Too bad but it's too sweet [Alice Green ft. Keithan S.Kahara]

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MessageSujet: Too bad but it's too sweet [Alice Green ft. Keithan S.Kahara] Too bad but it's too sweet [Alice Green ft. Keithan S.Kahara] EmptyJeu 17 Mai - 18:25

Alice Green Ft. Keithan S.Kahara





Too bad but it’s too sweet




« On sort difficilement des enfers : les dieux souterrains savent mieux saisir que rendre leur proie. » Eschyle


La tempête bat toujours son plein, le vent semant le vrombissement du moteur alors que tu roules à toute allure à travers Damned Town. Les pneus crissent et les virages sont raides sous la pluie battante. Tu conduis dangereusement, animée par ton seul désir de continuer à t’éloigner de la ligne rouge. Tu franchis les pas les uns après les autres vers ta déchéance et la rage qui t’habite ne semble pas vouloir se tarir pour ce soir. Tu apprécies la caresse des ténèbres et son invitation à t’étreindre un peu plus fort ne t’est jamais apparue aussi délicieuse. Le chemin montagneux vers le temple se dessine à présent et tu suis son appel sinueux avec détermination, sans jamais éprouver la moindre hésitation quant à ce que tu t’apprêtes à faire.

Le tonnerre gronde toujours même s’il commence à s’atténuer, l’orage s’effaçant pour laisser l’averse se déchaîner seule. Quelques éclairs illuminent le ciel sombre du début de soirée et la ville en contrebas sombre de plus en plus dans l’obscurité. Les cieux voilés ne révèlent aucune étoile et même la lune reste invisible aux yeux des vivants.

Au bout de plusieurs longues dizaines de minutes à inonder ta veste en cuir sur la route, le temple apparaît derrière les arbres. Dans ce paysage chaotique, il te semble plus intimidant que lors de ta première visite dans la brume du petit matin. Arrivée à bon port, tu freines et mets pied à terre pour observer la bâtisse avec intensité. Un vague sourire passe sur tes lèvres alors que tu enlèves ton casque. Le vent chasse tes cheveux qui s’emmêlent dans ton dos et fouettent ton visage. Ils collent bientôt à tes joues et ton front, la pluie faisant son œuvre en quelques secondes. Tu avises plusieurs arbres touffus et y laisses ta moto en espérant la mettre à l’abri de la tempête. Tu n’as pas d’autre choix que celui de l’abandonner avec comme seule protection les immenses branches. Tu laisses ton casque sur la selle, il risquerait de t’encombrer. Tu ignores quand tu partiras d’ici ni même si tu auras le droit à un billet de retour. Alors tu laisses ta bécane derrière toi sans vraiment t’en préoccuper davantage et avances à pas lents vers le temple.

Il te domine de sa hauteur, les grands toits allant se percher à des hauteurs vertigineuses. Ce genre d’architecture est vraiment impressionnant. Perdue dans les éléments qui se déchaînent toujours autour de toi, tu longes l’enceinte pour te rendre dans les bâtiments arrière, où vivent les moines. Et où se trouve le bureau de Dragon. Ta destination. Tu cherches à te protéger des bourrasques près des murs, mais la pluie chasse dans ta direction et tu grelottes à nouveau, frigorifiée par le trajet à moto. Ta halte chez toi n’a pas suffi à réchauffer ton corps fatigué par les événements et la fuite dans les ruelles de Damned Town pour échapper à la garde du palais.

Tu te retrouves face à la même grille que quelques jours auparavant, encore une fois fermée, les moines ne désirant pas accueillir les visiteurs dans leurs quartiers privés. Tu jettes un regard embêté à cet obstacle que tu as franchi sans grandes difficultés la dernière fois. Tu te demandes si ta côte déplacée te permettra d’accomplir à nouveau autant de pirouettes. Il n’y a pas trois mille façons de le savoir. Tu empoignes le fer froid et humide avant de te propulser vers le haut. Mais une douleur fulgurante perce dans ta cage thoracique et ton pied n’a pas le temps de se caler contre le mur, tu trébuches et manques de tomber en arrière. Tu te réceptionnes tant bien que mal en grimaçant, te tenant les côtes. Résolue à entrer par tous les moyens, tu n’es pas non plus idiote. Tu voudrais éviter de faire subir plus de dégâts à ton organisme, tes muscles ayant assez été violentés pour le moment. Tu fais volte-face et retournes sur tes pas.

Tu franchis l’entrée principale du temple et tentes de distinguer un passage vers les bâtiments privés. Comme tu t’y attendais, il n’y a personne. Peu de visiteurs se rendent à la prière à l’heure du dîner, encore moins lorsqu’un orage a décidé de faire trembler la ville entière. L’espace est complètement désert. Tu feins tout de même la comédie, mimant une fidèle étrange qui arpente les alentours en faisant fi de la pluie qui s’infiltre dans les tissus de ses vêtements. Une fois derrière le temple, tu repères un passage menant vers le reste de la bâtisse, sûrement celui que les moines empruntent pour s’en retourner à leur quartier. Comme une ombre, tu suis le chemin et t’interroges sur la nécessité des acrobaties de ta première venue. Tu as toujours eu le don pour te rendre la tâche plus ardue qu’elle ne l’est en réalité. Ce simple constat te fait soupirer et tu accélères la cadence.

Tu n’as pas réfléchi à un plan pour entrer, l’idée est venue d’elle-même et ton itinéraire est déjà tout tracé. Ainsi, tu atterris devant la fenêtre que tu as brisée pour fuir Dragon. Comme tu l’espérais, les moines n’ont pas eu le temps de la réparer. Des planches de bois ont été grossièrement clouées pour obstruer l’ouverture et empêcher l’accès, l’humidité ronge déjà leurs rainures sombres. Il te suffit de puiser dans tes dernières réserves pour forcer le passage à l’aide de plusieurs coups de pieds bien placés. Deux des planches cèdent et c’est assez pour que tu puisses te faufiler à l’intérieur. Tu fais passer ton sac avant toi et fais un effort pour te glisser comme une anguille dans la chaufferie. Le rideau épais qui dissimule la vitre brisée balaye ta silhouette alors que tu te réceptionnes avec difficulté à l’aide de tes paumes, tes fesses restant coincées à l’extérieur. Tu ne t’es jamais sentie aussi minable qu’en cet instant précis. Tu forces un peu. Emportant une nouvelle planche dans ta chute, tu exécutes une roulade avant involontaire et ton dos vient heurter le sol. Allongée de tout ton long par terre, tu fixes le plafond dans un profond soupir. On est loin des compétences qu’Isabel te vantait encore quelques heures auparavant. Exténuée, tu te rends compte de tes propres limites, ton corps continuant de t’envoyer des messages urgents de cesser le feu. Tu ne cesses de l’ignorer mais force est de constater que si tu ne te décides pas à te reposer rapidement, tu finiras par y être contrainte.

Tu te redresses et vas récupérer ton sac. Le crépitement de la cheminée et le décor te rappellent immédiatement de mauvais souvenirs. Un frisson dégringole le long de ta colonne vertébrale et tu serres les poings. Sans t’attarder, tu te rues vers la sortie, refusant de rester une minute de plus dans cette atmosphère oppressante qui fait se réveiller la blessure sur ton omoplate. Dans tous les cas, ton arrivée est loin d’être discrète et le bruit risque d’alarmer les moines. Il faut que tu te dépêches. Une fois dans le couloir, tu te remémores ta course poursuite avec Dragon, tentant de te rappeler tes pas dans ce dédale infernal. Tu espères ne pas croiser de moines. Tu as assez blessé de monde pour aujourd’hui et tu voudrais éviter d’avoir à assommer un prêtre qui ferait des siennes.

Tu t’aventures dans le silence de la pierre, traversant les corridors discrètement. Tu entends des voix qui se rapprochent et te sers de l’ombre comme d’une cape dont tu te draperais pour être invisible. Tu te caches aux angles, attendant que les moines passent leur chemin pour poursuivre ton exploration. Tu finis par tomber sur un escalier et tu te souviens avoir chuté dans les marches en tentant d’échapper au démon. Tu grimpes rapidement et arrives au premier étage. Les images de ce long couloir obscur te reviennent en mémoire et tu avances à pas lent vers la porte en bois du fond. Une fois devant, tu remarques que le cadenas a été changé depuis ton effraction. Tu souris.

On protège son intimité Dragon à ce que je vois.

Tu tentes tout de même d’entrer, histoire d’être certaine que l’accès est bien impossible. De toute évidence, le roi des démons n’est pas là. Tu aurais ressenti son aura depuis les escaliers si tel avait été le cas. Son absence ne te freine pas pour autant. Avec ou sans lui, tu es décidée à entrer. Plissant les yeux dans l’obscurité, tu observes le cadenas. Il arrêtera bon nombre de visiteurs indésirables mais ne fera pas peur aux plus futés d’entre eux. Par chance, tu fais partie de la deuxième catégorie. Tu fouilles dans les poches de ta veste et en sort un petit outil métallique. Un bon espion ne se déplace jamais sans ce genre d’attirail obligatoire. Un genre de crochet qui permet de se débarrasser des serrures facilement. Il suffit d’avoir le coup de main et de s’armer d’un peu de patience. Mais tu n’en n’es pas à ton premier forçage. Une dizaine de seconde plus tard, tu sens le mécanisme céder sous tes doigts et tu esquisses un sourire satisfait. Ce genre d’instant a toujours été grisant pour toi. Quand le cadenas s’ouvre, son cliquetis résonne comme la mélodie d’un méfait accompli. Un interdit bravé de plus.

Tu ouvres la porte qui roule sur ses gonds pour dévoiler l’antre de Dragon. Un courant d’air froid s’échappe de l’intérieur et t’arrache un frisson. Dans l’obscurité, tu cherches des repères, les yeux grands ouverts et les mains prêtes à prévenir toute chute potentielle. La faible lumière du couloir, que tu trouvais déjà sombre, t’aide à distinguer les formes des meubles de la pièce. Tu avances vers le bureau et repères plusieurs bougies dans des photophores. Te cognant à plusieurs reprises contre les pieds de la chaise, tu fouilles à la recherche de quelque chose pour les allumer. Tu tentes d’ouvrir le premier tiroir mais il résiste, semblant demander un nouveau crochetage pour révéler ses secrets. Tu lâches un juron et t’attaque au deuxième compartiment que tu retournes dans tous les sens, reconnaissant la caresse du papier sous tes doigts et le son de plusieurs petits récipients qui s’entrechoquent. Tu passes au suivant qui se trouve être complètement vide. Tu lèves les yeux au ciel en ouvrant le dernier tiroir. Il semble scindé en plusieurs parties. Tu finis par reconnaître une boîte d’allumettes et la brandis avec triomphe.

Y’a pas de petite victoire, okay ?

Tu en sors une et bientôt une étincelle embrase le petit bâton, une jolie flamme venant illuminer le bout de tes doigts. Tu attrapes un des photophores à ta gauche et entreprends d’allumer la bougie à l’intérieur. Tu répètes l’opération pour les autres chandelles présentes sur le bureau jusqu’à ce la pièce soit timidement illuminée d’une lueur orangée. Tu souffles sur ton allumette et retournes à l’entrée. Tu récupères ton sac laissé à l’extérieur et en te relevant, ton regard croise celui d’un moine à l’autre bout du couloir qui semblait prêt à faire demi-tour. Il croyait sûrement voir Dragon apparaître dans l’entrebâillure et ta silhouette féminine l’a stoppé dans sa démarche de fuite. Il fronce les sourcils et te dévisage d’un air méfiant. Tu restes immobile quelques secondes, le temps de comprendre qu’il n’est pas décidé à chercher les ennuis. Tu ne t’attardes pas davantage et refermes la porte. Le silence fait bourdonner tes oreilles. Tu poses ton front contre le bois en respirant profondément.

