Du venin pour la Salamandre [ft Dragón]

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MessageSujet: Du venin pour la Salamandre [ft Dragón] Mar 22 Mai - 21:29



「 Réunion des reptiles à Damned Town 」


Une nuit d’accalmie précède toujours les épisodes orageux. La silhouette poursuit sa pénible marche, dissimulée sous une pèlerine d’un bordeaux sombre. Les rues sont désertées à cette heure et peu croisent cette arrivée spectrale en ville. Ceux qui la rencontrent sont dans un état trop altéré par la boisson pour discerner seulement ses principaux traits. Quelques lueurs viennent poser leur pâle lumière sur le visage dissimulé, et pourtant agressé par les gouttelettes d’une légère pluie nocturne. Ne résonne alors que son pas qui s’accélère au détour d’une rue principale. Les bottes s’humidifient au contact d’une eau boueuse, lorsque les dalles de la ruelle se sont si bien usées que les flaques disparates marquent leur emplacement. Ses lèvres se pincent, l’éclat de son regard n’a rien perdu de sa malice, mais la silhouette prend sur sa droite encore une fois. Son rythme ralentit, la progression est ici bien plus difficile, l’eau étant parvenue à un niveau de près de trois pouces. Aller d’un bout à l’autre lui vaudra quelques minutes, et, outre le son cadencé de l’averse, elle n’est accompagnée que de son propre souffle. Celui-là même qui perd de sa mesure, s’emballant ou syncopant. La silhouette s’écroule au sol, le son étouffé par le clapotis de la ruelle chargée d’eau. Dans une tentative désespérée de se ressaisir, elle tend une main en avant, se noyant chaque seconde un peu plus dans l’ondée et ses propres larmes. Ces geignements sont d’abord audibles puis sa bouche se remplit du liquide. Bientôt, ses muscles eux-mêmes ne répondent plus, la paralysie s’étant emparée toute entière d’elle. Et ce même éclat de fierté répond à présent d’une détresse criante. La main tendue, ses doigts gigotant dans une eau de pluie dont elle essaie de se dégager. C’était donc ça, sa seconde ?

Ma patience a ses limites, je veux recueillir son dernier souffle, elle n’en aura bientôt plus pour longtemps. Affalée sur un toit de tuiles jaunies, les cheveux collant au visage, mon regard émeraude observateur, j’ai tout vu des derniers instants de ma cible. Sa course s’arrête ici dans cette ruelle éloignée de toute activité. Je la rejoins mêlant souplesse et discrétion, mon ultime saut m’amenant à sauter dans une flaque non loin d’elle. Mes bottes viennent s’enfoncer dans l’eau de pluie, à trois pas de l’infortunée. De profil, ma tête est baissée vers ma poitrine, je ne dis pas un mot quand elle tente de se justifier, de donner son nom, de réclamer mon aide. Je ne peux qu’avoir un petit rictus, bien à moi. Enfin, je me doute de sa fin proche et m’approche pour me baisser, presque accroupie, mes fesses effleurant la surface d’une eau qui gonfle dans une ruelle mal évacuée. D’une poche, je sors un petit flacon vide et le dépose au creux de cette main tendue, sous le regard médusé et paniqué de cette femme qui se noie.



« Tu meurs ici, et tout le monde croira à un suicide lâche. Maintenant, rejoins ton expiation, Aetheris. »


Il est peu probable qu’elle m’ait reconnue dans son dernier sursaut de vie. Son regard était à me fixer, à me prier de la sauver et quand elle comprit que j’étais son assassine, la colère l’étreignit. Quelle tristesse qu’elle n’eut le temps d’exprimer une nouvelle émotion ! Je m’étais seulement repue de son dernier soupir, indifféremment. Il me fallait maintenant placer une lettre d’adieu dans ses poches trempées pour compléter mon œuvre, et peu croiront à un acte d’assassinat. Par le mode opératoire et les nombreuses rumeurs que j’avais déjà fait circuler, Aetheris, célèbre seconde de l’officier que j’avais dû traquer durant quelques mois, la Gargouille. Ce couple finissait enfin ses jours, et leurs projets d’assassinats qu’ils avaient à mon encontre et celle de Dragón étaient définitivement avortés. J’étais très fière de cette mission, car pour une fois, j’avais rempli avec brio les prérequis, Son Excellence ayant longuement insisté sur les modalités. Le double assassinat était quelque chose de trop lourd alors, placer la seconde en dépression, faire courir des rumeurs sur son suicide et le mettre en scène était de loin un coup de génie. J’ai eu cependant du mal dans l’écriture d’une lettre d’adieux à ses amis, où elle indiquait rejoindre son cher époux. Je ne comprenais pas ce sentiment et devoir même l’écrire ou le détailler m’était d’une incroyable difficulté. 3 mois et 21 jours que j’avais quitté le palais infernal. J’ai compté seulement pour dresser un rapport final, je suis loin d’être attachée à ce lieu. Ma mission est terminée, je rentre.

Dans ma poitrine une pointe se meut. Je ne le trouve nul part. Au départ, je ressens la peur, l'inquiétude, je le recherche. Rien ne vient, je panique... de croire que la solitude ne s'empare de moi. L'ennui mortel ne doit pas me rattraper, que suis je alors ? Place alors à l'amertume, l'incompréhension. Je dois comprendre.


~~~~

« Comment ça, il n’est pas là ?! Tu te fous de moi, sale chiennasse ! Dis-moi tout de suite où il est ou je te… »

~~~~

« Pas vu depuis deux semaines ? Et ça ne te pose pas de problème que ton suzerain tout puissant ait disparu sans un mot ? Viens par-là, on va s’entretenir plus corporellement. »

~~~~

« Je… J’en ai marre de te taper dessus. On va passer à des tortures subtiles alors, quoi ? … Qu’est-ce que ça te fout que je veuille le retrouver ? C’est notre Roi, JUSTE, merde ! »

~~~~

« J’ai dû t’en faire cracher, ce n’était pas si difficile que ça finalement. Ah et ce n’était pas si gratuit… La prochaine fois que je te vois tourner autour de Dragón, tu n’en réchapperas pas. Que ça reste entre nous. »

~~~~

J’ai torturé pas moins de trois démons, interrogé avec vigueur d’autres, et seulement parlé avec bien plus. En vérité, les torturés ne savaient réellement pas et je lâchais seulement ma rage et mon impuissance sur eux. Il me fallait savoir ce qu’il en était, ce qui lui avait passé par la tête ou pis encore, s’il était en réel danger. Plus j’avançais dans ma courte investigation, plus je me demandais les raisons de tout cela. Je ne sais pas pourquoi je tiens tant à le retrouver, après tout il reviendra de lui-même au moment opportun. Mais non… sa méthode m’est indigne ! Pour qui il se prend de ne rien me dire, à moi ? Je le suis depuis tout ce temps, nous avons traversé toutes les épreuves ensemble, et je suis récompensée encore une fois par un mutisme ET une dérobade ? Je ne peux que bouillir d’avance à l’idée de le confronter à ces imbécillités, il agit comme un vagabond alors que je l’ai hissé roi. S’il continue comme ça, il me faudra encore bien plus d’assassinats pour imposer son respect. Et c’est là où le bât blesse, je n’ai pas que ça à faire non plus. C’est à lui de se comporter avec un minimum de classe et de charisme pour inspirer ses troupes. Il donne quoi comme message là ? De fuir la queue entre les jambes ? Encore une fois, c’est à sa ravissante Hannah de le secourir… « Sa Hannah »…  Je me reprends encore à penser des étrangetés, il ne me possède pas… Mais il est exclusivement mien. Enfin physiquement parlant. Logique, non ?

Je suis partie trop vite quand j’ai su où Dragón s’était envolé. Trop, car j’avais oublié des affaires qui pourraient finalement me servir. Je suis seulement retournée dans mes appartements et j’ai mis tout ce qui traînait d’important dans un sac en toile. Et bien sûr, impossible de mettre la main sur mon rouge à lèvres. J’ai commencé à tout mettre en vrac, à chercher activement, à pester contre ma légendaire organisation, pour ne rien trouver en une heure. Enfin si, j’avais trouvé des affaires intimes qui pourraient servir, mais pas ce que je cherchais à la base. Je me suis perdue dans ma salle de bains à refaire mon maquillage et mon vernis, à maudire mon manque de sommeil et le peu de moyens que j’avais pour le dissimuler. Alors que je voulais partir en milieu de journée, la nuit était déjà tombée. Enfin la « nuit », disons que les heures étaient passées plutôt. L’ombre était éternelle aux Enfers, mais cela te semble difficile à concevoir, mortel, hmm ?

