m’essayais à songer aux possibilités d’accessoires et de maquillages que je retenais derrière chaque tenue. Et ce fut à ce moment que je le perçus. Je ressentis comme un nœud en travers de la gorge puis ce poids sur la poitrine. Et pourtant rien de physique, je n’étais pas en train d’être étranglée ou étouffée. Alors d’où cela provenait-il ? L’anxiété. Comme celle de la diva qui entre sur scène, celle de l’étudiant qui porte son projet devant ses professeurs, celle de la jeune femme avant sa défloration. Bon d’accord, la dernière est peut-être un brin exagérée. Néanmoins, j’avais cette pression en moi, était-ce le fait de ne pas avoir encore trouvé quelque chose de convenable ? Le fait d’être confrontée à d’autres ? Mais non, j’en avais bien l’habitude et cela provoquait en moi seulement excitation. Ah… Il est vrai que j’avais oublié un menu détail, minuscule précision dans cet océan de préparatifs. Dragón n’était pas tellement au courant de tout ça. Son Excellence ne savait pas qu’une réception était organisée au sein de son Palais, quoique ce fut dans mes appartements. J’imagine avec raison que mon chambellan ne s’est pas non plus enquis de lui présenter le projet. Tout s’est fait en catimini, laissons le Roi hors de ça. Il ne serait pas venu et puis… C’était donc cela ma source d’angoisse, le fait qu’il découvre la supercherie, qu’il arrive en fureur pour tout faire capoter. Il en était capable et alors s’en suivrait une confrontation spectaculaire car je me battrai bec et ongles pour ma réception, je ne lâche pas mes oisillons comme ça, ah oui on avait dit moutons, pardon. Je dois vraiment me le sortir de la tête, arrêter d’y penser. Il découvrira la chose, mais après que tout se soit passé et qu’il ne me porte honte auprès de mes invités. Imaginez-vous invité par un ami tandis que son conjoint vient vous jeter dehors juste après, désarmant n’est-ce pas ? Attendez, j’ai dit « conjoint » … C’était juste pour l’exemple, seulement pour l’exemple, c’est pas comme si Dragón et moi on… Oh et puis merde !


J’ai finalement trouvé quelque chose qui me convient, on verra bien ce que ça donnera ce soir mais j’ai toujours l’intention de faire forte impression. Si ma tenue ne leur convient pas, ma personnalité les carbonisera, haha ! Quoiqu’en fait, je m’en fiche, je veux juste repousser mon ennui mortel et je suis déjà contente que mes préparations personnelles me poussent à effectuer quelques recherches, ça me tient occupée. En ville, je me rends compte que j’ai trop traîné et après avoir par la même fait mes emplettes concernant mes chaussures, je dois me hâter de retourner au Palais. Il est 16h et les invités ont été convié pour 18h, m’assure Henry qui s’est chargé à la suite de la lettre de faire parvenir un détail des us et coutumes. J’ai quoi… que 2h pour me laver, m’habiller, me maquiller ? Oula, ça s’annonce mal. Bon au pire, j’arriverai en retard, ça leur fera un peu les pieds non ? bah quoi ? ils avaient qu’à rester chez eux s’ils voulaient du calme. Je profiterai de la douche pour calmer mes nerfs je crois. Je veux essayer d’être moins à cran, et pour ça, cela devrait aller si Dragón ne se pointe pas, physiquement ou dans mon esprit, c’est la même. Le moment est délicieux et j’apprécie de me rafraîchir encore mais je n’ai pas tout mon temps, après les trois lotions utilisées, je dois me sécher et commencer à m’habiller. Je me réserve de porter les talons quand tout sera terminé. Maintenant, il me faut du temps pour m’apprêter, je veux être présentable alors question maquillage je dois être rayonnante et ma coiffure peut-être un peu plus travaillée que simplement relâchée. Je travaille sur tout cela, sans une pensée détournée, sans anticiper la soirée. Ma seule tâche était d’être bien mise, et c’est sans doute grâce à Henry qui s’occupe du reste.

Je sors alors de ma salle de bains. Le chambellan m’explique alors que les invités seront dirigés jusqu’à l’aile au second étage. Après avoir gravi les escaliers, ils seront accompagnés par lui-même et là, il me laissera en leur compagnie et celle du pianiste déjà en place, ne me rejoignant que pour servir les boissons. Des serviteurs pourront graviter autour d’une table de bois spécialement installée pour l’évènement et remplaçant l’ancienne jugée trop petite. De petits amuse-gueules sont déjà proposés dans des plats en verre, leurs formes et leur goût sont si variables qu’il plaît au chambellan de croire que tout le monde s’en trouvera comblé. Champagne, vin et whiskey, rien d’autre. Il est raisonnable de penser que la qualité des boissons est sous la réserve de mon bon Henry et que si plainte il y a, je ne manquerai pas de le rosser convenablement. Il m’a parlé du fait que le thé pourrait être servi à toute heure, tant qu’une demande est faite, sans aucun problème. Pour le reste, rien n’a été dérangé dans le petit salon et j’en suis plutôt satisfaite. Imaginer ce lieu un peu plus chargé de vie renforce un peu plus mon excitation. Je suis fin prête, tout est prêt, on va pouvoir commencer.

Hannah Le pianiste me fixe un moment, les serviteurs sont confus de me trouver en pareille tenue et le chambellan ne se cache pas d’afficher un sourire satisfait. Je crois que je peux plaire ainsi. En fait, je me crois même assez sexy. Je ne sais pourquoi j’en viens à me placer ainsi, mais j’arrive près du piano, tournée vers l’entrée de la pièce, de profil au pianiste qui pose un regard envieux sur ma poitrine. Je fais mine de ne rien voir, posant seulement ma main sur le bois du piano à queue, le regard un peu dans la vide, à garder le maximum de contenance possible. Une réception est toujours difficile et je suis la seule officielle du palais, tout repose sur mes épaules. Je ne dois pas me laisser porter et agir à ma convenance, je représente, avec amertume, ce cher Dragón également. Je ne suis plus seulement Hannah Lormys mais la seconde du Vrai Roi, comme le nomme Henry, et à raison. Me voyant dans cette posture et inspirant profondément, Henry s’esclaffait alors.



« Je vois que Madame va nous offrir l’immense honneur d’un chant, je m’en vais prévenir nos hôtes, qui arrivent tout juste, que leur entrée se fera avec votre précieuse voix. »


Le voilà qui s’incline et disparait du salon en prenant soin de refermer les portes derrière lui. Je me retrouve alors avec ce pianiste complètement abasourdie. Impensable que je pousse la chansonnette, non, c’est pas vrai ça ! Le musicien, ce brun à la nuque dégagée, vêtu d’un gilet noir recouvrant une chemise blanche impeccable à manches longues, s’était permis de dégager d’une valise, dans le coin derrière le piano, une guitare acoustique. Il s’accordait rapidement et, moi, confuse j’étais restée dans l’exacte position avec laquelle Henry m’avait quittée. Le musicien me jette un regard puis s’exprime dans une voix claire :


« Nous allons chanter l’Ave Maria, un classique des classiques. Je commence et vous suivez ensuite, cela vous va, Madame ? »





(Pour vous mes andouilles avec vos navigateurs du Moyen-Âge)


Ce passionné n’attendit aucune réponse et commençait déjà ses arpèges. Il y joignit une voix que je n’attendis pas. Et avec fureur, le chant me rappela à quelques années auparavant quand nous nous étions joints, Etienne et moi, sur ce même chant. Un flot de souvenirs m’envahit et je n’arrivais pas à trier, la musique me guidait, balançant doucement ma tête d’un côté puis de l’autre, la main toujours appuyée sur le piano. J’étais transporté sur scène, entourée des spectateurs levant les bras haut, bercés par la douceur du chant. Je me retrouvai à recroiser le regard d’Etienne, trop fier de chanter pour une fois avec sa femme. Il n’était pas très doué pour ça, mais pour ce chant qui faisait écho au croyant qu’il était, cela le réconfortait. Je dois avouer que si Etienne se défendait, le musicien à mes côtés à cet instant était un petit génie. Je ne pensais pas qu’un pareil être existait à Damned Town. Il avait une capacité que je n’avais pas envisagé, ce brun mystérieux, et la langue qu’il employa m’était familière, rien qu’un peu. Du finnois, c’était ça. Je lâchai un regard timide en sa direction, quelque peu charmée par son exercice et la démonstration de son talent. Puis, me laissant porter doucement, je vis la porte se rouvrir face à moi, le musicien ne s’arrêta toujours pas, laissant les hôtes pénétrer dans le salon. La pression monta en flèche en moi et alors que mon regard vagabondait sur tel ou tel invité, je ne reconnaissais rien et n’observais rien, j’étais toute entière tournée vers ce que je devais présenter. C’en était fini, maintenant qu’ils étaient informés par Henry et à me voir ainsi à côté du chanteur-musicien, je ne pouvais plus me retirer. Je devais me lancer. Par chance, j’arrivai à raccrocher aux wagons de ma mémoire quelques bribes de paroles latines. Curieuse langue que Dragón révère mais que je me devais d’employer pour le chant. Superbe… Espérons que cela n’aura pas le don de l’invoquer. Et si je faiblis, je me rappelle enfin des paroles en anglais, ce sera mieux que rien.

Je n’ai plus le temps de songer à rien que je me dois de commencer, le musicien me fait le signe et ayant déjà chanté l’Ave Maria, je sais quand démarrer. J’ai confiance en moi, j’ai eu une carrière sur Terre, je dois assurer maintenant que je suis dans l’obligation de faire le spectacle. Je ferme les yeux et laisse ma voix emplir peu à peu le petit salon, me refusant à croiser le regard des invités alors que j’étais là, debout et un peu idiote. Je me laisse guider, les mots me manquent mais je joue simplement des vocalises et de ma dextérité pour combler la densité des paroles en latin. J’espère que la chose passera et que cet acte, promis par mon généreux chambellan, ne sera pas empreint de gêne et de déshonneur… Ce serait affreux pour… Mais je ne pense soudainement plus. Je suis le chant et mes yeux se rouvrent, portés sur un horizon plus lointain que mes hôtes ou la salle autour de moi. Rien ne me fait plus plaisir que de jouer de ma voix, sans conséquence, sans même une raison. Juste un moment de bonheur et d’intimité avec des hôtes dont je ne connais pas le visage, car je ne me concentre sur rien. Je partage avec eux, ma voix se fait l’écho de sentiments profonds que je cache mais le chant, lui, le chant trahit toujours s’il est honnête. Malheureusement, je ne sais mentir à travers la musique.

Quand le chant et la musique se seront arrêtés, je poserai délicatement mon attention sur chacun dans la salle, après avoir envoyé un regard insistant au musicien, si talentueux. Juste des yeux pour lui transmettre mes remerciements pour ce duo. Puis, je m’avancerai vers mes hôtes dans le souhait de me présenter mais d’abord, il me faudra savoir si cette étrange entrée en matière leur aura fait un quelconque effet. C’était primordial.

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MessageSujet: Re: Omnia dicta fortiora si dicta Latina (Sur invitation d’Hannah) Lun 30 Juil - 1:36


Omnia dicta fortiora si dicta Latina

« Vit heureux mon fils, je suis fier de ce que tu es. »

« Mère, je vous en prie, ne me laissez pas ! »

Puis, un dernier sourire, puis plus rien. Ce furent les dernières paroles de ma mère.
Cette scène, je m’en rappelle comme si c’était hier. Ce sourire, c’est le genre de sourire plein de tendresse, et de bienveillance que les mots ne peuvent décrire.

« Vit heureux »
Vivre heureux… Est-ce que je savais encore réellement ce que c’était ? Ma mère, les êtres qui m’était chers, tous sont partis m’ont tourné le dos, m’ont abandonné, me laissant pour seule compagnie la solitude. J’ai tellement été déçu par l’être Humain… Et l’unique fois ou je me disais que ça serait peut-être différent, le couteau n’en fut que remué dans la plaie. Etre heureux… C’est tellement abstrait pour moi aujourd’hui que je ne sais plus quel sentiment cela peut bien procurer.

Je soufflai un bon coup, le regard perdu dans le vide. Ces paroles me hante, ce sourire me hante, ce rêve me hante, cette vie me torture.

Après plusieurs minutes, je trouvai enfin le courage de me lever. M’arrêtant devant la glace, j’en profitai pour regarder ma silhouette. J’avais bien piètre allure : ma chevelure partait dans tout les sens, je perlai de sueur, en bref, j’avais passé une magnifique nuit à cogiter et cauchemarder.

Il m’en fallu ni une ni deux pour que je parte en direction de la salle de bain. Plongeant dans le bain glacé, il fallait que je me change les idées. J’étais de sale humeur. Et plus j’y repensais, plus je devenais mauvais. Ce que je peux tous les haïr. Zieutant la surface de l’eau, la tête à moitié immergé, j’en profitai pour faire des bulles en soufflant, tel un gosse. Au moins ça me faisait penser à autre chose.

Vous trouvez ça futile de se rattacher à son passé de la sorte ? Ah mais les souvenirs peuvent être attendrissants comme une véritable torture au possible… Comment ? Vous dîtes que c’était ma vie d’auparavant, ma vie d’humain ? Ca tombe bien, les humains sont des démons. Donc c’est du pareil au même.

Comment j’allais bien pouvoir m’occuper aujourd’hui ?

Je sortis en peignoir, vers la cuisine. L’eau était sur la gazinière, attendant patiemment d’être chauffée pour le thé. Le temps de sortir de quoi rapidement déjeuner, je pris la direction du salon pour y mettre en marche la platine. Le doux crépitement du vinyle sur le diamant de l’appareil, quel son des plus… Naturel si je puis dire ? Même si certains le trouverait insupportable, j’y vois un certain charme. A la bibliothèque de la ville, j’ai lu qu’il s’agissait d’un ancien appareil datant du XXième siècle. Et moi qui vient du milieu du XIXeme, que suis-je censé dire ? Que je suis une vieillerie, que je fais plus vieux que ce que je parais ? Cette absurdité me fit doucement sourire.

Un sifflement retentit, signe que le thé allait bientôt pouvoir être servi. Multipliant les allers-retours entre le salon et la cuisine, je fis un court arrêt par le couloir de l’entrée afin d’y récupérer le journal. C’est que j’avais mes petites habitudes à le lire au moment du petit déjeuner. Le ramassant, je me cognai la tête contre une étagère. Misère… Quelle idée j’eus à la mettre à l’entrée comme ça ? Un papier tomba de cette dernière, plus précisément une lettre. La ramassant, je fis demi-tour en direction de la salle de séjour.

M’assoupissant sur le fauteuil en cuir, tasse à la main, je regardai du coin de l’œil cette fameuse lettre. Il ne me fallut pas longtemps pour me remémorer son contenu : une invitation donnée par une certaine Hannatheme Lormys écrite de la main d’un… Chambellan ? Serait-elle de la noblesse ? Voilà bien longtemps que je n’avais pas eu l’occasion d’en côtoyer. Rien que d’y repenser me répugnait. « Qui sait, peut-être sont-ils plus ouverts et dignes de confiance que les Humains ? » aurais-je pensé si j’étais candide. Malheureusement, je ne le suis pas.

Arfh Jake, Jake, Jake… Calme toi, ça ne te ressemble pas tout ça. Tu vas même à l’encontre de tes principes en faisant des stéréotypés. Comme si les Démons étaient tous de grands méchants et que les Anges étaient les gentils sauveurs. Qu’en sais-tu alors que tu ne les a pas vu ? Surtout que bon… En soi, n’es-tu pas un Démon ?

Je relus une fois de plus la lettre en y esquissant par moment de légers sourires. Ce Henry Presidium avait porté une attention particulière à l’invitation. Je me demandais s’il en était pareil des autres invités. En tout cas, tout y était pour que j’y aille : décor victorien, thé servit à toute heure… Il savait parler à des conviés, du moins, caresser dans le sens du poil. Avec du recul, je finis tout de même par me demander comment il sut tout ça ? Il avait réussi à piquer ma curiosité. Ah satanée curiosité, un jour, tu causeras ma perte…

Je me demandais qui était invité… Je connaissais certes quelques-uns de mes congénères, mais c’était plus de vu que réellement connaître à proprement parler. Il est vrai qu’après avoir pris la poudre d’escampette durant un an, je ne devais pas réellement connaître grand monde. Et ce n’était pas avec mes deux arrêts au « Le Nocturne » que j’allais changer la donne.

D’ailleurs, je me rappelle de qui ? Il me semble qu’il y avait Casey, la dirigeante du bar. Elle a une vision des choses… Bien à elle si je puis dire. Alec, ou plutôt, blondinet effronté. Je ne lui ai jamais réellement parlé car ce dernier se mettait toujours dans des positions indélicates et me paraissait très susceptible. En plus d’être effronté bien évidemment. D’où le surnom donné. Et enfin, à ma dernière connaissance, Alizée. Alors, elle, c’est typiquement le stéréotype d’un pirate dans les contes pour enfant. Bière à la main, bruyante. Elle semble franche, à dire directement les choses qu’elle pense. D’ailleurs, selon elle, je serai un coincé. Je me mis à lâcher un sourire. Mais d’un autre côté, je trouve cet aspect plaisant à regarder et elle m’a l’air d’être de bonne sympathie. Enfin, c’est vite dit tout ça, il ne faut jamais juger un livre sur sa couverture.

BREF, mis à part eux, je ne connaissais personne. M’étant dit que c’était une bonne opportunité de savoir ce que devenait Damned Town, ce fut avec plaisir que je me mis à accepter l’invitation qui est pour… Aujourd’hui ?

Relisant bien en diagonale une énième fois la lettre, je sortis la montre à gousset pour y voir le jour que nous étions. L’appel fut sans attente : les dates concordaient.

« Moi qui me demandait quoi faire aujourd’hui… »

J’allais devoir m’affairer à diverses velléités comme venir en tenue présentable, savoir ou se situe le Palais, m’orienter jusque là-bas… J’en viendrai presque à oublier le mauvais rêve de ce matin…



Il était 12h à ma montre, j’avais soit 5h30 devant moi environ et depuis… Je n’étais pas avancé. A peine étais-je sorti que je me mis à flâner de ça de là dans les rues de notre magnifique cité. Quelle tête en l’air je suis...

Cependant, même en m’étant arrêté dans quelques boutiques, je ne trouvai rien qui m’allait. Ce matin, je disais venir en tenue présentable mais… Je fis rapidement un tour sur moi-même devant la vitrine d’un magasin. … J’ai remarqué qu’on me faisait souvent la réflexion sur la tenue que je portais. Est-ce que je sortais tellement du lot par rapport aux autres habitants ? Haha, heureusement qu’il ne s’agit qu’en apparence alors.

Cela dit… En un sens, si je venais à cette soirée de courtoisie dans le même habit que d’habitude, je devrai y être suffisamment élégant ?

« Tss et voilà que je me prends la tête pour rien maintenant ! »

Puis, je me surpris à m’esclaffer, en riant de ma propre bêtise :

« J’ai l’impression de perdre de l’âge en disant de telles broutilles. Ah là là… Capricieux, têtu et arrogant. Je suis vraiment un sale gosse. »

Après quelques minutes je repris mon sérieux. Finalement, j’irai avec les mêmes vêtements que d’habitude. Au moins, je serai dans le thème et cette mystérieuse Hannatheme pourra dresser une esquisse de l’étrange personnage qui se tiendra devant elle.

Il ne me restait donc plus qu’à trouver mon chemin jusqu’au Palais pour être prêt. Ce qui en soit n’était pas trop compliqué. Il suffisait de dénicher une carte de Damned Town dans les archives de la bibliothèque et le tour était joué. Ca me refaisait penser aux chasses au trésor que l’on menait mon frère et moi. Bizarrement, les valets qui nous accompagnaient nous laissaient toujours gagner. Enfin, le laissait gagner plutôt.

Trêves de mondanités et de rêvasseries, me voilà devant le sanctuaire du savoir. Je parcourrai d’un pas décidé les innombrables rangées de livres qui se dressaient sur mon chemin. Ayant autrefois passé beaucoup de temps ici, je finissais par bien connaître l’endroit. Carte à la main, je la déroulai sur une grande table afin d’y voir plus clair.