Tu y es finalement parvenue. Tu es dans le bureau privé du roi des démons. Ici, tu es sûre que personne ne viendra t’emmerder pour quoi que ce soit. Le seul qui puisse venir perturber l’environnement de ta cachette temporaire en est le légitime propriétaire. Mais pour l’instant, Dragon n’est pas là. Tu ne renonces cependant pas à ton idée de départ et tu es prête à l’attendre autant de temps qu’il le faudra. Tu es décidée à avoir une discussion avec lui. Tu aurais pu te rendre au palais. Mais décidément, il faut croire que suivre un quelconque protocole n’a jamais été pour toi. Des règles ? Qu’est-ce que c’est que ça ? Tu as préféré revenir ici. Dans cet univers familier où tu t’es confronté à lui pour la première et unique fois depuis ce soir de tempête.

Ton regard repère une petite table ronde vide à ta gauche, tu viens y poser ton sac. Tu enlèves ta veste en cuir trempée et viens la pendre au porte-manteau de l’autre côté de l’entrée. Tu laisses tes yeux détailler le repaire privé du roi des démons. Il n’y a pas de fenêtres et les bougies peinent à éclairer l’entièreté de la pièce, pourtant pas très grande. Tes prunelles sont attirées par un tableau accroché au mur, une peinture dont tu distingues mal les détails à la lumière dansante qui s’échappe des photophores. Tu repères tout de même la montagne enneigée sous un ciel d’orage, la foudre fendant les cieux de la même manière que lors de ton entrevue avec Isabel l’après-midi même. Tu repousses tes cheveux dans ton dos, ta tignasse trempée laissant échapper des gouttes glacées qui coulent le long de ton dos et chatouillent ton épiderme. Tu te frictionnes tant bien que mal mais ce n’est pas le bureau du démon qui pourra pallier ton manque de chaleur corporelle. Les murs de pierres semblent en effet renfermer les morsures du froid comme un trésor précieux. Le haut blanc d’Alec que tu as enfilé est complètement imbibé de pluie et colle à ta peau, laissant clairement voir ton soutien-gorge par transparence. Au concours de miss t-shirt mouillé, tu gagnerais haut la main, ça ne fait aucun doute.

Tu retournes près des bougies, seule source de chaleur potentielle. Tu t’assois sur la chaise de bois sombre dont l’assise et le dossier sont recouverts de cuir. Mis à part quelques livres rangés sur le côté et du matériel d’écriture, le bureau d’ébène est vide. Tu caresses le bord de la table d’un air distrait, imaginant Dragon installé à ta place, plume à la main, en train de rédiger divers rapports. Tu étires les muscles de ton dos et tes vertèbres émettent plusieurs craquements. Tu jures quand la douleur de ta côte point le long de ton buste. Tu te poses plus confortablement dans le siège en soupirant d’aise. Après tant de rebondissements et de jours agités, un moment de calme te fait le plus grand bien. A ta grande surprise, malgré le froid et l’obscurité, tu trouves l’endroit apaisant. Le silence est presque assourdissant. Pour sûr, Dragon doit être tranquille ici. Tu comprends sans peine qu’il puisse venir dans ce bureau reculé de tout pour travailler. Au-delà de l’odeur du bois, de la pierre et des flammes qui embrasent les bougies, un parfum discret à la fois floral et boisé vient surplomber l’atmosphère. Une fragrance subtile et légèrement sucrée qui ne te parvient que lorsque tu inspires profondément. Tu songes à ton tête à tête avec la reine des anges. Chez Dragon, on est loin du salon victorien au riche mobilier, avec tapisserie brodée de roses et effluves de thé au jasmin. Ton esprit t’affiche à nouveau l’air satisfait d’Isabel qui t’annonce que tu es désormais apatride. Tu te relèves instantanément pour penser à autre chose. Revoir son visage réveille en toi une certaine violence. Tu la chasses de tes réflexions pour l’empêcher de nuire à la sérénité qui s’était enfin fait une place dans ta soirée.

Sur l’autre mur, en face du tableau, tu y lis une phrase inscrite dans la pierre dans une langue que tu ne comprends pas. Ton regard balaye à nouveau le bureau et s’attarde sur les rayonnages de la bibliothèque qui recouvre la totalité du fond de la pièce. Tu souris en te remémorant Dragon qui t’étrangles contre les étagères. Votre rencontre toute en courtoisie s’est faite juste ici, entre les ouvrages philosophiques et les grandes œuvres classiques de l’antiquité. Son regard doré et ses traits sévères s’impriment en toi et tu te demandes si ta seconde intrusion sera traitée aussi rudement que la première. Tu ignores combien de temps tu vas rester entre ces quatre murs à attendre sa venue. Tu sais que ta patience aura ses limites mais ton entêtement t’aidera sûrement à faire face à ton empressement.

Tu te saisis d’un titre un peu au hasard et le feuillettes. Il est vraisemblablement écrit dans la même langue que les lettres qui ornent le mur de pierre. Son sens t’échappe. Tu le ranges aussitôt, prenant soin de le remettre à la bonne place. Soudain prise d’un élan de respect, comme si tu prenais conscience que tu venais briser la quiétude d’un endroit secret qui ne t’appartient pas, tu fais attention à ne pas faire s’abattre ton désordre légendaire dans le bureau. Tu fais balader tes doigts un peu plus loin sur l’étagère et déloges un nouveau livre, moins épais. Cette fois, il est parfaitement intelligible. Enfin, la langue usitée n’en reste pas moins alambiquée et encline à te donner la migraine mais ça devrait suffire à te distraire un moment. Tu observes la couverture et pouffes en découvrant que le titre constitue à lui-même une énigme. Idée d'une histoire universelle d'un point de vue cosmopolitique. Cet Emmanuel Kant, qui qu’il soit, avait un sens du divertissement pour le moins douteux.  

Tu t’installes une nouvelle fois sur la chaise en face du bureau sur lequel tu y poses l’ouvrage. Tu remarques alors la présence au sol d’un grand tapis aux nuances orangées, orné de motifs élégants et sobres à la fois. Tu décides alors d’enlever tes bottes que tu laisses un peu plus loin. Tes chaussettes aussi sont humides. Décidément, encore quelques minutes de plus à l’extérieur et la pluie finissait par s’infiltrer sous ta peau pour venir diluer le sang de tes veines. Ta lèvre inférieure tremblote comme pour te donner raison et tu la mordilles par réflexe. Tu te frictionnes à nouveau, bras nus dans ce bureau glacé. Tu aurais bien un pull à enfiler dans ton sac mais tu ne veux pas commencer à élire domicile dans l’antre du Dragon. De toute façon, vu l’état de tes vêtements et de tes cheveux, il aurait tôt fait d’être lui aussi humide et ne t’aiderait pas vraiment à te réchauffer. D’ailleurs, tu aurais aussi besoin de changer de pantalon. Et de sous-vêtements. En bref, tu es trempée jusqu’aux os. Jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas un endroit où improviser une cabine d’essayage. Le roi des démons pourrait arriver à tout moment et quelle ne serait pas sa surprise de te découvrir à moitié nue, en train de te débattre avec jean au beau milieu de son bureau. Tu n’es déjà pas censée être là, tu préfères éviter d’aggraver ton cas.

Les talons calés contre tes fesses, tu poses ton menton sur tes genoux, t’installant pour commencer à lire, un peu au hasard, sans jamais vraiment comprendre le sens des mots qui défilent sous tes yeux. Ton esprit est fatigué et divague en luttant contre le sommeil, évitant de songer à l’univers du dehors. Tu te refuses à penser à Alec. Ce n’est absolument pas le moment pour se demander comment il vit les événements et ton ramassis de mensonge de la veille. Ce n’est pas non plus l’endroit adéquat pour s’interroger sur des regrets possibles de son côté après votre nuit ensemble. Et ce n’est toujours pas un contexte approprié pour se questionner sur vos futures retrouvailles. Alors tu t’efforces d’écarter Alec de tes songes pour te focaliser sur Dragon. Tu ignores s’il sera déjà au courant des événements de l’après-midi avec Isabel. En ton for intérieur, tu l’espères, comptant là-dessus pour obtenir un minimum d’indulgence de sa part quant à ta venue intrusive au temple. Une inquiétude subsiste cependant parmi cet amas de réflexions. Et si ta partie sur l’échiquier se terminait ? Si tu n’étais pas une cavalière, ni une folle mais un pion, avançant dans une stratégie bien précise, qui ne vient pas de mettre en échec la reine sur son propre camp, mais qui s’est fait prendre volontairement pour pouvoir faire mat ? Si tu n’étais qu’un sacrifice et que ton rôle s’était achevé avec ta fuite du palais ? Alors, probablement que ce rendez-vous improvisé avec Dragon serait le dernier.

Ton esprit se brouille peu à peu, se noyant dans le fourmillement de questions qui te taraudent et les essais infructueux de compréhension de ta lecture. Les événements ont fait de toi une vraie loque qui a besoin de dormir. Ton corps s’emplit de la quiétude de la pièce pour se détendre. Et Kant agit comme un véritable somnifère. C’est ainsi que vers vingt-deux heures, le sommeil finit par t’emporter. Ton corps bascule peu à peu en avant, tes jambes se relâchent sous la chaise et ta tête s’affaisse entre tes bras sur le bois d’ébène. Tu t’endors, assise à la place du roi des démons. Attendant la venue du loup, tel un petit chaperon noir trop naïf.

HRPG:
 


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Feat Alice Green & Keithan S. Kahara

Too bad, but it's too sweet



Tu soupires.
Un puissant souffle d’air chaud évacuateur, une libération minime de la consternation que tu dois appréhender. Assis, seul face à ton bureau, les mains jointes sur le sceau royal, ton regard est perdu dans le vide. Hannathème vient de quitter la pièce, en claquant comme à son habitude la porte, faisant résonner dans tout le palais un fracas assourdissant. Tes phalanges crispées tremblotent quelque peu. Tes épaules sont relevées, et ton dos arqué, amenant tes coudes sur l’ébène. Oui, tu es d’humeur morose. A l’instant, ne serait-ce qu’une minute plus tôt, ta chère seconde est venue quérir ton attention au milieu de ton travail. Elle est entrée, sans annoncer sa présence, et s’est installée sur ton plan de travail, avec la délicatesse et le raffinement propre au personnage. Là, elle t’a mis au courant de la réception de ce soir. Avertir une heure avant le souverain d’un événement mondain se déroulant sous son toit, organisé en secret, sans avoir préalablement demandé sa permission. Est-elle folle cette fille ?

Tu jettes aux flammes ton premier geai de rapport martial, tu n’arriveras pas à te remettre à sa rédaction. Inutile de forcer la concentration, alors que déjà tes nerfs sont fatigués de devoir passer la soirée à supporter des énergumènes bourgeois gloussant au moindre faux-pas. Tu n’as jamais aimé les réceptions, les bals, ou tout autre genre de conneries ostentatoires inventées par les fainéants pour parader devant la cours. Tu préférerais mille fois rester seul. Cependant, les invitations déjà envoyées, et les convives en chemin te prennent de cours. Tu ne peux pas tout annuler, c’est trop tard. Elle s’est bien moquée de toi, ta seconde. L’envie de l’étriper démange tes muscles brachiaux. Demain matin, lorsque tout le monde sera parti, elle apprendra la discipline cette petite, foi de Dragon.

