Too bad but it's too sweet [Alice Green ft. Keithan S.Kahara]

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MessageSujet: Too bad but it's too sweet [Alice Green ft. Keithan S.Kahara] Jeu 17 Mai - 18:25

Alice Green Ft. Keithan S.Kahara





Too bad but it’s too sweet




« On sort difficilement des enfers : les dieux souterrains savent mieux saisir que rendre leur proie. » Eschyle


La tempête bat toujours son plein, le vent semant le vrombissement du moteur alors que tu roules à toute allure à travers Damned Town. Les pneus crissent et les virages sont raides sous la pluie battante. Tu conduis dangereusement, animée par ton seul désir de continuer à t’éloigner de la ligne rouge. Tu franchis les pas les uns après les autres vers ta déchéance et la rage qui t’habite ne semble pas vouloir se tarir pour ce soir. Tu apprécies la caresse des ténèbres et son invitation à t’étreindre un peu plus fort ne t’est jamais apparue aussi délicieuse. Le chemin montagneux vers le temple se dessine à présent et tu suis son appel sinueux avec détermination, sans jamais éprouver la moindre hésitation quant à ce que tu t’apprêtes à faire.

Le tonnerre gronde toujours même s’il commence à s’atténuer, l’orage s’effaçant pour laisser l’averse se déchaîner seule. Quelques éclairs illuminent le ciel sombre du début de soirée et la ville en contrebas sombre de plus en plus dans l’obscurité. Les cieux voilés ne révèlent aucune étoile et même la lune reste invisible aux yeux des vivants.

Au bout de plusieurs longues dizaines de minutes à inonder ta veste en cuir sur la route, le temple apparaît derrière les arbres. Dans ce paysage chaotique, il te semble plus intimidant que lors de ta première visite dans la brume du petit matin. Arrivée à bon port, tu freines et mets pied à terre pour observer la bâtisse avec intensité. Un vague sourire passe sur tes lèvres alors que tu enlèves ton casque. Le vent chasse tes cheveux qui s’emmêlent dans ton dos et fouettent ton visage. Ils collent bientôt à tes joues et ton front, la pluie faisant son œuvre en quelques secondes. Tu avises plusieurs arbres touffus et y laisses ta moto en espérant la mettre à l’abri de la tempête. Tu n’as pas d’autre choix que celui de l’abandonner avec comme seule protection les immenses branches. Tu laisses ton casque sur la selle, il risquerait de t’encombrer. Tu ignores quand tu partiras d’ici ni même si tu auras le droit à un billet de retour. Alors tu laisses ta bécane derrière toi sans vraiment t’en préoccuper davantage et avances à pas lents vers le temple.

Il te domine de sa hauteur, les grands toits allant se percher à des hauteurs vertigineuses. Ce genre d’architecture est vraiment impressionnant. Perdue dans les éléments qui se déchaînent toujours autour de toi, tu longes l’enceinte pour te rendre dans les bâtiments arrière, où vivent les moines. Et où se trouve le bureau de Dragon. Ta destination. Tu cherches à te protéger des bourrasques près des murs, mais la pluie chasse dans ta direction et tu grelottes à nouveau, frigorifiée par le trajet à moto. Ta halte chez toi n’a pas suffi à réchauffer ton corps fatigué par les événements et la fuite dans les ruelles de Damned Town pour échapper à la garde du palais.

Tu te retrouves face à la même grille que quelques jours auparavant, encore une fois fermée, les moines ne désirant pas accueillir les visiteurs dans leurs quartiers privés. Tu jettes un regard embêté à cet obstacle que tu as franchi sans grandes difficultés la dernière fois. Tu te demandes si ta côte déplacée te permettra d’accomplir à nouveau autant de pirouettes. Il n’y a pas trois mille façons de le savoir. Tu empoignes le fer froid et humide avant de te propulser vers le haut. Mais une douleur fulgurante perce dans ta cage thoracique et ton pied n’a pas le temps de se caler contre le mur, tu trébuches et manques de tomber en arrière. Tu te réceptionnes tant bien que mal en grimaçant, te tenant les côtes. Résolue à entrer par tous les moyens, tu n’es pas non plus idiote. Tu voudrais éviter de faire subir plus de dégâts à ton organisme, tes muscles ayant assez été violentés pour le moment. Tu fais volte-face et retournes sur tes pas.

Tu franchis l’entrée principale du temple et tentes de distinguer un passage vers les bâtiments privés. Comme tu t’y attendais, il n’y a personne. Peu de visiteurs se rendent à la prière à l’heure du dîner, encore moins lorsqu’un orage a décidé de faire trembler la ville entière. L’espace est complètement désert. Tu feins tout de même la comédie, mimant une fidèle étrange qui arpente les alentours en faisant fi de la pluie qui s’infiltre dans les tissus de ses vêtements. Une fois derrière le temple, tu repères un passage menant vers le reste de la bâtisse, sûrement celui que les moines empruntent pour s’en retourner à leur quartier. Comme une ombre, tu suis le chemin et t’interroges sur la nécessité des acrobaties de ta première venue. Tu as toujours eu le don pour te rendre la tâche plus ardue qu’elle ne l’est en réalité. Ce simple constat te fait soupirer et tu accélères la cadence.

Tu n’as pas réfléchi à un plan pour entrer, l’idée est venue d’elle-même et ton itinéraire est déjà tout tracé. Ainsi, tu atterris devant la fenêtre que tu as brisée pour fuir Dragon. Comme tu l’espérais, les moines n’ont pas eu le temps de la réparer. Des planches de bois ont été grossièrement clouées pour obstruer l’ouverture et empêcher l’accès, l’humidité ronge déjà leurs rainures sombres. Il te suffit de puiser dans tes dernières réserves pour forcer le passage à l’aide de plusieurs coups de pieds bien placés. Deux des planches cèdent et c’est assez pour que tu puisses te faufiler à l’intérieur. Tu fais passer ton sac avant toi et fais un effort pour te glisser comme une anguille dans la chaufferie. Le rideau épais qui dissimule la vitre brisée balaye ta silhouette alors que tu te réceptionnes avec difficulté à l’aide de tes paumes, tes fesses restant coincées à l’extérieur. Tu ne t’es jamais sentie aussi minable qu’en cet instant précis. Tu forces un peu. Emportant une nouvelle planche dans ta chute, tu exécutes une roulade avant involontaire et ton dos vient heurter le sol. Allongée de tout ton long par terre, tu fixes le plafond dans un profond soupir. On est loin des compétences qu’Isabel te vantait encore quelques heures auparavant. Exténuée, tu te rends compte de tes propres limites, ton corps continuant de t’envoyer des messages urgents de cesser le feu. Tu ne cesses de l’ignorer mais force est de constater que si tu ne te décides pas à te reposer rapidement, tu finiras par y être contrainte.