Il fallait que je trouve des PPP pour ne pas me perdre. Vous ne savez pas ce qu’est ce fameux « PPP » ? C’est l’abréviation de « Point Particulier du Paysage » c’est comme ça que j’ai appris à m’orienter et à me repérer. Une fois ma petite recherche effectuée et mes PPP dénichés, je remis la carte à sa place, et partit en saluant respectueusement la bibliothécaire. Bien évidemment, je n’avais pas les mains vides. J’avais emprunté d’autres livres, mais ceci est un détail.

Je regardai à nouveau ma montre : 16h. Le temps de rentrer, pour y déposer ce que j’ai emprunté, et boire un dernier thé il sera quoi ? 17h environ ?

« Bien, partons sans plus attendre, l’heure fatidique approche ! »

D’un pas un tantinet joyeux, je me mis à chantonner un petit air en regagnant mes appartements.



Je vous épargne les détails sur ma courte halte, de ma légère brulure que je me suis faite sur la langue en buvant le thé apparemment trop chaud ainsi que du chemin jusqu’au Palais des Démons.

Je me retrouvai là, au pied du royaume. L’endroit n’avait pas changé d’un pouce depuis la dernière fois lors de mon entrevue, avec notre souverain Dragon. Touchant la pierre dans laquelle était taillée le Palais, je ne pus m’empêcher de faire une remarque : elle était glaciale, tout comme avant.

« Monsieur, par ici je vous prie. »

Mon attention fut rapidement détournée. Un homme me faisait signe de rentrer au sein du Palais. Entamant le pas, il me suivit de très près. Même si de l’extérieur, j’avais quelques souvenirs de mon escapade ici, je dois bien avouer que vu de l’intérieur, j’étais quelque peu désorienté.

« C’est ici, veuillez patienter un instant s’il vous plaît, le temps que les autres invités arrivent. »

« Je vous remercie. »

Etais-je le premier arrivé ? Précédent ce coup-ci l’homme, ce dernier ferma la porte derrière moi. Levant la tête pour savoir dans quelle pièce j’étais arrivé, il ne me fallut pas longtemps pour la reconnaître. C’est ici que j’avais également attendu lors de ma première venue. Léger sourire aux coins des lèvres, je ressentis l’excitation monter de nouveau en moi. Ces vestiges complètement décalés par rapport au reste de la ville, l’Histoire qu’ils pouvaient contenir, tout cela, je m’en rappelle lors de ma première visite.

Tournant un peu en rond dans l’immense salle, et m’y arrêtant de temps à autres pour y admirer les différents artéfacts, je pris tout de même le temps de regarder une énième fois l’heure. Je ne devais pas être autant en avance tout de même ?

18h.

Il semblerait que si finalement. Moi qui n’aime pas être en retard ou en avance… « Rien ne sert de courir, il faut partir à point. » comme disait un célèbre poète français. Je me grattai la tête légèrement embarrassé.

Au même moment, la porte s’ouvrit à nouveau. De nouveaux invités étaient arrivés. Les regardant très rapidement du coin de l’œil, je me remis à mes observations. J’irai les saluer plus tard, lorsque nous serons tous à la salle de réception.

« Bienvenue à tous. »

Un homme, qui paraissait aux premiers abords, mieux vêtit que le personnel déjà présent, fit irruption dans la salle.

« Je me nomme Henry Presidium. Je vous remercie d’avoir tous rapidement répondu à l’invitation de sa Magnificence Hannathème Lormys. Si vous voulez bien me suivre, la cérémonie va commencer sans plus attendre. »

Alors, le voici, le fameux chambellan de Madame, l’auteur de nos invitations. Sans un mot, je me joignis discrètement au reste du groupe. Certains parlaient entre eux, d’autres, comme moi, étaient silencieux.

Nous enchaînions les marches d’escaliers, les couloirs. J’étais loin de m’imaginer que le Palais était aussi grand. Si jamais je devais me repérer, je serai clairement perdu. Au fur et à mesure de notre progression, une douce mélodie se faisait de plus en plus imposante. De la guitare ? Bien normal vous me direz, il faut bien donner le rythme. En tout cas, l’interprète jouait magnifiquement bien. Si vous tendiez l’oreille, vous pourriez percevoir un léger champ féminin accompagnant la douce mélodie. Timide et peu rassurée, il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour prendre de l’assurance et se mêler de plus belle à l’accompagnement. La tension commençait à monter, je me mis à frissonner, l’excitation en moi ne faisait que grandir lorsque soudain, deux grandes portes s’ouvrirent, nous aveuglant presque tant l’endroit était illuminé. Un léger parfum très agréable, se dégageait de la pièce. Tout avait été pensé avec minutie. J’avais des étoiles dans les yeux, tel un enfant devant un magasin de jouet

« C’est ici que se déroule la soirée. Je dois vous laisser. N’hésitez pas à faire appel au personnel déjà présent dans la salle en cas de besoin, je vous souhaite à tous, de passer un agréable moment. »

Puis, les portes se refermèrent derrière nous, laissant le chambellan partir s’affairer à ses occupations. Droit, courtois, respectueux, franc. Cet homme, savait employer les mots justes. C’est normal, me direz-vous, mais ce personnage avait un je ne sais quoi, que je ne savais percevoir…

Le décor était magnifique, somptueux même je dirai. Nous nous serions vraiment cru en pleine époque Victorienne pour le coup. C’est vraiment plaisant de voir que certaines personnes y voient un quelconque centre d’intérêt. Pour la peine, je n’en fus pas trop dépaysé. Moi qui avait opté pour des appartements un peu plus « moderne » j’aurai peut-être dû rester à quelque chose de plus classique ?

Force est de constater que le rouge était tout de même omniprésent. Pourquoi pas après tout ? Je me sens bien à l’aise avec le vert émeraude.

J’en viendrai presque à oublier la douce voix qui nous berçait depuis notre arrivée. Presque, car elle se situait juste devant nous. D’un rouge resplendissant et d’un noir provocant. C’est ainsi que je la décrirai. Est-ce elle, Hannathèmme Lormys ?

J’en fus étonnamment surpris. Que quelqu’un de haut placé nous accueille en chantant, voilà qui est des plus étonnants.


Cependant, je ne pus m’empêcher de me poser certaines questions : qui est-elle, pourquoi nous avoir conviés ici, quel est son caractère, ses objectifs, ses intentions ?

Tant de questions qui me venait à l’esprit et qui, dans un futur proche trouveront peut-être une réponse ?

La couleur de l’espoir et de la fatalité finiront-elles par faire bonne entente ? Seul l’avenir nous le dira.





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MessageSujet: Re: Omnia dicta fortiora si dicta Latina (Sur invitation d’Hannah) Lun 30 Juil - 15:33

Aile Ouest du Palais
Omnia dicta fortiora si dicta Latina
Henry Presidium.. Mais quel nom à la con encore ! Avaient-ils vraiment besoin d’étaler leurs titres jusqu’à en marquer leur propre sobriquet ? Pour la dixième fois, Alec relut la lettre qu’il avait reçue la veille : une missive du « Chambellan de Dame Lormys ». Si vous voulez mon humble avis, ces simples écrits nous avaient ramenés à la bonne vieille époque du fanatisme et de la royauté. Bien qu’il ait, au cours de sa petite vie, lu quelques extraits de grandes littératures, cette manière ampoulée de formuler des souhaits l’avait sidéré. Il se serait plutôt vu recevoir un parchemin, et encore, un post-it -rédigé néanmoins avec le plus beau des orthographe - : « Magne toi le cul, on t’attends au palais. Rdv 19h, la semaine pro ». Au lieu de ça, on le forçait de milles traductions.

Soupirant de fatigue, le démon alla caler son dos contre le fond de sa chaise. Au dessus de lui, la douce lumière de la led projetait son ombre vacillante, éclairant le papier d’ombres effrayantes. Au moins, fort de ses lectures, il avait fini par capter l’ensemble des enjeux que ce mince bout de parchemin contenait. Plusieurs grandes informations s’y bousculaient. La première ? Savoir que la seconde de Dragon était arrivée, et avait vraisemblablement déjà bien pris possession de ses quartiers. A moins qu’il ne s’agisse de la crémaillère.. ? Deuxièmement, il s’agissait d’une réception. Au palais des Démons. Une réception au palais des Démons ! Le suédois n’en revenait toujours pas. Lui qui grognait depuis si longtemps de ne point pouvoir apercevoir ses confrères, le voilà qu’on lui servait ses envies sur un plateau d’argent. S’il n’était à ce point courbaturé, il en aurait sauté de joie. Ses années dans l’infanterie choisirent ce moment pour ressortir, et son envie grandissante de camaraderie n’en fut que plus éveillée. Son excitation grimpa d’un cran et un sourire vint ébranler ses lèvres pincées. Bien évidemment qu’il y serait ! Non mais attendez. Il ne manquerait cela pour rien au monde.

Tentant de chasser les brumes qui habitaient son esprit, il se releva en tremblant. Décidément, ses maux le suivaient. S’ébrouant brièvement, pivotant la tête de droite à gauche pour délier ses muscles ankylosés, il fit quelque pas hésitants vers le plan de travail. De là, il balaya la succession de vaisselle sale et de contenants. Depuis combien de temps flemmardait-il de la sorte, vivant comme un paria ? Oh, au moins une bonne semaine. Lâchant un juron, il fit un geste brusque, renversant l’ensemble des assiettes, des verres. Le fracas qui en découla ne fut rien comparé au nombre incalculable de brisures que le sol eut ensuite à dénombrer. Bien trop. Mais au moins, cela lui éviterait de laver. S’emparant d’un balais, il eut tôt fait de rassembler les bouts, de les ramasser un à un, s’écorchant de temps en temps, avant de les jeter sans plus de ménagement. Bon débarras. Prenant note pour lui même, il se promit de trouver une solution pour se trouver un ou une domestique pour s’occuper de ces tâches ingrates. Accroupi comme il l’était, il eut du mal à se redresser, tant ses quadriceps frémissaient. La faiblesse qui l’habitait contrastait admirablement avec la silhouette qu’il arborait. Comment ce jeune gaillard d’à peine plus de la vingtaine pouvait à ce point avoir cette vile allure de vieillard ? Ah lala. Les spiritueux font bien des ravages parfois. Une âpre odeur de nicotine lui chatouilla soudainement les narines. Un haut le coeur faillit le submerger quand il se rappela qu’il n’avait récemment fait que fumé. Ça aussi, il allait falloir l’arranger. Attrapant les deux-trois paquets déjà entamés, il prit la direction de la fenêtre, qu’il ouvrit d’un geste brusque. Par chance, la nuit était tombée depuis quelques heures, ce qui lui évita de se faire aveugler par le soleil ardent. Son taux de vitamine D chutait drastiquement, et il ne tenait qu’à lui de sortir pour le rebooster. Mais là, il était trop tard. Ou trop tôt, prenez le référentiel que vous voulez. Il fit ensuite le tour de l’appartement, profitant de la pénombre au dehors pour aérer grandement son lieu de vie. Suite à quoi, il fit un brin de ménage, ses pas et sa détermination lui permettant de retrouver peu à peu l’usage de sa motricité. Restez prostré dans une succession de mêmes positions, et on verra si à la fin, vous tenez encore dignement sur vos pattes.

Moins d’une heure après, le tout était réglé. Sans être nickel, l’appart avait retrouvé de son petit cachet, et le démon put se jeter sur son canapé, un soupir de complaisance lui échappant gaiement. Désormais, il n’y avait plus qu’à attendre que l’horloge ne se déride. Qu’elle ne vienne le bercer de son tic-tac accéléré. Malheureusement, il avait beau se trouver à Damned Town, étrange cité, et le temps avait beau être relatif, il ne passerait pas plus vite. Décidé à tronquer l’ennui, Alec roula sur le dos, dardant son regard terne sur un plafond brillant de milles étoiles imaginaires. Les mèches blondes encadrant son visage, il se prit à songer, à anticiper le déroulé de la soirée. Déjà, il lui faudrait se vêtir correctement. Ça, même sans connaître les gens, il ne se permettrait de venir habillé comme un larron. Cela était impensable. Ensuite, il allait falloir qu’il se bride. Qu’il repense à ses années de services. Même sans avoir été des plus strictes et des plus privatives, il y avait tout de même eu un semblant de hiérarchie à respecter là bas. Et il s’y était bien habitué. Mais maintenant qu’il s’en était revenu à une liberté quasi totale, lui serait-il aussi évident de rentrer à nouveau dans les rangs ? Il allait devoir se contrôler, il le savait. A voir s’il s’y tiendrait.

Une question vint naturellement se poser. Pourquoi Lormys préparait-elle cette réception ? Dragon était-il à ce point si fainéant que de s’en remettre à elle ? Cette soirée naissait-elle au contraire du fruit de sa propre initiative ? Sans être totalement incohérent avec sa manière de penser, le démon songea qu’il aurait bien du mal à se brider si au final Dragon présidait. Il espérait donc en secret que la Vipère, comme on la prénommait déjà, serait aux commandes, quitte à ce qu’elle se révèle encore pire. Au moins, il aurait eu le bénéfice du doute. Et ça, pour le coup, ça n’avait pas de prix. A quoi ressemblait-elle ? Etait-elle rondouillette ? Cadavérique ? Un tempérament de feu ? Ou un calme ostensible ? Avait-elle du goût ? Et combien seraient-ils ? La foule serait-elle aussi dense que le bal de la dernière fois ? Avec délectation, le suédois se fit la remarque que cette fois, les auras seraient là. Elles ne seraient pas mises à mal, et pourraient être de la partie. Sans aucune volonté de discriminer, le démon savait toutefois que certaines âmes ne se valaient pas. Le noir est parfois nuancé, vous l’apprendrez bien assez vite pour vous en rappeler. Il se prépara donc à avoir face à lui quelques tapettes, ou au contraire, à se faire toiser par un super samouraï des ténèbres. Lui, ne viendrait que de sa petite personne. Il serait lui, et qu’importe si le résultat plairait. Enfin.. si, ça importait un peu quand même.

Alec savait pertinemment que cette soirée là représentait sa dernière chance pour accomplir ce pour quoi il avait été envoyé. Dragon l’avait déjà jeté. Si la Vipère en faisait de même, s’en était fini, il pouvait rentrer. Retourner coucher avec ses petites démones, voire s’en retourner afin de servir son Seigneur. Comparé au boulot de terrain, au contact de leurs ennemis jurés, cela paraissait chiant à souhait. Et pour cause ! Comment accepter de s’en retourner dans un endroit dont les secrets sont déjà bien percés ? Comment ne pas succomber à l’envie d’aller découvrir un univers encore peu exploré ? C’était se lancer un couteau dans le pied, et qui plus est dans le petit cluster de nerfs qui vous fait hurler à en pleurer. Surtout que techniquement, il n’avait jamais commencé. Ce serait alors se montrer indigne de son supérieur, lui qui avait prétendu lire un quelconque potentiel en lui. Peut-être ce dernier avait-il voulu le duper pour lui refiler un bon merdier. Qu’importe. Au moins, il y goûterait. Pour un peu que son entrée soit remarquée. Se massant le lobe droit, le démon fit une moue songeuse. Lui qui était plutôt d’humeur solitaire, à ne pas se mélanger dans les foules inconnues, il allait sûrement devoir jouer des coudes. Ils devaient être nombreux à se trouver dans la même situation que celle qu’il vivait aujourd’hui, à espérer décrocher cette fameuse entrevue. Dame Lormys.. Mais quelle générosité vous nous faisiez là ! Recevoir l’un de nous, c’était trop.. !

Ironiquement, le suédois rit de bon coeur. Bizarrement, il n’en avait plus honte. Après des semaines à vivre seul, il lui prenait parfois l’envie de se parler tout seul, de chanter ou de danser sans qu’il n’en ait plus rien à foutre. Mais entre parler aux coussins du sofa et pouvoir tenir une réelle conversation, la deuxième option lui demeurait toujours des plus satisfaisantes. Ah qu’il avait hâte de se trouver un colocataire. Ou alors.. ? Ou alors il chercherait à déménager, histoire de le dénicher d’autant plus vite. Mais ce sujet n’était pas au goût du jour. Nous parlions de la Vipère. Des rumeurs courraient à son sujet. Jusque là, les murmures étaient restés peu prononcés. Il y avait bien eu le vent de son arrivée, mais personne n’avait pu jusque là le confirmer. A propos de son tempérament, là aussi des choses se disaient, et je ne vous raconte même pas les bobards que l’on pouvait entendre sur sa relation avec Dragon. Pire qu’un article Closer. N’oubliant pas qu’il était fin mort, et à force de penser, le démon finit par fermer un œil, puis l’autre, avant de sombrer dans les bras de Morphée, qu’il empoigna à pleines mains. Maintenant qu’il l’avait attrapé, jamais il ne le lâcherait.

Son sommeil de plomb perdura une bonne partie de la journée du lendemain. Quand il émergea, le soleil était déjà bien haut, s’infiltrant de ses rayons par les fenêtres qu’il n’avait même pas pris le temps de refermer. Qu’importe. La fraîcheur nocturne ainsi que la perspective de la crémaillère l’avaient ragaillardi. Les idées nouvellement ancrées au fond de ses méninges, il se leva prestement. Reprenant une routine qu’il avait bien trop délaissée ces derniers jours, il s’étira lentement, prenant soin de chouchouter chaque partie de ses petites fibres bien aimées. Quand il eut fini de travailler sa souplesse, il étouffa un bâillement avant d’aller se faire couler un bon café. Faire le plein de caféine dès le matin lui procurait l’énergie qu’il n’avait pas forcément toujours au saut du lit. Les fesses appuyées contre l’un des tiroirs du haut, il but des lèvres la boisson brûlante. Pendant que ses yeux se perdaient le long des joints du carrelage, il se prit à vérifier que ses « folies » d’hier n’avaient pas ébréché son précieux sol. Il ne repéra de légères fissures et renfoncement qu’à deux endroits. C’était deux fois de trop. Maugréant, il déposa sa tasse au fond de l’évier, avant de monter. Sans s’appesantir de fringues, il passa la porte de la salle de bain qu’il ne ferma même pas. L’eau froide vint bientôt picoter son épiderme. Son coeur s’emballa le temps de venir lutter contre ces impressions de picotements qui le lacérait. Puis, une fois que les premiers tremblements furent passés, il savoura chaque moment de sa douche bien méritée. Elle fut, à l’image de toutes les autres, bien courtes.

Enroulant une serviette autour de sa taille, plus par réflexe qu’habité par une quelconque volonté de s cacher, il gagna ensuite son dressing. A proximité de l’ensemble de sa petite collection de textile, il prit le temps de regarder ce qu’il allait bien pouvoir porter. Dans une semaine. Pour une fois, le suédois prenait vraiment les devants. Rien ne serait laissé au hasard, surtout après qu’Henry ait formulé ses quelques recommandations. Survolant les cintres, Alec laissa ses doigts glisser contre le tissu, ne s’arrêtant que lorsque la texture le satisfaisait. Il eut tôt fait de remettre la main sur ses bons costumes. Heureusement qu’avant ses nombreux petits coups de mou, il avait prit le temps de s’en acheter quelques uns. On ne savait jamais qui l’on pouvait rencontrer. Les prenants tous du bout des doigts, il repassa dans la pièce adjacente, les jetant sur son lit, dorénavant à nouveau refait. Appréciant le plat que la couette constituait, il les étala un à un avec une délicatesse insoupçonnée. Ce matin, le calme dictait ses mouvements, si bien qu’il aurait pu pouponner sans que l’on ne puisse remettre en question la moindre de ses actions. Quand il pu avoir une vision globale de l’ensemble, et ce d’un simple coup d’oeil, il jeta son dévolu sur une pièce d’un bleu mat très sombre. Rangeant les autres, il garda celui là près de sa tête de lit, pour se rappeler à chaque matin qui s’écoulerait de l’événement qui l’attendait. Oui, il en faisait bien trop. Et oui, il avait bien trop hâte. La première journée fut donc consacrée à la recherche de sa tenue d’apparât.