Outre ma tenue de cuir que j’apprécie de porter en tout temps, j’ai décidé d’emporter avec moi la pèlerine de ma chère Aetheris. Je savais pertinemment que son aura était intrinsèquement liée à ce vêtement qu’elle arborait de son vivant. Un peu comme si elle avait déteint dessus, j’imagine, curieux procédé. Dragón lui-même devait se rappeler de cette présence. Si je la porte, je mettrai le doute dans son esprit si organisé et j’aime ça. Il mérite bien que je le fasse enrager avant de moi-même m’épandre à propos de son départ. C’était décidé, je me dois de le porter pour entrer à Damned Town, et il ne sera pas de trop de me faire d’abord discrète jusqu’à lui. Ensuite… Je le massacre. Je ne sens que rage à l’idée de le revoir, j’en suis aveuglée alors je dois faire vite, de toute façon, c’est la seule chose qui me guide. Si je ferme les yeux, je ne peux que voir son expression hautaine, insensible alors qu’il m’a laissée seule. Il a eu le temps d’apprendre que je déteste la solitude, le silence et il prend toujours ce malin plaisir à se jouer de moi. Et d’avance, je sais qu’il ne répondra pas, qu’il m’ignorera ou qu’au mieux, j’aurai un soupir. Mon sang ne fait qu’un tour.

Enfin… Damned Town. Je ne connais rien des lieux, sinon de vieilles rumeurs et je m’en moque pas mal. Je pénètre dans ses environs et mon cœur s’en révolte, s’en répugne. Se pourrait-il que la présence des anges ici soit exacte ? Plus j’avance, plus je peux percevoir cette vérité, j’en frémis. Pas de peur ou de crainte, mais d’excitation, que je dois réfréner avec peine. Je garde mes cheveux bien dissimulés dans mon capuchon ainsi que mon visage et je continue d’avancer, le pas assuré. Ne pas leur sauter dessus, ne pas leur arracher leurs mignonnes petites oreilles, ne pas les écorcher… Difficile de résister, et il me suffit alors de diriger ma haine contre celui qui me fait supporter tout ça. Oh, Dragón, j’arrive et je vais te montrer ce que ça fait de m’abandonner comme une fille banale ! Je focalise mon attention sur les mortels qui peuplent aussi Damned Town, et enfin, j’arrive à soulager mon envie irrépressible de hurler. J’ai trouvé les humains intéressants et ma vie avec l’un d’eux m’a amené à des nouvelles envies, des pensées qui ne m’effleuraient pas d’avant. J’ai appris d’eux, comme un enfant apprend des fourmis et gendarmes qu’il écrase et qu’il regarde s’agiter. C’est plutôt ainsi que je vois la chose. Nous sommes loin, Démons, d’être leurs égaux.

Je n’arrive pas à comprendre les regards que l’on peut me porter, je ne sais même pas si l’on m’en porte tout court d’ailleurs. Je suis en train de rougir simplement. Ma rage empourpre mes joues et c’est dans cet état presque second que je parviens jusqu’aux portes du palais démoniaque. Si ma véritable nature n’est pas altérée, il se pose la question de mon identité. Face à ceux qui me barrent le passage, je n’ôte pas le capuchon et leur signale simplement avec mon ton le plus sec.



« Vous savez que je ne suis pas ange et aucun démon ne peut espérer vaincre Son Excellence en duel. Voulez-vous que j’aille moi-même lui annoncer que sa garde l’a en piètre estime, pour le croire vulnérable contre moi ? »


Je serrai les dents… Cet aveu, c’était comme me planter mes propres dagues dans le ventre. La démonstration de force et de confiance en soi eut raison du doute des gardes démoniques. Je n’avais emporté avec moi que deux de mes armes, et quelques lames de lancer, cela suffirait bien, je les voyais détailler mon accoutrement. Ils hochèrent la tête. Je ne sais pas s’ils m’ont reconnue, malgré le déguisement en surplus et ce trouble d’aura, ou si l’explication leur suffisait. En tout cas, j’avais une voie royale jusqu’au bureau d’El Dragón. Ah peut-être que… Oui ça devait être ça, je les vois maintenant d’un coin de l’œil lorgner sur mes formes. Si d’habitude, j’apprécie ces regards, là, ce n’était vraiment pas le temps de la malice, c’était un climat orageux qui se préparait. Je retenais mes foudres fébrilement, elles ne tarderaient pas à éclater. A chaque pas, chaque marche pour atteindre l’étage, je tremblais d’une fièvre passionnelle. Je me l’avouais à moi-même, je voulais le suivre depuis si longtemps, je ne savais même ce que je ferais si ce n’était pas le cas. L’habitude avait été prise depuis près de deux siècles, difficile de revenir en arrière maintenant.

Son aura… Je la sentais, j’étais juste là devant sa porte. Il me demandait toujours de porter l’illusion d’être courtoise et de toquer avant d’entrer. Alors, à ce moment, j’entrai sans prélude, la pèlerine bordeaux sombre recouvrant le haut de mon corps, le capuchon recouvrant ma tête, portant l’ombre sur mon visage. Seuls mes yeux se distinguaient avec facilité et ils brillaient. Pas de rage, pas de colère. Tout avait été remis de côté l’espace d’un instant, j’éprouvais une simple tendresse à le revoir. J’étais simplement à la porte, que je venais de refermer d’un geste du pied et je le fixais de loin, assis derrière son bureau. J’eus un sursaut dans ma poitrine que je n’expliquais pas, je le contemplais silencieusement, mais je savais bien que ça ne durerait pas. Je n’arrivais pas à faire ce premier pas, je restais là, interdite et sûrement idiote. J’avais voulu jouer une mauvaise blague et je n’avais plus l’air de l’assumer. Mon regard sur lui m’empêchait d’aligner un mot, j’entrouvrais légèrement la bouche pour la refermer, espérant qu’il n’ait pas aperçu ce moment fébrile d’hésitation. Qu’est-ce qui m’arrivait encore ? Une chose était pourtant sûre, à son premier comportement, ma colère retournerait de ses cendres et embraserait l’atmosphère, pour le moment dans une quiétude angoissante.

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MessageSujet: Re: Du venin pour la Salamandre [ft Dragón] Ven 1 Juin - 0:23


 
 
 
   
   
Feat Hannathème Lormys & Keithan S. Kahara

   
☾ Des flammes pour la couleuvre ☽

 


Les bûches s’effondrent dans la cheminée en un léger fracas. Happées par le monstre de flammes, ses crocs acérés déchiquettent le bois, craquent l’écorce, déchirent les méristèmes, boivent la sève à pleine goutte. Un fin crépitement s’échappe au loin de la cheminée, témoin d’un meurtre passionné. Combien de temps la bûche pourra-t-elle survivre au sein de cet enfer de feu ? Une fois consumée, ses cendres s’étaleront dans le bas-fond de l’édifice, et finiront jetées à la rue au détour d’un quartier. Et l’ancien combustible sera remplacé, par un nouveau tout aussi peu armé et préparé à l’affrontement. Cruels hommes qui sacrifient des troupes pour leur seul bienfait, indignes généraux bien trop intéressés. Le cercle de la guerre, ainsi usité. Engraisser toujours plus le bûcher, pour ne jamais cesser de brûler. En observant du coin de l’œil ce spectacle abominable, tu ne peux empêcher ton esprit de divaguer un instant. Tu imagines, au milieu de la place publique, une immense potence enflammée, réservée à ces vicieuses créatures qui peuplent le ciel. Que ce serait exquis. Voir s’envoler en poussières un peuple entier. Le feu purge les âmes, et élimine les saletés. Le feu, c’est la rédemption. Toi, le souverain des démons, tu viens de la terre du Feu, et tes forges s’agitent à fabriquer des armes pour remplir tes réserves. Il n’est jamais de trop d’assurer ses stocks, dirait un bon marchand.