Tu te redresses et vas récupérer ton sac. Le crépitement de la cheminée et le décor te rappellent immédiatement de mauvais souvenirs. Un frisson dégringole le long de ta colonne vertébrale et tu serres les poings. Sans t’attarder, tu te rues vers la sortie, refusant de rester une minute de plus dans cette atmosphère oppressante qui fait se réveiller la blessure sur ton omoplate. Dans tous les cas, ton arrivée est loin d’être discrète et le bruit risque d’alarmer les moines. Il faut que tu te dépêches. Une fois dans le couloir, tu te remémores ta course poursuite avec Dragon, tentant de te rappeler tes pas dans ce dédale infernal. Tu espères ne pas croiser de moines. Tu as assez blessé de monde pour aujourd’hui et tu voudrais éviter d’avoir à assommer un prêtre qui ferait des siennes.

Tu t’aventures dans le silence de la pierre, traversant les corridors discrètement. Tu entends des voix qui se rapprochent et te sers de l’ombre comme d’une cape dont tu te draperais pour être invisible. Tu te caches aux angles, attendant que les moines passent leur chemin pour poursuivre ton exploration. Tu finis par tomber sur un escalier et tu te souviens avoir chuté dans les marches en tentant d’échapper au démon. Tu grimpes rapidement et arrives au premier étage. Les images de ce long couloir obscur te reviennent en mémoire et tu avances à pas lent vers la porte en bois du fond. Une fois devant, tu remarques que le cadenas a été changé depuis ton effraction. Tu souris.

On protège son intimité Dragon à ce que je vois.

Tu tentes tout de même d’entrer, histoire d’être certaine que l’accès est bien impossible. De toute évidence, le roi des démons n’est pas là. Tu aurais ressenti son aura depuis les escaliers si tel avait été le cas. Son absence ne te freine pas pour autant. Avec ou sans lui, tu es décidée à entrer. Plissant les yeux dans l’obscurité, tu observes le cadenas. Il arrêtera bon nombre de visiteurs indésirables mais ne fera pas peur aux plus futés d’entre eux. Par chance, tu fais partie de la deuxième catégorie. Tu fouilles dans les poches de ta veste et en sort un petit outil métallique. Un bon espion ne se déplace jamais sans ce genre d’attirail obligatoire. Un genre de crochet qui permet de se débarrasser des serrures facilement. Il suffit d’avoir le coup de main et de s’armer d’un peu de patience. Mais tu n’en n’es pas à ton premier forçage. Une dizaine de seconde plus tard, tu sens le mécanisme céder sous tes doigts et tu esquisses un sourire satisfait. Ce genre d’instant a toujours été grisant pour toi. Quand le cadenas s’ouvre, son cliquetis résonne comme la mélodie d’un méfait accompli. Un interdit bravé de plus.

Tu ouvres la porte qui roule sur ses gonds pour dévoiler l’antre de Dragon. Un courant d’air froid s’échappe de l’intérieur et t’arrache un frisson. Dans l’obscurité, tu cherches des repères, les yeux grands ouverts et les mains prêtes à prévenir toute chute potentielle. La faible lumière du couloir, que tu trouvais déjà sombre, t’aide à distinguer les formes des meubles de la pièce. Tu avances vers le bureau et repères plusieurs bougies dans des photophores. Te cognant à plusieurs reprises contre les pieds de la chaise, tu fouilles à la recherche de quelque chose pour les allumer. Tu tentes d’ouvrir le premier tiroir mais il résiste, semblant demander un nouveau crochetage pour révéler ses secrets. Tu lâches un juron et t’attaque au deuxième compartiment que tu retournes dans tous les sens, reconnaissant la caresse du papier sous tes doigts et le son de plusieurs petits récipients qui s’entrechoquent. Tu passes au suivant qui se trouve être complètement vide. Tu lèves les yeux au ciel en ouvrant le dernier tiroir. Il semble scindé en plusieurs parties. Tu finis par reconnaître une boîte d’allumettes et la brandis avec triomphe.

Y’a pas de petite victoire, okay ?

Tu en sors une et bientôt une étincelle embrase le petit bâton, une jolie flamme venant illuminer le bout de tes doigts. Tu attrapes un des photophores à ta gauche et entreprends d’allumer la bougie à l’intérieur. Tu répètes l’opération pour les autres chandelles présentes sur le bureau jusqu’à ce la pièce soit timidement illuminée d’une lueur orangée. Tu souffles sur ton allumette et retournes à l’entrée. Tu récupères ton sac laissé à l’extérieur et en te relevant, ton regard croise celui d’un moine à l’autre bout du couloir qui semblait prêt à faire demi-tour. Il croyait sûrement voir Dragon apparaître dans l’entrebâillure et ta silhouette féminine l’a stoppé dans sa démarche de fuite. Il fronce les sourcils et te dévisage d’un air méfiant. Tu restes immobile quelques secondes, le temps de comprendre qu’il n’est pas décidé à chercher les ennuis. Tu ne t’attardes pas davantage et refermes la porte. Le silence fait bourdonner tes oreilles. Tu poses ton front contre le bois en respirant profondément.

Tu y es finalement parvenue. Tu es dans le bureau privé du roi des démons. Ici, tu es sûre que personne ne viendra t’emmerder pour quoi que ce soit. Le seul qui puisse venir perturber l’environnement de ta cachette temporaire en est le légitime propriétaire. Mais pour l’instant, Dragon n’est pas là. Tu ne renonces cependant pas à ton idée de départ et tu es prête à l’attendre autant de temps qu’il le faudra. Tu es décidée à avoir une discussion avec lui. Tu aurais pu te rendre au palais. Mais décidément, il faut croire que suivre un quelconque protocole n’a jamais été pour toi. Des règles ? Qu’est-ce que c’est que ça ? Tu as préféré revenir ici. Dans cet univers familier où tu t’es confronté à lui pour la première et unique fois depuis ce soir de tempête.