Nouveau long soupire s’échappe de tes lèvres. Tu lèves les yeux vers la fenêtre, comprenant que déjà la Lune dirige le ciel de son gant d’argent. Sur le bois, juste devant toi, jonchent des rapports inachevés en piles organisées. Tellement de rapports, que bientôt un seul bureau ne suffira à tous les contenir. Depuis l’arrivée d’Hannathème à Damned Town, ton travail stagne, et tu avances à pas d’escargot en colère. Comment réussir à élaborer des stratégies ou à suivre des évolutions de ressources quand une gourgandine trop farouche vous interrompt au moindre caprice ? Combien de fois l’as-tu brisé contre les murs, frappé et giflé, tu ne sais plus quoi faire. Tu tombes à court d’idées, et commences vraiment à croire qu’une forme de masochisme occure en elle.

Une réception, mais quelle idée ! Très bien, tu ne comptes pas rester une minute de plus dans les parages. Ne souhaitant pas incendier le palais ou te battre avec ta seconde, tu choisis l’option de quitter les lieux. Hannathème aura la demeure royale pour ce soir, et se prendra une paire de torgnoles au petit-déjeuner de demain matin. Après tout, que pourrait-elle faire de pire au cours de la soirée ? En terme de gourdes, la gourgandine les a toutes expérimentées, elle devrait au moins être rodée. Si cela lui chante de jouer les princesses devant son peuple, qu’elle s’amuse, sa réputation est déjà assez misérable en Enfers. Toi tu ne joues pas, tu gouvernes : tu n’as pas de temps à perdre bêtement devant des invités, à tenir un rôle ridicule. Tu es ce que tu es, un asocial antipathique, et tu l’assumes complètement. Ce soir, ce sera sans toi.

Attrapant sous le bras tes rapports encapuchonnés sous une pochette de carton, tu t’équipes d’un manteau long noir et de quelques cartes repliées au bord de la commode en chêne, sur le côté. N’oubliant pas ton uchigatana, tu quitte l’enceinte familière de ton bureau pour rejoindre les escaliers et descendre dans le hall. Tu ne croiseras pas Hannathème, trop occupée dans sa salle de bain à se dévergonder. Tant mieux, tu n’avais pas envie de recroiser sa tête de parasite. Dehors, il pleut, un critère de plus à ajouter à ta morosité latente. Dissimulant sous le tissu tes papiers, tu te mets en marche. Une longue marche d’une heure et demie, pour parcourir une dizaine de kilomètres. Tu vas retrouver ton sanctuaire, où tu auras enfin la PAX DRAGONIS tant désirée. Que ne faut-il pas faire pour avoir un peu de tranquillité dans cette ville ?

Tes pas te guident à travers la voie sinueuse et escarpée menant au temple. La pluie cesse, pour reprendre son ampleur au niveau de la montagne, comme si elle attendait ta présence pour s’abattre depuis le ciel. Maudite voûte céleste, et maudits anges tant que nous y sommes. Le vent violent ne suffit pas à t’empêcher de gravir la côte escarpée, tu es déterminé à rejoindre un espace de sérénité. Si seulement jamais ta seconde n’était rentrée de mission, tu aurais eu la paix encore quelques mois. Parfois, tu te demandes vraiment pourquoi tu l’as choisi. Mais ne préférant pas à nouveau perdre une soirée, tu chasses les désirs de meurtre agitant tes papilles à l’approche du temple. Passant sous l’arche immense de l’entrée, tu suis instinctivement ta carte mentale. Personne n’est dans les parages, à cette heure les moins dorment déjà. Parfait, tu seras seul.

Avant d’entrer dans ton bureau, tu fais une escale par la salle principale, réservée à la méditation. La pièce est immense, mais peu meublée. Le sol est fraîchement nettoyé, entretenu rigoureusement par les habitants des lieux. Face au mur, une grande statue de bronze se tient. Tu supposes qu’elle représente un dieu bouddhiste, certainement Bouddha lui-même. Tu ne crois pas en ces dieux, ni en même en une quelconque entité supérieure, cependant le calme et la sobriété de ce hall sont pour toi un environnement adéquat à la concentration. Ôtant ta veste sombre, tu déposes les rapports à ta gauche, et t’assois en tailleur. Dos face à l’entrée, uchigatana sur tes cuisses. Stabilisant ta respiration, tu te prépares à canaliser ta colère. Tu dois être de la meilleure des formes possibles pour terminer les rapports. Les assauts en cours en Enfers sont d’une importance capitale, et tes choix se doivent d’être consciencieusement établis. Lorsque tu te sens plus à même, tu t’engages dans une lecture attentive des missives de guerre, et réfléchis déjà à la prochaine stratégie. Tu as plusieurs heures devant toi pour tout décider.

Trois heures plus tard, tu remballes tout. Tu es désormais au courant des dernières nouvelles, et prêt à mettre en œuvre les nouvelles stratégies. La situation en bas est sous contrôle, le moral de tes troupes est bon, grâce à la victoire contre la Tarentule. Les défenses de ton royaume ne sont pas menacées, et les ressources abondantes des pillages s’ajoutent au butin du souverain. Pour le moment, tout se passe comme prévu. Mais l’avenir est incertain, car ce qui se joue ici, à Damned Town, influence largement les réponses dans les royaumes divins. Tu sais que la reine Malronce possède des cartes en main, tu en connais même la valeur de certaines. Cependant, mieux vaut rester sur ses gardes, un incident est vite arrivé.

Tu te relèves, et te diriges désormais vers ton bureau. Après la lecture vient l’écriture, et tu seras bien dans ta réserve pour te mettre au travail. Tu quittes le bâtiment principal, traverses la petite cour, et unit la maisonnée ouest. Dans cette bâtisse, rare sont les moines à transiter. Elle ne contient que des stocks, des débarras, et la chaufferie au rez-de-chaussée. Toi, tu montes à l’étage, et empruntes le couloir dans la direction de sa longueur. Tout au fond, dernière porte, dernier mur, se loge ton espace vital. Tu t’approches d’abord rapidement, avant de ralentir le pas. Un fin filet de lumière se dégage de sous l’entrée. Quelqu’un se situe-t-il à l’intérieur ? Ton aura se déploie, recouvrant toute la zone. Kâa jaillit de ton bras pour explorer les alentours. Son ombre rampante glisse en silence et passe la porte. Sa cascabelle s’agite, et ses sifflements t’avertissent. Une aura angélique se fait ressentir. Immédiatement, ton expression se durcit, et ta paume se serre sur ta lame. Puis, un impression familière vient chatouiller ton échine. L’aura n’est pas complètement pure, de grosses tâches d’encre parsèment le tableau blanc auréique. Tu sens plus, comme un sentiment d’appartenance, quelque chose à toi, ou du moins qui t’appartient. Une chaleur reconnaissable. A sa dernière visite, son aura te semblait plus pure, plus claire. Que s’est-il passé entre temps ?

Ta main se pose sur la poignet et tu entrouvres la porte. Le spectacle qui s’offre à toi est des plus fantaisistes : mademoiselle Alice Green, endormie, tête sur ses bras et sur ton bureau. Elle dort à poings fermés. Kâa est agité, il la reconnaît lui aussi, et sentir le sceau royal contre sa peau lui donne des frissons. De sa langue scindée il lèche le corps de l’ange, comme pour en déterminer le goût. Refermant derrière toi la porte, tu soupires intérieurement. Tu vas vraiment devoir trouver un moyen de condamner cette porte, les intrusions commencent à t’agacer. Tu te souviens des menaces proférées à ton encontre, de la violence dans les yeux d’Alice lors de votre dernière rencontre, une semaine auparavant. Et la revoilà, comme tu l’avais prédis. La vie a eut raison d’elle, et tes avertissements étaient fondés. Quoi qu’il se soit déroulé depuis, la petite ne devait vraiment avoir nulle part autre ou aller. Qui serait assez fou pour venir t’attendre dans ton bureau ? Personne, pas même Hannathème.

Ton regard détaille l’ange affalée sur l’ébène. Un simple haut blanc, un pantalon troué, des vêtements de fortune et peu adaptés au froid extérieur. Sur le porte manteau, sèche une veste en cuir sale et abîmée et sur la table basse, traîne un sac trempé. De l’eau, partout. Non seulement elle s’invite, mais en plus elle salit ton bureau. Pour qui se prend-elle ? Kâa montre les crocs, guettant ton ordre sanguinaire. Attaquer, empoisonner, juste observer. Il frétille et pétille à l’idée d’agir, comme au bon vieux temps. Tu tournes autour de ta chaise, vérifiant que rien n’a été dérangé. Seules les bougies ont été allumées, et un ouvrage est disposé juste à côté du crâne de la jeune femme.

Tu hésites. Les intentions de l’ange te sont encore inconnues, mais quelque chose cloche dans ce paysage. Oui, il te manque un élément d’information. Une information capitale, un événement important s’est joué en ton absence. Un incident au palais, au sein de la cité ? Car pour amener un individu censé te haïr au plus point au centre de tes quartiers, au beau milieu de la nuit, il doit exister une raison. Tu as besoin de savoir, de comprendre. Pour cela, tu as besoin d’éveiller Alice. Avant, tu voudrais t’assurer d’une chose.

Tu déplaces les photophores de verre des côtés, et en éteint la majorité, ne laissant qu’une bougie allumée. Tu la déposes juste devant le visage de l’ange, afin de disparaître dans les ombres. Kâa passe à l’action, et plante ses crochets à la jambe de sa proie, injectant son venin en elle. Ton aura se renferme sur la pièce, exerçant une pression immense dans son atmosphère. Au bout de quelques minutes, tu te munis de l’ouvrage pour en lire un extrait à voix haute.

 
Toutes les dispositions naturelles d’une créature sont destinées à se déployer un jour de façon exhaustive et finale.


Kant, très bon choix. Tu saisis de tes mains chaque couverture, puis referme brutalement l’essai philosophique, en un claquement bruyant. Debout Alice, il est l'heure.


Bureau de Kei:
 
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Phaedra - Lucius Annaeus Seneca ✻  Iamque erat in totas sparsurus fulmina terras sed voluit, ne forte sacer tot ab ignibus aether conciperet flammas longusque ardesceret axis esse quoque in fatis reminiscitur, adfore tempus quo mare, quo tellus correptaque regia caeli ardeat et mundi moles obsessa laboret.


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MessageSujet: Re: Too bad but it's too sweet [Alice Green ft. Keithan S.Kahara] Too bad but it's too sweet [Alice Green ft. Keithan S.Kahara] EmptyVen 4 Jan - 19:55

Alice Green Ft. Keithan S.Kahara





Too bad but it’s too sweet




« Le bonheur forcé est un cauchemar. » Amélie Nothomb

Tu dors à poings fermés depuis plusieurs longues heures. Ta respiration bat une lente mesure, faisant gonfler ta cage thoracique qui à son tour fait se dresser ta colonne vertébrale. Un cycle simple qui se répète sans fin. Respirer est si facile. Et tu te contentes de ne plus en avoir conscience, dans la noirceur de la nuit. Tes cils frétillent parfois sur le coup d'un soubresaut. La danse des flammes dans les photophores projette sur ton visage endormi des silhouettes mouvantes, elles jouent à tracer des tâches d'ombres éphémères sur tes joues et ton front. Ton sommeil est profond, trop pour être relaxant. Ce genre d'assoupissement qui ressemble à une anesthésie. Lourde. Dénuée de songes et de couleurs. Une torpeur assommante qui n'a jamais reposé personne. Un coma dont on se réveille avec difficulté, la bouche pâteuse, le crâne bourdonnant et la vue trouble. Mais c'est ce qui arrive quand on refuse de dormir trop longtemps, quand on repousse sans cesse le moment fatidique où l'on devra retrouver la compagnie d'un oreiller. On a le sommeil que l'on mérite.