Reposant contre le bord du bureau d’ébène ton dernier rapport économique, tu déplies une enveloppe de papier. Marquée du sceau d’un autre grand souverain infernal, tu arraches le repliement supérieur et le jette au feu. Puis d’un geste sec, tu laisses glisser la lettre hors de son étui sur la console. Le seigneur Talos, maître des terres de l’Ouest, te revendique dans une longue missive sa fidélité. Une lueur de stratégie traverse tes prunelles d’agate, tandis que tu ranges le message dans le premier tiroir à ta disposition. Là, une pile méticuleusement rangée de billets conservés te supplie de lui offrir la liberté. Mais sans pitié, tu refermes la poignée, enfermant à jamais tes prisonnières dans une prison boisée. Te penchant sur la droite, tu constates un dernier rapport à consulter. Écrite à l’encre rouge, l’indication urgent recouvre le haut de la pochette cartonnée. En général, tu ne laisses jamais tes messagers jouer avec les mots. Une précision de la sorte ne peut être abus inadéquat. En soupirant, tu défais l’emballage, et extirpe un parchemin manuscrit.

Rapport de mission du lieutenant JOUKOV :  

Votre Excellence,

Vos troupes ont repris des mains de la vermine le bastion du Puit de Souffre, où pullulait les infidèles créatures au service de la Tarentule. Nous comptons parmi nos rangs cent blessés, et trente-quatre décès. Chez l’ennemi, les punitions mortelles s’élèvent à deux-cent-quatre-vingt, dont trente prisonniers. Nous avons suivi votre stratégie, et elle s’est montrée encore une fois ingénieuse. L’attaque fut si rapide que les félons n’eurent le temps de riposter. Comme vous l’aviez ordonné, les enfants ont été épargnés. Désormais, nous nous dirigeons vers la colline de Fer, afin de détruire l’avant-poste de l’araignée. Quels sont vos ordres concernant la prochaine offensive ?

En l’attente de vos conseils avisés, je vous prie votre Excellence, d’accepter mon fidèle respect, et ma sincère admiration. Gloire au Dragon !
Lieutenant Joukov


Tes traits se tiraillent à peine, et une expression de satisfaction s'ancre dans tes iris dorées. Un travail effectué dans les temps, selon les modalités exigées et avec des résultats à la hauteur de tes attentes. Ce lieutenant sera récompensé comme il se doit dès son retour. Des hommes de sa trempe, il en manque dans cette ville où tu croupis, pour jour après jour imaginer des plans. Tu dois mettre fin à la domination d'Isabel. Ton entrevue musclée deux mois auparavant te laisses un goût amer sous la langue. Comme une pomme acide croquée trop vite.

Tu repenses aux évènements, serrant les poings de colère rien qu'à l'image de la cape de sable balayant les dalles de marbre de la cité. Un échec, au moins partagé par les deux camps. Or un échec reste un échec, et donc par extension intolérable. L'envie de venir frapper directement à la porte de la trainée te hante chaque jour qui s'écoule un peu plus. Tu te retiens, ajoutant méditation et lecture à tes soirées au temple. Du moins, quand celles-ci ne sont pas interrompues par des fouineuses un peu trop dévergondées.

Dehors il fait nuit, tu te dois d'allumer une bougie supplémentaire. Tu pioches dans un bac proche de la bibliothèque une bûche et la dépose dans l'antre de la bête. Tu contemples la langue de braise lécher la cellulose du bois, laissant sur son passage sa bave brûlante. Puis soudainement, elle l’engouffre entièrement sans prévenir. Son hoquet crépitant reprend de plus belle, et tu retournes t'asseoir. T'armant de ta plume et de ton encrier, tu commences la lettre de réponse à ton soldat. La tactique militaire est déjà murement réfléchie depuis plusieurs jours, à toi de la décrire avec précision.

Tu entames déjà les courbes des premières lettres, quand tu t'immobilises. Un frisson parcourt ta nuque, et descend le long de ta colonne vertébrale, chatouillant de ses doigts nerveux tes épines. Une aura, une puissante aura est perceptible. Kâa s’agite dans ton dos, secouant de toute ses forces sa cascabelle. Le glas funeste annonce l’arrivée d’une personnalité non désirée. Reconnaissable entre mille, la demoiselle en approche ose faire l’affront de poser ses pieds en cette ville ? Puis tu te ravises, comprenant le subterfuge. Un picotement dans ta cage thoracique, un pincement au niveau du genou, un tiraillement contre les lombaires, rien ne peut te tromper. Derrière le costume animiste est dissimulée une créature dont la présence en ces lieux ne t’avait pas manquée. Tu peux ressentir ses mouvements, bercés par la lumière lunaire au dehors. Tu perçois sa colère : son aura crépusculaire vibre. Inconsciemment, ton aura serpentine s’agite, et longe le sol en direction de la porte. Plus elle se rapproche, plus ses pas lourds résonnent depuis l’escalier. Kâa est en émois, madame est rentrée. Ses yeux reptiliens tentent par tous les moyens de regarder à travers la serrure, et sa langue scindée tâte les vibrations auréiques alentour.

La porte s’ouvre, et une ombre vêtue d'un pèlerin ridicule pénètre ton bureau. Sans un bruit, le bois se referme. Immédiatement, Kâa s’enroule autour de la visiteuse, manifestant la joie de son retour en glissant contre son corps satiné. Tu ne lèves pas la tête, impassible, les globes oculaires rivés contre la copie. Tu rappelles à tes pieds le cobra, qui se couche sur le ventre en dessous du bureau. Face à toi, dans le plus grand des silences, se tient debout la deuxième démone la plus célèbre des Enfers. Ta chère vipère, ta chère seconde. Hannah. Cache ta joie Dragon, tu ne sembles pas particulièrement enjoué de la revoir. Ton expression ne se déride pas d'un pouce, tandis que ta voix caverneuse s'élève dans la pièce.

   
Il me semblait t'avoir ordonné de toquer et de demander la permission avant d'entrer.  Je suppose que c'est encore de trop pour toi, Hannathème ?

 

 
©️ codage by Serfy

 

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Dragon reign over the city
Phaedra - Lucius Annaeus Seneca ✻  Iamque erat in totas sparsurus fulmina terras sed voluit, ne forte sacer tot ab ignibus aether conciperet flammas longusque ardesceret axis esse quoque in fatis reminiscitur, adfore tempus quo mare, quo tellus correptaque regia caeli ardeat et mundi moles obsessa laboret.
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MessageSujet: Re: Du venin pour la Salamandre [ft Dragón] Ven 1 Juin - 15:00



「 That is not who I am 」



J'avais chaud. Mon regard s'était simplement posé sur Dragón et, depuis cet instant où je lui faisais face, mon sang bouillonnait. Même si avant de poser le pied dans ce bureau, j'avais perçu un poison irradier mes veines, un ressenti de douceur m'avait étreinte alors. Pourtant, idiote dans cette pèlerine, j'avais comme cette sensation étrange de me trouver blottie sous une couette, sans qu'un trop plein de chaleur ne vînt altérer ce moment de réconfort, souvent associé aux froides nuits d'hiver. Pour une femme qui ne supportait aucun lainage ou tout ensemble contre le froid, je m'étonnais moi-même. J'étais repartie pour me perdre dans un moment d'une étrangeté si singulière et spontanée. Ces moments qui emplissaient mon coeur d'une euphorie enfantine, me ramenaient en un éclair dans les rues du Tartare, mes petits-copains près de moi. Petite fille trop excitée et submergée par ce qu'elle peut ressentir. Ce défaut-là, je ne l'ai jamais perdu, seulement... Je n'éprouve pas de douceur à l'égard de quelqu'un, sinon la tendresse d'une caresse entre amants ou le doux baiser de la mort. Si je ne parviens jamais à contrôler mes accès de colère, d'excitation ou de haine, comment suis-je censée lutter contre ça ? Je suintais d'une mielleuse délicatesse. Mais encore le plus surprenant était d'un tout autre genre. Je ne me dégoûtais pas sur le moment. Les battements dans ma poitrine trouvaient un rythme accéléré qui ne s'emballa plus, mais résonnait à travers ma cage thoracique, chaque coup me renvoyant à cette propre pensée : Dragón est un démon d'une beauté exceptionnelle. Je trouvai tout attirant chez lui. Sa stature toujours noble et autoritaire, son attention toujours portée sur un travail ennuyeux ne rechignant pas de terminer et enfin, plus naturellement, son physique.