Lors de la seconde, il partit en quête de petits accessoires pour agrémenter sa tenue. Ne s’abaissant pas au traditionnel port de la cravate, cette laisse interrompue, il égaya tout de même le tout de boutons de manchette qu’il trouva dans une boutique de l’artère principale du centre-ville. Ces derniers n’avaient rien de bien particulier, hormis un éclat doré qui le transperçait à chaque regard qu’il posait. S’il s’était trouvé au soleil, et habillé pour la circonstance, un simple mouvement de bras aurait pu l’aveugler, si peu que la réflexion des rayons ait eu le malheur de terminer dans le fond de sa rétine. Il aurait à court sûr crâmé les circuits. Adieu cônes et batonnets. La différence de couleur entre les boutons et ceux des manchettes le dérangeait toutefois profondément, si bien qu’il finit par faire retoucher son costume dans sa globalité. De sorte à avoir ces petites touches luxueuses à la place des anciens, bien trop sobres et qui ne permettaient pas de faire ressortir le bleu abyssal. Comme son costume comportait au niveau de ses deux ventricules une pochette, il se dirigea naturellement vers une rose blanche artificielle qu’il pourrait toujours glisser là. Ambiance mariage. Ce constat le fit rire. C’était tellement l’hôpital qui se foutait de la charité. Mais à défaut de vouloir assister à une quelconque union, le suédois aimait beaucoup le rendu de cette fleur agressive et pourtant si marquante. La finesse de ses pétales et l’agencement harmonieux de ces derniers le fascinaient. C’est donc tout naturellement qu’il s’exposerait avec. N’ayant plus de chaussures convenables, il jeta son dévolu sur de simples souliers de banquiers. Le détail de ces derniers résidaient dans les gravures que les tranches comportaient. De légers dessins que seule la lumière pouvait révéler. Il apprécia les spirales qu’elles comportaient, et ne réfléchit pas plus que cela. L’ensemble de ses petites emplettes lui avait prit la matinée. Au cours de l’après-midi, il retourna s’entraîner.

Quand Chelsey le salua, il baissa la tête, le regard entièrement dirigé vers les vestiaires qu’il eut tôt fait de quitter. Sans un regard pour le reste de la salle, il vissa des bouchons au contact de ses tympans. Surtout, ne pas percevoir les tonalités de sa voix. Emmuré dans un silence total, les yeux tournés vers les appareils, et non vers l’entrée, il fit sa séance, avec assiduité. Transpirant jusqu’à en être épuisé. De là, il se traîna en sens inverse, les yeux mi-clos. Quand il se glissa aux côtés de son sac, son premier réflexe fut de passer la main dans le fond, attrapant de ses doigts deux trois morceaux de sucre qu’il eut tôt fait d’engloutir. Il avait été à deux doigts de la crise d’hypoglycémie. Une trentaine de minutes passèrent où il ne bougea pas d’un poil, les yeux fermés, le souffle apaisé. Il reposa son corps, lui octroyant un peu de répit le temps de se reconstituer un peu. Puis il rentra chez lui.

Le jour J, il se leva aux aurores. Le regard vif, les sens en alerte, il enfila de quoi ne pas s’alourdir, puis partit courir. La forêt abrita ses foulées, vit la transpiration couler. Mais cela ne lui suffit pas. Il tourna tout de même en rond la plus grande partie de journée. Une petite boule au ventre s’était constituée, et le tenait. Ses yeux étaient plissés, témoignant de l’intense réflexion dont il faisait le sujet. Pourtant, il n’avança pas d’un poil. Ce fut avec un extrême soulagement que le début de soirée put venir le cueillir. Une seconde douche s’imposa, mais cette fois, l’eau fut chaude, voire brûlante, et coula bien plus longtemps que d’habitude. Les jets devaient venir décontracter ses muscles de la nuque qui se raidissaient. Le résultat fut plus que satisfaisant. S’habillant prestement, il enfila premièrement une chemise d’un blanc immaculé, pour rester dans l’original. Comme à son habitude, il ne la ferma pas jusqu’en haut, amenant un petit côté décontracté en laissant un bout du haut de son torse apparaître. C’était son petit plaisir, après toutes ces heures à se buter pour avoir le corps qu’il appréciait. Le pantalon bleu tempête vint ensuite enserrer sa taille, clôturant le flot de tissu blanc. Enfin, il enfila la pièce maîtresse, l’espèce de petit blazer. Doucereusement, il plaça la rose au devant de son coeur, et mis en place ses manchettes. Quand il eut fini, il retourna se coiffer, avant d’ébouriffer le tout. C’était bien mieux ainsi. Une dernière touche de parfum, et voilà qu’il était fin prêt. Dans sa poche droite, il glissa l’invitation du chambellan, avant d’éteindre toute lumière. Il était l’heure.

Heureusement, le Palais était tout proche. Il s’y rendit donc à pieds, profitant de la petite brise qui se créait, dans les couloirs de maisons. Il en profita pour relire une dernière fois son précieux pass pour l’aile ouest :


M. Hamilton,

Par la présente lettre, j’ai l’insigne honneur de vous annoncer la venue du célèbre officier en chef des Enfers, seconde du seul Vrai Roi, Son Excellence Dragón, Hannathème Lormys. Sa Magnificence a exprimé l’agréable vœu de célébrer en votre délicate compagnie l’inauguration de Ses appartements privés, dans une semaine à compter de ce jour. Pour cet événement, et uniquement pour celui-ci, le deuxième étage de l’Aile Ouest du Palais vous sera exceptionnellement ouvert afin d’accéder aux festivités. Les serviteurs de Sa Magnificence vous guideront dès votre arrivée. Il convient, selon les nobles coutumes et mœurs d’usage au Palais, de s’affubler d’apparat digne d’une soirée mondaine, où la bienséance sera de vigueur. Des victuailles et breuvages seront également à votre disposition, avec les compliments sincères du Palais.

Votre modèle a intéressé personnellement Sa Magnificence, Dame Lormys. Elle a eu vent de vos actions et votre personnalité curieuse et non attentiste a attisé son attention à votre encontre. Elle m’a signifié vouloir vous rencontrer au cours de cette charmante soirée afin d’établir un premier contact salutaire. Croyez bien, M. Hamilton, que votre présence est souhaitée. Les retours de vos espérances quant à un moyen d’unir nos forces contre l’adversité sont remontés aux oreilles de Sa Magnificence, et vous lui avez déjà plu sous cet angle.

Il est à préciser qu’au cours de la soirée, Madame se décidera à propos d’une seule personne à qui accorder un entretien privé. Les tenants et aboutissants de cette entrevue ne sont pas établis et relèveront de Sa propre initiative. Si cette perspective attise votre désir et attrait, il serait judicieux d’adopter une posture avantageuse, dès votre premier contact.

En vous adressant les plus sincères salutations de Dame Lormys, et en y joignant mes profondes considérations,


Henry Presidium, Chambellan de Sa Magnificence.


Cette lecture ne lui apporta rien de plus, sinon la certitude qu’il l’avait belle et bien mémorisée. La froissant, il finit par la jeter dans la première corbeille qui croisa sa route, puis il continua. Arrivé devant les escaliers du Palais, il les gravit avec prestance, et lenteur. Après tout, il n’y avait désormais plus qu’à savourer. Se présentant à l’accueil, il fut bien embêté, lorsqu’on lui demanda la preuve de son invitation. Le démon argumenta qu’il devait bien être sur leurs listes, mais ces lieux semblaient avoir subi milles tentatives d’infraction, que cela ne suffit pas. Il eu fallut que Mr Presidium lui même vienne pour régler le problème. Le suédois lui expliqua alors calmement la citation, lui récitant presque quasiment mot pour mot ce qui avait été rédigé à son égard. La vieille dame aigrie de l’accueil fut contrainte d’abandonner la partie et de le laisser passer. Une lueur dès lors condescendante et victorieuse flamba dans ses prunelles glacées. Puisque Mr le Chambellan était à ses côtés, il le conduisit directement dans l’Aile Ouest et lui permit d’entrer là où il était censé arrivé. Ce guide improvisé tomba à point nommé et lui fit économiser de précieuses minutes. Il était en effet fort aisé de ce perdre dans ce dédale de couloir, et l’on était jamais vraiment à l’abri d’un garde qui vous tombait dessus, soit-disant que vous étiez dans une zone protégée et que cela lui laissait ainsi le droit de vous assomer.

Avant qu’il n’ait même franchi la porte que le Chambellan venait de leur indiquer, à lui ainsi qu’aux autres invités, le démon perçut des notes jouées et chantées. Ne sachant pas qu’il avait en fait été convié à un opéra - oui, il manquait cruellement de culture musicale - Alec commença par seulement apposer ses doigts sur le bois vernis. Dressant l’oreille, il tenta de percevoir si le tout était en train véritablement d’être joué, ou si cela n’était que retransmis, en tant que fond musical. Lui qui n’écoutait que bien peu de musique, ne sut trancher, et il poussa la porte, désireux de pouvoir permettre à sa vue de l’aider. De là, son regard plongea sur un pianiste ardemment possédé par la mélodie qui le transportait, et d’une chanteuse, qui appuyée à ses côtés, se plaisait à égayer ses accords. Le démon ne reconnut ni l’air joué, ni ne compris les phrases prononcées, son oreille défaillant grandement. Au lieu de cela, il se contenta d’observer. Autour d’eux gravitaient du personnel en service, qui fourmillaient de l’envie d’aider. Pivotant la tête de droite à gauche, le suédois voulu derechef voir qui de ses confrères se trouvaient là. Malheureusement, un mouvement brusque du guitariste le força à reporter les yeux sur le curieux duo. Il en profita donc pour les détailler plus amplemement. Cette fois, il se concentra un peu plus sur la demoiselle, plutôt que sur l’autre musicien. Le feu de ses cheveux venait lécher le tissu sombre qui l’habillait. Sa tenue, une robe d’été lui collait au corps à la manière d’une seconde peau. De simples collants noirs masquaient la couleur naturelle de ses jambes, A son faciès, il eut un petit moment d’hésitation. Une large cicatrice lui barrait l’œil gauche, n’ayant toutefois eu raison de ses prunelles. Ses deux yeux voyaient, percevaient ce qui se passait. Le rendu n’en restait pas pour le moins impressionnant. Le démon se demanda ce qu’elle avait bien pu trafiquer pour en terminer comme ça. Cette vilaine balafre n’enlevai pourtantt rien au charme de son minois. De grands yeux noirs cerclés de noirs se perdaient au milieu d’une peau blafârde. S’il la trouvait un peu pâle, il n’en demeura pas pour le moins impressionné par le charisme qui s’en dégageait. Elle lui rappelait presque une femme qu’il avait rencontrée. Seulement, la douceur de son chant balayait tout doute. C’était bel et bien la première fois qu’il l’entendait chanter. Bien que peu réceptif à cette berceuse, le démon resta attentif, ses yeux vifs demeurant ancrés sur le tableau incongru devant lequel leur entrée les avait directement menés. Il se demanda toutefois à deux reprises quand la Vipère se pointerait.


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MessageSujet: Re: Omnia dicta fortiora si dicta Latina (Sur invitation d’Hannah) Dim 5 Aoû - 22:40

OMNIA DICTA FORTIORA SI DICTA LATINA Du chaos naît une étoile. Car c'est dans l'ombre que la lumière surgit. Une lueur dans le nuit sera plus brillant que tout les rayons du soleil en plein jour.

L’aube commençait à se lever sur la ville endormie (enfin pour la plupart c’est le cas) et moi je prenait le temps de redescendre de ma montagne.
J’avais travaillé toute la nuit à l’Observatoire et j’étais complètement claquée. Enfin pas autant que Ourane qui semblait avoir du mal à poser un sabot devant l’autre, je me demande bien ce que cet idiot de poney a bien pu faire toute la nuit dans mon dos.

Je soupire quand nous atteignons enfin notre maison.
Je vais pouvoir dormir ?
Que nenni ! Ce serai trop facile.
Ourane est un petit cochon qu’il faut passer à la douche et bien sûr nourrir. Lui il se détend et moi je prend sur moi pour ramasser un énième tas de crottin dans le paddock attenant à ma maison.

Quand je pousse enfin la porte de ma petite maison je souffle d’aise et hésite à me jeter tout habillée dans mon canapé.
Mauvaise idée étant donné qu’il est (encore une fois) couvert de livre ancien et précieux que j’ai du sortir dans la semaine sans les ranger.
Je renonce et jette mon sac dans un coin de la pièce ainsi que mes bottes couverte de boue. Je m’en occuperai dans un heure ou deux après ma sieste.

C’est d’ailleurs ma chambre que je rejoins en traînant mes chaussettes sur le sol, mon lit m’appelle et je m’apprête à réaliser le saut de l’ange, sauf que je suis encore coupée dans mon élan.
Posée sur un oreiller, je voie une enveloppe cachetée. J’ai du la déposer là hier soir avant de partir à l’Observatoire. Le caché porte un sceau qui me semble connu, je ne peux pas le laisser là sans le regarder : le risque de louper un gros truc serai….trop gros.

Je m’assoie sur les draps noirs et ouvre l’enveloppe. Je n’ai même pas pris la peine de vérifier si l’envoyeur avait mis son nom sur l’enveloppe.
Et dés le début de la lettre je tique.
C’est un message du palais et de la part de la seconde du reptile, présenté comme le « Vrai » Roi des Démons, foutaises ! Je me contiens pour ne pas arracher la lettre en deux et me glisser dans mon lit pour dormir, mais continue de lire dans le calme du moins autant que possible.
Un sourire se dessine sur mes lèvres.
Oui.
Je vais y aller à cette fête au palais. Et en plus avec un peu de chance je pourrais m’entretenir avec quelques nouveaux démons.
C’est quand déjà ?

CE SOIR !!!

Je bondis de mon lit pour relire plusieurs fois l’information en question.
Non je ne rêve pas, c’est bien ce soir que nous allons au grand bal de « Dame Lormys ». Nous sommes attendu à 18h et il est 8h du matin.

Je soupir et m’étale sur mon lit. Je vais dormir quelques heures et à 15h, j’irai réfléchir à ma tenue.

En petite tenue, je me glisse dans mes draps froids : que c’est bon. Il me faut cinq minutes avant de sombrer dans un sommeil de plusieurs heures.
Enfin, selon moi, cela n’a duré que quelques minutes, mais le terrible réveil ne ment jamais, il est 15h.
Il me reste maintenant 3h pour me décider sur une tenue correct, me doucher, m’habiller, me coiffer, me maquiller et me rendre au palais.

Mon corps athlétique s’étire dans le lit avant que je n’en sorte en baillant, ma nuit en décalée a fait du bien, néanmoins, la douche va m’aider à me réveiller.

L’eau commence à ruisseler sur ma peau et je m’interroge. Qui sera à cette fameuse soirée ? Qui va être pris pour l’entretient avec la Seconde de Dragon ? Il me semble ne l’avoir jamais vu d’ailleurs, alors qui est-elle ?
Il faut couper court aux tergiversations car je manque de temps, heureusement pour moi, j’ai une robe qui me va parfaitement bien et qui fait très gala.

Mon corps est propre, mes cheveux sont sec et soignés. Je peux aller fouiller.

Les portes de ma garde robe grincent quand je l’ai ouvre et je découvre un univers oublié depuis le bal de Noël de Damned Town.
Les robes se succèdent sans se ressembler et certaine sont même tellement ancienne que je les avaient oublié.
La bleu en question sort dans un bruissement léger.
Elle est magnifique.
Un satin bleu nuit, une coupe original : au dessus du genou devant et long à l’arrière, avec un profond décolleté et des bretelles pour dénuder mes épaules.
Je me glisse dedans et je me sens tellement….hmmmmm.
Ok ce terme n’existe pas, mais je ne saurais pas en mesure d’en utiliser un autre. Certain que personne d’autre n’auras une tenue comme la mienne, je suis sobre, classe, sexy et original. Autrement dit, parfaite.
Les plis de la robe ondule autour de moi et mettent en valeurs mes formes.

Je m’attaque à mes cheveux et il est hors de question que je les attaches. J’aime mettre en valeur mes boucles noirs, mais je ne veux pas non plus être gênée. J’ai de la chance d’avoir une crinière épaisse, je peux ainsi fixer quelques mèches vers l’arrière et dégager mes yeux.

Pour mon maquillage, je noircis mes yeux avec du bleu nuit, pose un peu de mascaras et j’en reste là. Je n’aime le rouge à lèvre, ni les phares à joue. Mais j’ajoute ma touche perso, histoire d’accrocher l’œil de mes interlocuteurs : deux paillettes étoiles argentés sur le côté de mon œil gauche.

Il est 17h45, soit l’heure de se dépêcher à y aller au risque d’arriver très en retard.

Je saute dans ma pair d’escarpin ouvert bleu nuit et attrape une pochette noir fine. Je quitte les lieux précipitamment et m’engouffre dans la ville sous le regard médusé de mes voisins.
Heureusement pour moi, je connais le chemin par coeur et je n’habite pas loin du palais.

J’arrive juste à temps dans l’aile ouest. Il y a déjà du monde. Je reconnais quelques visages, mais je ne prend le temps de saluer personne. Un petit homme que je reconnais comme chambellan du palais vient nous chercher pour nous guider dans le lieu dédier à la fête. Et si cela est toujours comme du temps de Luke, nous sommes dans des appartements privés. Dragon ne serai pas au courant de cette petite sauterie ?

Je suis le mouvement et quand nous passons les portes au bois lourd, une douce mélodie nous parvient.
Je suis assez loin derrière et petite, je peine donc à voir ce qui se passe devant les grands messieurs qui me barrent la vue. Mais j’entends parfaitement bien la guitare et la voie angélique sur le Ave Maria.
C’est magnifique mais je note tout de même l’ironie de la chose. C’est un chant doux, calme, beau, qu’on pourrait associer à un ange, pas à une démone.

C’est beau, tellement beau que je joue des coudes pour aller voir ce qui se passe devant moi et là je tombe sur la plus jolie chose que je pouvais voir.
Une rouquine en robe noir moulante chante. Elle est aussi belle que sa voix à ce moment là. Serai ce la maîtresse des lieux ? Ou bien une simple chanteuse engagée ? Dans tous les cas, j’aurais des information sur elle avant la fin de la soirée.

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MessageSujet: Re: Omnia dicta fortiora si dicta Latina (Sur invitation d’Hannah) Sam 11 Aoû - 18:42

Logan Tancarville face au bal

Entrée n°7-Le Bal de la seconde (avec les invités)

Le réveil sonnait, tintait à mes oreilles, m'arrachant un grognement de contestation face à cet importuns qui venait trouver mon sommeil. Mais tel le garnement face à l'instructeur, il ne peut rétorquer face à la voix de la raison, au diable ce réveil mais il fallait que je me lève. C'est avec des geste lent et pataud que mon bras s'abat lourdement sur la pauvre mécanique complexe qui compose cette petite horloge. Le fracas de l'inox qui heurte le sol m'indique sans grande surpris que j'ai encore envoyé valsé ce fichu réveil. J'ouvre lentement les yeux, encore embués par les sable du marchand, et il semblerai que Morphées ait été généreux, j'avais la tête dans le paté comme jamais. Déjà, j'avais encore mal aux jambes et au dos parce que je m'étais endormi sur mon fauteuil après avoir inspecté le dossier que j'avais monté ces dernier jours. Je me lève durement et je m'étire paresseusement, un vrai pasha. Je traine du pied jusqu'à la cuisine histoire de faire couler un café. Filtre, eau, café, tout y était, il n'y avait plus qu'à attendre qu'il coule. J'avais bien quelques minutes à tuer, j'en profite pour rentrer dans la cabine de douche et simplement me rincer à l'eau fraiche pour me réveiller un peu. J'enleve ma cravate, ma chemise, mon pantalon et mes sous-vetement et je passais sous le jet d'eau. Rien de tel qu'un peu d'eau ben fraiche pour se réveiller le matin, sentir les gouttes qui ruisellent sur l'intgralité du corps avant de perler doucement dans le bac. Nonchalement, je sors de la douche trempé, bien réveillé maintenant. Je prend la serviette posée sur le présentoir à quelques pas de moi et je me sèche vigoureusement avant de passer la même serviette autour de ma taille. Le temps d'aller dans la cuisine au prix d'un baillement et le café était prêt; autre élément essentiel d'un bon reveil, une grande tasse de café noir. Je me sers un mug avant d'aller m'assoir à mon bureau, ou plutôt la table qui me servait de bureau.