La nuit, bien que calme et déjà entamée, promet de ne pas être réparatrice pour toi, Alice. Ton inconscience ne te permet pas de le savoir mais Dragon est là, il est arrivé. Dans l'autre bâtiment, son travail le retient de venir à toi et le temps que la tâche lui prendra déterminera le poids de ton sablier. Ce qu'il lui reste de rapports à lire et à remplir ne suffira probablement pas à te faire passer plusieurs cycles de sommeil. Profite encore de ton escapade dans les bras de Morphée, tant que tu le peux. L'heure de ton rendez-vous improvisé avec le roi des démons approche à grands pas. Le temps s'égraine dans le sablier. La lecture se fait. Les mots se tracent, les lignes se forment, les pages se noircissent. Et bientôt, l'homme a terminé son œuvre pour la soirée.

Déjà ne la sens-tu pas approcher ? L'aura obscure à laquelle tu t'es confrontée ici-même, il y a de cela un temps flou, à la fois proche mais qui te semble une éternité. Tu la perçois ? Alice. Le grand méchant loup arpente les couloirs et tu restes la tête entre les bras. Réveille-toi malheureuse que tu es. Ce n'est plus le moment de dormir. Il t'a repérée. Ce nuage opaque de ténèbres recouvre déjà le bâtiment, ses racines rampent rapidement vers la porte, passent entre ses rainures, s'infiltrent dans le bureau. Et bientôt c'est à la créature serpentine de se joindre au tableau. Pourtant, tu ne détectes pas sa présence, perdue dans ta léthargie, naïve. Les enfers s’agitent autour de toi, leurs particules vibrant à ton contact comme un courant électrique cherchant un conducteur dans des étincelles aveuglantes. Alice. Réveille-toi avant qu'il n'arrive à destination. Dragon s'avance. Il est devant la porte. Ses doigts sont sur la poignée. Alice. Alice ! Trop tard.

La porte s'ouvre. Elle se referme. Le roi des démons reprend ses droits sur la pièce, son regard posé sur ton corps avachi sur le bureau, en proie au même cycle de respiration ininterrompu. Son monstre d'écailles est au-dessus de toi, il t'examine, te touche, te goûte. Pourtant ton être ne réagit pas. Pas encore. Ton aura s'est repliée sur elle-même, apaisée. Exténuée. Seule une petit lueur vient de s'éveiller. Elle subsiste. Dragon tourne autour de toi comme un prédateur joue avec sa proie. Heureusement, tu as eu la brillante idée de respecter le lieu, et cette fois, tu n'as rien dérangé. Puis, la lumière orangée des bougies s'amenuise. L'obscurité prend un peu plus possession des lieux, en communion avec l'aura sauvage de sa majesté.

Et soudain, le serpent encore enroulé à tes côtés s'attaque à ta jambe. Ses crocs percent ta peau et instillent leur venin en toi. Instantanément, comme une réaction chimique en chaîne, l’évanescente lumière qui persiste à exister dans ta chaire déploie tout ce qui lui reste de potentiel. Elle profite de l'absence temporaire de sa consœur antithétique pour prendre les pleins pouvoirs l'espace d'une minute. Elle tente de briller de tous ses rayons de clarté déployés pour chasser cette ombre ténébreuse qui s'infiltre dans ton âme et risque fort d'y trouver un écho. C'est alors que ton sommeil s'agite. Tes songes de néant se brouillent et font peu à peu se construire un rêve, traduction de la défense désespérée de l'ange qui ne veut pas mourir en toi. Comme une tâche d'encre claire, une aquarelle mal diluée qui fuit de son pinceau, un scénario s'établit. Tu te retrouves projetée dans un décor paradisiaque, lumineux et tu crois être en train de te réveiller.

Je vois mon reflet dans un miroir. Je porte une robe. C'est quoi ce bordel ? C'est quoi cette horreur ? Des froufrous, des noeuds-noeuds et de la dentelle qui vomit ses délicatesses en guimauve. Ce jupon. Et cette couleur, on en parle ? On dirait une robe de mariée. Attendez. C'est la voix de ma mère. Qu'est-ce qu'elle fout ici ? Maman ? Non, me rajoute pas des fleurs dans les cheveux. Tu crois pas qu'y en a assez ? Putain on voit à peine mon crâne. Puis c'est quoi ce chignon tiré ? T'as cru que j'devenais prof de maths ? Après, j'avoue j'ai jamais été aussi « coiffée » de toute ma vie. Même à la réception de Damned Town j'avais pas un truc aussi recherché. Damned Town. Et oui, au fait, tu peux m'expliquer pourquoi j'suis ici ? La reine m'a bannie j'te signale. Maman tu m'écoutes ? Hey. J'te parle. Tu m'entends ? D'accord, alors en plus je suis transparente. C'est quoi ce putain de bordel ? Et on va où là ? Qui est-ce qui m'a mis des talons de trois kilomètres ? J'ai déjà dit que je savais pas marcher avec ces merdes ! Je vais me prendre les pieds dans votre machin et me casser la gueule. Stop. Je veux enlever ces échasses. J'arrive même pas à les retirer. Vous les avez collés à mes orteils ou comment ça se passe ? Papa ?! Au fait, pourquoi vous êtes sur votre trente-et-un tous les deux ? Y s'passe quelque chose ? Est-ce que quelqu'un aurait l'amabilité de m'expliquer c'qui s'passe ? Nieu nieu nieu, t'es magnifique ma chérie. Je ressemble surtout à une putain d'meringue. Wahou. Oh. Eh, doucement merde ! On est où maintenant ? Le palais ? Arrêtez de me traîner comme si j'étais un gosse. Si c'est une blague sérieux c'est pas drôle. Foutez-moi la paix ! Je vais m'énerver. Lâchez-moi ! Quoi ?! Tu peux répéter ? Mon... mariage ? Putain de bordel de merde.

Dans une robe de mariée soignée, un chignon orné de roses blanches au sommet de ton crâne, longue traîne et tulle par milliers, tu t'avances vers l'assemblée au bras de ton père. Tu viens soudainement de te dédoubler. Tu as perdu le contrôle de ce moi emprisonné dans un corps qui ne parle pas, qui sourit bêtement, affichant tous les signaux du bonheur parfait. Tu surplombes la scène, comme spectatrice d'une cérémonie qui t'échappe et qui pourtant semble te concerner. Les gens applaudissent. Ta mère sort un mouchoir pour essuyer ses larmes. Et alors que tu jettes des regards désespérés aux alentours sans comprendre, espérant que quelque chose va fendre la foule pour t'empêcher d'avancer, la reine Malronce fait son entrée. Dans tout son apparat officiel, paillettes comprises. Elle éclaire l'assemblée de son aura lumineuse et on entendrait presque des soupirs niais émaner de l’assistance à son arrivée. Elle semble bénir tout le monde d'un simple regard, visiblement ravie d'être là. Elle offre un sourire resplendissant à ton toi qui parvient à ses pieds. Elle te surplombe de plusieurs marches. Elle chuchote à cette Alice enrubannée mais pourtant ses mots te parviennent, comme s'ils étaient prononcés au creux de ton oreille. La voix de la reine est soulignée d'une étrange réverbération qui lui confère une inhumanité partielle. « Je suis extrêmement heureuse d'être présente aujourd'hui Alice. Ce n'est pas tous les jours que l'on marie son plus fidèle soldat. Je suis tellement fière de toi. » Tu ne comprends pas. Comme par enchantement, une médaille dorée apparaît sur ta poitrine, contrastant avec l'immaculé de la soie. Tu as envie de vomir. Tu voudrais hurler à cette Alice de fuir. Mais quand tu ouvres la bouche, pas même un ridicule souffle n'en sort. Pas un son, un postillon, rien du tout. Tu t'égosilles, les mains enroulées autour de ta gorge, mais rien y fait. La Alice future mariée ne t'entend pas.

Et c'est qui l'mec que vous m'avez refourgué ? Juste pour savoir. Lui ?! C'est qui ce guignol ? Où est Alec ? Non mais j'vais pas épouser ça. Jamais d'la vie. Il est trop. Trop. Angélique déjà pour commencer. On dirait le stéréotype du gendre parfait. Oh pitié. Je suis sûre qu'il a gardé son peigne dans sa veste pour bien remettre sa raie sur le côté pendant la cérémonie. Juste avant le « je le veux » en scred, il va refaire ses cheveux et espérer que personne ne l'ait remarqué. Ce sera son méfait de la journée et il se dira qu'il est un vilain garçon. Vous êtes sérieux ? Gardez-le. Rendez-moi Alec. Tout de suite. Oh et Papa je t'ai déjà demandé de me lâcher. Alors t'es gentil et tu me lâches !

La cérémonie se poursuit sans que tu ne puisses rien y faire, la reine hochant la tête en signe de contentement chaque fois que l'homme qui préside la scène termine une phrase. Tu commences à paniquer. Est-ce que c'est réel ? On t'aurait ramené au Paradis pour te marier de force ? Ce serait ça finalement, la sentence de Malronce ? Tout paraît si vrai. Et en même temps tu espères encore pouvoir t'échapper. Quand tu entends cette Alice ouvrir pour la première et unique fois la bouche pour dire oui, tu commences à perdre espoir. Mais toujours impossible de hurler. Tu ne peux rien faire d'autre que d'assister à ton propre mariage, impuissante. Quand l'inconnu se tourne vers toi pour t'embrasser, tu es soudain replongée dans ton corps. Une vague de dégoût te parcourt lorsque tu ouvres les yeux sur ce visage masculin d'ange parfait, dont l'eau de toilettes te picote le nez, les paupières fermées, les lèvres en avant, prêt à clore la cérémonie et faire de toi sa femme. Tu résistes. Réussis à faire basculer ton corps en arrière, légèrement. Ses bras s'enroulent autour de toi, t'emprisonnent, sa main derrière ton crâne, perdue dans la masse de dentelle, de tulles et de fleurs, te ramène à lui. Tu paniques. Tu trembles. Et dans ton champ de vision, tu aperçois ces figures du paradis, attendries par la scène, qui t'encouragent à consommer ce mariage en un baiser en public. Des anciens collègues. Tes parents. La reine. Mais tu refuses, résistes, continuant de défier les lois de la souplesse en braquant ton dos en arrière. C'est hors de questions.

Non. Non. Non.
NON.


Clap. Le dragon ferme le livre. Bruit de pieds de chaise contre le tapis. Mais ton cri reste coincé dans ta gorge, une fois de plus.

Tu te réveilles brusquement. Cette fois pour de bon. Un sursaut a couronné ta sortie de ce cauchemar. Ton aura s'est déployée dans la pièce en réaction. Les tâches sombres ont repris leurs droits, ils ont bâillonné la petite lueur et l'ont enfermée dans un coin. Qu'elle y reste pour longtemps. Les ténèbres reprennent le contrôle dans un rugissement félin et les pétales violines de ta malédiction arborent de nouveau leur obscures intentions, se jurant de ne plus jamais laisser cet espoir de lumière vain les renvoyer au stade de bouton replié. Ta respiration est saccadée, ton rythme cardiaque affolé. Tu t'es levé par réflexe, les muscles de tes jambes se tendant douloureusement sous le coup de la surprise. Ton souffle rauque est entrecoupé de déglutitions difficiles. Tu poses une main sur le bureau, l'autre se perdant sur ton visage. Tu essayes de te calmer, ce n'était qu'un cauchemar.