Je ne fis pas attention tout de suite à son aura qui s'aventurait vers moi, puis m'enroulait. Et pourtant sans oppression. Était-ce cela qui m'avait faite croire à cette édredon ? L'aura me chargeait-elle en plus de sa présence d'émotions étrangères à mes habitudes ? L'aura fila bien vite et sa séduisante noirceur emplissait toujours si bien la pièce, trace pesante d'une atmosphère draconienne. Quand elle s'était retirée, ma propre aura avait voulu la retenir et moi, je ne comprenais pas. Tout se mélangeait dans un tourbillon de ténèbres et mon aura jugeait que cette obscurité la séduisait. Je ne me souvins pas que nos deux auras s'étaient toujours au mieux tolérées quand elle ne s'affrontaient pas. Invariablement, Dragón exposait sa férocité sur ce jeu là, avant même d'avoir à se manifester physiquement. La situation était presque naturelle pour moi. Spontanément, dans ce silence enjôleur, j'ôtai la capuche de ma pèlerine, dévoilant enfin mes traits plus précisément. Je dégageai d'une main experte mes cheveux. Toute coiffure était superficielle, et mes cheveux s'étaient désordonnées au possible, de nombreuses mèches inondant un visage braqué sur El Dragón.

Et devant ce spectacle, mes yeux s'étaient habillés du voile de la mansuétude, recouvert d'un manteau de tendresse. Je ne pouvais le quitter du regard. Il était beau et je me le répétais presque une dizaine de fois dans un esprit embrumé, perdu. J'aimais son air concentré, négligeant envers autrui, préférant sa tâche à l'échange d'amabilités. J'adorais ses cheveux d'un chocolat noir intense et qui pourtant se dégageaient de pointes écarlates. J'en vins à son teint doré qui contrastait toujours autant à ma blancheur. Je détaillais son torse et ses épaules carrées. Il était un homme réellement bien fait, et en l'espace de quelques instants, je remémorais quelques fins de soirées. Le temps s'était comme suspendu ou bien je réfléchissais et ressentais à une vitesse folle. Mon esprit critique s'était envolé, loin au delà de toute préhension. Passivement, je recevais ce flot d'informations. C'était donc cela d'avoir passé près de 4 mois sans le revoir ? La théorie du Chaos s'illustra sous mes yeux car bientôt deux petites phrases allaient déclencher une réaction bien plus grandiose.



« Il me semblait t'avoir ordonné de toquer et de demander la permission avant d'entrer. Je suppose que c'est encore de trop pour toi, Hannathème ? »



Une vague de froid s'insinua en moi, mes os gelaient. Ma peau, elle, frémissait d'une chaleur ardente. Mes muscles se crispaient, mon visage se refermait brutalement. Une ombre était passée et je l'avais saisie pour envelopper un cœur frénétiquement battant, palpitant. Ma mâchoire se resserrait, mes poings tout de bon. Mon âme revivait, indomptable et ignée. Face à moi, je ne revoyais que l'aura et le démon qui me révulsaient. Qu'ils soient maudits tous deux ! Je balayais en un instant tout ce que j'avais subi un moment avant, mon inimitié se construisait par ses actes et ses paroles et ma haine avait rejailli d'une source tarie. Ô vous, Fureur et Rage, jamais je ne vous laisserai m'échapper encore. J'avais eu encore de ces moments rares d'étrangeté et de tendresse, cette faiblesse venue tout droit de Terre. Ça n'est pas qui je suis ! Je crache sur ces mortels, je t'emmerde, Etienne Pierce ! Ah ça non, tu voulais m'apprendre la tempérance, contemple avec désespoir mon sang bouillonnant, mes yeux pétillants d'une nouvelle frénésie et mon âme damnée. D'un geste instinctif, je déchire avec fougue la pèlerine pour me l'ôter. Pourquoi avais-je fait ça ? Il n'a même pas vacillé, je me retrouve encore sous le poids d'une faiblesse qui m'avait emportée, revêtant l'habit d'une pétasse insipide. Même pas une once de regard ou d'intérêt, ni un bienvenu. Et sans parler d'excuses potentielles. Je vais le faire ployer, je vais le détruire et je montrerai même à ses sbires que le Grand El Dragón vacille face la Vipère. Et par là, tous sauront qui je suis !

« Tu ne m'ordonnes rien, tu me conseilles tout au mieux. J'ai voulu entrer, je suis entrée, ça s'arrête là, sans aucune remarque de ta part. »

Je contenais à peine ma rage, mon ton s'était fait avec une voix cassée par la soudaine émotion que j'y plaçais et je manquais encore cruellement de sévérité. Je marquais une pause car mes pensées se bousculaient. Je réanalysais, malgré moi, brièvement ses paroles. De toute évidence, il se plaçait au-dessus de moi. Si j'étais une des seules à lui être loyal, il n'a jamais à me remettre en place pour mon respect. Je l'appelle respectueusement Seigneur Dragón ou je lui donne de Son Excellence, le vouvoyant toujours en public. De quel droit ose-t-il remettre tout cela en question et mon propre respect que j'ai mis des années à me forcer à admettre ? Il veut pas que je lui baise les pieds non plus ? Son palais est tout autant le mien, j'entre où je veux et quand je veux. Personne ne pourra m'enlever ma liberté et certainement pas cet être, posté dans sa chaise, écrivant sans me porter d'attention. Un second point. Ne pas me porter un regard du tout ? Il savait que je détestais me sentir seule, abandonnée. Alors il l'avait fait à dessein ? S'en fichait-il tout simplement ? J'allais encore devoir lui montrer que j'existais et ce serait avec un fracas assourdissant, me contrôler serait de toute manière superflu. Je sentais la colère me montait si bien qu'elle portait son étreinte à ma gorge et soulevait ma poitrine. Je me gonflais, sans pour autant pouvoir continuer une tirade mais bientôt... Et là, il fit mention de mon prénom, Hannathème. Un maëlstrom de sensations me saisit dès lors, je posais mon regard légèrement au dessus de sa tête, comme absorbée au loin par des idées noires. Une lueur de folie destructrice s'y lisait encore. D'une, je pris cela comme une atteinte directe au souvenir de mon défunt père, et le ton qu'employait Dragón était d'une condescendance à peine ombragée. Je n'ai eu qu'un seul père, tu ne seras JAMAIS de ce genre. Pour qui donc te prends-tu ? Et enfin, tu savais que je détestais l'évocation de ce nom, que je le haïssais. Je prenais toujours l'effort de me contenir pour d'autres mais pas toi, Dragón, pas toi après deux siècles à tes côtés.

Je claquai de mon talon droit. Mes bras se croisèrent à hauteur de ma poitrine. J'avance un pied pour piétiner le souvenir d'Aetheris aussi bien que pour montrer à "Son Excellence" que je réussis toujours avec aisance ses piètres contrats. Je le défiais ouvertement, mes yeux lui communiquaient cela, s'il pouvait voir à travers ma rage. J'eus conscience de mon comportement précédent, celui d'une amourette, pré-pubère et je m'écoeurais. Je me sentais sale et je le ferai payer à la seule personne présente. Je regrettais ces regards doux lancés, je me dégoûtais si intensément que j'entrais, en parallèle de la colère à l'encontre de Dragón, en croisade contre moi-même. La violence me régissait et je fis le tour du bureau du Démon, tantôt figeant un regard ardent dans ses iris jaunies à la pisse, tantôt claquant d'un coup de pied une ou deux armoires. Je me contenais encore très bien. Et dans le même temps, une tempête verbale s'était lancée.


« Je t'ai dit des centaines de fois de ne pas m'appeler Hannathème mais Hannah, trop difficile pour toi, Dracon ? Ah tu penses que je parle trop fort, veux tu que je crie, que je hurle ? » Et ce fut précisément ce que je fis. A chaque parole que je prononçais, je m'encourageais moi-même à poursuivre.

« Tu pars sans rien me dire, à l'improviste et c'est MOI qui suis en tort lorsque comme une immense conne je reviens pour toi, avec la ferme intention de jouer un rôle ? Pfff, tu sais quoi, j'en peux plus de te supporter, de t'aider toujours dans tes basses besognes. En fait, j'aurais dû laisser Aetheris te buter, ne pas m'en charger. Tu me prends pour la pire des merdes et tu oses encore agir comme un paternel, bien dans son fauteuil, à prodiguer des conseils. Tu n'es pas mon père ! Regarde toi, tes actes pourris et tes paroles sans intérêt ? Je te hais tellement putain, te voir là, à rien branler dans ton bureau alors que moi je me bute à te tenir en vie. Oui parce que parlons-en de ça aussi ! Qui sait qui t'a fait monter sur le trône ? Qui sait qui donne son maximum pour t'y faire rester ? Qui sait, qui, comme une débile, part en mission pour exécuter tes dangereux ennemis pendant que Monsieur se barre en vacances dans ce coin paumé ! Réponds moi, Dragón, ou je te jure que j'explose tout !»