Un unique dossier était posé en son centre, celui qui m'a tenu eveillé une bonne partie de la nuit avant de me réfugier dans mon fauteuil pour "faire une pause 5 minutes". J'ouvre la première pas du porte document et la première chose qui me fais face, c'est la lettre que j'ai reçu quelques jous auparavant. Une lettre du chambellant de Hannathème Lormys, la seconde de Dragon, ou du moins c'est ainsi qu'elle se présentait. Curieux j'avais décidé de mener une petite enquête afin de savoir de quoi il retournait vraiment. Hannathème Lormys, préfère être appelée Hannah, elle est plus que la seconde du Dragon, c'est sa main noire, son assassin personnel, si une personne à Damned Town devait mourir de la main du roi, Hannathème "la main gauche", s'en chargerai sans poser de questions, sans chichis ni blablas. Cependant, selon certain domestique, les disputes du roi et de sa seconde sont aussi violentes qu'un affrontement entre deux régiments bien entraînés, j'en déduisai qu'elle avait fort caractère, et qu'elle ne s'accordait pas toujours avec les décisions prises par son souverain, mais elle ne l'a jamais trahi, et si je me fiais à certain racontard, il semblerai qu'une étrange mécanique du coeur l'habite. C'est comme si elle était constamment tiraillée par une éspèce d'attitude passe/agressive envers Dragon. Mais pourquoi faire une reception maintenant? Pourquoi est ce qu'elle s'en occupe? Même si dans ma mémoire Dragon n'a jamais fais de bals mondains, n'importe qui plutôt que Hannathème Lormys pouvait s'en occuper. Sauf si elle fais ça sur un coup de tête, alors ça rentrait dans mon protrait robots.

Je n'aimais pas particulièrement les soirées mondaine et j'en gardais une rancoeur tenace depuis ma plus tendre enfance. Des tenues contaignantes, une étiquette trop rigide à tenir, et être constamment sur ses gardes, chaques paroles, chaques actes allait être jugé et évaluée par tout les nobles du tas. Le but? Gagner du pouvoir, les règles? La sournoiserie, la tricheries et la subtilité. La noblesse maitrisait ce jeu, ce "noble jeu" à la perfection et quiconque ne s'y accorde pas, perd bien vite son statut, ses pouvoirs, certains cas peuvent même aller jusqu'à la déchéance. Cela m'insuportait, j'étais un homme de terrain, si quelque chose me gène, je le dis en face, pointé par un joli canon de .55 magnum entre les deux petits yeux du géneurs. J'étais pas taillé pour ça, pour moi les pouvoirs, les faveurs, le blabla, ce n'était que du vent, la seule loi qui en vaut vraiment la peine, c'est la loi du talion, le plus fort gagne, et le pouvoir n'est pas une force, c'est un écran de fumée, si facile à dissiper, mais là ce n'allait pas être un simple voilé mais un véritable brouillard, dense et impénétrable dans lequel il allait falloir faire des pied et des mains pour éviter de voir une ordure se pointer les jours suivant pour tenter de te planter une lame entre les omoplates. Rien que d'y penser ça m'énervais déjà. Mais à m'enerver ainsi tout ce que j'allais faire c'était me mettre dans le pétrin. Déjà quand se déroulait la soirée? Je jette un oeil à la lettre en revenant à la première page.

C'était ce soir.

Bordel de merde!

J'avais presque renversé mon café, je m'étais tellement plongé dans ce dossier que je n'avais pas vu le temps passer. Je tourne rapidement la tête afin de trouver une horloge, celle du frigo indiquait 10h. Ouf, la cause n'était pas encore perdu, j'avais 8 heure pour trouver un costume, un parfum, et que je passe chez le barbier. Je délaissais ma serviette pour mon habit classique, chemise cravate et imper. Cela présentais bien auprès des clients, mais pour un bal mondain, cela manquait cruellement de prestance. Le premier arrêt allait donc être le tailleur. Je fermais la porte de mon appartement à clef et je partais dans les rues du centre ville. Je me demandais de quelle tenue j'allais bien avoir besoin poru ce genre de soirée, élégante bien sûr, mais j'avais besoin de quelques chose de confortable et léger, de plus je voulais aussi pouvoir garder mon arme, une attaque surprise du camp ennemis ne me surprendrai pas. De plus il fallait aussi quelques chose qui rende bien auprès des autres invités, que je ne fasse pas pâle figure face au premier idiot venu. Quel genre d'invités allaient se pointer à cette soirée, principalement des nobles? Ou des personnes ayant des activité et des rangs plus modeste? Je ne pouvais malheureusement pas répondre à cette question par moi même car, même si j'ai renié mon statut, je reste un enfant noble de naissance. Voilà qui était problématique, je ne savais pas vraiment à quelle sauce j'allais être mangé, dans le doute j'allais rester sur mes gardes au maximum, ne rien laisser passer, juste parler un peu avec Hannathème pour savoir ce qu'elle veux et laisser passer la soirée. Diable que j'ai horreur de cela, je sais que je me répète mais ça m'irrite au plus haut point.

Avant même de m'en rendre compte, plongé dans mes ruminations; j'étais arrivé à destination, un tailleur que j'avais aidé un peu plus tôt. En effet, le pauvre bougre s'était fais cambrioler plusieurs tenue d'apparage couteuse, qui lui étaient précieuse, je les ai retrouvée et les voleurs aussi, j'ai ramenés les deux au proprio qui s'est fait un plaisir des les corriger lui même, j'avais du respect pour ce démon qui faisait tourner sa boutique contre vents et marée, et qui avait les couilles de se salir les mains quand les choses bardaient, a Damned Town comme aux Enfers, pas de "police" comme sur terre pour régler les problèmes, tout à la force de l'individu et de ses alliés s'il en avait. Je passais la porte vitrée de la boutique où une petit clochette m'acceuille avec légèreté. Le temps d'arriver au comptoir et de tapoter mes doigts dessus que je vis un homme trapus sortir de la reserve. Il était petit (environ 1 tête de moins que moi), une barbe grise fournie qui forçait le respect, un gilet bleu marine qui laissait voir les manches d'une chemise olive. Notre tailleurs possédait une bonne bedaine bien enrobée.

Logan, quel plaisir de te revoir, encore merci pour la dernière fois, tu m'as sauvé un bon mois de salaire en retrouvant ma collection "Classy outfit in DT", je pourrais jamais assez te remercier, qu'est ce qui t'ammène par chez moi?

Bah ne t'en fais pas Arthur, tu m'as déjà payé pour ça, si jamais t'as encore un problème du même acabit tu sais où me trouver. Mais je ne suis pas venu pour me refaire de la pub, j'ai besoin d'une tenue. Tu vois je dois participer à un bal ce soir, une soirée mondaine, et j'ai besoin de quelque chose de classe, mais aussi léger et confortable, et bien sur quelques endroit discret pour faire passer un peu de "matériel" en douce, si tu vois ce que je veux dire.

Je pourrais toujours coudre une poche intérieure pour ça mais je crois avoir quelques tenues qui pourraient convenir à ce que tu cherches, laisse moi quelques minutes et on procèderas aux essayages et éventuels ajustements.

Je m'en remet à toi.

J'avais conclus cette phrase sur un sourire confiant alors qu'Arthur lui, partait déjà dans son arrière boutique pour chercher mon costume pour ce soir, je me replongeais dans mes pensées...Cela faisait une éternité que je n'avais pas fréquenté le gratin des enfers. J'en gardais un très mauvais souvenirs étant gosse mais cela allait-il me faire le même effet? Ou est ce que je vais me laisser prendre au jeu? D'instinct je voulais répondre non, et coller une beigne à quiconque me dirais l'inverse, mais quelque part au fond de moi, je sentais cette légère excitation de participer à cette soirée, rencontrer d'autres démons, rencontrer la seconde de mon souverain. Je n'arrivais pas à m'oter ce sentiment d'être un gamin qui va se précipiter sur un terrain de jeu avec d'autres gamins que je connais même pas. Un claquement sec m'ota de mes pensée, en effet Arthur venait de revenir avec plusieurs tenue. Il était maintenant venu le temps d'en choisir une.

Plusieurs tenues se succédaient, et aucune ne m'avais réellement convaincue jusqu'à ce que je tomber sur un petit bijou, un costume blanc, sans veste mais avec un veston blanc et une chemise rouge, et une cravate noire, avec un pantalon blanc et des mocassins noirs, l'alchimie était parfaite, suffisament classe pour intégrer ce genre de soirée, Arthur avait même cousu une poche dans le veston pour y planquer mon arme, s'il n'y avait pas de fouilles au corps, je passais sans prblèmes. De plus, le fait que le costume soit blanc le rendais atypique au possible, tout le monde préférais porter du noir dans une sobriété digne d'un enterrement, là j'étais sur de sortir de l'ordinaire, du moins parmis les hommes. J'avais trouve mon bonheur, je payais Arthur en le remerciant, je passais ensuite à la parfumerie et chez le barbier et je rentrais ensuite chez moi, il était 17h quand je refermais la porte de mon appartement, le temps de me préparer et c'était parfait.

Je passais donc sous la douche encore une fois mais en me lavant avec précision, hors de question d'oublier ne serai ce qu'une zone de mon corps sale. De haut en bas et de bas en haut le savon passé au peigne fin et le temps de se rincer, je sortais de la douche, propre comme un sou neuf. Je me séchais vigoureusement avant de m'habiller avec la merveilleuse tenue que j'avais achété un peu plus tôt. Je me parfumais et me recoiffais, mainteant que mes cheveux étaient un peu plus structurés de même que ma barbe grace au barbier. Je rendais bien, j'étais prêt pour le bal, enfin presque, je glissais mon .55 magnum dans la poche intérieur et je partais de chez moi en fermant, encore une fois, la porte.

Heureusement je n'habitais pas si loin du palais, 20 minutes à pied si je prenais mon temps, et c'était exactement ce que j'avais l'intention de faire, il était environ 17h30, le soleil commençait tout juste à décliner, cela me semblait un peu tôt pour commencer un bal, mais j'ai toujours eu une préférence pour le calme sombre de la nuit plutôt que l'agressive lumière de jour. Je déambulais vers ma destination avec le flegme d'un chat, les mains dans les poches, la cigarette dans la bouche, sortant la main droite de temps à autre pour faire tomber les cendres. Je songeais encore à Hannah, je me rappelais le contenu de la lettre, elle souhaitait voir l'un d'entre nous, mais pour quelle raison? En soi c'est au roi que j'avais des comptes à rendre, je devais le respect à sa seconde comme lui est du son rang bien évidemment mais pourquoi vouloir nous voir dans des entrevues à part? Et pourquoi 1 seule personne? Quelle surprise nous attendent pour cette soirée?Et quelle surprise pouvons nous attendre du camps ennemis, si ils ont des espions dans le palais, nul doute qu'ils sont au courant, un assassinat dans ces circonstances sont monnaies courantes aux enfers, et les anges ont beaux faire les fier du haut d'une tour d'ivoire, il n’hésitent à faire preuve d'autant de bassesses que les démons s'il cela sert leur idéologie, bref une belle bande d'ordure, bref des anges. Je le vais la tête vers le ciel qui commençait à prendre une teinte orangée, les prémices du couchant à venir, je soufflais la dernière bouffée de ma cigarette avant de jeter le mégot à la poubelle un peu plus loin. J'étais à deux pas du palais, que la fête commence.

Arrivé aux portes, je fus accueillis pas la même personne que celle qui a signé la lettre, le fameux Henri Présidium. Aucune fouilles, quelques gardes aux entrées, j'ai pus faire rentrer le magnum comme si de rien était, dans un sens cela m’embêtait parce que ça manquait de rigueur mais en même temps j'en profitais moi même pour infiltrer une arme. Le chambellan m'avait sommé de le suivre, c'est lui qui me mènera à la salle de réception. Je le suivis docilement, entendant monter au fur et à mesure une douce mélodie chantée accompagnée d'une guitare folk, non c'était une guitare sèche. Arrivé au porte de la salle, Henri m'invita à entrer, et là voilà qui se montrait enfin, fameuse seconde du roi, Hannathème Lormys, d'un roux flamboyant, les yeux vert, cicatrice sur l’œil gauche, c'était bien elle dans sa robe noire qui nous faisais l'honneur de nous accueillir à l'Avé Maria, j'allais prêt du balcon le plus proche pour me griller une autre cigarette alors que je profitais du chant divin pour prendre mon coin et mon recul, la soirée ne faisais que commencer, et la maîtresse de cérémonies venait d'abattre sa première carte, voyons quelle main la seconde de Dragon nous cache pour la suite de cette soirée.
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MessageSujet: Re: Omnia dicta fortiora si dicta Latina (Sur invitation d’Hannah) Jeu 16 Aoû - 19:45



「 Esse quam videri
Être plutôt que paraître 」



Mes yeux se referment alors que la dernière note en suspens s’est peu à peu envolée, ne laissant que les derniers arpèges du musicien qui vinrent s’évanouir dans le petit salon. Je demeure ainsi pendant cinq secondes et je compte ce temps intérieurement. Il me faut le temps d’assimiler ce qu’il vient de se passer, cette étrangeté passagère que des démons ne comprendraient pas. Je veux retrouver mon courage et mon ardeur, mais avec une pareille entrée en matière, je me sens légèrement rougir et c’en est déjà trop. Je dois m’éviter les regards et les questionnements idiots, allez rouvre les yeux Hannah ! C’est ce que je fis et je fus déçue et désappointée. Nulle récompense à mon chant ne me fut offerte, aucun d’entre eux n’entreprit d’adresser quelques applaudissements. Je devais être totalement naïve pour croire que j’aurais pu entamer une telle soirée par ma propre voix. Mes joues s’empourprèrent, je n’étais jamais douée pour prétendre calmer mes émotions et le musicien me jeta en plus un regard complice. Comme si je rougissais par gêne ! Dans mon cœur se jouait la fierté d’avoir osé et la frustration de ne rien recevoir en échange de concret. Je ne captai pas ces quelques regards qui auraient pu me rassurer. Dans ce jeu de l’indifférence, je partais déjà vaincue et me voilà à regretter l’organisation d’une telle réception. Si le chant avait ce pouvoir de m’amener en d’autres lieux, mon retour à la réalité fut d’une violence telle que mon regard se transforma avec fulgurance. Je passai d’une mine avenante à un concentré de méfiance et de sévérité.

Il me vint à l’idée d’observer chacun d’entre eux, ceux qui ne toléraient pas mes talents, ceux qui étaient mes moutons, devais-je encore vous le rappeler ? Il y avait quelques tignasses blondes dans le salon, j’en comptais trois rapidement. Le premier qui attira mon attention était si bien mis que je me perdis dans la contemplation de ses atours, on eut dit un baron. Cette pensée me fut si chère que j’omettais presque de m’attarder quelque peu sur son visage, et ses yeux jade me couvraient de son intérêt. Nos regards se croisèrent mais le mien ne s’adoucissait pas, j’étais encore dans cette mentalité aigrie. Il avait des cheveux presque dorés qui descendirent dans son dos en une natte que je devinais de l’endroit où je me trouvais. Il portait tout ceci avec élégance, j’aurais pu être heureuse qu’il se fut si bien apprêté si je n’étais pas en ce moment-même ce goût d’amertume dans la bouche. Par ce style affiché, il devait pourtant être un démon âgé. Peut-être que dans un autre état d’esprit, j’aurais essayé de sonder son aura afin d’en déceler un quelconque indice. Une chose était certaine, ce nobliau-là, oui nommons le ainsi, était peut-être raffiné mais portait en admiration le vert émeraude. Qu’allait-il penser de nos regards échangés et de la propre couleur de mes iris ? Rien à foutre, j’étais énervée.

Le deuxième blond que je vis portait des cheveux longs, très longs et quand je croisai son regard, je compris qu’il s’agissait finalement d’une femme. Sa chevelure était soignée et si complexe qu’il me serait difficile de la décrire avec finesse. Je ne m’y connaissais que peu, à mon grand dam, en coiffure mais je pus affirmer qu’elle aimait les tresses et jouer tant et si bien avec qu’elle ornait entièrement ses mèches avec. On eut dit la sophistication même. Je devais paraître bien fade comparée à cette dame, et j’estimai qu’elle avait dû passer une bonne partie de sa journée à ces fins. Si l’on ajoutait à cela, le temps de manucure, de maquillage, de choix de tenue, la pauvre avait dû être surmenée, une once d’admiration parcourut mon regard et s’évanouissait aussitôt. Cette femme était belle mais ses traits un peu trop carrés à mon goût, aucune finesse, je m’en trouvais rassurée. Pourquoi ? Aucune idée. Toute proche du troisième blond, elle portait des regards sur ce type aux cheveux coiffés décoiffés, arborant une tignasse de paille et foin. Décidément, elle avait l’air décidée à le dévorer, sinon physiquement, au moins du regard. Cet homme s’était bien mis tout de bon, et le coloris adopté put me séduire. Ce bleu tempête porté avec ce blazer était troublant mais cette touche d’originalité ne me marqua pas. Ici, dans ce salon, tout le monde avait espéré redoubler de personnalité en affichant des couleurs si variées, on en arrivait presque à une farandole carnavalière. Cette blague. Paraître plutôt qu’être. Je fronçai néanmoins légèrement mes sourcils, pourtant très irritée, je remarquai un détail qui me toucha car je connaissais les bonnes mœurs. Cet homme aux yeux d’un bleu océan avait dans sa poche avant sur le torse une rose blanche. Je m’y connaissais dans ces significations-là, j’en déduisais ce qui vient. Il était venu dans le but d’offrir la fleur à la dame qu’il inviterait à danser, et par la blancheur qu’affichait la rose, il exprimait son humilité et le respect qu’il avait pour la réception. J’appréciais le geste. Ça faisait deux gentlemen avec le premier blondinet.

Je ne m’attardai pas plus sur celui-ci et mon regard inquisiteur et furibond trouva une autre âme à examiner. Il n’était pas bien grand ce noiraud, je le dépassai d’une tête mais ses yeux étaient braqués sur moi et il avait eu un effet de surprise quand il comprit bientôt que je l’avais regardé à son tour. C’était si étonnant que je m’assure de l’identité de chacun ou du moins que j’essaie de discerner le genre de personnes que j’avais face à moi ? Mon austérité s’intensifiait, je ne voulais plus rien laisser paraître et m’y concentrais. Cet homme-ci semblait très jeune mais je ressentais son aura trembler d’excitation et d’un je-ne-sais-quoi de folie. Ses pupilles brunes vinrent se poser sur mes collants je crois… Je ne sais pas vraiment ce qu’il faisait là avec les autres, qui se regardaient d’un coin de l’œil, sûrement dans la passivité caractéristique d’un début de soirée. Ce jeune démon était vêtu d’un uniforme impeccable militaire brun, une tenue d’apparat bien exceptionnelle. Je compris qui il était, rien de plus rien de moins qu’un capitaine important et fidèle à Dragón. Plus je m’efforçais à chercher en mon esprit, plus j’y rassemblais des monceaux de souvenirs qui recollaient avec cette idée précise. Je crois que je l’avais déjà vu quelques fois. Sa loyauté fut difficile à obtenir mais quand je me suis présentée à lui, il avait très vite retourné sa chemise. Nous n’étions pas sûrs de sa fidélité avec Dragón, alors il m’avait demandée de le tester dans les Enfers. Et il fut docile, obéissant, ses yeux pétillaient de dévouement envers moi. Il devait savoir que je représentais le Roi. Encore aujourd’hui, dans son uniforme, il ne cessait de lâcher des regards emplis de ce même sentiment, je crois que j’avais donc là un soldat à nous, et c’était chose agréable… C’était mon chant qu’il révérait en silence ? Je ne comprenais pas ce qu’il me voulait encore celui-là, arrête donc de me scruter comme ça, bordel !

Bref, passons à quelqu’un d’autre, après tout, il y avait une dizaine d’invités, et le salon s’était empli. Fort heureusement que nous n’étions pas plus ou nous nous serions marchés sur les pieds. Je resongeais avec tout ceci à ma honte et ma frustration, et je redoublais de gravité. Je devais ressembler à son Excellence pour une fois, bah ça tombait bien je devais le représenter aussi ! Je pose mon regard sur une robe, elle a l’air douce, ça doit être du satin je crois et ce bleu nuit est aussi séduisant que la coupe du vêtement. Je suis vraiment sous le charme de ce tissu, incroyable découverte. Mon attention se porte alors à la femme qui a tant de goûts. Je ne suis pas surprise de constater qu’elle a des formes qu’elle connaît et une subtilité de par sa mise en beauté. Elle était d’une silhouette si fine et avait pourtant ma taille, j’en venais presque à complexer de mes formes parfois trop engageantes. Je durcissais mon regard qui tantôt s’adoucissait dans mes observations quand l’admiration pointait, tantôt se neutralisait d’elle-même. Il émanait beaucoup de la démone et je comprenais pourquoi quelques messieurs avaient déjà lorgné sur elle. J’aimais ses cheveux, et elle savait les mettre en valeur sans trop de peine, charmante au naturel, c’était tout ce qui me venait à l’esprit. De ses pupilles d’un bleu roi, je ne fus pas surprise, elle adaptait presque sa tenue à ses yeux et je fis bêtement la comparaison avec le blondinet non loin. Si les teintes de bleus étaient différentes, ils avaient eu la même idée saugrenue. Pourtant moi, je ne portais pas de vert émeraude… Ah faut croire que ce baron là-bas aussi avait fait cela. Y en avait-il un dans cet endroit qui ne se rabaissait pas à une telle facilité ?