Ton regard repère une petite table ronde vide à ta gauche, tu viens y poser ton sac. Tu enlèves ta veste en cuir trempée et viens la pendre au porte-manteau de l’autre côté de l’entrée. Tu laisses tes yeux détailler le repaire privé du roi des démons. Il n’y a pas de fenêtres et les bougies peinent à éclairer l’entièreté de la pièce, pourtant pas très grande. Tes prunelles sont attirées par un tableau accroché au mur, une peinture dont tu distingues mal les détails à la lumière dansante qui s’échappe des photophores. Tu repères tout de même la montagne enneigée sous un ciel d’orage, la foudre fendant les cieux de la même manière que lors de ton entrevue avec Isabel l’après-midi même. Tu repousses tes cheveux dans ton dos, ta tignasse trempée laissant échapper des gouttes glacées qui coulent le long de ton dos et chatouillent ton épiderme. Tu te frictionnes tant bien que mal mais ce n’est pas le bureau du démon qui pourra pallier ton manque de chaleur corporelle. Les murs de pierres semblent en effet renfermer les morsures du froid comme un trésor précieux. Le haut blanc d’Alec que tu as enfilé est complètement imbibé de pluie et colle à ta peau, laissant clairement voir ton soutien-gorge par transparence. Au concours de miss t-shirt mouillé, tu gagnerais haut la main, ça ne fait aucun doute.

Tu retournes près des bougies, seule source de chaleur potentielle. Tu t’assois sur la chaise de bois sombre dont l’assise et le dossier sont recouverts de cuir. Mis à part quelques livres rangés sur le côté et du matériel d’écriture, le bureau d’ébène est vide. Tu caresses le bord de la table d’un air distrait, imaginant Dragon installé à ta place, plume à la main, en train de rédiger divers rapports. Tu étires les muscles de ton dos et tes vertèbres émettent plusieurs craquements. Tu jures quand la douleur de ta côte point le long de ton buste. Tu te poses plus confortablement dans le siège en soupirant d’aise. Après tant de rebondissements et de jours agités, un moment de calme te fait le plus grand bien. A ta grande surprise, malgré le froid et l’obscurité, tu trouves l’endroit apaisant. Le silence est presque assourdissant. Pour sûr, Dragon doit être tranquille ici. Tu comprends sans peine qu’il puisse venir dans ce bureau reculé de tout pour travailler. Au-delà de l’odeur du bois, de la pierre et des flammes qui embrasent les bougies, un parfum discret à la fois floral et boisé vient surplomber l’atmosphère. Une fragrance subtile et légèrement sucrée qui ne te parvient que lorsque tu inspires profondément. Tu songes à ton tête à tête avec la reine des anges. Chez Dragon, on est loin du salon victorien au riche mobilier, avec tapisserie brodée de roses et effluves de thé au jasmin. Ton esprit t’affiche à nouveau l’air satisfait d’Isabel qui t’annonce que tu es désormais apatride. Tu te relèves instantanément pour penser à autre chose. Revoir son visage réveille en toi une certaine violence. Tu la chasses de tes réflexions pour l’empêcher de nuire à la sérénité qui s’était enfin fait une place dans ta soirée.

Sur l’autre mur, en face du tableau, tu y lis une phrase inscrite dans la pierre dans une langue que tu ne comprends pas. Ton regard balaye à nouveau le bureau et s’attarde sur les rayonnages de la bibliothèque qui recouvre la totalité du fond de la pièce. Tu souris en te remémorant Dragon qui t’étrangles contre les étagères. Votre rencontre toute en courtoisie s’est faite juste ici, entre les ouvrages philosophiques et les grandes œuvres classiques de l’antiquité. Son regard doré et ses traits sévères s’impriment en toi et tu te demandes si ta seconde intrusion sera traitée aussi rudement que la première. Tu ignores combien de temps tu vas rester entre ces quatre murs à attendre sa venue. Tu sais que ta patience aura ses limites mais ton entêtement t’aidera sûrement à faire face à ton empressement.

Tu te saisis d’un titre un peu au hasard et le feuillettes. Il est vraisemblablement écrit dans la même langue que les lettres qui ornent le mur de pierre. Son sens t’échappe. Tu le ranges aussitôt, prenant soin de le remettre à la bonne place. Soudain prise d’un élan de respect, comme si tu prenais conscience que tu venais briser la quiétude d’un endroit secret qui ne t’appartient pas, tu fais attention à ne pas faire s’abattre ton désordre légendaire dans le bureau. Tu fais balader tes doigts un peu plus loin sur l’étagère et déloges un nouveau livre, moins épais. Cette fois, il est parfaitement intelligible. Enfin, la langue usitée n’en reste pas moins alambiquée et encline à te donner la migraine mais ça devrait suffire à te distraire un moment. Tu observes la couverture et pouffes en découvrant que le titre constitue à lui-même une énigme. Idée d'une histoire universelle d'un point de vue cosmopolitique. Cet Emmanuel Kant, qui qu’il soit, avait un sens du divertissement pour le moins douteux.  

Tu t’installes une nouvelle fois sur la chaise en face du bureau sur lequel tu y poses l’ouvrage. Tu remarques alors la présence au sol d’un grand tapis aux nuances orangées, orné de motifs élégants et sobres à la fois. Tu décides alors d’enlever tes bottes que tu laisses un peu plus loin. Tes chaussettes aussi sont humides. Décidément, encore quelques minutes de plus à l’extérieur et la pluie finissait par s’infiltrer sous ta peau pour venir diluer le sang de tes veines. Ta lèvre inférieure tremblote comme pour te donner raison et tu la mordilles par réflexe. Tu te frictionnes à nouveau, bras nus dans ce bureau glacé. Tu aurais bien un pull à enfiler dans ton sac mais tu ne veux pas commencer à élire domicile dans l’antre du Dragon. De toute façon, vu l’état de tes vêtements et de tes cheveux, il aurait tôt fait d’être lui aussi humide et ne t’aiderait pas vraiment à te réchauffer. D’ailleurs, tu aurais aussi besoin de changer de pantalon. Et de sous-vêtements. En bref, tu es trempée jusqu’aux os. Jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas un endroit où improviser une cabine d’essayage. Le roi des démons pourrait arriver à tout moment et quelle ne serait pas sa surprise de te découvrir à moitié nue, en train de te débattre avec jean au beau milieu de son bureau. Tu n’es déjà pas censée être là, tu préfères éviter d’aggraver ton cas.