Je venais d'arriver face au bureau et de claquer avec force mes deux mains sur le bois. J'avais mal, et le bruit, conséquence de l'acte de colère, allait au mieux avec le ton que j'employais: sec. Je cherchais seulement son regard, je voulais sa confrontation, qu'il ne se cache pas derrière de la futile paperasse. J'étais à deux doigts d'imploser, je me retenais avec une difficulté incroyable. J'avais hurlé et il était certain que les gardes environnants m'avaient entendu brailler avec rage. Ma voix portait toujours loin sans se briser, j'avais de l'entraînement avec un con pareil en Roi, c'était évident. Oh Dragón, je n'étais, on ne peut plus sérieuse, je te promets que tu n'as plus de bureau si tu n'essaies pas de me parler, si tu essaies encore de m'oublier, de faire comme si je n'existais pas. J'existe, merde !


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MessageSujet: Re: Du venin pour la Salamandre [ft Dragón] Jeu 21 Juin - 14:05


 
 
   
   
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☾ Des flammes pour la couleuvre ☽



Silencieusement, la démone pénètre l'intimité de ton bureau. Ouvrant la porte du bout des doigts, elle se glisse au sein de la pièce, envahissant un peu plus ton espace vital si cher à tes yeux. Son aura végète, étrangement tranquille, laissant la tienne dominer le jeu des retrouvailles. Surprenant. Qu'en est-il ? Elle qui d'habitude exprime avec frivolité exacerbée ses sentiments, se perd dans des tirades extravagantes interminables, joue une comédie ennuyeuse à souhait. A la perfection, elle incarne l'immonde Antigone de la tragédie de Sophocle. Encore faudrait-il que ta seconde n'ait acceptée de lire cette œuvre : la lecture est une passion mettant à l'épreuve ses capacités intellectuelles. Accablée, faussement écœurée, la démone languit généralement de malheur en prenant les spectateurs à témoins, espérant trouver réplique cinglante à se mettre sous la dent. Sauf que non, à cet instant précis où la Lune caresse de sa pâleur scintillante sa peau, son corps reste immobile, au pied de la porte. Qu'attend-elle ? Elle ne croit tout de même pas imaginer quelconque marque de conversation de ta part ? Pas le genre du Dragon. Le Dragon est glacial ; il est imperturbable. La présence de la démone indique à elle seule l'exécution correcte des fauteurs de trouble. Ta tolérance suffit à honorer la réussite de la mission. Pas question de l'accueillir en héroïne, ni de lui jeter le susucre en caressant d'une main son pelage flamboyant. Un adulte digne de ce nom n'attend rien en retour, il n'est pas animal de compagnie à récompenser.

Toujours aucun geste. Tu sens par dessus ton nez cerclé d'une paire de lunettes noires que le visage de ta chère seconde est perdu sur ta personne. Tu soupires intérieurement. Quel est cet air de chien débile qu'elle arbore ? Décidément, elle n'est dans la meilleure des conditions ce soir. A force de jongler avec les fioles de poisons, les toxines finissent par déteindre sur leur créateur. Qui sait quelle substance n'a-t-elle pas ingéré ? Cela ne t'étonnerait guère. Parfois, cette femme agit dans un illogisme qui te dépasse. Tu ne comprends pas toujours le fonctionnement de ses deux neurones enflammées, même au bout de deux siècles de vie commune. Hannathème continue de te réserver des surprises. Trop souvent désagréables ces surprises. Comme en ce moment même. Elle doit préparer quelque chose, mijotant en secret son plan diabolique pour porter tes nerfs à rude épreuve.

Sa passivité, son inactivité commence à t'agacer. Bouge enfin, plutôt que de rester à attendre. Ta main tremblote, empêchant tes phalanges de former des lettres lisibles et bien construites. Son aura agitée contraste avec ses membres inactifs, traduisant une puissante émotion. Cette sensation distord son épiderme, et l'expression de son visage est indéchiffrable. Quelque chose ne tourne pas rond avec cette femelle, illustrant les créatures de sa gente. Toi qui pensait profiter d'un petit peu de repos loin de ses colères spectaculaires, tu dois te rendre à l'évidence : elle est de retour, et avec elle s'envole tout espoir de vie paisible. Quel gâchis. Elle ne t'avait pas manqué.

Tes mots résonnent en avertissement. Puis plus un bruit. Après le calme, la Tempête, dit le vieil adage populaire. Les flammes de l'Enfers s'apprêtent à se déchainer. L'aura de ta seconde jaillit comme un volcan, éclaboussant les meubles, les murs et le sol tout juste nettoyé. Kâa, ton aura serpentine, remue sa cascabelle en signe d'approbation : la violence est son péché mignon. Aux quatre coins du palais, l'effroi se manifeste. Tu peux imaginer tes domestiques se réfugier transis de peur dans les sous-sols, craignant pour leur propre vie. Un conflit entre deux bêtes sauvages est plus terrifiant que la mort. Mettez des étincelles sur un tas de bois immense, et le brasier éclatant ravagera les terres. Écaille contre écaille, crachat de venin contre souffle de flammes ; l'heure du glas sonne dans ta demeure.  

 
Tu ne m'ordonnes rien, tu me conseilles tout au mieux. J'ai voulu entrer, je suis entrée, ça s'arrête là, sans aucune remarque de ta part.




Tu lâches ta plume. Elle se cogne contre le bois de ton bureau, avant de rouler jusqu'au sol. Elle renverse sur son sillon l'encrier, déversant sur tes feuilles son liquide noir indélébile. Tu soupires bruyamment. Trop beau, trop beau pour être vrai. Personne ne peut changer le démon lorsqu'il est barricadé dans sa propre personnalité. Elle recommence ces petits manèges qui ont le don de te mettre hors de toi. Non, ce n'est pas ce que tu es Hannathème, tu es une emmerdeuse de première. Ses caprices à la noix, ses pétages de plomb insensés, ses foutus crises de colère. Ton bureau, lieu de paix, est conquis par l'expression d'une gamine pré-pubère en manque d’existence. Pourquoi faut-il toujours qu'elle cherche à se faire remarquer celle-la ? Ne peut-elle pas comme tout adulte qui se respecte, attendre sagement devant une porte le signal avant d'entrer ? Est-ce trop de demander le respect d'une intimité ? Tu as mentis. Tu pensais tenir plus de deux minutes sans t'énerver. Raté il semblerait. Tu es déjà plus qu'agacé.

Tes yeux fixent un point invisible en direction du meuble, tentant par toutes tes forces de calmer la rage sourde qui s'éveille depuis tes entrailles. Réaction épidermique, paroles anesthésiques, poings extatiques. Ta seconde provoque dans ton organisme des successions de vagues de froid et de chaleur, marquant à la fois l'endormissement du calme suprême qui t'habite, et l'appel de la colère devant cette créature qui se croit tout permis. Non, rien ni personne ne pourra jamais l'autoriser à agir à sa guise sans ton approbation, parce qu'elle est ta seconde, parce qu'elle est sous tes ordres. Milles et une missions, milles et un succès, milles et une batailles, rien ne pourra jamais justifier un manque à tes lois. Tu as toujours le dernier mot, peu importe le contexte. Le roi, c'est toi. Si c'est non, alors c'est non. Et personne ne mérite d'avoir à y redire.

En toi, une voix caverneuse s'époumone. Tes muscles subissent des contractions incontrôlables, et tu grinces des dents pour éviter de te lever, et d'en coller une droite à cette putain d'enquiquineuse. Tu es incapable de ne pas partir au quart de tour avec elle, c'est comme de l'huile jetée sur un feu. Tes poings se serrent, tandis qu'Hannathème s'envole dans des tirades vides de sens et maintes fois répétées. Ces reproches, tu les as déjà entendu, tu les connais par cœur. Et tu détestes avoir à te répéter. Ton sang corrompu claque contre les parois de tes artères. La bile noire récupère son territoire sanguin. Les cris, la voix tiraillée insupportable de la démone t'exaspèrent. Tu sens au plus profond du palais les auras des domestiques se blottir et se rétrécir au maximum pour disparaître.