Les autres étaient en costard ou dans des robes qui ne m’égayaient point. Pourtant, je vis plus à l’écart un homme à la fenêtre du fond du salon, de dos. Je remarquai alors que son style de tenue me tapa dans l’œil et ce fut peu dire. Il osait le blanc, et même moi je ne m’y étais résolue et il affichait avec classe et réserve un veston bien senti qui contrastait singulièrement avec la chemise rouge qu’il portait. Je vérifiais comme pour moi-même d’un regard à mes propres cheveux, la nuance était presque la même. Soit il était renseigné un minimum, soit c’était un coup de chance extraordinaire. Plus encore, j’appréciais les hommes détachés, presque inaccessibles, ce côté ténébreux et mystérieux attisa doucement ma curiosité. Je ne pus me poser plus de questions quant à cet homme que la réalité revint me baffer. J’avais perdu je ne sais combien de temps à faire le tour des invités du regard mais Henry, lui, était de retour. Il s’approcha de moi et m’avait saisie le bout des doigts avec une élégance et une délicatesse insoupçonnées. Je n’eus pas le temps de réagir car je venais à peine de quitter des yeux l’homme à la cigarette. Henry me fit faire un pas en avant, et je lui jetais dès lors un regard de braises qu’il ne capta pas, lui était tout entier tourné vers nos convives, encore amusé de la situation, il rirait presque d’un air bonhomme. Il était vraiment démon ce gars-là ? Sa queue de pie toujours impeccable, laqué sur des cheveux grisonnants mais d’une propreté sans égale, une petite moustache noire dont l’élégance n’était plus à discuter et enfin ce ton si flatteur qu’il savait prendre.

Je bouillonnais cependant. Je ne permettais pas qu’on en vint à me toucher de la sorte, à m’exhiber presque, bien que je ne savais pas encore ce qu’il avait en tête. C’était déjà trop, je n’oubliais pas son sourire quand il m’avait forcée, de fait, à entonner ce chant. C’était aussi lui qui avait choisi un musicien, il devait savoir qu’il serait chanteur et apprécierait de m’avoir à ses côtés pour l’ouverture de la soirée. Henry n’avait donc pas l’air, mais c’était un manipulateur accompli, il avançait ses pions et voulait montrer au personnel et aux invités que j’étais aussi dans ses petits papiers. Chaque démon tirait à lui la couverture. Celui-là cachait trop bien son jeu, il était donc bien trop dangereux. Je n’étais pas une politicienne ni une discoureuse émérite, je n’avais aucune chance contre lui. Dans une telle soirée mondaine, il allait m’aplatir et me guider tel qu’il le souhaiterait. En m’était fiée à lui pour l’organisation, il me tenait entre ses griffes, et j’eus conscience de tout cela, quand mon regard s’assombrit et lui de me présenter avec, certes, agréments et tournures enjôleuses :



« Mesdames, Môssieurs

Je vous prie de m’accorder votre attention pour un petit moment. Bien, bien… je vous en remercie déjà. Me voici aux côtés de sa Magnificence, Dame Lormys, qui fit bonne grâce à vous proposer de sa plus poignante et sensible composition. Elle souhaiterait à présent ouvrir la soirée sur une déclaration officielle que vous attendez sûrement tous.

Mes hommages, Madame… »



Je vais le tuer. Je vais sincèrement lui arracher son scalp et lui mettre ça dans le slip. As-tu une once de fierté pour venir m’afficher ainsi et me forcer à tes petites combines ? Tu sais que je voulais respecter le protocole, tu sais de moi que j’avais à cœur que tout soit bien cadré parce que j’incarnais Son Excellence malgré son absence. Je ne perds rien de tes petits yeux gris et rieurs qui me fixent à présent. Tu t’es trompé lourdement, Mister Présidium, tu ne me connais que trop peu. Si bon chambellan que tu te permets d’être, tu oublies que je suis Dame Lormys, justement. Tu penses que je vais gentiment par peur d’être couverte de honte et de déshonneur me fier à tes indications. Haha, je ne suis déjà pas les conseils d’un souverain, autrement plus influent que toi, et tu crois que je vais me laisser avoir par tes bassesses ? Je grince des dents et mon regard qui s’était perdu dans ceux des convives se retrouve vers Henry. Je dois faire quelque chose, vite, préparer un plan pour me sortir de ce mauvais pas ! Mes neurones carburent à trouver un moyen et…


« Ah, mon nez… Madame… vous… »


Instinctivement, j’avais levé mon bras et mon poing droit avec une rapidité et une férocité étonnante, quittant l’étreinte molle du chambellan. J’avais dès lors logé mon poing sous son nez pour le faire remonter assez haut. Il fut déjà chanceux de ne pas être tombé dans une inconscience méritée. Cela dit, il gémissait gravement de douleur et… ça pissait le sang, merde ! Ma robe en fut épargnée mais le sol ne le fut pas et quand je ramenais mon poing vers moi, je constatais que mes doigts en étaient maculés. Je crois que je n’étais pas faite pour les plans qui se méditaient. Au moins, Henry avait quitté la pièce précipitamment et ne m’emmerderait plus ce soir. Je pense même qu’il n’essaiera plus grand-chose envers moi. Je confrontais mon regard à celui des convives, du musicien et des serviteurs. Cet acte de violence soudain eut toutefois le don de me décontracter et d’évacuer enfin la frustration qui m’avait grignotée. J’étais vengée, j’affichais alors un sourire léger et satisfait, qui devait transparaître comme un rictus d’un hôte bienveillant. Si on mettait de côté un instant le coup porté précédemment bien sûr. Je joignis mes deux mains devant moi et le sang d’Henry se propageait alors à mon autre main, coulant légèrement devant moi. Je faisais attention à ne rien tacher et surtout pas ma robe. Ce serait le comble ça.


« Je suis heureuse de vous accueillir ici et j’espère qu’aucun autre serviteur ne souhaitera prendre une place qui n’est pas la sienne. Excusez ma manœuvre, mais vous connaissez bien les rivalités entre démons. Je suis justement là pour que nous tachions de les mettre de côté et nous présenter pour un petit temps. »


J’essayais d’user de jolies tournures de phrases. Bon, pas si ampoulées que l’autre chambellan mais tout de même, je donnais de ma voix solennelle, presque suave et à croire le regard que me lançait le jeune capitaine, ça avait l’air de prendre. Je fixai un moment mes mains entachées et le sol avant de reprendre plus de contenance, je balayai d’un regard les convives, sans prendre le temps de les analyser encore, je me concentrais essentiellement sur ce que j’allais leur dire. Ma voix était posée, et je crois que les attentions étaient portées sur moi, j’aimais ça. Je gardai un sourire rusé et des yeux pétillants d’énergie, malgré le fait de ne savoir quoi dire. Devais-je faire comme si de rien n’était ?

« Vous m’avez peut-être reconnue, je suis Hannathème Lormys. » Inutile de donner mes titres, mon nom complet suffira, je ne dois pas avoir à faire avec des imbéciles normalement. Je voulais rajouter le fait que je tenais à ce qu’on m’appelle simplement Hannah mais rien ne sortit sinon un

« Je pense que nous pouvons porter un toast à votre présence ici et à notre Roi ».





A notre Roi ? Sérieusement ? J’avais vraiment dit ça ? Ah merde, le politiquement correct me provoquait presque des nausées, mon teint blanchissait et mon visage se crispa, regagnant en gravité. Je pouvais vraiment être une idiote parfois, mais c’était connu, je ne suis pas de celle qui savait trop quoi dire dans des moments pareils. Tu parles d’une gaffe. Quoiqu’il arrive, je ferai de mon mieux pour réunir des informations et bénéficier d’alliés. Les serviteurs eux furent exceptionnellement réactifs et comprirent à la seconde, les trois firent de leur mieux pour servir une coupe de champagne à chacun de nos invités. Dans les deux minutes qui suivirent, tous eurent droit à leur coupe. Pendant ce temps, j’affichais un regard dur et scrutateur. A vrai dire, je n’avais pas envisagé que les choses soient ainsi, mais je crois qu’après tout, rien ne se passe jamais comme on a prévu. Le musicien s’était pressé alors de commencer une mélodie au piano enveloppant la pièce, pour mieux évacuer les pulsions violentes et mortifères. Je jetai un regard à l’arrière et croisai son regard, je fus bien plus douce dans cet échange silencieux de quelques secondes et il comprit mon message. De lui, je compris qu’il était désolé de m’avoir incité à chanter, et je crois lui avoir fait savoir que j’étais reconnaissante qu’il décide de lui-même au bon moment d’apaiser la tension.

Je me retrouvai seule avec mon verre de champagne à la main et quand tout le monde fut servi, je ne réitérai pas verbalement mon toast et le levai simplement un long moment avant de finalement le porter à mes lèvres, afin d’en absorber une petite gorgée. J’avais fait seulement trois pas depuis le piano et je posais mon regard tout autour, comme une dame isolée qui s’ennuie déjà. En fait, c’était précisément ce que j’étais. Je lançais de mes yeux des appels à l’aide, et j’anticipais déjà des critiques. Je ne sais pas pourquoi mais j’étais mal à l’aise, alors que je ne l’étais jamais en société. Ce n’était pas le nom de Présidium qui pouvait être sali mais le mien et celui de Dragón indirectement. Tenant ma flûte d’alcool de ma main gauche, je portais par réflexe de gêne ma main droite à mon bras gauche. Mon regard se portait maintenant sur ma flûte, j’étais perdue dans des pensées profondes. Je songeais à mes invités, la si ravissante femme à la crinière ébène et à la robe bleue profond, le jeune Capitaine qui je crois me regardait encore, la blonde que je trouve disgracieuse (enfin elle l’est). Je pense ensuite à cet homme tout de vert, qui inspire une classe mêlée à un style victorien que je ne peux qu’apprécier. Je revois en mon esprit le blond au blazer bleu et à la rose blanche et enfin à cet homme qui s’était dès le départ isolé de tous, à fumer sa cigarette. Mon chant n’en avait touché aucun sinon cette femme à la robe bleue qui s’était rapprochée réellement, je m’en souvenais à présent. Je ne sais pas quoi en penser, j’avais bien chanté, je sais que j’ai un talent certain là-dedans et pourtant, c’était comme si rien ne s’était passé. À tous les coups, j’avais déjà merdé dès le départ et ce n’était pas quelque chose qui m’encourageait maintenant à aller plus loin. Vous parlez d’une Seconde d’un grand Roi, bousculée par un chambellan, et maintenant perdue dans son propre salon. Pourquoi je pense à Dragón maintenant ? Pourquoi j’en ressens des palpitations dans ma poitrine ? Pourquoi j’en frémis et me mord ainsi la lèvre inférieure ? Qu’est-ce que tu fous, Hannah, reprends-toi ! Je suis seule.

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MessageSujet: Re: Omnia dicta fortiora si dicta Latina (Sur invitation d’Hannah) Ven 24 Aoû - 19:40

OMNIA DICTA FORTIORA SI DICTA LATINA Du chaos naît une étoile. Car c'est dans l'ombre que la lumière surgit. Une lueur dans le nuit sera plus brillant que tout les rayons du soleil en plein jour.

J’étais au premier rang, presque béate. J’ai bien presque, ce fut un moment magique, unique, mais venant d’une démone...Je n’ai pas osé brisé la magie de ce moment, restant muette et immobile devant un tel spectacle.
Ce que je compris encore moins que le chant choisit par Lormys, fut sa mine désappointée. Elle râlais déjà ? Alors que personne ne lui avait rien dit ?

Ma tête se tourna sur les invités autour de nous. C’était un véritable défilé de couleur, de tissus, et de parfum, j’en aurais eu le vertige si je n’avais pas été tiré de mes pensées par un picotement dans la nuque.
Mes yeux remontèrent sur le regard émeraude d’Hannah Lormys. Des yeux qui scrutent votre âme et vous mets à nue. Je souris, absolument pas gênée par cette interrogatoire visuel, j’en ai l’habitude. Ne serai ce que les hommes présent dans la salle.
Mais là, je n’en n’avais rien à faire. Les seuls yeux qui m’intéressait été devant moi. Ceux d’une femme absolument magnifique et à la voix enchanteresse, bien loin de l’image que je m’étais faites du bras droit de Dragon. Stupide oui, car moi aussi j’avais été bras droit, sans pour autant en avoir l’apparence.
Je profite du passage d’un serveur pour prendre une coupe de champagne et la lever en direction de notre hôte. Un remerciement pour cette accueil en musique et une salutation polie.
Néanmoins, je ne crois pas qu’elle est vue mon geste. Peut importe, cela n’a aucune importance. Je suis ici pour profiter de la soirée.

Je me perdit un instant dans les bulles dorées de ma coupe en cristal. Si légère et fine, pourtant, chacune d’elle provoque sur ma langue un pétillement acidulé tellement agréable : une danse excitante et langoureuse.

Je fus tirée de mes pensées par la voix d’homme très solennelle (si tant est que cela se dise) du chambellan qui avait à nouveau fait son entrée derrière la belle rousse.

« Mesdames, Môssieurs

Je vous prie de m’accorder votre attention pour un petit moment. Bien, bien… je vous en remercie déjà. Me voici aux côtés de sa Magnificence, Dame Lormys, qui fit bonne grâce à vous proposer de sa plus poignante et sensible composition. Elle souhaiterait à présent ouvrir la soirée sur une déclaration officielle que vous attendez sûrement tous.

Mes hommages, Madame… »

Ils ont toutes mon attention en effet. Je ne comprend pas bien pourquoi ce n’est pas l’hôte qui ouvre le discours.
J’ai connu le palais et je l’ai fuit pour cette raison : on ne peut faire confiance à personne ici. Dame Lormys se serait elle laissée avoir et se serait elle appuyé sur ce satané chambellan pour organiser cette petite soirée mondaine ?

Presque machinalement, je prend une nouvelle gorgée de champagne, les yeux rivés sur le couple si mal assortie devant nous : le majordome sournois tiré à quatre épingle et la sulfureuse démone rousse.

Sulfureuse c’est le mot !
A peine le petit homme aux tempes grises et à la queue de pie bien taillé eu finit de parler qu’un poing énergique s’abbatit sur son nez pointue.
Mes yeux se s’écarquillent de stupeur et un sourire amusé s’étend sur mes lèvres fine. Elle a osé frapper son chambellan, devant tous le monde : Quelle Homme (enfin presque) !
Je me retiens d’applaudir le geste avec vigueur et garde mes prunelles fixés sur la scène surréaliste devant nous.

Mais il faut croire que c’est une situation normale car personne, surtout pas elle, ne sembla s’émouvoir un seul instant du sang coulant du nez du chambellan et sur les doigts fin de notre chanteuse d’un soir.
Hannah reprit, beaucoup plus calme cette fois ci, la parole.
La violence ne résout pas tout, c’est vrai. Mais apparemment, ça fait un bien fou.

« Je suis heureuse de vous accueillir ici et j’espère qu’aucun autre serviteur ne souhaitera prendre une place qui n’est pas la sienne. Excusez ma manœuvre, mais vous connaissez bien les rivalités entre démons. Je suis justement là pour que nous tachions de les mettre de côté et nous présenter pour un petit temps. »

La gorgée de champagne que je m’apprêtais à prendre se bloque dans ma gorge.
Une sacrée audace la petite !
La voilà entourée des démons de la ville (et pas les plus tendre) et elle ne s’en inquiète pas plus. Il faut dire que son petit tour de force à du en refroidir plus d’un. Personnellement, je n’irai pas me frotter à son poing, je tiens à mon nez.

Son regard balaye la salle, elle ne nous voit pas. Elle est concentrée, pèse chacun de ses mots et réfléchit posément.

Hannathème Lormys de son vrai nom. Il me semble l’avoir lu sans vraiment le voir dans la lettre, je ne sais plus. Un prénom bien compliqué pour une petite femme.

Elle nous demande de porter un toast. Une célébration pour cette trêve que nous opérons ici et pour ce fichu Dragon à la noix.
Je refuse de trinquer à sa santé, mais pour ce qui est de la paix entre démons je suis d’accord.

Je lève donc à nouveau ma coupe de champagne et prononce suffisamment fort pour être entendu :

« - A notre présence. »

Les personnes les moins attentive ne tilteront pas sur cette omission. Mais, je suis intimement convaincu que les plus attentifs à leurs environnement souligneront que Dragon a été occulté. De toute façon, pourquoi porter un toast à cette imposteur qui ne se donne même pas la peine de venir à la réception de sa seconde.

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MessageSujet: Re: Omnia dicta fortiora si dicta Latina (Sur invitation d’Hannah) Ven 24 Aoû - 23:52

Aile Ouest du Palais
Omnia dicta fortiora si dicta Latina
Le silence retomba bien assez tôt, enveloppant le salon de son enveloppe apaisante. Spontanément, et plus par bienséance qu’autre chose, le démon tapota silencieusement des mains. Il ne comprenait pas l’engouement porté à la musique, la jugeant harassante. Il n’y avait rien de plus beau qu’une ambiance muette, où les jeux de regards tenaient alors toute leur importance. Rien de mieux que de percevoir les bruitages suspects nécessaires à la survie. Les symphonies polluaient les fréquences de son instinct, l’empêchant d’analyser entièrement. Un brouilleur naturel qui venait le faire bouillonner. Il fut de ce fait plus que soulagé de constater que les pas des serveurs, le clapotis des flûtes de champagne lui parvenaient enfin.

Esquissant un sourire soulagé, il reporta dès lors ses yeux sur la chanteuse. Il est vrai que le suédois ne pouvait ignorer voire nier les volutes de sa voix. Son grain particulier avait de quoi chambouler mais il ne ne serait en tout cas pas le rat que le joueur de flûte viendrait enchanter. Alors qu’il se permettait de relooker le bassin de l’interprète, il fût légèrement étonné de voir le Chambellan venir s’afficher à ses côtés. Peut-être était-elle une invitée de marque ? Un oiseau aux cordes vocales aisément revendiquées ? Au sein du palais même, cette hypothèse n’était pas des plus invraisemblables.

Alec tomba rapidement de son pied d’estale quand le temps des révélations fut sonné. La castaphiore n’avait aucun mérite d’apparaître au semi-bras du Presidium. Elle était l’hôte de cette soirée. La Vipère… les pupilles de notre démon se fendirent d’un brin d’excitation tandis que les muscles de son dos se mouvaient de sorte à venir faire craquer sa colonne. Alors elle était là, la fameuse seconde. L’attention du blondinet grimpa en flèche alors qu’il s’emparait d’un des verres qu’on lui tendait. Pourtant le fameux récipient à ses lèvres, il ne quitta pas sa supérieure des yeux, se délectant du nectar qu’il ingérait.

Au moment où le nez du Chambellan se confondit en un craquement, le suédois faillit s’étouffer, surpris par tant de fougue. Comment une jeune femme à l’aspect si frêle et pacifique il y a quelques minutes à peine pouvait-elle passer à un tel extrême ? Il n’eut pas de réponse à sa question, les effluves d’hématocrite lui prenant le nez sitôt que le sang se fut écoulé. La flopée de liquide qui jaillit, signe que le navire avait été touché lui arracha un détournement de la tête. Fruit d’un réflexe extrême, Alec vint écraser le bord de ses narines, ouvrant la bouche pour respirer. Ses jambes se dirigèrent tout naturellement vers la fenêtre où un abruti rougeoyant fumait.

Précipitamment, il vint agripper la rambarde de ses doigts crispés, inspirant l’air extérieur. Bien assez vite, l’odeur de nicotine vint l’entourer, imprégnant certes son vêtement bleuté mais le débarassant surtout du fumet sanguin qui l’entourait. Fermant les yeux, il se repût de l’odeur âpre et résista à l’envie de s’en griller une. Au lieu de quoi, il changea de fenêtre, manquant de bousculer le fumeur dans sa hâte. Une fois qu’il trouva un coin où rien ne le tentait, il revint à ses moutons, attrapant au vol les dires qui se racontaient.