Tu pousses un profond soupir pour tenter de recouvrer des expirations plus longues. Tes mains tremblent. Tu te frottes les paupières de tes doigts et de ton pouce, avant de les ramener au centre pour pincer le haut de ton nez. Tu ouvres les yeux. Tes pupilles dilatées cherchent des repères dans l'obscurité, perdues dans l'ébène du bureau, elles remontent vers les photophores et remarquent qu'une seule bougie est encore allumée. Tu fixes la petite flamme d'un air intrigué. Qu'est-il advenu de ses sœurs ? Tu fronces les sourcils. Tu as la tête qui tourne et beaucoup de mal à revenir à la réalité. Tu émerges. Peu à peu. Et te rends finalement compte que ton aura s'est glissée aux côtés d'une autre, l'imitant dans des courbes plus sinueuses, glissant sur ses branches en tentant de se fondre dans un feuillage trop profond. Tu n'es pas seule.

A cette constatation, tu clignes des paupières. Puis plisse les yeux en relevant la tête, cherchant quelqu'un dans les ombres. Et alors tes sens te reviennent, des contours nets se dessinent et tu reconnais presque immédiatement la stature du roi des démons qui s'imprime face à toi. Mais si ton esprit se souvient, tes réflexes embrumés, encore endoloris par ce sommeil trop profond et cet idylle cauchemardesque, eux, ils agissent avant même que tu puisses comprendre que le fait que Dragon se tienne devant toi soit tout à fait normal. Tu pousses un cri de surprise et dans le mouvement de recul qui l'accompagne, tu cognes ton talon dans le pied de la chaise, ce qui t'arrache un second cri, de douleur cette fois. Tu portes une main à ta poitrine comme pour t'aider de nouveau à reprendre ton souffle.

▬ Waw bordel, vous m'avez fait peur !

Le silence s'installe. Tu te rends compte que tu viens de parler. Que Dragon est là, face à toi ; seul le bureau vous sépare. Tu fixes le tapis. Reportes ton regard sur le roi. Tu as du mal à distinguer les traits de son visage. Est-ce qu'il est en colère ? Probablement. Tes yeux replongent dans les poils de la carpette, fuyants. Tu te mords la lèvre sans broncher. Tu ne sais pas quoi faire. Machinalement, tu te décales pour remettre la chaise sous le bureau, en prenant soin de la soulever pour ne pas faire de bruit ou abîmer quoi que ce soit. Tu poses tes mains sur le dossier, tu t'en saisis comme s'il pouvait te donner une contenance. Tes doigts pianotent sur la doublure de cuir.

J'ai la tête dans le cul. Sûrement pour ça que je l'ai vouvoyé.

Tu toussotes. Tes prunelles se plantent sur l'ombre du roi, cherchant à le regarder droit dans les yeux si toutefois cela t'es encore possible, dans cette noirceur infernale. Puis tes iris de chocolat se défilent à nouveau.

▬ Je euh... Désolée de débarquer sans prévenir. Mais, comment dire. J'ai pas vraiment eu le choix. Ni le temps de réfléchir.

Tu hésites à faire le tour du bureau pour t'approcher. Tu ne sais pas encore s'il y a danger. Mais à en juger par la situation et l'aura puissante étendue aux moindres recoins de la pièce, on a connu des moments plus sereins en terme de sécurité. Alors tu restes derrière le bureau où même l'assise te sert de bouclier inconsciemment. Tu puises dans tes ressources pour paraître pas trop fatiguée, pas trop faible, pas trop coupable.

J'espère que j'ai pas de la bave séchée sur le menton.

▬ Je vous dérange pas, votre euh... ? Je vous dérange pas ?

Tes oreilles bourdonnent. Pourquoi Dragon a-t-il décidé de débarquer en plein milieu de la nuit ? Et pourquoi tu n'as pas été fichue de rester éveillée ? Tu as du mal à rassembler tes idées. Voilà que tu t'apprêtais à l’appeler votre quelque chose. Votre majesté ? Votre excellence ? Votre grâce ? Comment est-on censé l'appeler ? C'est compliqué Alice, d'essayer de se mettre à respecter quelqu'un qui, il y a de cela quelques jours, t'as marqué au fer rouge pour te punir. Et quand on sait que la bêtise pour laquelle tu as été châtiée, tu viens de la refaire. N'essaye pas de nouvelles tournures de phrase, Alice. C'est mieux. Le vouvoyer, c'est déjà un grand pas en avant. La suite, on verra ça plus tard.

Tu fixes Dragon, une moue contradictoire collée au visage. Tu ne sais pas si tu dois être satisfaite de pouvoir lui parler ou craindre d'abord les représailles qui risquent à tout moment de s'abattre sur toi. Mais comme ce n'est pas ton genre de te faire toute petite et de tendre la joue pour te faire frapper, tu essaies de hisser le drapeau blanc. Aujourd'hui, tu ne viens pas pour te battre. Autant qu'il le sache, si ça peut avoir une quelconque importance et changer la donne. Alors tu fais un effort.  Car le chaperon noir a au moins la lucidité de craindre le loup.

HRPG:
 


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~ I've learned to be good and it was boring ~

 Too bad but it's too sweet [Alice Green ft. Keithan S.Kahara] 620503tumblrnf94i2YgAH1qhpmvmo3500
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MessageSujet: Re: Too bad but it's too sweet [Alice Green ft. Keithan S.Kahara] Too bad but it's too sweet [Alice Green ft. Keithan S.Kahara] EmptySam 11 Mai - 14:40




   
Feat Alice Green & Keithan S. Kahara

Too bad, but it's too sweet



Le lapin est tombé au milieu du terrier. Sa robe immaculée de clarté s’est tâchée de boue, de terre, et des pierres minuscules se sont accrochées à sa peau, ont déchiré le tissus protecteur de son cocon angélique. Mètre après mètre dans ce puits de Ténèbres menant quelque part dont on ne revient jamais, la petite fille incomprise s’est effritée. Une à une sont tombées ses enveloppes de lumière pour ne laisser plus qu’une fragile couche de chaire prête à croiser le sol avec fracas. La chute ne cesse jamais, disait un grand philosophe chinois de l’Antiquité. Lorsqu’elle se termine, c’est que la chaire n’est plus plus et que le temps pour une âme a sonné. Difficile à vu d’œil de juger cette brebis égarée du troupeau. Combien de mètres lui reste-t-il à parcourir avant d’attendre le fond ? Ou bien vraie question, est-ce une chute ou une remontée ? Car la brebis qui quitte son berger peut faire face à montagne ou vallée. Selon l’obstacle qu’elle choisit de franchir, elle peut rejoindre deux extrémités antithétiques. Rien n’est joué, tout est joué, et pourtant tout semble encore à déterminer. Les actions humaines sont déterminées selon des lois universelles de la Nature comme tout autre événement naturel, Kant, tu avais tort. Face à un être reniant sa nature, les véritables règles du jeu peuvent enfin s’appliquer. Et devant l’immensité des lois imposées, on ne peut que perdre ou esquiver.

Le claquement du livre a tiré de sa torpeur l’ange au temple dormant. Alice s’est levée soudainement, surprise par ta présence inopinée, a manqué de dégringoler depuis ta chaise vers ton tapis. Ses pupilles ont été agressées par l’ombre implacable des lieux. Tu peux sentir son aura pulsatile perdre pied. Cette toute petite lueur, fragile et affaiblie, qui continue de battre pour ne pas être consumée, tu la ressens lancer des appels à l’aide en vain. Kâa lui aussi la ressent, et sa langue bifide rêverait d’en faire son en-cas. Il continue de rôder autour d’elle, comme attendant des miettes de tomber au sol pour s’en emparer. Toi, tu es toujours au milieu de l’ombre, observant silencieusement l’intruse de nouveau venue. Tu ressens tout le désespoir qui peut émaner de cet être désormais aux portes des Enfers. Et cela ne t’affectes pas. La douleur et la détresse des autres n’a jamais pu tirer à ton cœur de pierre la moindre considération. C’est peut-être pour cette raison que le poste de souverain te convient bien. Peu importe la décision douloureuse que tu pourras prendre, les conséquences émotionnelles qui pourraient en résulter te passeront au-dessus, toi le grand insensible que tu es. Pour autant, cette faculté te rend inébranlable et toujours au plus à même de choisir la meilleure des décisions pour ton royaume. Alors au diable ceux qui critiquent ta façon de procéder. Le trône n’est pas entre leurs mains.

 
Waw bordel, vous m'avez fait peur ! Je euh... Désolée de débarquer sans prévenir. Mais, comment dire. J'ai pas vraiment eu le choix. Ni le temps de réfléchir.Je vous dérange pas, votre euh... ? Je vous dérange pas ?


A force de tousser et de crier, elle risque de se décoller les poumons. Le ton et le langage employés par Alice te déplaisent au plus haut point. Ce n’est pas de cette manière qu’elle devrait s’adresser à toi, elle qui ose revenir sur cet espace duquel elle a été bannie. A vrai dire, tu ne t’attendais pas à non plus à tout le code de noblesse à te faire vomir. Tu espérais au moins une forme de respect. T’imposer sa présence, sous prétexte qu’elle n’avait pas d’autres choix, voilà une drôle de façon de justifier son intrusion dans ton bureau « secret », plus si secret par ailleurs. Serrant les dents, tu reposes le livre à sa place dans la bibliothèque. Malgré l’obscurité écrasante, tu connais cette pièce peu meublée sur le bout de tes doigts, te permettant d’y déambuler sans risque. Tu tires un autre livre de la bibliothèque, un recueil assez original d’œuvre d’un de tes romanciers latins préférés, Sénèque. Tu l’ouvres à la cent-trente troisième page, avant d’en lire une ligne.

 
Omni fine initium novum.


Tu jettes le livre sur la table, à la page que tu viens de réciter.  Si d’autrui tu refuses la présence au sein de ton intimité, tu ne vas pas t’amuser à faire des exceptions. En venant directement rejoindre ton bureau, Alice a de nouveau dépassé les bornes. Peu importe les excuses qui l’ont poussé à désobéir, ou bien même à mettre sa vie en danger, entre tes mains, tu ne veux pas l’entendre. Inexcusable est le crime de désobéir à tes avertissements. Ta voix s’entremêle d’une noirceur incongrue et tes yeux d’or luisent à travers l’obscurité.

Tu as du cran de revenir en ces lieux. Et je te conseille de rapidement en sortir, où je devrais prendre les mesures nécessaires pour m’assurer qu’il n’y aura pas de troisième fois. Il me semblait pourtant avoir été distinct la fois dernière.


Faire preuve de plus de clarté dans mes paroles, et diriger les Ténèbres. Un imbroglio des plus inadéquats n'est-ce pas ?

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Merci Alice :D:
 
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MessageSujet: Re: Too bad but it's too sweet [Alice Green ft. Keithan S.Kahara] Too bad but it's too sweet [Alice Green ft. Keithan S.Kahara] EmptySam 11 Mai - 19:36

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Too bad but it’s too sweet




« Si tu vois une chèvre dans le repaire d'un lion, aie peur d'elle. » Proverbe Africain

Dragon fait quelques pas vers toi. Il contourne le bureau pour venir se poster devant la bibliothèque où il prend soin de ranger le livre sur lequel tu t’étais endormie. Tu suis son mouvement du regard, épiant les ombres qui accompagnent ses pas. Ton corps amorce de lui-même un réflexe de recul. Ton pied gauche vient tâtonner aux abords de la chaise, où ton orteil cogne l’ébène. Tu crispes les mâchoires en retenant un juron. Ta chaussette glisse sur le tapis mais tu freines pour t’empêcher de tressaillir. Un frisson hérisse ton épiderme, comme si l’aura du souverain venait à la rencontre du moindre pore de ta peau. Ta main droite vient se perdre sur ton avant-bras encore appuyé sur le dossier de la chaise où tes ongles s’enfoncent dans le cuir. Tu te retiens de te frictionner pour faire disparaître cette sensation désagréable d’appréhension. Malgré toi, tu as peur. Tes doigts s’accrochent autour de ton biceps, ton buste pivotant vers le démon, en alerte. Ton souffle s’accélère. Tu te mords la lèvre nerveusement. La fatigue ne t’aide pas à avoir le contrôle de tes émotions.