Les talons calés contre tes fesses, tu poses ton menton sur tes genoux, t’installant pour commencer à lire, un peu au hasard, sans jamais vraiment comprendre le sens des mots qui défilent sous tes yeux. Ton esprit est fatigué et divague en luttant contre le sommeil, évitant de songer à l’univers du dehors. Tu te refuses à penser à Alec. Ce n’est absolument pas le moment pour se demander comment il vit les événements et ton ramassis de mensonge de la veille. Ce n’est pas non plus l’endroit adéquat pour s’interroger sur des regrets possibles de son côté après votre nuit ensemble. Et ce n’est toujours pas un contexte approprié pour se questionner sur vos futures retrouvailles. Alors tu t’efforces d’écarter Alec de tes songes pour te focaliser sur Dragon. Tu ignores s’il sera déjà au courant des événements de l’après-midi avec Isabel. En ton for intérieur, tu l’espères, comptant là-dessus pour obtenir un minimum d’indulgence de sa part quant à ta venue intrusive au temple. Une inquiétude subsiste cependant parmi cet amas de réflexions. Et si ta partie sur l’échiquier se terminait ? Si tu n’étais pas une cavalière, ni une folle mais un pion, avançant dans une stratégie bien précise, qui ne vient pas de mettre en échec la reine sur son propre camp, mais qui s’est fait prendre volontairement pour pouvoir faire mat ? Si tu n’étais qu’un sacrifice et que ton rôle s’était achevé avec ta fuite du palais ? Alors, probablement que ce rendez-vous improvisé avec Dragon serait le dernier.

Ton esprit se brouille peu à peu, se noyant dans le fourmillement de questions qui te taraudent et les essais infructueux de compréhension de ta lecture. Les événements ont fait de toi une vraie loque qui a besoin de dormir. Ton corps s’emplit de la quiétude de la pièce pour se détendre. Et Kant agit comme un véritable somnifère. C’est ainsi que vers vingt-deux heures, le sommeil finit par t’emporter. Ton corps bascule peu à peu en avant, tes jambes se relâchent sous la chaise et ta tête s’affaisse entre tes bras sur le bois d’ébène. Tu t’endors, assise à la place du roi des démons. Attendant la venue du loup, tel un petit chaperon noir trop naïf.

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MessageSujet: Re: Too bad but it's too sweet [Alice Green ft. Keithan S.Kahara] Mer 2 Jan - 15:23




   
Feat Alice Green & Keithan S. Kahara

Too bad, but it's too sweet



Tu soupires.
Un puissant souffle d’air chaud évacuateur, une libération minime de la consternation que tu dois appréhender. Assis, seul face à ton bureau, les mains jointes sur le sceau royal, ton regard est perdu dans le vide. Hannathème vient de quitter la pièce, en claquant comme à son habitude la porte, faisant résonner dans tout le palais un fracas assourdissant. Tes phalanges crispées tremblotent quelque peu. Tes épaules sont relevées, et ton dos arqué, amenant tes coudes sur l’ébène. Oui, tu es d’humeur morose. A l’instant, ne serait-ce qu’une minute plus tôt, ta chère seconde est venue quérir ton attention au milieu de ton travail. Elle est entrée, sans annoncer sa présence, et s’est installée sur ton plan de travail, avec la délicatesse et le raffinement propre au personnage. Là, elle t’a mis au courant de la réception de ce soir. Avertir une heure avant le souverain d’un événement mondain se déroulant sous son toit, organisé en secret, sans avoir préalablement demandé sa permission. Est-elle folle cette fille ?

Tu jettes aux flammes ton premier geai de rapport martial, tu n’arriveras pas à te remettre à sa rédaction. Inutile de forcer la concentration, alors que déjà tes nerfs sont fatigués de devoir passer la soirée à supporter des énergumènes bourgeois gloussant au moindre faux-pas. Tu n’as jamais aimé les réceptions, les bals, ou tout autre genre de conneries ostentatoires inventées par les fainéants pour parader devant la cours. Tu préférerais mille fois rester seul. Cependant, les invitations déjà envoyées, et les convives en chemin te prennent de cours. Tu ne peux pas tout annuler, c’est trop tard. Elle s’est bien moquée de toi, ta seconde. L’envie de l’étriper démange tes muscles brachiaux. Demain matin, lorsque tout le monde sera parti, elle apprendra la discipline cette petite, foi de Dragon.

Nouveau long soupire s’échappe de tes lèvres. Tu lèves les yeux vers la fenêtre, comprenant que déjà la Lune dirige le ciel de son gant d’argent. Sur le bois, juste devant toi, jonchent des rapports inachevés en piles organisées. Tellement de rapports, que bientôt un seul bureau ne suffira à tous les contenir. Depuis l’arrivée d’Hannathème à Damned Town, ton travail stagne, et tu avances à pas d’escargot en colère. Comment réussir à élaborer des stratégies ou à suivre des évolutions de ressources quand une gourgandine trop farouche vous interrompt au moindre caprice ? Combien de fois l’as-tu brisé contre les murs, frappé et giflé, tu ne sais plus quoi faire. Tu tombes à court d’idées, et commences vraiment à croire qu’une forme de masochisme occure en elle.

Une réception, mais quelle idée ! Très bien, tu ne comptes pas rester une minute de plus dans les parages. Ne souhaitant pas incendier le palais ou te battre avec ta seconde, tu choisis l’option de quitter les lieux. Hannathème aura la demeure royale pour ce soir, et se prendra une paire de torgnoles au petit-déjeuner de demain matin. Après tout, que pourrait-elle faire de pire au cours de la soirée ? En terme de gourdes, la gourgandine les a toutes expérimentées, elle devrait au moins être rodée. Si cela lui chante de jouer les princesses devant son peuple, qu’elle s’amuse, sa réputation est déjà assez misérable en Enfers. Toi tu ne joues pas, tu gouvernes : tu n’as pas de temps à perdre bêtement devant des invités, à tenir un rôle ridicule. Tu es ce que tu es, un asocial antipathique, et tu l’assumes complètement. Ce soir, ce sera sans toi.

Attrapant sous le bras tes rapports encapuchonnés sous une pochette de carton, tu t’équipes d’un manteau long noir et de quelques cartes repliées au bord de la commode en chêne, sur le côté. N’oubliant pas ton uchigatana, tu quitte l’enceinte familière de ton bureau pour rejoindre les escaliers et descendre dans le hall. Tu ne croiseras pas Hannathème, trop occupée dans sa salle de bain à se dévergonder. Tant mieux, tu n’avais pas envie de recroiser sa tête de parasite. Dehors, il pleut, un critère de plus à ajouter à ta morosité latente. Dissimulant sous le tissu tes papiers, tu te mets en marche. Une longue marche d’une heure et demie, pour parcourir une dizaine de kilomètres. Tu vas retrouver ton sanctuaire, où tu auras enfin la PAX DRAGONIS tant désirée. Que ne faut-il pas faire pour avoir un peu de tranquillité dans cette ville ?