« Excusez ma manœuvre mais vous connaissez bien les rivalités entre démons. Je suis justement pour que nous tâchions de les mettre de côté et nous présenter pour un petit temps. »

Hormis le rictus rieur que Dame Lorrmys offrit à l’assistance, le démon tiqua sur le magnifique jeu de mot qu’elle venait, sûrement inconsciemment, de faire. A ce moment seulement, le démon sourit franchement, avant d’effacer toute preuve de son approbation. Quand la rouquine baissa les yeux, il se fit violence pour ne pas suivre le mouvement.

°Surtout ne pas regarder...°

« Vous m’avez peut-être reconnue, je suis Hannathème Lormys. Je pense que nous pouvons porter un toast à votre présence et à notre Roi. »

Acquiesçant, le suédois leva son verre à leurs présences. Deux fois qu’il foulait le Palais, et il comptait bien en faire une habitude régulière. Mais pas en tant que serveur. D’ailleurs, l’un d’eux vint lui soumettre quelques amuse-gueules. Sans vraiment le regarder, Alec fit son choix, relevant ensuite tranquillement les yeux. Un brin déçu que la légende se soit déjà tue, il apprécia tout de même d’apercevoir sur son minois quelques signes d’une personnalité de dure à cuire. Ses yeux avaient enclenché le mode de sniper, scrutant quiconque croisait le viseur, prêt à fusiller sur place. Et nous ne parlerons pas de l’aspect de son corps crispé...

La seconde déception ne tarda pas non plus à arriver au moment où le pianiste se prit à l’envie de se remettre à jouer. De nouvelles notes ne se firent dès lors pas prier pour venir ricocher sur les murs de leurs sonorités. Ça faisait longtemps tiens.. Un brin agacé, le blondinet tourna les yeux sur sa droite, percevant une silhouette qu’il ne connaissait que trop bien. La cavalière folle-dingue.. Et bien. Deux éléments négatifs en l’espace d’un instant. Il espérait au moins que quelques éléments viendraient contre-balancer cette face de la médaille. Que nenni. Il n’y avait que lui qui pouvait inverser la tendance, et ce en choisissant de se repaître un peu. A pas de loups, glissant silencieusement sur les moquettes royales, il fit ainsi le tour de la salle, scrutant chaque visage, et chaque coin des lieux qui les accueillaient.

Régulièrement, sa concentration s’en revenait se poser sur la Vipère, s’assurant qu’elle n’avait pas bougée. Heureusement pour lui, elle demeura des plus sages, si bien qu’il finit par venir se poster sur son flanc gauche, une nouvelle flûte ornant le creux de ses phalanges. Toujours sous l’influence de sa bienséance, il la salua :

« Dame Lormys.. »

Portant le regard droit devant lui, il en vint au but, ne cherchant pas à se perdre dans de vains propos monfains.

« Chapeau pour l’entrée en matière. Je n’aurais jamais pensé être ainsi accueilli pour ma première réception ici. Je ne doute pas du fait que vous ayiez à peine eu le temps de lire la liste des invités. Si vous me le permettez, je vous importunerais de ce fait quelques minutes, le temps de me présenter. »

Prenant deux lampées de sa boisson, il poursuivit, conscient que la rouquine n’avait comme degré d’attention que quelques secondes à tout casser avant de décrocher.

« Alec Hamilton, pour vous servir. J’espère que nous nous reverrons très bientôt. »

Poursuivant sa route, il laissa le champs libre aux autres rapaces que la curiosité poussaient à détailler la Seconde et ses apparâts. Se mêlant à le foule, le démon revint se poster aux fenêtres, le regard enfin rivé sur Hannathème. Il n’oubliait pas que cette réception était aussi l’occasion pour lui de rencontrer certains de ses compatriotes. De là, il lui suivait de suivre les approches que chacun tenterait aux abords de la rousse convoitée. Au moins pour inscrire leur faciès dans un coin de sa mémoire. Ensuite, il sélectionnerait ceux qui sembleraient assez pertinents à aborder.


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MessageSujet: Re: Omnia dicta fortiora si dicta Latina (Sur invitation d’Hannah) Mer 29 Aoû - 14:28

Logan Tancarville face au bal

Entrée n°7-Le Bal de la seconde (avec les invités)

Et c'est sur les dernières notes d'un chant grégorien qu'Hannathème eut finis son numéro de charme, mais combien d'invités avaient seulement conscience que la si jolie femme qui venait de nous faire l'honneur d'une prestation n'était autre que la seconde de notre souverain lui même. J'en déduisais que oui puisque je ne vis aucun applaudissement, aucune langue de bois en règle ouvrir le bal des lèche-cul. Bande d'idiots, aux enfers la moitié d'entre eux auraient été chassés de la soirée pour l'exemple et bannis de tout contact avec la noblesse, embargo, extorsions, un simple manque de respect aussi vil et tout le monde se retournait contre toi, ainsi fonctionnait le noble jeu aux enfers, mais à Damned Town, ce n'étaient que des gamins curieux suffisament motivés pour suivre Dragon, mais aucun n'avaient jamais fait face à la réelle dureté du monde. C'est du moins l'impression qui se dégageait lorsque je vis tout le monde rester coi, comme s'ils venaient à la soirée sans savoir même à quoi ressemble l'hôte de la soirée. J'étais assez abasourdi par la stupidité de ces démons, ou était la manipulation? Ou était le pouvoir? Ou était le jeu? J'avais l'impression d'être un colvert plongé dans une mare aux canards qui se prenaient pour des cygnes.

Destabilisé, je jetais un oeil aux invités, je repérais un jeune garçon en uniforme, tendu comme un string et en admiration devant la cantatrice provisoire, un jeune soldat de Dragon je supposais, mais avait il déjà seulement participé à un seul combat? Mon regard passait ensuite à une démone que je reconnaissais, la démone qui m'avait jetée une bouteille au visage, Alizée, cela me surpris de la voir en ces lieux, après tout, elle ne semblait pas le type de personne à apprécier ce genre de soirée, mais en même temps, moi non plus et pourtant me voilà, si elle se comportait comme au gymnase, j'allais très vite m'énerver. Mais bon, elle ne semblait pas m'avoir vue, elle était captivée par le spectacle qui s'achevait, venait ensuite d'autres tête qui m'étaient inconnues, beaucoup de formel ou d'excentrique, mais pas de blanc, Arthur a eu le nez fin sur ce coup là. C'est avec un soupir dédaigneux que je m'accoudait à la rembarde, je tapottais ma clope, histoire de faire tomber la cendre, et je levais la tête vers le ciel nocturne.

J'appréhendais cette soirée, je n'allais pas pouvoir rester dans mon perchoir éternellement, et les codes ici ne valaient rien, cela aurai du me plaire mais pas dans ce cas précis, les manières et les coups bas n'avaient aucune barrières, aux enfers il y a "l'art et la manière" et quiconque ne s'y plie pas est ridiculisé, mais ici, tout est permis, les invités n'avaient aucune idée de ce dans quoi ils avaient mis les pieds, de simple cannetons, voilà ce qu'ils étaient, des cannetons qui avaient perdus leur mère, sans repère ni sécurité, leur seul avenir était de se faire manger par le premier prédateur venu, et ce n'est pas ça qui manque la plupart du temps, si je jouais assez fin, je pouvais avoir assez de temps pour repérer qui est quoi, ou alors je me plaçais directement en haut de la pyramide et j'observais qui essayait de prendre ma place. Je n'étais pas assez expérimenté pour cette solution, mais cela pouvait bien être la seule que j'avais. Il me fallait simplement repérer la bonne occasion pour aller discuter avec notre hote et observer les regards emplis de jalousies et...

Je fus tiré de mes pensées par de l'agitation venant de la salle, les gens s'attroupaient vers le centre tels des rapaces sur une proie bien juteuse, mais sur qui le couperet allait il s'abattre? J'ai été le premier étonné de voir la maîtresse de soirée se faire traîner par la patte par son chambellan, à sa soirée. J'en venais à me demander qui était le véritable maître de maison entre ces deux là. Cependant je ne voulais pas encore me mêler aux festivités, j'aimais bien ce petit poste de sentinelle, j'avais les yeux dehors et dedans, mais je savais que si je restais trop longtemps j'allais attirer l'attention et pas forcément de la meilleure des manière. Mon jugement était rendu, les jurés ont voté pour attendre jusqu'à la fin de la présentation et je me joindrai aux invités. Cela me paraissait raisonnable. Mais le chambellan ne semblait pas avoir finis son manège.

 Mesdames, Môssieurs

Je vous prie de m’accorder votre attention pour un petit moment. Bien, bien… je vous en remercie déjà. Me voici aux côtés de sa Magnificence, Dame Lormys, qui fit bonne grâce à vous proposer de sa plus poignante et sensible composition. Elle souhaiterait à présent ouvrir la soirée sur une déclaration officielle que vous attendez sûrement tous.

Mes hommages, Madame…

Ou comment cacher avec un surplus d'hypocrisie que tu compte manier cette soirée tel un chef d'orchestre au gré et crédibilité de ta suzeraine. Là je reconnaissais bien le style des démons, là je me sentais à la maison. Cela me faisait sourire mais en même temps je restais d'autant plus sur mes gardes, cela voulait aussi dire que tout le monde n'est peut être pas aussi inexpérimenté que je ne le pensais. Hannathème s'avançait, penaude et visiblement déstabilisée. Je commençait à me demander si mon dossier était fiable, elle semblait aux antipodes de la description que l'on m'en avait faites, et c'est à ce moment précis que ça bascula. La rouquine qui me servait de supérieure décolla un uppercut direct dans le pif du nobliau. Une prestation digne de mes plus grandes bastons, elle venait de gagner mon respect pour un bon bout de temps. Au même moment un jeunot, blond, venait me tirer de mes pensées, il portait un costard d'un bleu sombre qui forçait le respect, il le portait bien et cela lui allait à merveille. Mais il partit aussi vite qu'il est venu, visiblement la vue du sang et l'odeur de ma cigarette l'avait dérangé au point d'en faire un malaise, il semblait sur le point de tomber dans les pommes. Quelle mauviette de défaillir comme ça, et on avait même pas encore de boissons.

Je suis heureuse de vous accueillir ici et j’espère qu’aucun autre serviteur ne souhaitera prendre une place qui n’est pas la sienne. Excusez ma manœuvre, mais vous connaissez bien les rivalités entre démons. Je suis justement là pour que nous tachions de les mettre de côté et nous présenter pour un petit temps.

Bien envoyé, elle restait digne et droite malgré un écart de conduite evident, mais elle a su gérer la crise avec brio, elle usait de son statut comme d'un couteau aiguisé et s'assurai que personne dans la salle ne se repermettrai une telle arrogance. Mais ce serai mal connaitre les démon que de les croires vaincus des qu'une patate était collée. La suite de la soirée s'annonçait captivante.

Vous m’avez peut-être reconnue, je suis Hannathème Lormys.Je pense que nous pouvons porter un toast à votre présence ici et à notre Roi 

Et elle levait une coupe de champagne et la salle suivait au fur et à mesure que la boisson pétillante était servie. Moi même, je fus servi et à ce moment je retournais dans la salle afin de participer un peu plus en avant à la fête. J'avais assez observé pour l'instant, il était temps pour le loup solitaire que j'étais de rejoindre la meute et de montrer qui était l'alpha. Mon objectif était simple, taper la discut avec Hannathème et s'afficher un petit peu. D'habitude je n'aimais pas cela mais l'inexpérience et la faiblesse de l'assistance m'irritait, même moi qui ait horreur de ces soirées savait un minimum comment me comporter, ici nada, des idiots même pas assez intelligent pour se renseigner sur leur hote et l'honorer comme il se doit.

Hannathème semblait d'ailleurs perdue avec sa simple coupe de champagne à la main, elle me faisait penser à une petite fille face à un buffet à volonté qui ne savait pas quoi prendre en premier. Mais le blondinet de tout à l'heure m'avait visiblement devancé et avait déjà commencé à approcher la maitresse de soirée, pour ne rester que quelques secondes à capter son attention. Encore une fois la manoeuvre me semblait profondément stupide, enfin toujours était il qu'il venait de lancer les hostilités. D'ici peu tout le monde allait converger vers la Vipère et il était hors de question que je sois dans l'oeil du cyclone, je choisissais donc à la place d'aller vers le buffer pour prendre quelques petits four et me méler à la foule. La seconde du roi allait devoir attendre pour l'instant.

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MessageSujet: Re: Omnia dicta fortiora si dicta Latina (Sur invitation d’Hannah) Mer 29 Aoû - 16:00


Omnia dicta fortiora si dicta Latina

« Ah, mon nez… Madame… vous… »

Ce furent les dernières paroles du Chambellan avant qu’il ne partit en trombe. Pitoyable. Absolument pitoyable venant de la part d’un noble. Depuis quand devrait-on s’abaisser à ce genre de bassesses ? Et les stéréotypés, parlons-en ! Les Démons seraient-ils tous si violents et impulsifs ? Ca me répugnait. Même si dans le fond, ça me rappelait de doux souvenirs lors de ma prise de pouvoir…

Mais bon, dans le fond, c’est la première fois que je côtoie d’autres de mes semblables. Peut-être que je parle sans savoir ?
Regardez-les, tous se jeter aux pieds de Dame Lormys, tels des chiens se battant pour rogner un os.

Les regardant froidement du coin de l’œil, je me mis dos à eux, préférant m’attarder sur l’aspect Victorien de la pièce. J’irai saluer le bras droit de Dragon quand ils seront tous partis.
Un de mes congénères était lui aussi éloigné du reste du troupeau, préférant contempler les merveilles de Damned Town depuis le balcon.
Il allait falloir que je profite de la vue durant la soirée. Après tout, je suis venu uniquement pour m’amuser. Le tête-à-tête avec Dame Lormys n’est que du bonus, et puis qui sait, j’aurai suffisamment appris sur les Démons dans cette soirée sans passer par l’entretien.

J’ai omis un détail mais voilà un moment que la musique avait repris son cours, signe que la soirée pouvait reprendre, enfin, je suppose ? Je contemplai en silence les divers objets que composait la pièce. M’arrêtant près du piano, je ne pus m’empêcher de le dévorer des yeux. Mais il était hors de question que j’y joue. Je préfère le faire seul. Mais j’eus un gros coup de cœur. Bien plus sobre que le mien. Je me retourne, pouvant enfin contempler la pièce dans son ensemble. D’ailleurs, si j’avais su, au lieu de demander un intérieur plus « moderne » j’aurai préféré opté pour quelque chose comme ce qu’avait Dame Lormys. Soit dit en passant, elle était toujours occupée avec ses convives. Le fameux blondinet effronté était en train d’entamer la conversation. Il avait revêtu ses plus beaux vêtements. Voilà qui changeait de ses éternels habits. Cela dit… J’étais mal placé pour parler.

Je commençais à avoir faim. Comme toute réception qui se respecte, il devait y avoir de quoi grignoter. Cependant, je n’avais pas encore vu l’hôte entamer les hostilités. Par politesse j’allais devoir attendre… Ah stupide éducation de noble…

« Un verre Monsieur ? »

Un serviteur me tendait une coupe de champagne. J’ai horreur de l’alcool, et j’avais déjà porté un toast, mais pour l’évènement, j’allais faire un effort. Le remerciant, je me remis à observer tous les démons présents. Dame Lormys s’était mise sur son trente et un. Voulait-elle attirer tout les regards ? Ca ne m’étonnerait pas. Un haut placé se doit de mettre toutes ses meilleures cartes dans sa main. C’est ce que disait souvent père. Je me demande d’ailleurs, si ce bal n’est qu’une facette… Méfiance. Surtout que je suis avec des personnes que je n’ai jamais vraiment côtoyées…

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MessageSujet: Re: Omnia dicta fortiora si dicta Latina (Sur invitation d’Hannah) Mer 31 Oct - 15:27



「 Pluies de ma conscience 」



La solitude est un sentiment somme toute étrange. Vous avez sûrement entendu un tel adage. Je ne parle pas d'un fait, je n'étais ici pas seule. Nous franchissons là le pas du ressenti. Je me sentais seule. J'avais balayé la pièce du regard plus tôt, m'étais attardée sur des détails et la sensation qui vainquit toutes mes pensées fut cette solitude existentielle. Personne ne devait s'y attendre, personne ne devait songer cela. Pourtant, il en était ainsi. Avec cette coupe de champagne, je voyais le verre à moitié vide. Je venais de faire prendre congé à la seule personne que je pouvais souvent côtoyer. Je n'étais pas déçue par sa tentative mesurée de prendre l'ascendant sur moi, mais déçue par le fait d'avoir dû lui faire comprendre. Par le geste, je m'étais isolée un peu plus. Pour moi, cette autorité et ce pouvoir que j'avais gagné avaient son pendant. Qu'il devait sourire Henry de me savoir entourée de tant de têtes inconnues, je ne connaissais pas un nom, pas un visage et je les accueillais pourtant chez moi. Je ne me sentais en effet pas au Palais des Démons mais bel et bien dans mon intimité. Il m'était déjà arrivé de flâner ici en peignoir, ou à peine vêtue, et voici qu'à présent des démons, mes moutons foulaient de leur pattes cet endroit. Ils s’étaient éparpillés, quittant leur enclos, et aucun berger pour les faire rejoindre le rang. Par les Flammes Bleues, Dragón, tu reviens encore à ma mémoire. Cela fait un moment que nous ne sommes pas vus et seulement quand c'était le cas, tu as... agi comme le plus grand con des Enfers, encore une fois. Je n'ai aucun sourire, seulement un regard intense que je porte sur mon verre, tandis qu'en mon esprit se joue le scénario de nos retrouvailles. J'en suis absorbée, et sous le choc, gardant toujours ma lèvre inférieure sous mes incisives, je mords mais j'évite par tact de m'en faire saigner. J'ignore sur le moment que des regards me détaillent, de quoi devais-je donc avoir l'air ? Un cœur épris, un cœur passionné mais un cœur toujours seul. «Idiote, désespérée, impropre à ton rang, voilà ce que tu es, Hannathème.» Voilà bien une phrase qu'aurait pu m'asséner El Dragón dans sa grande compréhension de mon être. Mon œil, il était d'une connerie, il ne comprenait rien de ce que je ressentais et quand j'essayais de lui montrer ce qui se passait en moi, il se trompait toujours et nous finissions par nous entretuer. Mon regard se change en un je-ne-sais-quoi de furieux, à peine ombragé par ma gêne de tantôt. Tu es là, à m’observer depuis ma pensée, tu ne t’éloignes même pas d’un pouce et plus j’y songe, plus tu t’accapares le moindre soupçon de mes rêveries. Tu ne me laisseras pas en paix et je crois qu’en fin de compte ce n’est que justice même si je refuse de me l’avouer.

En mon for intérieur, une pluie diluvienne s’abat. Celle dont on ne peut entrevoir la raison, celle où l’on ne peut décemment plus s’orienter, celle qui vous inonde de ses effets. J’eus envie de laisser ma tête basculer en arrière, laissant ce déluge s’exprimer ouvertement, que ce fut verbalement ou physiquement. Mon âme se serait éveillée dans sa nature la plus essentielle, mon feu était présent, et ma peau brûlait déjà. Je me serais vue moi-même spectatrice de ce coup de théâtre. J’aurais aimé pouvoir m’exprimer avec simplicité, évoquer qui j’étais réellement, et foutre à la porte toutes ces personnes. Ils étaient chez moi, et je regrettais en ce moment de ne pouvoir demeurer en repos avec moi-même, évacuant cette fureur qui s’agitait. Le tonnerre grondait mais ce ne fut que par le rappel de l’acte de mon chambellan. Je me demandais même à présent si je n’avais pas été manipulée depuis longtemps par cet insipide personnage. L’idée de la réception était-elle de moi, seulement de moi ? N’avais-je pas été incitée à cet acte ? Et quand bien même, je ne savais toujours pas qui fouler de son pas mes appartements PRIVÉS. Ils ne l’étaient plus et je fulminais de devoir faire en sorte qu’ils le redeviennent. Vous me couvrez d’opprobre ? Je sais que vos âmes ont déjà ressenti ce curieux paradoxe de souhaiter animer vos journées avec autrui, puis, par un regret qui s’articule autour d’un désir soudain de solitude, de vouloir jeter tout le monde à la porte. Moi, je ne voulais pas simplement les mettre dehors.