Évidemment. Pour terminer en beauté sa réplique d'acteur déchiré, la vipère se poste devant toi, frappant violemment la console et braquant dans ton regard d'agate le sien d'émeraude. Le jaune et le vert, deux couleurs incompatibles et non complémentaires. Palette du peintre : mélangez du jaune et du bleu pour faire du vert. Machine de l'éclairagiste : combinez du vert avec du rouge pour faire du jaune. Selon le disque chromatique sélectionné, le constat est opposé. Cependant toujours l'une des couleurs est à la base de l'autre. Reste à savoir quel est le disque à accepter. Cette fois s'en est trop, elle dépasse les bornes de loin. Si elle veut que tu puisses la respecter, alors elle doit se soumettre à ton autorité. Plus elle te défiera, plus tu la remettra à sa place. Tu n'es guère à une leçon de hiérarchie de plus ou de moins.

Tes prunelles dorées soutiennent l'ardeur de la démone, et dans tes iris se lit toute la violence et la colère qui sont maintenues enchainées en toi. Elles ne demandent qu'à se délivrer, et à exploser en un champignon mortel. Ton aura est déployée dans sa longueur, et le corps écailleux de Kâa reflète les rayons lumineux dans toutes les directions. Sa langue cisaillée lèche et bave sur ta seconde. Il aime tellement la violence, il n'oserait se priver de son repas favoris. Un fin pont expressionniste se déploie entre vos deux cornées, et les éclairs de vos volontés s'affrontent d’œil à œil. Elle ne lâchera rien, et toi non plus.

C'est terminé ? Lorsque je te demande quelque chose, tu ne discutes pas. Le respect est une valeur qui ne semble toujours pas acquise. Tu te calmes, et tu baisses d'un ton. J'ai du travail.


Tandis que ta voix grave infernale s'exprime, ta main gauche, issue de ton bras tatoué, enserre le poignet gauche de la démone. Tu ne comptes pas diminuer ton étreinte, tant que le calme ne règnera pas à nouveau dans ton bureau. Les fauteurs de troubles, ils vont dehors s'ils ne veulent pas cesser leurs enfantillages. Quitte à les mettre à la porte à coups de pied ou de lame. Tu l'as entendu Hannathème ? Ferme la et ne joue pas avec moi.
©️ codage by Serfy


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MessageSujet: Re: Du venin pour la Salamandre [ft Dragón] Mer 27 Juin - 18:42



「 La prise du serpent, le venin en plus 」



Je n’en peux plus de cette relation malsaine et toxique. Je me retrouve encore une fois à hurler pour outrepasser une barrière que Monsieur pose à chaque occurrence, sans aucun état d’âme. Il est ainsi, toujours, à ne rien considérer, comme si tout lui était définitivement acquis. Je ne me vois pas dans un couple mais dans une coopération nécessaire, qui me torture chaque jour. Non, pas une torture mais plutôt un laisser-passer à ma rage intérieure. Il décuple par sa présence et même son aura ma capacité à haïr, à rejeter tout autour de moi, à mépriser toute existence. J’en deviens une arme redoutable et voici la raison de notre force quand nous combattons côte à côte, je m’imagine seulement lui dessiner de moi-même un sourire dans sa face figée. Comment je peux tenir aussi longtemps dans le camp d’un Seigneur tel que lui ? Il est la seule cause de ma colère. Ne pouvait-il pas attendre sagement aux Enfers et m’entretenir en privé de ses desseins ? Je ne suis plus sa seconde si je ne peux décemment pas avoir confiance en lui. Je ne demande pas beaucoup, sinon la moindre considération qui va avec mon rang. Sans cela, je crache ouvertement sur ce titre dont rien ne se dégage. C’est sa virilité qui le pousse à agir seul, sans consultation ? Son orgueil extrême, nourri par ses démonstrations de force ? Poussée dans mes retranchements, je vois cette fausse alliance partir en fumée à cause de sa puissance et de sa fierté.

Si tu ne me considères plus seulement que comme un outil, je m’en vais te démontrer que l’arme peut se retourner contre son maître. Notre coopération n’est plus, tu ne mérites pas ma considération, ni mon respect car tu ne me témoignes rien en retour. Et déjà, je sens en mon for intérieur que la tempête n’est même pas amorcée. Mes tempes s’endolorissent du courroux que je nourris des flammes de ma fierté. J’ai perçu avec délice ton changement d’attitude. El Dragón s’attendait à ce que ses officiers viennent s’agenouiller face à lui, et mes premières paroles, bien que je regrettai déjà les inflexions émotionnelles qui en avaient jailli, se montrèrent de bon effet. Il avait laissé s’échapper de ses doigts sa plume. Mon regard s’était alors immédiatement posé sur ce geste que je ne compris pas. Dragón n’était pas du genre à se choquer en une phrase mais il réagissait comme si je l’avais pris de court. Si tel était le cas, j’avais sorti un joker bien vite dans cette partie. Venait-il de bluffer pour me laisser croire à une victoire trop aisément remportée ? Non, ce ne pouvait être du bluff, car déjà, la plume vint heurter son encrier, laissant le liquide noir s’échapper de sa prison et déverser sa sève sur le document du Seigneur. L’outil de calligraphie avait poursuivi sa course pour venir se stopper au sol où il avait encore parcouru quelques pouces de distance. Ultime récompense de son expressivité, j’obtenais un soupir appuyé, dénotant de sa désapprobation. La plupart de ses sujets auraient déjà fui, pour s’éviter une escalade dramatique, amenant à une confrontation mortelle. Moi, je me disais avoir peut-être ainsi plus d’attention maintenant que son travail était ruiné. Bien sûr, j’avais relevé l’événement mais ce fut bien peu de réconfort pour m’ôter la colère qu’il avait alimenté. Je m’étais déjà lancée avec emphase dans l’expression de mes ressentis et j’avais fini avec un geste de provocation convaincu, les mains plaquées contre le bois de son bureau.

Mon aura, elle, dansait. Comme si j’étais sur scène à chanter, amenant à une ambiance « pogote », cette aura se déchaînait de ses mouvements festifs, la danse. A chacune de mes impulsions, ces formes prenaient la nature de ma personnalité. Si l’aura devenait flammes, la projection de ma violence alimentait l’incendie qui se déroulait. Dans la pièce, autour de moi, elle dégageait de sa chaleur. Nul ne sut si ce fut de ma propre incandescence ou l’effet de mon aura sur moi-même. Tout prenait feu, ma bouche, mon cœur, mon corps et mon esprit. Je n’avais pas à l’idée de tenir en respect un moment l’aura qu’avait déployé Dragón, mais ce fut ce qui se produisit. Ou bien la couleuvre était seulement impressionnée par le brasier. Mes flammes vinrent lécher délicieusement les bibliothèques de part et d’autre du bureau, comme pure provocation. Elles happeraient le plaisir de lecture du souverain, et le feraient tomber dans une douce violence. L’on ne voulait rien d’autre. Néanmoins, alors que je me refusais à contrôler plus encore une aura légèrement façonnée, je repris conscience de l’enjeu de l’affrontement. L’émeraude croisait le fer avec l’agate. Ou bien était-ce l’inverse ? Ces yeux étaient repoussants, n’inspirant que dégoût et haine. Dans mon état actuel, je n’y voyais qu’une provocation à aller de l’avant et toujours son attitude mutine excitait ma férocité, à peine maintenue dans ma poitrine. L’ardeur transparaissait déjà dans mon regard, mon âme s’embrasait, mon aura s’intensifiait autour de cette réflexion. Plus j’y songeais, plus j’en décuplais les effets. Je n’eus aucune pensée pour les petites gens du palais, dont les auras s’étaient presque envolées. La seule qui comptait, c’était celle du Roi. Et cette affirmation ne fut jamais si cruellement vraie.