Tes pas te guident à travers la voie sinueuse et escarpée menant au temple. La pluie cesse, pour reprendre son ampleur au niveau de la montagne, comme si elle attendait ta présence pour s’abattre depuis le ciel. Maudite voûte céleste, et maudits anges tant que nous y sommes. Le vent violent ne suffit pas à t’empêcher de gravir la côte escarpée, tu es déterminé à rejoindre un espace de sérénité. Si seulement jamais ta seconde n’était rentrée de mission, tu aurais eu la paix encore quelques mois. Parfois, tu te demandes vraiment pourquoi tu l’as choisi. Mais ne préférant pas à nouveau perdre une soirée, tu chasses les désirs de meurtre agitant tes papilles à l’approche du temple. Passant sous l’arche immense de l’entrée, tu suis instinctivement ta carte mentale. Personne n’est dans les parages, à cette heure les moins dorment déjà. Parfait, tu seras seul.

Avant d’entrer dans ton bureau, tu fais une escale par la salle principale, réservée à la méditation. La pièce est immense, mais peu meublée. Le sol est fraîchement nettoyé, entretenu rigoureusement par les habitants des lieux. Face au mur, une grande statue de bronze se tient. Tu supposes qu’elle représente un dieu bouddhiste, certainement Bouddha lui-même. Tu ne crois pas en ces dieux, ni en même en une quelconque entité supérieure, cependant le calme et la sobriété de ce hall sont pour toi un environnement adéquat à la concentration. Ôtant ta veste sombre, tu déposes les rapports à ta gauche, et t’assois en tailleur. Dos face à l’entrée, uchigatana sur tes cuisses. Stabilisant ta respiration, tu te prépares à canaliser ta colère. Tu dois être de la meilleure des formes possibles pour terminer les rapports. Les assauts en cours en Enfers sont d’une importance capitale, et tes choix se doivent d’être consciencieusement établis. Lorsque tu te sens plus à même, tu t’engages dans une lecture attentive des missives de guerre, et réfléchis déjà à la prochaine stratégie. Tu as plusieurs heures devant toi pour tout décider.

Trois heures plus tard, tu remballes tout. Tu es désormais au courant des dernières nouvelles, et prêt à mettre en œuvre les nouvelles stratégies. La situation en bas est sous contrôle, le moral de tes troupes est bon, grâce à la victoire contre la Tarentule. Les défenses de ton royaume ne sont pas menacées, et les ressources abondantes des pillages s’ajoutent au butin du souverain. Pour le moment, tout se passe comme prévu. Mais l’avenir est incertain, car ce qui se joue ici, à Damned Town, influence largement les réponses dans les royaumes divins. Tu sais que la reine Malronce possède des cartes en main, tu en connais même la valeur de certaines. Cependant, mieux vaut rester sur ses gardes, un incident est vite arrivé.

Tu te relèves, et te diriges désormais vers ton bureau. Après la lecture vient l’écriture, et tu seras bien dans ta réserve pour te mettre au travail. Tu quittes le bâtiment principal, traverses la petite cour, et unit la maisonnée ouest. Dans cette bâtisse, rare sont les moines à transiter. Elle ne contient que des stocks, des débarras, et la chaufferie au rez-de-chaussée. Toi, tu montes à l’étage, et empruntes le couloir dans la direction de sa longueur. Tout au fond, dernière porte, dernier mur, se loge ton espace vital. Tu t’approches d’abord rapidement, avant de ralentir le pas. Un fin filet de lumière se dégage de sous l’entrée. Quelqu’un se situe-t-il à l’intérieur ? Ton aura se déploie, recouvrant toute la zone. Kâa jaillit de ton bras pour explorer les alentours. Son ombre rampante glisse en silence et passe la porte. Sa cascabelle s’agite, et ses sifflements t’avertissent. Une aura angélique se fait ressentir. Immédiatement, ton expression se durcit, et ta paume se serre sur ta lame. Puis, un impression familière vient chatouiller ton échine. L’aura n’est pas complètement pure, de grosses tâches d’encre parsèment le tableau blanc auréique. Tu sens plus, comme un sentiment d’appartenance, quelque chose à toi, ou du moins qui t’appartient. Une chaleur reconnaissable. A sa dernière visite, son aura te semblait plus pure, plus claire. Que s’est-il passé entre temps ?

Ta main se pose sur la poignet et tu entrouvres la porte. Le spectacle qui s’offre à toi est des plus fantaisistes : mademoiselle Alice Green, endormie, tête sur ses bras et sur ton bureau. Elle dort à poings fermés. Kâa est agité, il la reconnaît lui aussi, et sentir le sceau royal contre sa peau lui donne des frissons. De sa langue scindée il lèche le corps de l’ange, comme pour en déterminer le goût. Refermant derrière toi la porte, tu soupires intérieurement. Tu vas vraiment devoir trouver un moyen de condamner cette porte, les intrusions commencent à t’agacer. Tu te souviens des menaces proférées à ton encontre, de la violence dans les yeux d’Alice lors de votre dernière rencontre, une semaine auparavant. Et la revoilà, comme tu l’avais prédis. La vie a eut raison d’elle, et tes avertissements étaient fondés. Quoi qu’il se soit déroulé depuis, la petite ne devait vraiment avoir nulle part autre ou aller. Qui serait assez fou pour venir t’attendre dans ton bureau ? Personne, pas même Hannathème.

Ton regard détaille l’ange affalée sur l’ébène. Un simple haut blanc, un pantalon troué, des vêtements de fortune et peu adaptés au froid extérieur. Sur le porte manteau, sèche une veste en cuir sale et abîmée et sur la table basse, traîne un sac trempé. De l’eau, partout. Non seulement elle s’invite, mais en plus elle salit ton bureau. Pour qui se prend-elle ? Kâa montre les crocs, guettant ton ordre sanguinaire. Attaquer, empoisonner, juste observer. Il frétille et pétille à l’idée d’agir, comme au bon vieux temps. Tu tournes autour de ta chaise, vérifiant que rien n’a été dérangé. Seules les bougies ont été allumées, et un ouvrage est disposé juste à côté du crâne de la jeune femme.

Tu hésites. Les intentions de l’ange te sont encore inconnues, mais quelque chose cloche dans ce paysage. Oui, il te manque un élément d’information. Une information capitale, un événement important s’est joué en ton absence. Un incident au palais, au sein de la cité ? Car pour amener un individu censé te haïr au plus point au centre de tes quartiers, au beau milieu de la nuit, il doit exister une raison. Tu as besoin de savoir, de comprendre. Pour cela, tu as besoin d’éveiller Alice. Avant, tu voudrais t’assurer d’une chose.