La foudre frappa en mon sein. L’ombre qu’elle jeta ensuite finit de saper l’intensité de mon regard, et une neutralité presque douce s’affichait. Quelque chose m’avait traversé l’esprit. Si j’agissais par cette nouvelle conviction, je perdais le troupeau et alors que j’avais déjà perdu le berger, je me retrouverais en proie à mes plus noirs démons. Une expression de mortel cela dit, ma nature étant déjà démoniaque. Je devais redoubler d’effort et agir comme sur Terre, et feindre la curiosité et l’intérêt pour mes hôtes. Je perdrais énormément de crédit. Ça, c’était la raison bidon que j’évoquais, la vraie était que je devais trouver une activité et m’éviter de penser.

Tout ce petit manège est alors interrompu. Quelques mots respectueux à mon encontre pour resituer mon attention et surtout une présence à ma gauche. La tête légèrement baissée vers ma coupe, je me redresse mais un je-ne-sais-quoi me perturbe, son aura démoniaque a quelque chose de singulier je crois. C’est encore tout ce qui me vient mais quelque chose semble différent. Mon regard se pose alors sur l’intervenant. C’était le blondinet que j’avais déjà détaillé tantôt mais cette plus grande proximité m’inspirait une autre pensée : il n’était définitivement pas déplaisant à regarder. J’affichais un regard amusé, et mon sourire le plus espiègle. Il s’en étonnerait sûrement, quoique ce fut ma manière la plus naturelle et la plus courante pour un premier contact. Mes yeux descendirent sur sa rose et je me disais encore que ce vieux cliché avait son chic. Je remontais mon regard, la tête tournée vers lui et je continuais mon investigation, qu’il devait très certainement avoir ressenti, et c’était bien le but. Je riais intérieurement de sa coiffure et de son air détaché à l’extrême que cela semblait suggérer, contrastant si drôlement avec ses efforts pour bien paraître, traduits par son costume impeccable d’un bleu profond et toujours cette rose blanche. Un homme ne venait jamais pourvu d’une rose sur son costume s’il n’avait déjà pas l’intention de l’offrir à sa compagne, non ? Enfin, je devais être encore très loin de la réalité, réalité que je pus saisir au vol. J’avais écouté à moitié, mais en gros, il me félicitait. Sa voix aussi me fit un très curieux écho et pourtant, je jurais que je rencontrais à peine ce démon-ci. La preuve, il venait de se présenter de lui-même, avec une courtoisie empreinte d’une volonté de bien faire surprenante. Encore une fois, nous retombions dans l’être et le paraître, sujet sous-jacent principal de ce gala. Que d’oxymaure... oxymort ? Oh et merde !

J’allais répondre au blond garçon mais il fut bien rapide à se séparer de ma compagnie, les petits fours ayant eu raison de son appétit ou de sa gourmandise ? Je ne m’en offusquais pas et mais je parus idiote à essayer de formuler quelques mots, ma bouche entrouverte alors qu’il n’était déjà plus à portée d’une voix calme et posée. Je ne compris pas pourquoi il avait bu deux gorgées avant de formuler son nom, s’était-il donné du courage ainsi ou cela traduisait-il une incapacité à contrôler sa soif de boisson en pleine discussion naissante ? Cela me laissa un petit goût d’amertume je le confesse. Et de plus, j’avais espéré comprendre la curieuse impression qu’il me fit. Malheureusement, son nom ne me disait rien, vraiment rien. S’il avait été important pour moi, je m’en serais souvenue donc je crois bien que son aura est donc fondamentalement perturbée et que cela ne vient guère d’une proximité passée.
Je me décidai soudainement à faire un pas en avant vers le buffet quand je fus stoppée nette par l’apparition d’un serviteur qui se jeta sur moi, un grand torchon blanc et épais sur l’épaule, le costume impeccable, les chaussures cirées. Il se saisit de mon avant-bras avec douceur et bienveillance, précisant son geste avec diligence, avant de m’attirer hors de la foule, près de la porte d’entrée du salon :


« Madame, je ne saurais souffrir que vous continuiez plus en avant dans cette réception en vous souillant du sang d’un inconvenant, venez que je vous en délivre. »

Son torchon était légèrement humide et il enroula mes mains à l’intérieur, frottant quelque peu pour s’assurer qu’il n’y eut plus de tâche, je le laissai faire sans un mot. Alors que n’importe quelle dame aurait affiché un regard suffisant, moi, je me contentai juste de détailler ce quarantenaire attentif et si peu envahissant qu’il avait attendu un geste de ma part pour se manifester. Il m’avait saisi ma coupe de son autre main et promis de m’en apporter une nouvelle, qui ne présentait pas de sang. Il fut rapide et efficace et réellement reconnaissante, je lui adressai un clin d’œil discret, autant qu’il put l’être. Je crois qu’en fin de compte, mes gens s’en faisaient déjà pour moi alors que j’étais à peine arrivée. Quoique fut leur motivation, j’en étais heureuse et cela me redonna du moral. Par bonheur, seules quelques petites gouttes avaient tâché une partie de ma robe, je n’en fis pas état et par-dessus tout, je ne voulais pas quitter les lieux pour me changer ou que sais-je. C’était ma réception, c’étaient mes petits moutons, je ne pouvais pas tout laisser sans surveillance. Je connaissais Henry et me doutais qu’en mon absence, il était bien capable de redonner la charge.

Mes talons recommencèrent à claquer que je fus encore arrêtée, mais pour une toute autre chose à présent. Le capitaine à l’uniforme brun, et aux multiples décorations de guerre, s’était avancé alors que le serviteur avait à peine fini le nettoyage. Je me retournais à peine pour retourner vers les convives qu’il était déjà dans un périmètre proche, moins de trois mètres de moi. Il continua de s’approcher, se stoppa net et s’inclina droitement, avançant une main vers moi, son visage vers le sol. Je fronçai légèrement les sourcils, à moitié surprise, je lui confiai ma main droite dans la sienne. Je sentis la moiteur de celle-ci, de petits tremblements mais en apposant mon regard sur lui, je le vis toujours inflexible, essayant de contenir ses émotions. Pourtant, je savais lire les perturbations importantes d’aura, et la sienne était pour le moins instable, rugissant d’excitation et d’ardeur. Prudemment, j’avançais avec le plus de politesse possible, trahissant pourtant mon étonnement :


« Vous êtes ? »

Sans relever sa tête, il tint ma main avec sa propre délicatesse, ses doigts sous ma main et son pouce appuyant sur la base de mon majeur. Il fit le pas nécessaire, toujours incliné pour apporter son visage près de nos mains tenues et apposa son baisemain. Je le laissai faire mais mon étonnement ne disparut pas même quand il se présenta à moi : je le connaissais et il n’avait jamais tenté quoique ce soit à mon encontre de si… singulier.

« Je suis Azaël, Capitaine Démoniaque de Son Excellence, Commandant en Second du Marteau, fervent serviteur des Enfers. » Et je sentis une hésitation après une présentation si protocolaire d’un ton presque monotone, une émotion nouvelle s’était emparée de lui, et quoique majoritairement dissimulée, toujours perceptible. « Votre plus dévoué soldat, Ma Dame, je vous admire. »

Il s’était redressé et je perçus une fraction de seconde dans ses yeux bien plus qu’une dévotion « aveugle », ils pétillaient de bien plus et je compris que ce fut tout autant un bonheur pour lui d’avoir été face vers le sol pendant ce moment, mes jambes lui avaient bien plu. Oh merde… Je crois qu’il était vraiment dévoué pour le coup mais par pour des raisons politiques ou militaires comme je l’ai toujours crue. Ce gars-là me mange littéralement dans la main, et je ne veux pas imaginer ce qui se trame dans sa tête alors qu’il a retrouvé sa position de bon petit soldat, bien droit, les mains derrière le dos, me détaillant avec cette flamme si mal cachée. Il est vrai qu’il avait été efficace au cours de maints affrontements, toujours déterminé mais j’ai toujours cru que sa volonté lui était propre et pas que… Qu’il désirait seulement m’impressionner. Si c’était réellement son intention, il avait du boulot, même Dragón ne m’impressionne pas, après toutes les choses qu’il a réalisées. Et le malheureux est très loin de notre souverain. Cependant, je ne peux pas dire que j’en suis totalement indifférente, j’en suis même flattée et je lis dans son regard qu’il est pendu à mes lèvres, il n’attend qu’un retour même insignifiant de ma personne. Je me sens mal à l’aise d’être obligée de devoir répondre quelque chose de distingué mais il est naturel que je devais arborer un masque de contenu et de bienséance. C’était ma réception, soyons agréable pour un temps.

« Je suis ravie que vous soyez présent, Capitaine, c’est un honneur pour nous tous que vous nous faites. Vos exploits font encore écho au Palais, et je suis heureuse de pouvoir retrouver en ces lieux le visage amical d’un si talentueux meneur d’hommes. »

Hannathème, qu’est-ce que tu fous là ? T’en as pas un peu trop fait ? Il a failli rater un battement de cœur ou même plusieurs, il rougit à vue d’œil, et je crois bien lui avoir donné matière à réfléchir. J’ai enjolivé le tableau, c’est sûr, mais je souhaitais seulement rester polie. Bon de toute manière, je vais pas rester dans ce coin de la pièce, face à un homme décousu, qui a un coup de chaud et puis, ça commence à devenir gênant, très gênant même. Je passe à côté de cet homme toujours droit lui adressant un unique « Si vous me permettez… » et je file vers le reste des convives, pas vraiment remise de ce curieux événement et surtout des paroles mielleuses que j’ai prononcé. Je me heurte naturellement à quelqu’un, et je crois que son verre a fini au sol. Je me retourne pour m’apercevoir à qui ai-je fait cet affront, et je ne découvre seulement que la femme à la robe de bleu satin est face à moi. Normalement, j’aurais moi-même exigé des excuses mais en ce jour, je me devais de faire des efforts. Je ne sais pas encore combien de temps j’y arriverais mais c’était mon intention. Je croisai son regard, et je tentai de pas lui faire sentir la petite pointe de jalousie que j’éprouvais à son égard; elle était magnifique.

« Ah ces talons… » et je jetais furieusement un regard à mes pieds en ricanant doucement, ramenant mon regard vers elle pour faire finalement un pas en arrière. J’avais été si proche d’elle en la bousculant que j’avais pu ressentir les notes de son parfum, léger mais mémorable. Le mien n’était que très simplement à base de fruits rouge et de cannelle. Ne riez pas, moi j’aime bien ça ! Mes idées s’étaient embrouillées et je remis une mèche rebelle en place, soupirant au passage. Bien sûr que je ne m’étais pas excusée, mais j’avais déjà fait un effort monumental pour ne pas avoir dissipé ma gêne en la couvrant de gifles ou de coups de poing. C’était déjà une victoire en soi.

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MessageSujet: Re: Omnia dicta fortiora si dicta Latina (Sur invitation d’Hannah) Dim 11 Nov - 22:05

OMNIA DICTA FORTIORA SI DICTA LATINA Du chaos naît une étoile. Car c'est dans l'ombre que la lumière surgit. Une lueur dans le nuit sera plus brillant que tout les rayons du soleil en plein jour.

Je perds des yeux la vipère de Dragon.

Elle s’est éclipsée dans la foule après s’être fait approchée par ce que l’on pourrait qualifier d’un petit bourgeois. Il lui a tendu une rose, mais je suis bien trop loin pour entendre ce qu’il se dit. Je souris en pensant que certains sont près à beaucoup pour obtenir un entretien avec la belle rouquine à la robe noire.

Peut-être ce blondinet inconnue cherche-t-il un bon mariage pour élever sa position. C'est ce que font les nobles n'est-ce pas? Il gravite autour des nouvelles personnalités pour augmenter leurs pouvoirs.

Pour ma part, j’aurais largement le temps d’aller la saluer plus tard, du pouvoir, j'en ai eu un temps...je n'ai pas besoin de le retrouver aujourd'hui, juste de me faire une idée de qui dirige les armées maintenant.
Je vais plutôt profiter du fait qu’elle soit accaparée pour observer les changements opérer dans ses lieux.

C’était mon premier chez moi à Damned Town, là où Luke m’avait installée au tout début. Ca fait tout drôle de savoir que quelqu’un d’autre y vit aujourd’hui...La nouvelle seconde qui plus est. C’est un nouveau règne qui commence: celui des reptiles.

Je souris à cette pensée. Les reptiles sont des animaux dangereux, mais tellement facile à enfermer dans une boîte. Au contraire de mon roi...un esprit libre, indomptable, en perpétuelle mouvement... Mais tout ceci est de l'histoire ancienne, tout comme ma vie au palais.

Et en effet, cela devait être il y a bien longtemps...Ce qui était autrefois une entrée sombre est aujourd’hui un somptueux boudoir pour nous accueillir, je n’ose même pas imaginer le reste de la suite.
Elle doit être à son image : extravagante.

Je bois une nouvelle gorgée de champagne et gobe un petit four assez savoureux. Les lustres au plafond attire mon œil, il n'existait pas à mon époque. Je les détails au point d’oublier le monde autour de moi : ils sont somptueux, brillants comme un milliard d’étoile polaire.

Je suis tellement absorbée par les constellations que composent les portes-bougies suspendues. que je ne vois pas  notre hôte arrivait vers moi.
Je me sens propulsée vers l’avant et le manque d’équilibre sur mes talons me fait lâcher mon verre d’alcool qui s’écrase par terre. Eh merde!

Je me retourne aussi sec, contrariée d’avoir perdu ma boisson et d’avoir été tirée de mes réflexions aussi brutalement. Quel est l'abruti qui, dans un hall aussi spacieux, n'a pas était foutu de m'éviter entre deux plateau de canapé au saumons!

Mais ma colère retombe aussi sec quand je tombe sur Hannathème qui semble gênée de m’avoir foncé dedans. Elle se transforme en une certaine satisfaction: je n'aurais pas à aller la trouver tout compte fait. Il faut croire que les étoiles sont avec moi ce soir (merci les lustres).

« - Ah c’est talons... »

Je souris, mais bien sur, c’est la faute aux talons ! Il y a toujours un bon coupable à se trouver pour ne pas s'excuser n'est ce pas?

Elle recule d’un pas et me détail des pieds à la tête : contente de voir que ma tenue te plaît Hannathème. Ou bien serai-ce mon corps tout simplement ?

Elle remet une mèche de cheveux à sa place, nerveusement. Ce signe ne m'échappe pas, depuis le début de la soirée, elle n'a cessé d'être mal à l'aise. Il me semble qu'elle est plus femme d'action que de mots, mais pour assumer sa charge de seconde, il faut bien souvent être polyvalente.

Moi j’attends de voir si elle va s’excuser pour son malencontreux accident. Ne voyant rien venir, je décide de prendre sur moi et briser le silence qui s’installe. Après tout, je peux bien m'incliner un peu devant la petite nouvelle: faut bien qu'elle se donne l'illusion de tous nous contrôler.

« - Parfaitement inconfortable comme chaussure, mais indispensable pour ce genre d’occasion. »

J’attrape avec la souplesse d’un chat, deux coupes de champagne sur un plateau qui passe à côté de moi. Mes yeux n’ont pas quittés la Seconde de Dragon et ne compte pas le faire de si tôt, voilà ma chance de me présenter à la remplaçante. Je compte bien en profiter pour voir un peu plus qui elle est et si elle a les épaules pour le job.

Je lui tend le verre aux bulles dorées. Rien de mieux pour commencer une conversation, qu'une bonne boisson.

« - Enchanté de faire votre connaissance Madame Lormys. Et bien que mon nom ne vous dise probablement rien, je suis Alizée, Alizée Bluechele. »

Je doute qu’elle soit tombée sur certains de mes rapports du temps de Luke, ou même que mon nom est fuité jusqu’à elle mais ne s’est on jamais.

« - J’espère que votre installation dans vos appartements ce sont bien passé, j’avoue que la décoration a bien changé depuis l’époque où je vivais ici. »

Je souris et porte ma coupe à ma bouche.


« - Mais laissons le passé derrière nous. Vous êtes la nouvelle génération et il me tarde de voir ce dont vous serez capable. »


Je lui décoche un regard espiègle et un demi sourire. Vais-je piquer ta curiosité Hannah ou bien vas-tu prendre la mouche et me sortir d’ici ?

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MessageSujet: Re: Omnia dicta fortiora si dicta Latina (Sur invitation d’Hannah) Dim 2 Déc - 11:00

Aile Ouest du Palais
Omnia dicta fortiora si dicta Latina

Changement de caméra, changement d’épaule. Me revoilà à scruter de mes yeux l’entièreté de la salle qui s’étend sous mes pieds. Comment ne pas apprécier la beauté de cette danse que la musique orchestrait ? Chaque pantin se laissait tirer les cordes avec une simplicité déconcertante. Les cordes ? Quelles étaient-elles ? Il y en avait quatre majeures : le buffet, les plateaux de nectars qui circulaient, les box à clopes du côté du balcon. Et bien évidemment.. Lormys. Moi-même je me retrouvais saucissonné, bloqué par ma seule volonté à ses côtés. Car qui blâmer alors que mes pieds eux-même m’avaient fourvoyés ? Les cartes avaient été déposées, je ne pouvais les reprendre et m’en aller. De toute façon, je n’en avais nulle envie. Du corps de la jeune femme s’échappait une attraction digne des plus grandes danseuses de cabaret. Et il était de mon devoir de rester pour m’en imprégner. Ma curiosité d’assoifé vint lui dévorer les traits jusqu’à ce que je ne me reprenne et ne regarde droit devant. Ce regain d’attention me permit de percevoir les effluves que portait son haleine. Alcoolisée. Avait-elle besoin de se donner du courage ? Ou faisait-elle partie de ceux dont l’adage était de se miner ? Qu’importe me direz-vous et je ne peux qu’aquiescer. Je n’avais pas la moindre intention de partager de quelconques fluides salivaires, alors … je pouvais bien faire un effort.

Cet effort de prolongation porta ses fruits. Sitôt que j’eus détourné les yeux, je sentis, sous le lourd tissu bleuté, que son regard venait me chercher. De ses pupilles de jades, elle vin interroger mon physique, ne sachant sûrement pas si elle devait rire de ma présence ou au moins la tolérer. Vous savez, dans ce Palais, plus rien ne m’aurait étonné. Et vu les pantins que nous étions, je n’aurais pu lui en vouloir que de me prendre pour un clanpin. Au fond de moi néanmoins, j’espérais enfin trouver un peu de considération, afin de trouver l’étrier pour dompter mes sombres desseins. Cette pensée me rappela qu’il n’était pas venu le temps pour moi de m’attarder. Je n’étais pas là pour venir conter courtoisie. Mon premier pas vers l’avant fut la brêche qui vint craqueler l’emprise sous laquelle elle me maintenait, attraction qui fut rapidement tombée à néant sitôt que je me fus éloigné suffisamment. Une pointe de déception me saisit dès lors que je constatais qu’elle n’était plus à mes côtés.

J’étais certes stupide mais je savais également que certaines limites étaient à ne pas franchir. Sa puissance, avant son charme, étaient venue me chatouiller les sinus, cajolant mon esprit de doux rêveur. Dame Lormys… puisse la route nous réunir à nouveau très bientôt…
Me pourléchant les babines, je vins nourrir mon estomac qui grognait, mes idées demeurant dirigées vers la rouquine qui me hantait.

°Réfléchis Alec, réfléchis….°

Dans ma fébrilité, mon coude partit, venant heurter l’un des plateaux argentés. Le piano fit dès lors un couac au moment où les coupes se fracassèrent au sol dans un bruit amorti. Dieu merci…. La moquette était là pour rattraper mes conneries. Vous vous en doutez, je ne pris la peine d’endosser la responsabilité, mes yeux glacés venant se poser sur le coupable. Sans avoir besoin de constater les dégâts, je sus déjà que le bas de mon veston était trempé. Baissant tout de même les yeux, je constatais une flaque à mes pieds, les débris de verre jalonnant les bosses de mes chaussures cuirées. Allons bon.. Je venais de gagner le droit de leur offrir un bain spécial ce soir. Un rire macabre ébranla mes lèvres figées alors que je me permettais d’endosser le rôle du bourgeois vexé. Mes reproches distancés s’abattirent sur le serveur, le pauvre bougre jetant des œillades à la dame de la soirée, espérant de tout cœur ne pas se faire virer.