Mais le roi stoppe son avancée devant les rayonnages et reste encore à un gros mètre de toi pour le moment. Ses doigts viennent s’attarder sur la tranche d’un autre livre qu’il déloge de l’étagère. Tu observes son action minutieusement, les yeux écarquillés dans l’obscurité de la pièce. Un bruit de pages froisse le silence quand l’ouvrage est mis à nu entre ses mains. La voix de Dragon résonne soudainement et tu tressautes.

Omni fine initium novum.

Euuuuh. Ouais. Okay.

Tu fronces les sourcils sans comprendre, te demandant l’espace d’une seconde s’il est en train de te lancer un ancien sortilège vaudou dont tu ignores le rituel. Mais le souverain jette le livre sur la table, le bruit produit vient à nouveau briser le silence assourdissant de l’enceinte du bureau. Tu sursautes une nouvelle fois et fais un pas en arrière. Quelque part, tu attends que la sanction tombe et tu es prête à accueillir la gifle qui se prépare. Histoire de la recevoir avec moins de surprise que la fois précédente. Tu fixes le livre éventré qui gît sur l’ébène à la faible lueur de la dernière bougie, comme si c’était une ogive nucléaire qu’il venait de balancer à tes pieds. Ta main glisse sur le dossier de la chaise puis descend sur la table. Tu sens les rainures du bois caresser la pulpe de tes doigts. Tes sens sont en alerte maximale. Mais encore engourdis par le sommeil dont tu émerges. L’adrénaline excitée par la peur ne t’aide pas à y voir plus clair. Ton cerveau fourmille d’informations désordonnées, comme un brouhaha de voix et de murmures incessants. L’envie de hurler pour réclamer le calme est bien présente. Mais tu te retiens. Tes yeux oscillent entre le bas de la silhouette du démon, que tu n’oses plus regarder dans les yeux, comme un chien qui baisserait soudainement le museau, ta main ancrée dans l’ébène et l’autre agrippée à ton bras.

▬ Tu as du cran de revenir en ces lieux. Et je te conseille de rapidement en sortir, ou je devrais prendre les mesures nécessaires pour m’assurer qu’il n’y aura pas de troisième fois. Il me semblait pourtant avoir été distinct la fois dernière.

Sa voix ne laisse pas de place au doute. Le ton employé est sévère. Dragon est en colère. Tu es en train de jouer avec sa patience. Tu ne réponds pas tout de suite, laissant le temps à ses mots d’être analysés par ce qui te reste de conscience disponible. Tu fermes les yeux une seconde. La dernière fois. Des images se succèdent derrière tes paupières closes. Tu t’en rappelles très bien. Un autre frisson dégringole le long de ta colonne vertébrale et tu dois retenir tes cervicales de suivre le mouvement et de se courber dans un craquement. Tu baisses les épaules et déglutit difficilement. Jouer une seconde fois avec ta propre vie en moins de vingt-quatre heures est assez éprouvant.

▬ Je…

Tu lèves les yeux vers Dragon, croyant le courage s’est fait une place dans ton petit cœur qui bat la chamade mais l’engrenage se bloque. Tes prunelles s’arriment aux siennes, dont les dorures chatoient dangereusement dans les ténèbres environnantes. Tu ouvres la bouche mais aucun son n’en sort. A quoi bon continuer sur la voie de l’impertinence Alice ? Ça n’a strictement aucun intérêt. Tu le sais. Et tu n’es pas venue pour te chamailler dans le sang et les larmes comme la dernière fois. Tu te ravises. Un soupire t’échappe. Il a un goût de défaite, d’abandon. Tu n’aimes pas ça.

▬ Je suis désolée.

Ton regard se déconnecte du sien. Tu t’égares à observer tes pieds qui se cramponnent entre eux, te faisant légèrement chanceler. Tu aurais presque pitié de toi. On dirait une fillette qui cherche à se faire pardonner une bêtise. Qui s’avoue vaincue face à la menace de l’autorité. Tu continues tes excuses dans un murmure, la gorge nouée.

▬ Vraiment je… J’aurais préféré ne pas avoir à venir. Je savais que ça allait t’énerver.

Tu pouffes nerveusement. Comme si le verbe énerver était le plus adéquat. Mais les mots n’ont jamais été ton fort.

▬ Et c’est vrai. C’était parfaitement clair. (après un temps) Je suis désolée.

Que tu répètes. Tu lèves les yeux vers lui. Vos pupilles s’interposent encore. Nouveau tressaillement. Puis tu fuis. Tu n’arrives plus vraiment à le défier et ça te rend malade.

Comme si y’avait une solution. T’as merdé Alice, point barre.  

Quelque part au fond de toi, tu enrages d’avoir exécuté cette foutue mission. A cause d’elle, voilà à quoi tu en es réduite, à courber l’échine devant le roi des démons pour ne pas te faire frapper. Cette simple constatation rallume en toi la détermination et tu te rappelles ce pour quoi tu es entrée par effraction chez Dragon quelques heures plus tôt. C’est hors de question. Tu ne ploies le genou devant personne et si tu ne l’as pas fait cet après-midi avec l’autre bouffonne couronnée, ce n’est pas pour l’accepter si facilement la nuit venue. Même pour Dragon. Une courbette ça se mérite. Le temps des excuses est terminé. Tu es un tord et tu le sais, tu ne le nies pas. Si le roi n’accepte pas l’insolence, au moins peut-il tolérer l’honnêteté.

Tu fais un pas en avant. Ta main suit ton mouvement sur le bureau et tes doigts se recroquevillent dans ton poing. Tu t’approches du démon, son visage se découvrant peu à peu, balayé par les variations de lumière orangée de la bougie. Tu as peur de lui. Mais dans la vie, tes peurs, tu les affrontes. Tu les apprivoises. Rarement, tu les laisses te dévorer.  

▬ Je suis pas venue ici juste pour te déranger. C’est même pas l’objectif en fait.

Tu cherches tes mots, tes doigts s’entortillent sur ton bras. Ton regard retombe encore une fois mais tu retrouves toujours la force de replonger tes prunelles dans celles du roi.

▬ Je suis allée voir Malronce. Je lui ai demandé de me déchoir. Elle a refusé.

On sent la colère dans ta voix. Tes émotions éclosent rapidement en toi, tu ne fais plus le tri. Elles s’expriment librement. Peur, courage, colère. Fascination.

▬ Alors je suis venue ici. Je voulais venir te… vous voir. C’est la première idée que j’ai eue.

Tu hausses les épaules fébrilement. Ton cœur bat trop fort et fait mal. Tu es trop près de lui. La peur t’envahit et la faire taire est un exercice excessivement difficile dans ton état.

▬ C’est peut-être pas la meilleure. Mais je me suis dit que ça v-t’intéresserait de savoir.

Tu commences à reculer tout doucement, dans un mouvement presque imperceptible, comme si tu te contentais de tanguer vers l’arrière.

▬ Maintenant si je dérange… bah tant pis. Je vais retourner dehors et espérer que des anges vont pas s’en prendre à l’apatride qui a agressé violemment deux de leurs collègues.

Tu aimerais être en train de plaisanter. Mais ce n’est pas le cas. L’ironie dans tout ça, c’est bien que le temple soit ton seul sanctuaire et Dragon, ton unique sauveur. C’est dire avec quel soin tu entreprends de foutre le bordel dans ta vie.

HRPG:
 


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MessageSujet: Re: Too bad but it's too sweet [Alice Green ft. Keithan S.Kahara] Too bad but it's too sweet [Alice Green ft. Keithan S.Kahara] EmptySam 11 Mai - 23:40





Feat Alice Green & Keithan S. Kahara

Too bad, but it's too sweet



Tes yeux reptiliens fixent les agissements de l’ange au sein de ton bureau. Tu restes attentifs à ses paroles, à ses mouvements, guettant la moindre trace de volte-face. Tu la sais battante, courageuse mais désespérée. L’homme, lorsqu’il est en proie à l’anxiété la plus profonde, et lorsque plus rien ne semble pouvoir être perdu, alors il devient bête, instable créature capable de tous les sacrifices pour retrouver sa liberté. C’est un trait des anges qui t’a toujours fasciné. Loin de toi l’idée d’apprécier chez eux quelque chose, non c’est plus une sorte de fascination morbide. Lorsqu’un ange est privé de ses repaires et de sa dignité, il devient pire encore que certains de tes congénères. Il devient dingue, incapable de raisonner, et commet les pires vices voire crimes pour se débarrasser de son état. Oui, tu t’improvises psychologue à tes heures perdues, et puis encore ? Un vil démon sommeil en tout ange, voilà la leçon qu’il faudrait enseigner aux plus jeunes d’entre vous. Une leçon que visiblement Malronce ne semble pas avoir comprise.

C’est alors que la jeune demoiselle ange plonge ses yeux dans les tiens. Tu peux lire à travers son regard noir comme la nuit, une multitude de sentiments se déchaînant, si bien que n’en citer qu’un seul se révèle compliqué. Tu peux choisir celui que tu préférerais lire, comme un rat de bibliothèque dans sa tanière improvisée. Toi, tu choisis sa colère sourde. Un sentiment que tu connais bien, et qui te fais écho. Un sentiment mêlant injustice et obstination. Une forme de refus, d’abord discret, puis de plus en plus éponyme. L’alchimiste ayant donné la vie à cette créature s’est bien amusé : il a mélangé toutes les fioles pour en faire un être complexe et insatiable de liberté. Et plus on aime la liberté, plus on est amené à la tenir en péril.

En entrant sur ton territoire, en venant briser ta tranquillité, c’est exactement ce que mademoiselle Green a fait. Elle s’est mise des chaînes pour s’octroyer la liberté. Qu’espérait-elle à s’enquérir de ton aide ? Tu l’apprends au moment même que ta pensée file sans s’arrêter. Tu écoutes attentivement ses dires, n’émettant pas un seul signe d’acquiescement ou de refus le long de ses explications. Tu restes immobiles, bras croisés, visage fermé, dans l’expectative d’un mobile suffisant pour se donner la mort en te rendant visite. Puis Alice prend de l’assurance, elle s’approche de toi tout en défiant tes prunelles autoritaires. Tu ne fléchis point, ne dévie pas du regard, cligne à peine des yeux, si ce n’est physiologiquement. En entrant dans la lumière proche de toi, son corps creusé par l’épuisement te paraît. Sa peau grisâtre semble plus sombre encore que ton bureau. Depuis la dernière fois, elle est encore plus ravagée par la vie. Si ton corps n’était pas de marbre, tu ressentirais de la peine pour ce pauvre enfant malmené par l’existence.

La proximité entre toi et cet ange frise l’intolérable. Tes gènes de tueurs démoniaques s’affolent doucement, envoyant dans tes bras des signaux meurtriers. Attaque ! Hurlent-ils tous. Tes papilles sont prêtes à saliver, car le sang de l’ennemi pulsant dans ses veines t’appelle. Tu soupires, canalisant une bonne fois pour toute ces instincts de tueur primaires qui animent ta race depuis une éternité. Maintenant, tu sais mieux les maîtriser. Tu tolères alors la présence d’Alice à tes côtés, du moment qu’elle ne fasse un pas de plus. Et tu la laisses finir de parler.

Je suis pas venue ici juste pour te déranger. C’est même pas l’objectif en fait.Je suis allée voir Malronce. Je lui ai demandé de me déchoir. Elle a refusé.