Tu déplaces les photophores de verre des côtés, et en éteint la majorité, ne laissant qu’une bougie allumée. Tu la déposes juste devant le visage de l’ange, afin de disparaître dans les ombres. Kâa passe à l’action, et plante ses crochets à la jambe de sa proie, injectant son venin en elle. Ton aura se renferme sur la pièce, exerçant une pression immense dans son atmosphère. Au bout de quelques minutes, tu te munis de l’ouvrage pour en lire un extrait à voix haute.

 
Toutes les dispositions naturelles d’une créature sont destinées à se déployer un jour de façon exhaustive et finale.


Kant, très bon choix. Tu saisis de tes mains chaque couverture, puis referme brutalement l’essai philosophique, en un claquement bruyant. Debout Alice, il est l'heure.


Bureau de Kei:
 
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Dragon reign over the city
Phaedra - Lucius Annaeus Seneca ✻  Iamque erat in totas sparsurus fulmina terras sed voluit, ne forte sacer tot ab ignibus aether conciperet flammas longusque ardesceret axis esse quoque in fatis reminiscitur, adfore tempus quo mare, quo tellus correptaque regia caeli ardeat et mundi moles obsessa laboret.
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MessageSujet: Re: Too bad but it's too sweet [Alice Green ft. Keithan S.Kahara] Ven 4 Jan - 19:55

Alice Green Ft. Keithan S.Kahara





Too bad but it’s too sweet




« Le bonheur forcé est un cauchemar. » Amélie Nothomb

Tu dors à poings fermés depuis plusieurs longues heures. Ta respiration bat une lente mesure, faisant gonfler ta cage thoracique qui à son tour fait se dresser ta colonne vertébrale. Un cycle simple qui se répète sans fin. Respirer est si facile. Et tu te contentes de ne plus en avoir conscience, dans la noirceur de la nuit. Tes cils frétillent parfois sur le coup d'un soubresaut. La danse des flammes dans les photophores projette sur ton visage endormi des silhouettes mouvantes, elles jouent à tracer des tâches d'ombres éphémères sur tes joues et ton front. Ton sommeil est profond, trop pour être relaxant. Ce genre d'assoupissement qui ressemble à une anesthésie. Lourde. Dénuée de songes et de couleurs. Une torpeur assommante qui n'a jamais reposé personne. Un coma dont on se réveille avec difficulté, la bouche pâteuse, le crâne bourdonnant et la vue trouble. Mais c'est ce qui arrive quand on refuse de dormir trop longtemps, quand on repousse sans cesse le moment fatidique où l'on devra retrouver la compagnie d'un oreiller. On a le sommeil que l'on mérite.

La nuit, bien que calme et déjà entamée, promet de ne pas être réparatrice pour toi, Alice. Ton inconscience ne te permet pas de le savoir mais Dragon est là, il est arrivé. Dans l'autre bâtiment, son travail le retient de venir à toi et le temps que la tâche lui prendra déterminera le poids de ton sablier. Ce qu'il lui reste de rapports à lire et à remplir ne suffira probablement pas à te faire passer plusieurs cycles de sommeil. Profite encore de ton escapade dans les bras de Morphée, tant que tu le peux. L'heure de ton rendez-vous improvisé avec le roi des démons approche à grands pas. Le temps s'égraine dans le sablier. La lecture se fait. Les mots se tracent, les lignes se forment, les pages se noircissent. Et bientôt, l'homme a terminé son œuvre pour la soirée.

Déjà ne la sens-tu pas approcher ? L'aura obscure à laquelle tu t'es confrontée ici-même, il y a de cela un temps flou, à la fois proche mais qui te semble une éternité. Tu la perçois ? Alice. Le grand méchant loup arpente les couloirs et tu restes la tête entre les bras. Réveille-toi malheureuse que tu es. Ce n'est plus le moment de dormir. Il t'a repérée. Ce nuage opaque de ténèbres recouvre déjà le bâtiment, ses racines rampent rapidement vers la porte, passent entre ses rainures, s'infiltrent dans le bureau. Et bientôt c'est à la créature serpentine de se joindre au tableau. Pourtant, tu ne détectes pas sa présence, perdue dans ta léthargie, naïve. Les enfers s’agitent autour de toi, leurs particules vibrant à ton contact comme un courant électrique cherchant un conducteur dans des étincelles aveuglantes. Alice. Réveille-toi avant qu'il n'arrive à destination. Dragon s'avance. Il est devant la porte. Ses doigts sont sur la poignée. Alice. Alice ! Trop tard.

La porte s'ouvre. Elle se referme. Le roi des démons reprend ses droits sur la pièce, son regard posé sur ton corps avachi sur le bureau, en proie au même cycle de respiration ininterrompu. Son monstre d'écailles est au-dessus de toi, il t'examine, te touche, te goûte. Pourtant ton être ne réagit pas. Pas encore. Ton aura s'est repliée sur elle-même, apaisée. Exténuée. Seule une petit lueur vient de s'éveiller. Elle subsiste. Dragon tourne autour de toi comme un prédateur joue avec sa proie. Heureusement, tu as eu la brillante idée de respecter le lieu, et cette fois, tu n'as rien dérangé. Puis, la lumière orangée des bougies s'amenuise. L'obscurité prend un peu plus possession des lieux, en communion avec l'aura sauvage de sa majesté.

Et soudain, le serpent encore enroulé à tes côtés s'attaque à ta jambe. Ses crocs percent ta peau et instillent leur venin en toi. Instantanément, comme une réaction chimique en chaîne, l’évanescente lumière qui persiste à exister dans ta chaire déploie tout ce qui lui reste de potentiel. Elle profite de l'absence temporaire de sa consœur antithétique pour prendre les pleins pouvoirs l'espace d'une minute. Elle tente de briller de tous ses rayons de clarté déployés pour chasser cette ombre ténébreuse qui s'infiltre dans ton âme et risque fort d'y trouver un écho. C'est alors que ton sommeil s'agite. Tes songes de néant se brouillent et font peu à peu se construire un rêve, traduction de la défense désespérée de l'ange qui ne veut pas mourir en toi. Comme une tâche d'encre claire, une aquarelle mal diluée qui fuit de son pinceau, un scénario s'établit. Tu te retrouves projetée dans un décor paradisiaque, lumineux et tu crois être en train de te réveiller.