°N’aies crainte mon loup, c’est moi qui dégage°

Bousculant la main amicale qu’il me tendait pour venir m’éponger, je pris rapidement la direction de la sortie, mes phalanges terminales réajustant ma veste autant qu’elles ne le pouvaient. Sitôt que j’eus tourné le dos à l’assemblé et que plus aucune tête ne put me dévisager, j’étouffais un sourire satisfait, une mèche blonde venant me caresser la tempe. Mission d’extraction réussie..
Un autre employé vint à ma rencontre, m’accostant galamant. Mon sourire se fana instantanément, ne sachant pas que je le remercierait plus tard pour cela. Il se permit de me proposer de me montrer où se situaient les cabinets. Deux trois secondes après, le temps de soupeser le pour et le contre, voilà que je le suivais, ne percevant pas le sourire victorieux et soulagé que ce dernier affichait. Les consignes de Dame Lormys avaient été données. Nul ne devait quitter la soirée avant que celle-ci ne soit terminée.

Une nouvelle fois, mes cordes venaient d’être tirées, et dans mon orgueil, je me pris à nouveau à penser que j’étais maître de mes idées.



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MessageSujet: Re: Omnia dicta fortiora si dicta Latina (Sur invitation d’Hannah) Dim 2 Déc - 21:20



「 La Chambre Rouge 」



Ne me vint d'abord qu'une impression de légèreté et de classe sublimes. Cette démone avait ce côté sensuel, dénué de dépravation si stéréotypé de nos paires, moins... vertueuses. Elle incitait, provoquait le regard, et j'aimais en ce sens cette envie d'attirer vers soi les regards, c'était quelque chose que je comprenais admirablement bien. A vrai dire, je le partageais même. Je détaillai davantage sa robe et je compris que la mienne n'était que fadaise, d'une sobriété qui ne masquait que trop bien mon extravagance habituelle. Mais que voulez-vous ? Je crois que je jouais presque un rôle, comme si j'incarnais un personnage que je m'étais choisie avec attention. Ce soir, à la réception, j'avais joué cette carte de la sobriété, jalousant pour autant celles qui venaient s'affirmer avec plus d'aplomb personnel. Elle devait être une courtisane intéressante, et je gage sans la connaître que plus d'un ont envié sa couche. J'extrapolais un peu trop. J'en revins au moment présent et mon regard ne quitta plus le sien pendant un moment.

Je savais que mon semblant d'excuse était maladroit, prétextant uniquement un objet plutôt qu'une défaillance de ma part. Je n'étais pas faible, pas défaillante, sûrement pas et encore moins le laisser entendre, réception ou pas. Cependant, il y avait autre chose. Je m'étais demandée un temps sa réaction. La majorité des démons se seraient empourprés, moi la première, et comprenant qui en serait la cause aurait ravalé de travers leur fierté mal placée. Ils se seraient alors eux-mêmes confondus en excuse, évoquant leur manque d'observation ou leurs pensées trop ancrées en eux. D'autres encore auraient suivi la perche que je tendais, afin de camoufler l'accident. Cette démone-là avait cet air sarcastique ou que je crus ainsi, comme une simple réponse à mon début d'explication. Face à cela, je rendis un sourire amusé. Quelqu'un qui savait manier les rudiments basiques sociaux, cela ne faisait pas de mal. Le blondinet de tout à l'heure se serait déjà éclipsé, pour se ruer sur les gâteaux, peut-être en planquait-il dans ses poches ? Que dire de cet homme au costume blanc qui m'avait fait le plus d'effet en début de réception qui lui aussi s'était retiré de toute foule ? Du coin de l’œil, je remis en visée cet étrange jeune démon tout de vert mais qui mariait toujours l'élégance du geste à la somptuosité de sa toilette. Je ne pus l'observer bien longuement mais je compris qu'il n'était pas du genre à se mêler à la foule de trop et je jurai de toute façon porter quelques paroles à son encontre avant que tout ceci ne termine. De même pour chacun de mes invités. J'écarterai volontiers ce cher Capitaine qui me mettait dans des dispositions gênantes en réception.

La ravissante dame de soie bleu fit quelques gestes que je jugeais par ma vision périphérique et qui ramena instantanément mon attention entière sur elle. Elle avait attrapé telle la chouette un rongeur depuis son arbrisseau les deux coupes de champagne d'un plateau d'argent. J'aurai dû dire une pie, ces oiseaux sont plus attirés encore par le côté clinquant. Elle me tendit l'une d'elles et naturellement, j'avais avancé ma main pour me saisir, d'un geste souple, le verre que l'on me présentait. Pauvre serviteur qui allait se ruer aux cuisines pour me filtrer son meilleur élixir et qui reviendrait le cœur lourd en s'apercevant que j'étais déjà comblée d'un autre. J'eus cette pensée irraisonnée que je n'expliquai pas. Machinalement, je lève légèrement la coupe à son intention lorsqu'elle se présente. Elle semblait très humble, se présentant avec une modestie surprenante. Les Démons préféraient souvent que l'on eût eu vent d'eux avant que l'on ne se trouvât face à eux. Mon sourire ne s'estompait pas, elle accompagnait donc son physique d'une beauté intérieure presque troublante, mais moi je n'aimais pas. J'appréciais davantage que l'on donnât immédiatement une vision sûre de soi, était-ce un manque clair de confiance en soi ou une manigance calculée pour que je la sous estime alors ? Cette pensée accompagnée de ses prochaines paroles vinrent couper net toute trace de sourire ou de satisfaction.

Alizée Bluechele, doublée de l'ex détentrice d'un pouvoir immense. A sa magnificence qui me revenait de droit s'ajoutait donc la considération de ses pairs d'autrefois et une réputation certaine. Je la dévisageai avec force. Je n'étais pas empreinte de colère ni même de haine, j'étais couverte du voile de la jalousie et de ce puissant appel de la comparaison. Je voulais la scruter, en savoir plus sur elle, pour être sûre d'avoir une supériorité sur elle. Cela ne me vint pas. Elle portait seulement son verre à la bouche avec ses esquisses de sourire, elle était heureuse de lancer cela comme si de rien n'était. J'avais tiqué à la seconde près, et quelques instants, mon air était redevenu sérieux et ma cervelle s'activait à cette comparaison purement féminine de contraste social. Je me tus un moment pour laisser le plein exercice de ma pensée. Comment était-elle vraiment ? Quels étaient ses talents si seulement elle en avait ? Je ne pouvais juger ici car personne ne pourrait juger de mes réelles capacités dans pareil apparat, je ne ferai pas cette erreur fondamentale avec celle-ci. Elle devait être un être puissant si l'ancien gouverneur, roi ou despote, qui qu'il fût, la prit pour seconde. Ou bien... et je me perdis un instant dans ses formes. Il était clair que je l'inspectais, de ce regard de femme qui vous déshabille, non pas par envie mais par volonté de découvrir ce qui allait ou n'allait pas. Intérieurement, je me comparais. Faisais-je le même effet qu'elle par ma prestance ? Mon corps était-il si attrayant ? Laissais-je deviner de telles formes voluptueuses ? Inspirais-je le respect dû à ma position ? J'étais un court instant perdue et mon regard avait perdu de son étincelle dans cette phase d'inspection.

Je croisai son regard malin. Je remis mes pensées en ordre. J'étais bien à ma position par mon mérite, Dragón plus que tout autre homme des Sept Enfers (expression couramment usitée sans fondement de là où je venais) ne faisait pas de cadeau et exprimait son respect uniquement en échange d'actes engagés. Si j'étais ici, dans cette robe, face à cette ex, c'était que ma position était assise. Non, je ne pouvais pas douter, et je ne le devais. Si je flanchais, j'insultais notre ascension et notre gloire. Je repris un sourire, qui s'affichait durablement, fin mais discernable. Il était là par une pensée quasi nostalgique, je réimaginais en un éclair nos innombrables combats, nos escarmouches, ses prises de parole moralisatrices que je ne respectais jamais, ses questionnements sur des actes isolés qui nous faisaient parfois gagner du temps mais qui lui déplaisaient, car trop instinctifs et surprenants. Je ressentis ma poitrine se serrer et mon regard se perdre en coin à gauche un temps. Dragón, on a temps fait ensemble... Pourquoi Damned Town et tes agissements si curieux ? Et ta connerie indécente !

Mon aura explose dans la salle, je suis prête à broyer de mes mains le crâne des injurieux, les regardant implorer une clémence qui n'étreint pas mon cœur. Je suis à mi-chemin vers le non-contrôle, un courroux qui ne se restreint pas et enveloppe mon âme de sa curieuse attraction. Je suis le pantin de la destinée rageuse et de l’impulsivité. Les flammes dansent autour de moi, mes mains tombent devant moi, ma coupe de champagne intacte au creux de mes doigts, abaissée vers mon bassin. Mes yeux s'étaient posées encore sur cette femme, qui avait l'impudence de clarifier un statut qui n'était plus et qui n'avait aucune raison d'être cité. Mon aura se charge d'une puissance en sommeil, rarement employée. L'ambiance est lourde, chargée de mes émotions puissantes. Je déteins sur les murs ma folle envie de vengeance sur mon suzerain, indifférent dans son bureau trop étroit et sombre. Je la vois me couvrir de ses yeux ambrés de sa plus plate expression alors que je me démène. A cette pensée, une pulsion vient embraser les airs. Mon aura commence à se teinter d'un bleu électrique et la tension retombe instantanément.

Derrière moi, j'entends un vacarme de verre. Je tourne la tête pour comprendre ce qu'il se tramait tandis que mon aura se réduit à son potentiel habituel. Je n'avais pas adressé un mot à Alizée, et je n'en avais aucune envie, nos échanges silencieux, mes émotions avaient traduit mieux que mille mots ma réponse. Concernant ce dérangement, je vis le blond au blazer bleu nuit rire étrangement, presque disproportionnée. La gêne pouvait-elle pousser en de tels retranchements ? Le serviteur, lui, avait le crâne luisant, la transpiration faisant jouer les reflets de sa calvitie très prononcée. Je m'éloignais de la démone en soierie bleu pour comprendre ce qu'il se déroulait. Je compris bien vite qu'un mauvais geste du serviteur avait fait chuter ces verres du plateau d'argent vers la moquette. Je serrai mes poings et les dents. Je n'aimais pas un tel manque de professionnalisme. Cela fit rosir mes joues et mes lèvres se pincèrent tandis que je marchais dans la direction du sinistre d'un pas décidé. Ce niais me jetait des regards, il espérait que je lui dis grâce mais je n'étais pas de cet avis. Quand j'arrivais, le blondinet avait déjà fui, logique, il devait faire le nécessaire pour se remettre dans un état présentable. J'étais outrée qu'un de mes invités fut victime d'un tel massacre. Je ne songeais qu'à une chose et mes pupilles émeraudes s'accordaient sur le destin que je lui choisissais. Je constatais avec horreur l'état de la moquette et déjà, ce vieux bout d'homme s'activait à tenter de m'ôter cela de ma vue. Je le toisais du haut de ma chevelure rougeoyante, lui à genoux dans le champagne et le verre brisé. Je fulminais, et un écart se fit autour de cette scène.





Azaël vint à ma droite et je sentis son aura plus que je ne le vis réellement. Il s'était approché, anticipant ce que j'avais déjà décidé. Il parla à voix basse, à mes côtés, les bras croisés et le regard meurtrier. Si j'avais vu un homme en proie à ses sentiments auparavant, je savourais ici la satisfaction d'avoir un homme de terrain, efficace et impitoyable. Il saisit l'opportunité de me murmurer de manière assez audible :


« A la Chambre Rouge ? »


J'avais répondu d'un hochement de tête entendu. Il faisait l'homme, c'était en un sens divertissant à observer. Je croisais mes bras aussi, et alors que le serviteur se relevait prestement pour se jeter à mes pieds, Azaël vint l'agripper aux épaules, enchaînant sur une clé de bras et le releva à quelques centimètres de moi. Le serviteur hurla face à moi, son cri était celui du désespoir, sa mine celle de la terreur, et sa voix brisée par les émotions qui surgissaient en lui tel un volcan. Son visage était méconnaissable quand le Capitaine eut fini d'énoncer le verdict. J'étais impassible, d'une froideur et d'une dureté qui ne souffrait d'aucun retour en arrière. Il avait beau hurler à la mort, je ne bougeais pas d'un pouce, mon aura venant le lécher délicieusement alors que déjà il était tiré en arrière, vers les portes du boudoir que d'autres serviteurs tétanisés se hâtaient d'ouvrir.

« Madame, non... Je vous en prie. Je n'y survivrai pas, tout sauf cela. J'ai vécu des années au service de Son Excellence, je ne voulais pas, s'il vous plaît... Par le Tribunal du Tartare, ayez bon de me juger au moins. » Quand on le fit passer de force la porte, il brandit son bras vers moi. « Je vous promets que ce n'était pas moi... MADAME ! »

« La Purge... » soupirais-je, alors que silence retombait au sein de la pièce. Le piano s'était déjà arrêté, et le musicien n'osait reprendre, pétrifié par ce qu'il venait de se produire. Je doutais que la moitié d'entre eux comprenaient ce qu'était la Chambre Rouge mais je n'en avais cure. Je me retournais vers les membres de la réception et d'une fois forte qui ne souffrait d'aucune hésitation, je présentais ma déception profonde d'être à nouveau trahie.

« Cette réception ne se déroule pas comme attendu et je fatigue de devoir encore avoir à effectuer des actions punitives mémorables. Mes chers invités, je vais maintenant recueillir vos vœux, à chacun d'entre vous. Ceux qui ne les présenteront pas seront éjectés immédiatement de la réception et seront sommés de quitter Damned Town sous 10 jours. »

J'étais posée au milieu de la pièce et j'exerçais naturellement cette pression psychologique. La tension était montée d'un cran. Tour à tour, je croisais silencieusement le regard de quelques uns d'entre eux. D'abord, l'élégant tout de vert que je dévisageais avec insistance, qu'il fût noble ou non, il me devait allégeance à moi et au Dragón. Puis bien entendu à Mme Bluechele. Telle était ma réponse, celle qu'elle avait attendu. Sûrement que sans cette événement déclencheur, je n'aurais pas réagi mais ce taux d'insubordination impose au Palais un traitement plus strict. Au diable les fausses libertés, remettez vos chaînes, mes agneaux ou le loup vous dévorera. Mon aura se déployait d'une lente noirceur, mes flammes voulaient brûler leur peau et exercer sur eux cette emprise. Mon regard traduisait la profondeur de la noirceur qui m'habitait. La réception ne serait plus un juste déambulatoire, je vous ferai plier ou vous déguerpissez. J'étonnais encore que Dragón ne les eût pas encore tous marqués au fer rouge. Marchez droit ou ne marchez plus du tout, Démons, Hannathème vous offre sa rédemption.



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MessageSujet: Re: Omnia dicta fortiora si dicta Latina (Sur invitation d’Hannah) Dim 16 Déc - 18:51


Omnia dicta fortiora si dicta Latina

Le verre se brise, les masques tombent… Dame Lormys, êtes-vous si impulsive, capricieuse, égoïste ? C’est l’image que je me fais de vous en cet instant même. Le chambellan et maintenant un serviteur renvoyés pour de telles broutilles… Pourquoi chez les « nobles » faut-il qu’il y ait constamment cette même rengaine et cet air méprisant envers la plèbe ? Pardon, le mot plèbe est déjà péjoratif en soit… Remarque Jake, toi-même tu as fini par devenir comme ça. Tout ça à cause de… Père. Bon d’accord, voir tout le monde s’entretuer était plaisant à regarder. Mais je m’égare de la réception.

Il n’aura pas fallu longtemps avant de rentrer dans le vif du sujet. Si j’avais su… Je serais resté dans mon humble demeure à vivre ma petite vie tranquille tout en sirotant mon thé. D’ailleurs récemment, Casey m’a fait découvrir un thé aux fleurs de cerisiers. Qu’est-ce que j’aurai donné pour être là-bas, tasse à la main derrière un feu de cheminé écoutant du Chopin. Au lieu de ça, je suis ici, venant subir les humeurs de Dame Lormys. Je regrette déjà. J’espérais tant passer une soirée mondaine. Ça m’aurait bien fait rire et n’aurait fait qu’accentuer le côté « noble ». Au lieu de ça, nous devons tour à tour exprimer nos doléances, pardon, nos voeux sous peine d’être expulsés. Et espérer quoi ? Une pseudo-liberté ? Ne me faîtes par rire Dame Lormys, j’ai été tout en haut de l’échelle à une époque, et si je devine bien vos arrière-pensées, vous ne faîtes que nous bercer d’illusions. De plus cette aura qui vient d’exploser à l’instant trahit vos intentions.

Qu’est-ce que j’allais bien pouvoir raconter comme baratin ? « Vos désirs sont mes seuls convictions » voilà une phrase bien mal rodée, qui plus est, dénuée de sens vu que jusqu’à présent je n’avais jamais vu ni eu l’honneur de la pitoyable prestance de Dame Lormys. J’allais devoir improviser. Qu’est-ce que je désirai ? Je ne le savais pas moi-même. Du moins, ce que je voulais réellement, pour le moment, c’était vivre tranquillement ma petite vie, sans contraintes. Mais je me doute pertinemment que ce n’est pas une réponse qui lui conviendrait. « Toujours dire ce que l’interlocuteur veut entendre ». Encore une de mes nombreuses devises qui faisait de moi le jeune vicomte que j’étais devenu.

Et si… Et si je jouais la carte de l’honnêteté ? La raison de ma réelle venue ici ? J’en ai que faire des réactions des autres et de leurs mépris qu’ils pourraient éventuellement avoir envers moi. Et même si ma réponse ne satisfait pas Madame, tant pis. J’ai toujours fonctionné à l’instinct, et ce n’était pas aujourd’hui que ça allait changer.

Inspirant profondément, je me retourne enfin, le regard vif, droit devant moi, sur. Enfin, je ne tournai plus le dos. Ni à l’hôte de maison, ni à tous ses convives. Ils étaient tous béat. Du moins presque. Certains se contentaient de regarder la scène, hébétés, d’autres tournaient la tête afin d’éviter tout contact visuel tandis qu’une poignée d’entre nous restaient spectateurs de la scène.

Je me mis par avancer. Toujours avec cette même droiture, ce même regard, et surtout, dans le plus grand des calmes afin d’appuyer ce côté « sur de moi ». Seuls les bruits de mes pas résonnaient dans la pièce. Je sentais au fur et à mesure de mon avancée les regards qui se focalisaient sur ma personne. Mais il était hors de question que je fléchisse. Les convives s’écartaient, me laissaient passer sans que je le leur demande.
Je me tiens devant la provocante jeune femme. « Provocante » je n’aurai pas trouvé meilleur mot pour la décrire maintenant que je me trouvais devant elle. Elle avait des formes qui la mettait bien en valeur, et son accoutrement ne faisait que les accentuer.

Nos regards se sont croisés : vert émeraudes. Nous avons les yeux de la même couleur. Cependant, ils me faisaient penser à autre chose : à une vipère. Peut-être était-ce sa pupille qui me faisait penser ça ? Trèves de mondanités, je ne devais pas perdre mon objectif de vue. Souriant d’un air courtois, je me lance et tire ma révérence :

« Dame Lormys, permettez-moi de me présenter. » Je relève ma tête. Peut importe comment elle et les autres allaient interpréter mes gestes. Si un quelconque sentiment de supériorité émerge de Madame, que grand bien lui fasse.

« Je me nomme Jake Ludefalsius. Il fut un temps, avant que je ne me retrouve à Damned Town, j’étais vicomte. Sachez que votre invitation à cette réception m’a fortement plu et que je suis honoré de m’y retrouver. De plus, je ne me retrouve pas du tout dépaysé par rapport à la décoration de vos appartements qui me sont, ma foi, fort sympathique et plaisant à regarder.

Mais je m’égare, je ne vais pas y aller par quatre chemins et de suite répondre à votre demande. Ma raison de ma venue ici est toute simple : j’aimerai en apprendre plus sur les Démons voir sur Damned Town en général. Je vous avouerai que je suis ici depuis bien trop peu de temps pour savoir quoi que ce soit, alors je désire profiter de cette réception pour en apprendre plus. Tout simplement. »


Puis, je me tus. Je n’avais rien de plus à dire. Je regardai toujours Dame Lormys dans les yeux, ne laissant rien transparaître si ce n’est de la franchise. Je sentais les regards de tout le monde braqué sur moi. Beaucoup devaient bien rire intérieurement, mais j’en avais, une fois de plus, rien à faire. Seul mon objectif et la raison de ma venue m’importait.

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