Je ressentis alors ce que Dragón souhaitait voir arriver. Il me vint l’image d’un charnier, d’où suintaient les liquides issus de la décomposition de ces corps. L’odeur m’y vint subrepticement mais je tins bon. A y voir de plus près, je compris pourquoi je bouillonnais d’autant, tous ces corps étaient les miens, balancés là une fois charcutés. Devant cette image mentale qui ne s’effaça qu’au bout de quelques secondes de concentration, mon regard perdit de sa force de caractère. Je ne fus pas sensible à ce que je vis, d’ailleurs effort de mon esprit courroucé ou fruit de l’aura démoniaque de Son Excellence ? Peu importe, je ne baisserais pas les bras après une si faible démonstration. J’affrontais encore ses yeux et ressentais en ma poitrine les phases d’éréthisme cardiaques que j’essayais de calmer par des moments appuyés de rythmes moins soutenus. Bientôt, je lâchai prise, tout s’emballa. De mes mains, mes charmantes flammes venaient lécher le bois du bureau, comme pour outrepasser toute règle. Si j’étais l’incarnation de l’irrespect et de la provocation, en comparaison, mon aura s’évertuait à me faire passer pour une fille docile. Je n’arrivais plus à me calmer, je repensais à ces choses que j’avais dites et je les vivais toutes. Je communiquais de tout mon être à Dragón qu’il ne fallait plus qu’un petit rien pour enflammer la mèche. Je serai sa dynamite, cette bombe rousse, qui laissera sa marque dans son intérieur. Lui aussi est prêt à craquer, je le sens, je le connais.

Autre chose vient. Je m’attends à subir à la volée un coup de ses poings serrés, et là, prête à répliquer, je me ferai une joie de me faire respecter. Il le sait, mes réponses montent chaque fois d’un cran. Ne rate pas ton premier coup, Dragón, le mien sera un coup de dague transperçant la paume de ta main. Oui, j’étais bien armée et je n’avais jamais aucun scrupule à l’être. Tu as beau être roi, tu saignes comme tout autre. Il me répondit pourtant. Je m’attendais à tout sauf ça. Pour moi, cela aurait été presque plus logique qu’il retournât à ses affaires sans dire un mot, m’ignorant complètement. Cependant, il serait passé pour un faible après cet échange de regards. Il asséna un coup, mais il n’était pas physique, de sa voix caverneuse que je haïssais. J’en frissonnai d’aversion et lui fis bien comprendre ce ressenti que je ne dissimulais qu’à peine. Oh mais tu crois que tout se finira ainsi, si prestement ? Je t’en veux, Dragón, peut-être bien plus profondément que je ne veuille l’admettre. Comme si j’avais l’impression de trop donner dans une relation malsaine. Oui, elle a toujours été ainsi mais fuir le dialogue comme tu le fais n’a seulement que pour effet de briser les dernières entraves à ma fureur. Tu ne me prends pas au sérieux, tu me vois comme une gamine et tu me verras probablement toujours ainsi. Pour toi, je suis la capricieuse qui s’ennuie, qui n’a rien d’autre à faire que de suivre comme un toutou qu’on a bien dressé. Je ne te laisserai jamais ce plaisir, jusqu’à ma fin, je te ferai sans cesse oublier cette idée si elle venait à germer à toi encore et encore. Ta condescendance transpire d’un orgueil qui blesse mon amour propre. Tu n’as pas compris mon message ou alors n’as-tu même pas pris le temps d’écouter ? Je devrais te refaire le passage encore et encore jusqu’à la fin de mes jours ? Non, j’en suis lasse, cela passera par les poings ou cela ne passera plus. J’en veux seulement à ta jolie petite tête ; planter mes doigts dans tes orbites et jouer à l’intérieur pour en tirer ta cervelle si bien entretenue. Je t’en veux à ce point-là. Je te hais.



Du travail ? J’ai un rictus de satisfaction à peine eut-il fini d’énoncer la chose. Je lançai rapidement un nouvel œil vers ces feuilles. Tout était foutu, et son excuse sonnait vraiment faux. Sa seule motivation était que je reparte tranquillement d’où je venais, mais mes flammes consumaient déjà ton intimité et ce n’était pas ainsi que je comptais repartir. Que ce soit avec fracas et douleur ! Et là, il me prit par surprise, je ne m’y attendais pas. Alors que je me félicitais intérieurement d’avoir mis fin à son « labeur », je sentis sa poigne se refermer sur mon poignet gauche, l’enserrant. Son geste fut accompagné d’un mouvement de son buste pour accéder rapidement à mon bras. Je n’avais pas fait attention à la chose, je n’avais rien vu venir. Je bouillonnais. Il se prenait pour qui là à m’agripper comme ça ? Il avait peut-être anticipé que je lui en foute une mémorable. Pourtant, il me savait droitière non ? Pourquoi pas avoir retenu l’autre poignet dans ce cas ? Et puis merde, dans tous les cas, me sentir prisonnière ou à sa merci était vraiment la dernière chose que je voulais éprouver. Son contact était dur et mes muscles se crispèrent alors, mes doigts se resserrant sur le bois que je grattai. Je ne parviens plus à me contenir, tu as gagné, j’arrive.


« Du travail ? Tu viens de détruire ton travail, sous l’encre noire. Maintenant, lâche moi immédiatement, tu n’as aucun droit de me toucher. C’est ça le respect ? Je t’interdis de me toucher ! LÂCHE-MOI ! »


Il se prenait pour qui merde ? Je fulminais et si j’avais seulement haussé la voix en début pour mes premières phrases, j’étais repartie dans un ton proche du hurlement hystérique. Il aurait sûrement été sage de se dégager rapidement de l’étreinte et de sortir du bureau en acquiesçant. Mais putain, y avait des nanas qui s’abaissaient à ça devant ce genre de connards ? Ah ça non, Dragón, j’avais prévenu qu’il fallait pas me faire chier, et tu fais tout pour. Tu évites les réponses à mes questions (légitimes), tu fais mine d’ignorer mes considérations, tu parles de respect alors que tu n’en as aucun et là encore, tu crois que mon corps est tien ? Alors là, mon pauvre, tu vas en bouffer du corps. Ni une ni deux, j’entame peut-être la prise la plus osée, mais sûrement la plus surprenante à celle dont il pouvait s’attendre. Tu tiens mon poignet ? Très bien, serre bien surtout. D’un mouvement très ample, je lance alors mes deux jambes en ciseaux derrière moi afin de les faire passer au-dessus de ma tête, me faisant réaliser une acrobatie, nécessitant une grande souplesse. Ma main droite agrippa dans la foulée le bras de Dragón pour un meilleur appui, alors que mon corps fit un tour entier, mes épaules servant de point de rotation. Mes jambes arrivèrent alors en bruit sourd sur le bois et immédiatement, je glissai mon corps entier sur ce bras pour l’emprisonner avec une clé. Mes jambes le verrouillèrent au niveau de l’épaule et je m’accrochai à son bras, essayant d’appliquer une rotation pour l’en faire tirer une douleur implacable. Je me retrouvais maintenant couchée sur son bureau, la tête dans le vide, mes mèches rouges çà et là sur mon visage et mes bottes passant derrière lui. J’étais solidement accrochée à Dragón, et il aurait bien du mal à se défaire de cette situation. Mon souffle était plus audible maintenant que je m’appliquais à exercer une force sur son bras, en plus du poids de mon corps entier. Il y avait tant de possibilités, mais déjà exercer une rotation, en le bloquant à l’épaule me semblait un bon début. J’essayais de ne pas penser que je lui offrais un examen plus approfondi de mes formes, son bras passant à mon entre-jambe, sa main contre moi, contre ma poitrine. Pourquoi je pensais à cela ?


« Maintenant, je te conseille de lâcher, petite queue. »


La guerre était lancée, et toute ma rage se concentrerait sur mes actions, j’étais concentrée, déterminée à le faire plier et lui faire comprendre ma rage. Ma peau brûlait, je ressentais une chaleur inonder mon corps et mes joues s’empourpraient. La rage et moi étions unies, elle parlait pour moi, je n’analysais plus ce qu’il dirait ou ce que je dirais sous impulsion. Tout n’était plus que pulsions violentes et passions.



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MessageSujet: Re: Du venin pour la Salamandre [ft Dragón] Ven 14 Sep - 16:06




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Tes yeux d’agate décrivent un chemin sinueux, observant du coin du regard l’encre continuer de couler. Elle empêtre le bureau, tâche d’autres rapports, et vient lécher le sol pour le corrompre de sa teinte funèbre. Des heures de travail perdues, à cause d’une petite effrontée. Tu vas devoir tout recommencer, perdre une après-midi entière à réécrire des textes déjà terminés. Recopier, page après page, des lignes indigestes, pour le simple plaisir administratif. Déjà que tu hais devoir gérer toute cette vulgaire paperasse qui t’emmerde au plus point. Cette encre de chine est son venin, et à défaut de mordre, elle crache sur ton titre, sur tes responsabilités. Elle t’empoisonne la vie par des paroles acides, et des provocations toujours plus déplacées. Et maintenant mieux, elle vient jusqu’à souiller ton propre lieu de travail. Tes prunelles vibrent de colère, tu ne laisseras certainement pas passer un tel affront. Et crois-le Hannathème, lorsque le Dragon émet serment, il tient toujours ses promesses.