Je vois mon reflet dans un miroir. Je porte une robe. C'est quoi ce bordel ? C'est quoi cette horreur ? Des froufrous, des noeuds-noeuds et de la dentelle qui vomit ses délicatesses en guimauve. Ce jupon. Et cette couleur, on en parle ? On dirait une robe de mariée. Attendez. C'est la voix de ma mère. Qu'est-ce qu'elle fout ici ? Maman ? Non, me rajoute pas des fleurs dans les cheveux. Tu crois pas qu'y en a assez ? Putain on voit à peine mon crâne. Puis c'est quoi ce chignon tiré ? T'as cru que j'devenais prof de maths ? Après, j'avoue j'ai jamais été aussi « coiffée » de toute ma vie. Même à la réception de Damned Town j'avais pas un truc aussi recherché. Damned Town. Et oui, au fait, tu peux m'expliquer pourquoi j'suis ici ? La reine m'a bannie j'te signale. Maman tu m'écoutes ? Hey. J'te parle. Tu m'entends ? D'accord, alors en plus je suis transparente. C'est quoi ce putain de bordel ? Et on va où là ? Qui est-ce qui m'a mis des talons de trois kilomètres ? J'ai déjà dit que je savais pas marcher avec ces merdes ! Je vais me prendre les pieds dans votre machin et me casser la gueule. Stop. Je veux enlever ces échasses. J'arrive même pas à les retirer. Vous les avez collés à mes orteils ou comment ça se passe ? Papa ?! Au fait, pourquoi vous êtes sur votre trente-et-un tous les deux ? Y s'passe quelque chose ? Est-ce que quelqu'un aurait l'amabilité de m'expliquer c'qui s'passe ? Nieu nieu nieu, t'es magnifique ma chérie. Je ressemble surtout à une putain d'meringue. Wahou. Oh. Eh, doucement merde ! On est où maintenant ? Le palais ? Arrêtez de me traîner comme si j'étais un gosse. Si c'est une blague sérieux c'est pas drôle. Foutez-moi la paix ! Je vais m'énerver. Lâchez-moi ! Quoi ?! Tu peux répéter ? Mon... mariage ? Putain de bordel de merde.

Dans une robe de mariée soignée, un chignon orné de roses blanches au sommet de ton crâne, longue traîne et tulle par milliers, tu t'avances vers l'assemblée au bras de ton père. Tu viens soudainement de te dédoubler. Tu as perdu le contrôle de ce moi emprisonné dans un corps qui ne parle pas, qui sourit bêtement, affichant tous les signaux du bonheur parfait. Tu surplombes la scène, comme spectatrice d'une cérémonie qui t'échappe et qui pourtant semble te concerner. Les gens applaudissent. Ta mère sort un mouchoir pour essuyer ses larmes. Et alors que tu jettes des regards désespérés aux alentours sans comprendre, espérant que quelque chose va fendre la foule pour t'empêcher d'avancer, la reine Malronce fait son entrée. Dans tout son apparat officiel, paillettes comprises. Elle éclaire l'assemblée de son aura lumineuse et on entendrait presque des soupirs niais émaner de l’assistance à son arrivée. Elle semble bénir tout le monde d'un simple regard, visiblement ravie d'être là. Elle offre un sourire resplendissant à ton toi qui parvient à ses pieds. Elle te surplombe de plusieurs marches. Elle chuchote à cette Alice enrubannée mais pourtant ses mots te parviennent, comme s'ils étaient prononcés au creux de ton oreille. La voix de la reine est soulignée d'une étrange réverbération qui lui confère une inhumanité partielle. « Je suis extrêmement heureuse d'être présente aujourd'hui Alice. Ce n'est pas tous les jours que l'on marie son plus fidèle soldat. Je suis tellement fière de toi. » Tu ne comprends pas. Comme par enchantement, une médaille dorée apparaît sur ta poitrine, contrastant avec l'immaculé de la soie. Tu as envie de vomir. Tu voudrais hurler à cette Alice de fuir. Mais quand tu ouvres la bouche, pas même un ridicule souffle n'en sort. Pas un son, un postillon, rien du tout. Tu t'égosilles, les mains enroulées autour de ta gorge, mais rien y fait. La Alice future mariée ne t'entend pas.

Et c'est qui l'mec que vous m'avez refourgué ? Juste pour savoir. Lui ?! C'est qui ce guignol ? Où est Alec ? Non mais j'vais pas épouser ça. Jamais d'la vie. Il est trop. Trop. Angélique déjà pour commencer. On dirait le stéréotype du gendre parfait. Oh pitié. Je suis sûre qu'il a gardé son peigne dans sa veste pour bien remettre sa raie sur le côté pendant la cérémonie. Juste avant le « je le veux » en scred, il va refaire ses cheveux et espérer que personne ne l'ait remarqué. Ce sera son méfait de la journée et il se dira qu'il est un vilain garçon. Vous êtes sérieux ? Gardez-le. Rendez-moi Alec. Tout de suite. Oh et Papa je t'ai déjà demandé de me lâcher. Alors t'es gentil et tu me lâches !

La cérémonie se poursuit sans que tu ne puisses rien y faire, la reine hochant la tête en signe de contentement chaque fois que l'homme qui préside la scène termine une phrase. Tu commences à paniquer. Est-ce que c'est réel ? On t'aurait ramené au Paradis pour te marier de force ? Ce serait ça finalement, la sentence de Malronce ? Tout paraît si vrai. Et en même temps tu espères encore pouvoir t'échapper. Quand tu entends cette Alice ouvrir pour la première et unique fois la bouche pour dire oui, tu commences à perdre espoir. Mais toujours impossible de hurler. Tu ne peux rien faire d'autre que d'assister à ton propre mariage, impuissante. Quand l'inconnu se tourne vers toi pour t'embrasser, tu es soudain replongée dans ton corps. Une vague de dégoût te parcourt lorsque tu ouvres les yeux sur ce visage masculin d'ange parfait, dont l'eau de toilettes te picote le nez, les paupières fermées, les lèvres en avant, prêt à clore la cérémonie et faire de toi sa femme. Tu résistes. Réussis à faire basculer ton corps en arrière, légèrement. Ses bras s'enroulent autour de toi, t'emprisonnent, sa main derrière ton crâne, perdue dans la masse de dentelle, de tulles et de fleurs, te ramène à lui. Tu paniques. Tu trembles. Et dans ton champ de vision, tu aperçois ces figures du paradis, attendries par la scène, qui t'encouragent à consommer ce mariage en un baiser en public. Des anciens collègues. Tes parents. La reine. Mais tu refuses, résistes, continuant de défier les lois de la souplesse en braquant ton dos en arrière. C'est hors de questions.