Sa diction est lente, saccadée, mais sa voix gagne en intensité. Elle essaie d’argumenter. Pour te convaincre ? Non, pour être comprise. Elle souhaite être entendue. La brebis égarée cherche un nouveau berger. Tu n’as pas choisis ce livre au hasard, ni même cette citation sans une idée derrière la tête. Toute chose commence lorsqu’une autre se termine. Inverser l’ordre des mots mène à une simple conclusion : pour que quelque chose puisse commencer, une autre chose doit se terminer. Alice est la preuve vivante que cette affirmation est terriblement vraie. Parce que Malronce l’a rejeté, elle espère en toi trouver un sanctuaire.

Elle fait fausse route. Tu n’es pas un second choix de fortune, une sorte de plan B inespéré pour venir en aide à une gamine désespérée. C’est amusant dans le fond, tu es son dernier espoir de survivre. Jamais si la reine ne l’avait rejeté, elle ne serait venu te supplier de l’aider. Mais d’un autre côté, son insolence est agréable, si tant est que tu puisses ressentir une forme de plaisir. Pour sa condition, demander sa déchéance à la reine des anges en personne est un acte de culot point nommé. Sur ce point, elle ne peut être blâmée.

En refusant de déchoir une combattante de sa garde, Malronce a commis une erreur - comme à son habitude. Elle t’a donné une carte, un joker dont tu es le seul à pouvoir posséder. Souhaites-tu l’obtenir ? La carte vaut-elle le risque de modifier son jeu ? L’aura angélique regagne en puissance, battant de son plein comme cherchant à te transmettre un message. Un signal d’alarme répétant la même maudite mélodie.

Alors je suis venue ici. Je voulais venir te… vous voir. C’est la première idée que j’ai eue. C’est peut-être pas la meilleure. Mais je me suis dit que ça v-t’intéresserait de savoir. Maintenant si je dérange… bah tant pis. Je vais retourner dehors et espérer que des anges vont pas s’en prendre à l’apatride qui a agressé violemment deux de leurs collègues.


Elle est en train de se vendre, comme sur un marché. Elle essaye par tous les moyens de se rendre utile pour t’intéresser. C’est ce qui s’appelle corrompre non ? Et c’est bien ce que tu hais le plus chez tes vils congénères. Mais tu mentirais de dire que ta curiosité n’a pas été piquée. Désormais, l’ange s’éloigne de toi, craignant un assaut éventuel, tu imagines. Je vais retourner dehors et espérer que des anges vont pas s’en prendre à l’apatride qui a agressé violemment deux de leurs collègues. Tu notes l’ironie dans ces paroles maladroites. Ce qu’elles révèlent font nettement moins rire. Elle s’est attaquée à des gardes, impériaux certainement, ou du moins siégeant dans le palais. Et dire qu’elle est désormais recherchée, et qui irait venir la retrouver chez toi ? Tu comprends mieux son raisonnement. C’est culotté, désespéré pour te répéter, mais intelligent. En effet, le meilleur moyen pour fuir des anges est de rejoindre les démons.

Dans un premier temps, si tu veux t’adresser à moi, il te faut me vouvoyer.


Le ton est donné.
Serait-ce pas si facile de changer de camp ? Un claquement de doigt ne suffit pas à porter d’autres couleurs. Qui ne te dit pas qu’elle ment ou bien qu’elle cherche à t’amadouer ? Le Dragon ne croit que ce qu’il voit, et n’ayant aucun espion compétent au sein de la ville, tu dois te conforter d’un unique témoignage. La présence seule d’Alice est l’argument suprême employé par la jeune femme pour te convaincre. Elle souhaite soit disant te révéler des informations capitales, mais cela suffira-t-il ? Tu soupires à nouveau.

Qu’espères-tu véritablement en venant ici ? Si tu ne cherches qu’à fuir les anges, alors ta présence en ces lieux ne m’est d’aucun intérêt. Nombre sont ceux qui souhaitent fuir le Paradis, lorsqu’ils en voient sa vraie nature.


Oui, si nombreux que tu te demandes combien de temps encore la mascarade royale continuera de jouer sa petite comédie. Il serait temps que les anges ouvrent les yeux : la lumière est une malédiction.

(c) codage by Serfy


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Dragon reign over the city
Phaedra - Lucius Annaeus Seneca ✻  Iamque erat in totas sparsurus fulmina terras sed voluit, ne forte sacer tot ab ignibus aether conciperet flammas longusque ardesceret axis esse quoque in fatis reminiscitur, adfore tempus quo mare, quo tellus correptaque regia caeli ardeat et mundi moles obsessa laboret.


Merci Alice :D:
 
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MessageSujet: Re: Too bad but it's too sweet [Alice Green ft. Keithan S.Kahara] Too bad but it's too sweet [Alice Green ft. Keithan S.Kahara] EmptyDim 12 Mai - 3:21

Alice Green Ft. Keithan S.Kahara





Too bad but it’s too sweet




« Well at least like animals unleash » Fear on Fire – Ruelle ♪

Le roi des démons est inflexible. Aucune émotion ne semble vouloir apparaître sur son visage, comme s’il en était tout bonnement dénué. Tu sens pourtant que sa colère, bien que temporairement plus calme, est toujours présente. Après tout, lui aussi a peut-être passé une mauvaise journée. Et toi tu arrives comme une fleur pour l’importuner dans son moment de tranquillité tant attendu. Si tu avais eu le choix et si ta vie n’était pas en jeu, tu aurais presque un regret profond, tu culpabiliserais. Mais l’agacement se fait encore discret sur les traits de Dragon. Il reste imperturbable, impassible, impossible à déchiffrer. L’énigme de ses iris d’or demeure indéchiffrée. Tu voudrais y lire un indice quelconque qui te permettrait de le comprendre ne serait-ce que l’espace d’un instant, d’une seconde éphémère. Mais c’est impossible. Tu ignores comment il parvient à autant de retenue. C’est impressionnant. Tu admires ce que tu es incapable de faire. Tu sais taire l’émotion, mais elle reste bouillonnante et visible aux regards aiguisés. Dragon réussit par tu ne sais quel miracle à la faire disparaître, à la canaliser avec une ardeur suffisante pour qu’elle soit illisible. Pour un peu, tu voudrais lui demander comment il fait ça.

Il est immobile, droit, les bras croisés sur son torse, te surplombant de deux têtes. Il t’écoute. Tu ne saurais dire ce qu’il pense sur le moment de ce que tu as à lui dire. Mais au moins il ne t’a pas interrompue et tu sais que le message est passé. Flegmatique peut-être, toujours attentif cependant. C’est ce que tu souhaitais, que l’on t’entende. Chose faite. Mais tu n’exprimes pas une grande satisfaction. Tu n’es pas folle, rien n’est joué et tu peux très bien te retrouver dehors avec une jambe en moins dans la minute si le roi en a décidé ainsi.

▬ Dans un premier temps, si tu veux t’adresser à moi, il te faut me vouvoyer.

Tu te mords la lèvre en baissant les yeux. Décidément, il va falloir que tu apprennes à assimiler les codes de civilité. Si tu veux que le roi t’accorde un minimum d’attention, arrêter de parler comme un charretier semble être impératif. Tu acquiesces discrètement, ne souhaitant pas t’étaler sur le sujet. T’excuser de ne pas en avoir l’habitude ne rimerait à rien. Les prétextes en bois, on les garde pour la reine des anges et le commun des mortels. Il s’agirait de ne pas te ridiculiser davantage. Et de ne pas irriter Dragon, dont les limites de la patience peuvent s’avérer avoir des conséquences brûlantes. Cette idée est marquée au fer rouge dans ton esprit. Et dans ta chaire, littéralement.

Il soupire. Tu lèves le menton vers lui, envieuse de lire une réponse sur son visage. Mais c’est toujours le même tableau. Te confronter à son regard d’ambre a cet éternel effet sur ton corps et tu t’en voudrais bientôt d’être si sensible à si peu de choses. Ses grandes iris d’or te terrifient. Elles sont magnifiques. Mais inlassablement, elles semblent te mettre en garde. Comme la flamme que le papillon curieux vient frôler de ses ailes avant de se consumer. La voix grave du souverain se fait de nouveau entendre.  
     
▬ Qu’espères-tu véritablement en venant ici ? Si tu ne cherches qu’à fuir les anges, alors ta présence en ces lieux ne m’est d’aucun intérêt. Nombre sont ceux qui souhaitent fuir le Paradis, lorsqu’ils en voient sa vraie nature.

Tu ouvres la bouche, comme si tu t’apprêtais à lui répondre naturellement une réplique évidente. Tu te ravises. Tes lèvres se closent lentement. C’est déstabilisant comme tu perds tous tes repères face à lui. Les vérités s’envolent et tu sembles ne plus rien savoir. Tu dois sans cesse remobiliser tes convictions pour qu’elles redeviennent limpides. Elles s’estompent en dissidence, t’obligeant à réfléchir pour aller retrouver la racine même des problèmes et les expliquer sous une nouvelle forme. Il remet tout en question. Tu n’es plus sûre de rien. Et en même temps, tu restes déterminée.

▬ Je suis pas là que pour sauver ma peau. Echanger la pendaison pour la guillotine, quelle différence ? Vous auriez tout aussi bien pu décider de me faire payer mon intrusion sans me laisser m’expliquer. J’ai juste saisi ma dernière chance. En espérant que vous accepteriez de m’écouter. Pour le reste, j’ai pas réfléchi. Mais ça, je l’ai déjà dit.

Tu te tais. Tu fais volte-face, les épaules basses, le regard ancré sur la bougie dans son photophore. Tu fais quelques pas. Sans la quitter du regard. T’éloigner de Dragon te permet de reprendre ton souffle et te défaire de son influence. Tu as besoin de remettre de l’ordre dans tes idées. Qu’es-tu censée lui répondre ? La vérité, certainement. L’acceptera-t-il ? Quelle sera sa réaction ? Est-ce que tu es vraiment prête à tout ? Encore et toujours une multitude de questions qui parasitent ton esprit et ta réflexion. Des doutes. Des incertitudes. Des parts d’ombre qui jamais ne veulent s’éclaircir. Tu espères que le roi des démons aura une réponse mais s’il ne la détient pas ? Ou s’il n’accepte pas de te la donner ? Qu’est-ce que tu feras ? Improviser, comme d’habitude. En as-tu encore la force ? N’es-tu pas épuisée de ne jamais pouvoir concrétiser tes désirs ? Ta place dans l’armée, Alec, ta déchéance. Ce que tu souhaites t’est donné à moitié, parfois retiré, d’autres refusé. Combien de temps supporteras-tu la frustration Alice ? Penses-tu vraiment que Dragon détient la clé de tous tes problèmes ? Non, sûrement pas. Alors pourquoi continuer de croire qu’il peut te venir en aide ? Pourquoi te l’accorderait-il ? Que pourrait-il y gagner ? La liberté d’être toi-même aura-t-elle un prix ? Seras-tu prête à le payer ? Et ce, qu’importe les conséquences ? Qu’est-ce que tu en penses, Alice ? Qu’espères-tu véritablement en venant ici ?

▬ Je ne veux plus être un ange.

Ta voix est sourde, caverneuse, d’un susurrement affirmé et bancal à la fois. Elle déraille sur le dernier mot, comme si le prononcer était une épreuve. Non, tu ne veux plus qu’on t’identifie aux créatures de lumière. Qu’on te confonde avec ceux que désormais tu méprises. Être assimilée à cette femme, devoir quelque part, lui être toujours redevable de loyauté.
Ton aura vibre autour de toi en réponse à ta colère, tu la sens te caresser telle une amie rassurante, qui te donnerait la puissance nécessaire pour poursuivre tes explications. Résiliente, tu inspires, toujours appuyée sur le bureau, dans un équilibre précaire.