Ton sang commence à bouillir, et tes artères se gonflent de flux. Tu sens tes capillaires se dilater sous l’adrénaline, et la bile de tes ancêtre jaillir dans tes organes. La fièvre, la délicieuse fièvre de la haine qui se propage dans ton organisme et brûle tes os. Pourquoi en faut-il si peu avec elle pour te monter au créneau ? Après deux mois sans guerre ni échanges infernaux, se retrouver face à elle est un sanguinaire tableau. Ta patience atteint ses limites, et un autre de tes soldats serait mort de trouille à en faire dans son pantalon. La Vipère ne fléchira pas via les mots, il lui faut des gestes, de la violence. Comme si donner des coups à cette femme la faisait jouir de plaisir. Une masochiste, c’est tout ce qu’elle est, à sans cesse venir te chercher misère. Tu aimes être battue Hannathème ? Pas de problème, le méchant Dragon ne se retiendra pas. Elle lance les hostilités, à elle d’en payer les conséquences.

Cette coopération centenaire est toxique depuis son inauguration, et c’est bien ce qui en fait sa force. Quand deux joyaux se battent pour s’inscrire sur une couronne, il est évident que des dégâts sont à déplorer. Mais toi, tu as assez de lui laisser s’échapper, de devoir encore et toujours la même chose répéter. Une infâme rengaine qui te met hors de toi, et commence sérieusement à te cogner les nerfs. Pourquoi ne peut-elle pas sagement rester à sa place, et continuer de travailler sans toujours te mépriser. Pire qu’une crise d’adolescence, tu n’es pas son père merdre ! Il est grand temps qu’elle se prenne en main, et que quelqu’un lui inflige une correction. Encore une, une de plus, mais cette fois tu ne vas pas la louper, ni même te retenir. Tu espère bien la marquer, à vie si possible, pour lui rappeler que jouer avec le Dragon, c’est se lancer dans une partie perdue d’avance. On ne gagne jamais face au Roi, il peut continuer de manger des pièces une fois que son armée est tombée. Oui, et tu vas la manger. A coup de poing, de pied, de ceintures, de bois, ou de rein s’il le faut.

Tu n’as pas le droit de la toucher ? Alors qu’elle courre dans les bars pour se laisser tripoter par tous les mâles sur son passage, quelle hypocrisie. Madame veut tout contrôler, espère faire de toi son jouet, mais les choses ne vont pas dans ce sens. Parce qu’il n’existe qu’un seul chef, qu’un seul mâle alpha s’il faut employer les termes animaux. Et le roi, le boss ici, c’est toi. Et tu ne laisseras personne, pas même ta seconde, te marcher sur les pieds. Tu commences à te répéter, à qui la faute tu te le demandes bien.

Au contact de tes mains sur sa peau, tu sens son épiderme frisonner, se crisper. Ses yeux émettent des éclairs, et sa bouche dégouline de poison. Son aura se dégage dans la pièce, si bientôt personne n’ouvre de fenêtre, c’est l’asphyxie assurée. Les jambes de la rousse se jettent vers l’arrière, et dans un basculement rapide viennent s’abattre sur toi, fracassant ta peau contre l’ébène de ton bureau. Tu entends du coin de l’oreille un craquement. Ton sang ne fait qu’un tour, la douleur n’a pas le temps de se déclencher, tant la colère est immense. Si elle casse ton bureau, tu la casses en deux. Ce meuble, tu l’as dessiné de tes mains, tu es le réalisateur des plans, et tu les as donné en main propre à ton ébéniste de référence. Il faut des mois pour obtenir un tel objet. C’est toujours comme cela avec elle, tu ne peux jamais lui laisser des affaires, si tu ne veux pas les retrouver en morceaux. Et cette garce arrive encore à s’étonner que tu lui interdis l’accès à tes espaces vitaux ? Bordel, quand est-ce que ses deux neurones se bougeront ? A ce niveau, c’est du dysfonctionnent génétique, tu n’as pas d’autres explications.

Puis vient le frisson. Sentir si proche de tes poignets le tissu de ses vêtements serrés, et à travers eux la chaleur de son corps flamboyant ne te laisses pas indemne. Position très inconfortable pour la demoiselle, qui t’offre son corps en visuel. Tel le sacrifice au seigneur, après cette prise qu’elle imaginait spectaculaire, elle est en difficulté. Tes prunelles dorées détaillent la rousseur volcanique de sa chevelure, les reflets émeraude de ses iris, le hâle exotique de son visage, les courbes généreuses de sa poitrine, de ses hanches, et plus bas encore de ses cuisses. De la viande, brûlante, presque cuite. Où as-tu la tête Dragon ? Cette saleté réveille en toi des instincts primaires et des bassesses que tu t’évertues depuis tes origines à canaliser. Il est la le problème, elle te rend vile et pur démon, elle fait de toi l’abomination qui compose ta nature. Elle éveille ta noirceur.

Maintenant, je te conseille de lâcher, petite queue.


Parce qu’elle croit que tu écoutes ses conseils ? Au contraire, tu ne désires que resserrer ton étreinte, lui faire supplier de la lâcher. Les insultes ne marchent pas sur toi, la provocation est terminée. Tes tympans sont fermés à ses fréquences, tu n’as plus envie de l’entendre. Du moins, si, tu veux l’entendre hurler. A s’en briser les cordes vocales. Ou bien tu les arrachera toi même ? Au moins elle ne pourra plus t’importuner. Kâa, ta fidèle aura serpentine frétille, ses capteurs de chaleur sont en effervescence. Le reptile s’agite, glisse avec ferveur sur le sol, et grandit pour de sa longue queue enrouler la nuque de la démone. Petite queue hein, c’est la seule remarque qui te venait à l’esprit. Attaquer si bassement la fierté d’un homme, c’est ridicule. Est-ce que cela marche ? Peut-être un peu, mais pas suffisamment pour lui accorder le crédit de la réussite. Elle oublie que sans toi, elle n’est rien.

Elle, toi, et votre rage. Vous êtes si proches, si différents, et pourtant si unis. Tu te relèves de ton bureau, ignorant la constriction autour de ton bras, et tes yeux radient de violence. Ton bras gauche est entravé, très bien mais il te reste le droit. Sans douceur, ta main gauche agrippe le pantalon en cuir de la rousse, et tu tires vers toi. Approchant son entrejambe de l’autre bord du bureau, et laissant son crâne claquer contre l’extrémité du bureau. Tu contractes tes muscles, et ta supériorité en force te donnes le plaisir de ne pas te tordre le bras pour ta prochaine attaque. Parce qu’au lieu de lâcher le tissus, tu empoignes sa cuisse avec fermeté, pour forcer un relâchement de son poids, et ainsi te donner l’occasion nécessaire pour frapper. Ton bras droit, s’élève brutalement et vient alourdir la gorge de ta belle seconde. Il est important de préciser que tes phalanges s’étendent sur les côtés, pour glisser au derrière de son cou, et soulever son visage. En position, tes doigts compriment sa peau, et ses veines. Elle ne vas pas s’évanouir, elle aura juste un peu mal, et des difficultés à s’exprimer. C’est de cette manière qu’on attrape des reptiles, en comprimant leur gorge pour les empêcher de cracher. Tout le poids de ton corps désormais s’effondre sur celui de ta seconde, et la distance entre vos pupilles ardentes diminue.

Si tu veux du respect de ma part, apprends à entretenir ta hiérarchie. Maintenant, je te conseille de te calmer, petite rousse. Ou tu auras à faire à moi. Et crois moi, ça tu ne le veux pas.


Tu voulais de la domination Hannathème, c’est cadeau.

©️ codage by Serfy


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Dragon reign over the city
Phaedra - Lucius Annaeus Seneca ✻  Iamque erat in totas sparsurus fulmina terras sed voluit, ne forte sacer tot ab ignibus aether conciperet flammas longusque ardesceret axis esse quoque in fatis reminiscitur, adfore tempus quo mare, quo tellus correptaque regia caeli ardeat et mundi moles obsessa laboret.
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