Non. Non. Non.
NON.


Clap. Le dragon ferme le livre. Bruit de pieds de chaise contre le tapis. Mais ton cri reste coincé dans ta gorge, une fois de plus.

Tu te réveilles brusquement. Cette fois pour de bon. Un sursaut a couronné ta sortie de ce cauchemar. Ton aura s'est déployée dans la pièce en réaction. Les tâches sombres ont repris leurs droits, ils ont bâillonné la petite lueur et l'ont enfermée dans un coin. Qu'elle y reste pour longtemps. Les ténèbres reprennent le contrôle dans un rugissement félin et les pétales violines de ta malédiction arborent de nouveau leur obscures intentions, se jurant de ne plus jamais laisser cet espoir de lumière vain les renvoyer au stade de bouton replié. Ta respiration est saccadée, ton rythme cardiaque affolé. Tu t'es levé par réflexe, les muscles de tes jambes se tendant douloureusement sous le coup de la surprise. Ton souffle rauque est entrecoupé de déglutitions difficiles. Tu poses une main sur le bureau, l'autre se perdant sur ton visage. Tu essayes de te calmer, ce n'était qu'un cauchemar.

Tu pousses un profond soupir pour tenter de recouvrer des expirations plus longues. Tes mains tremblent. Tu te frottes les paupières de tes doigts et de ton pouce, avant de les ramener au centre pour pincer le haut de ton nez. Tu ouvres les yeux. Tes pupilles dilatées cherchent des repères dans l'obscurité, perdues dans l'ébène du bureau, elles remontent vers les photophores et remarquent qu'une seule bougie est encore allumée. Tu fixes la petite flamme d'un air intrigué. Qu'est-il advenu de ses sœurs ? Tu fronces les sourcils. Tu as la tête qui tourne et beaucoup de mal à revenir à la réalité. Tu émerges. Peu à peu. Et te rends finalement compte que ton aura s'est glissée aux côtés d'une autre, l'imitant dans des courbes plus sinueuses, glissant sur ses branches en tentant de se fondre dans un feuillage trop profond. Tu n'es pas seule.

A cette constatation, tu clignes des paupières. Puis plisse les yeux en relevant la tête, cherchant quelqu'un dans les ombres. Et alors tes sens te reviennent, des contours nets se dessinent et tu reconnais presque immédiatement la stature du roi des démons qui s'imprime face à toi. Mais si ton esprit se souvient, tes réflexes embrumés, encore endoloris par ce sommeil trop profond et cet idylle cauchemardesque, eux, ils agissent avant même que tu puisses comprendre que le fait que Dragon se tienne devant toi soit tout à fait normal. Tu pousses un cri de surprise et dans le mouvement de recul qui l'accompagne, tu cognes ton talon dans le pied de la chaise, ce qui t'arrache un second cri, de douleur cette fois. Tu portes une main à ta poitrine comme pour t'aider de nouveau à reprendre ton souffle.

▬ Waw bordel, vous m'avez fait peur !

Le silence s'installe. Tu te rends compte que tu viens de parler. Que Dragon est là, face à toi ; seul le bureau vous sépare. Tu fixes le tapis. Reportes ton regard sur le roi. Tu as du mal à distinguer les traits de son visage. Est-ce qu'il est en colère ? Probablement. Tes yeux replongent dans les poils de la carpette, fuyants. Tu te mords la lèvre sans broncher. Tu ne sais pas quoi faire. Machinalement, tu te décales pour remettre la chaise sous le bureau, en prenant soin de la soulever pour ne pas faire de bruit ou abîmer quoi que ce soit. Tu poses tes mains sur le dossier, tu t'en saisis comme s'il pouvait te donner une contenance. Tes doigts pianotent sur la doublure de cuir.

J'ai la tête dans le cul. Sûrement pour ça que je l'ai vouvoyé.

Tu toussotes. Tes prunelles se plantent sur l'ombre du roi, cherchant à le regarder droit dans les yeux si toutefois cela t'es encore possible, dans cette noirceur infernale. Puis tes iris de chocolat se défilent à nouveau.

▬ Je euh... Désolée de débarquer sans prévenir. Mais, comment dire. J'ai pas vraiment eu le choix. Ni le temps de réfléchir.

Tu hésites à faire le tour du bureau pour t'approcher. Tu ne sais pas encore s'il y a danger. Mais à en juger par la situation et l'aura puissante étendue aux moindres recoins de la pièce, on a connu des moments plus sereins en terme de sécurité. Alors tu restes derrière le bureau où même l'assise te sert de bouclier inconsciemment. Tu puises dans tes ressources pour paraître pas trop fatiguée, pas trop faible, pas trop coupable.

J'espère que j'ai pas de la bave séchée sur le menton.

▬ Je vous dérange pas, votre euh... ? Je vous dérange pas ?

Tes oreilles bourdonnent. Pourquoi Dragon a-t-il décidé de débarquer en plein milieu de la nuit ? Et pourquoi tu n'as pas été fichue de rester éveillée ? Tu as du mal à rassembler tes idées. Voilà que tu t'apprêtais à l’appeler votre quelque chose. Votre majesté ? Votre excellence ? Votre grâce ? Comment est-on censé l'appeler ? C'est compliqué Alice, d'essayer de se mettre à respecter quelqu'un qui, il y a de cela quelques jours, t'as marqué au fer rouge pour te punir. Et quand on sait que la bêtise pour laquelle tu as été châtiée, tu viens de la refaire. N'essaye pas de nouvelles tournures de phrase, Alice. C'est mieux. Le vouvoyer, c'est déjà un grand pas en avant. La suite, on verra ça plus tard.

Tu fixes Dragon, une moue contradictoire collée au visage. Tu ne sais pas si tu dois être satisfaite de pouvoir lui parler ou craindre d'abord les représailles qui risquent à tout moment de s'abattre sur toi. Mais comme ce n'est pas ton genre de te faire toute petite et de tendre la joue pour te faire frapper, tu essaies de hisser le drapeau blanc. Aujourd'hui, tu ne viens pas pour te battre. Autant qu'il le sache, si ça peut avoir une quelconque importance et changer la donne. Alors tu fais un effort.  Car le chaperon noir a au moins la lucidité de craindre le loup.

HRPG:
 


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Too bad but it's too sweet [Alice Green ft. Keithan S.Kahara]
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