▬ J’ai la bêtise de croire que si quelqu’un dans cette foutue ville peut m’aider à ne plus en être un c’est vous. Vous êtes le seul à avoir au moins autant de pouvoir que Malronce. Elle m’a refusé ma déchéance. Alors se tourner vers l’autre souverain de Damned Town, c’est la solution logique non ?

Tu soupires. Tu tentes de contrôler ton aura de peur qu’elle n’excite les pulsions démoniaques de la forme serpentine ténébreuse qui n’a pas cessé de t’épier depuis ton réveil. Elle a tendance à trop vouloir répondre en écho à ses consœurs obscures, si tu ne la brides pas un minimum, elle tente d’exprimer sa noirceur, en dépit des regards et des résultats. Calquée sur tes émotions, elle veut se libérer de ton joug, comme si tu étais encore trop sage et que seul son audace pouvait te libérer. Mais ce soir, elle refuse de se calmer.

Tu retournes lentement à ta place de départ, face au démon. Tes prunelles cherchent les siennes, mais abandonnent. Ton attention se porte à nouveau sur la flamme dansante de la bougie, ton regard comme aspiré par sa lueur. Les souvenirs de l’après-midi te reviennent, mélangés aux événements des jours précédents. Ta nuit avec Alec, votre dispute, tes mensonges. Ton altercation avec Dragon. Tu ravives ta mémoire, la consulte à la manière d’un livre que tu feuillèterais pour y trouver une réponse écrite distinctement.

Tu cesses de t’appuyer sur le bureau, grimaçant sous la douleur. Ta côte de fait mal et il t’est de plus en plus pénible de rester debout. En croisant les bras sur ta poitrine, tu remarques que le bandage autour de ta main est noirci par du sang séché, il tient maladroitement. Tes yeux se plantent dans ceux de Dragon. Ils vont et viennent en fonction de ton cheminement de pensées, attendant que tu retrouves des bribes de courage et d’aplomb pour pouvoir le regarder en face. Et fuyant dès que possible pour crier leur peur viscérale de tout ce qu’il pourrait bien décider de te faire subir.

▬ Je veux qu’elle disparaisse. Malronce. Peu importe comment.

Ta voix est claire, le ton violent. Sec. Tes yeux sombrent dans la haine qui te consume. Cet affront qu’elle t’a fait, le dégoût qu’elle t’inspire depuis longtemps, ce qu’elle symbolise, tout cela entre en collision. Pour créer un objectif précis qui te ferait appartenir à une cause qui te dépasse.

▬ J’imagine que c’est votre idée en venant ici. Dans cette ville. Vous n’êtes pas là pour prendre des vacances. Si votre objectif c’est que cette femme cesse d’exister, alors je veux en être.

Tu le fixes pendant plusieurs longues secondes. Aussi longtemps que possible. Avant d’être trop perturbée par son visage et de battre en retraite en rageant toujours plus d’être contrainte à ce renoncement perpétuel. Soutenir son regard t’es devenu interdit, comme si tu allais t’évaporer sous sa puissance. Alors pour contrebalancer cette agaçant constat, tu t’avances un peu plus, dans un frémissement. Il est à quelques centimètres de toi et tu peux sentir émaner de lui les effluves discrets que tu avais pu humer dans son bureau avant qu’il n’arrive. Un parfum discret que tu ne percevais que lorsque tu respirais profondément. Tu déglutis en clignant des paupières plusieurs fois, refusant de te laisser déstabiliser par des stimuli supplémentaires.  

▬ Votre aide sera pas gratuite. Je le sais. Si vous acceptez, alors je me plierai à votre contrepartie.

Tu toussotes. Il est venu cet instant où tout va se jouer. Quel marché vas-tu passer avec le diable ? La funambule arrive en bout de courses, elle chancèle, tente un demi-tour. Mais elle risque encore de tomber. Et de s’écraser au sol. Alice, dans son terrier, fait une chute interminable. Elle espère qu’on sera là pour la rattraper. Pour lui indiquer quelle porte mène au pays des merveilles. Ou écraser son petit corps meurtri du bout du pied.

Tu ravales ta peur.

▬ Sinon… On peut descendre là où on s’est quittés. Pour terminer ce que vous aviez commencé.

Ta cicatrice serpentine dans ton dos se met soudainement à te démanger, comme une écaille blessée. Te voilà en train de celer ton destin, remettant ta vie entre les mains de Dragon. Toi qui quelques jours encore auparavant, jurais devant tous les dieux du ciel que tu te vengerais de lui et de ce qu’il avait osé te faire, tu le laisses désormais décider de ton droit de survie. Ses paroles te reviennent en tête. Désormais tu doutes qu’il t’ait infligé ça par pur plaisir sadique, comme une simple punition. Il avait d’autres plans à l’esprit, tu en es persuadée. Ses mots qui n’ont pas tout de suite trouvé une réponse en toi, ont vite germé. Tu as succombé à un appel muet. Aux ténèbres qui insufflent dans tes veines un poison nommé rébellion. Une malédiction à laquelle tu t’es résignée.

Quitte à finir torturée, autant que ce soit entre ses mains.

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MessageSujet: Re: Too bad but it's too sweet [Alice Green ft. Keithan S.Kahara] Too bad but it's too sweet [Alice Green ft. Keithan S.Kahara] EmptyVen 17 Mai - 15:46




   
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Too bad, but it's too sweet



Un si petit corps d’ange, fragile comme le maïs que le fermier vient faucher à l’été, qui regorge d’une noirceur plus grande encore que certains de tes congénères ne peuvent pas manifester. En cet instant étrange où ton aura serpentine se délecte des miettes de ténèbres s’échappant d’Alice, tu ne peux t’empêcher de repenser aux autres démons foulant la cité dont tu deviendras le maître. Ces démons qui pour la plupart, refusent de t’obéir et préfèrent chercher bonheur dans des idoles toutes pré-construites. Le monde marche sur la tête. Ce n’est ni la pirate, ni le chasseur, qui accepteraient de rejoindre tes forces dans le combat t’opposant aux forces de la « bien », si tant est que les anges et leur foutue lumière incarne pour toi l’image d’une créature maternelle bienveillante tenant dans ses bras le destin des humains. Non, certainement pas. Ce serait accorder trop de crédit. La véritable image devrait être une pieuvre, dont les tentacules s’infiltrent au sein des interstices pour toujours plus transmettre la « bonne parole », en privant les sujets de leur esprit pour mieux les gouverner. Et c’est ironique, n’est-ce pas, que de constater au sein de cette ville une ange munie de plus de liberté malgré ses entraves, que deux démons sans responsabilités. Ironiquement stupide et inacceptable, si tu veux ton avis. La dégénérescence des troupes infernales fait pitié à voir, mais l’idée même de repenser à ce détail te donne la nausée, tu préfères revenir à des choses essentielles, et concentrer ton attention sur ta proie.

 
Je suis pas là que pour sauver ma peau. Échanger la pendaison pour la guillotine, quelle différence ? Vous auriez tout aussi bien pu décider de me faire payer mon intrusion sans me laisser m’expliquer. J’ai juste saisi ma dernière chance. En espérant que vous accepteriez de m’écouter. Pour le reste, j’ai pas réfléchi. Mais ça, je l’ai déjà dit.  


D’ailleurs, la petite Alice perdue au sein du mauvais terrier, semble tiraillée entre des sentiments contradictoires. Tu croirais même l’avoir remarqué trembler, à moins que ce ne soit que la vibration de ombre sous les vacillements de la bougie ?  Elle s’éloigne du bureau, ses yeux paniqués scrutant dans toutes les directions et fuyant ton regard équanime. Cependant, en elle continue de battre le tambour de la révolte, et sa causticité presque touchante si tu pouvais ressentir une émotion, traduit sa volonté inébranlable d’en finir avec ses problèmes. Toi, devenir la solution d’un problème, alors que tu as toujours été considéré comme un fauteur de troubles depuis tout petit. Le vent tourne.

Cette fois, les formules usitées pour s’exprimer chatouillent ton égo. La petite ange rebelle commence déjà à parler d’une meilleure manière. Elle troque son vocabulaire de charretier contre une langue plus noble, sans être trop condescendante. Bien qu’une pointe de sarcasme puisse trahir la colère qui la ronge. Maîtriser sa colère, pour la transformer en une âme impitoyable, un apprentissage qui pourrait être très bénéfique à cette petite, tu en es persuadé.  

J’ai la bêtise de croire que si quelqu’un dans cette foutue ville peut m’aider à ne plus en être un c’est vous. Vous êtes le seul à avoir au moins autant de pouvoir que Malronce. Elle m’a refusé ma déchéance. Alors se tourner vers l’autre souverain de Damned Town, c’est la solution logique non ?  


Un long soupir résonne, comme pour répondre au tiens précédent. Kâa continue son festin, patientant tranquillement de pouvoir passer au plat de résistance. Il s’est lové entre les jambes de la créature céleste, et la suit silencieusement sur ses déplacements. Alice revient sur ses pas, et se positionne face à ta personne. Ses prunelles divaguent jusqu’à se planter dans les tiennes. Acte pour se donner du courage, pour te défier, ou bien juste pour s’écraser, tu ne saurais le dire. En revanche, les mots prononcés solennellement quelques secondes plus tard te plaisent au plus haut point, du moins si le plaisir peut t’atteindre. Je veux qu’elle disparaisse. Malronce. Peu importe comment. Et elle n’est pas la seule, toi aussi tu aimerais railler Malronce de l’existence. Faire disparaître son nom des livres et détruire son cadavre en milliards de pièces détachées. Que ne donnerais-tu pas pour avoir sa peau, et faire de son crâne un trophée où faire couleur le sang de tes victimes. Tu as entendu un jour que la peau des anges est si douce, que même la soie peut paraître fade à ses côtés. Dicton erroné pour les soldats du Paradis, aussi abîmés et rugueux que la roche. Mais qu’en est-il de la reine ? Transformer en tapis pour ton bureau sa peau opaline serait un moyen de continuellement lui faire subir ta haine et ta vengeance. Délicieuse idée.

J’imagine que c’est votre idée en venant ici. Dans cette ville. Vous n’êtes pas là pour prendre des vacances. Si votre objectif c’est que cette femme cesse d’exister, alors je veux en être.


Désormais, le ton devient interrogateur, plus tourné vers toi. Des présomptions intéressantes, et assez audacieuses pour une créature de sa race. Alice ne craint vraiment plus de se retourner contre les siens, et de devenir une paria. Les portes du Paradis se refermeront derrière elle, et elle sera condamnée à rester errante, loin de lui. C’est peut-être la raison qui la pousse à rejoindre l’autre camp, pour trouver refuge. Enfin, inutile de revenir sur ce sujet, tu as déjà pris le temps de le décortiquer.

Une odeur de chien mouillé commence à piquer tes narines, se mêlant au parfum de la cire chaude pour former une senteur étrange. L’eau camoufle les autres odeurs, et tu es étonné de ne pas respirer d’autres émanation d’alcool. Au moins, tu comprendrais mieux la folie qui s’empare de cette femme. Elle est sobre, et sa colère se nourrit de sa sobriété. Être sous aucune emprise permet de constater le monde tel qu’il est vraiment, et de venir à s’en dégoûter, ou bien comme toi à vouloir en détruire une partie pour la refaçonner.

Votre aide sera pas gratuite. Je le sais. Si vous acceptez, alors je me plierai à votre contrepartie. Sinon... On peut descendre là où on s’est quittés. Pour terminer ce que vous aviez commencé.


Alice ouvre les yeux pour la première fois, juste avant de chuter, et c’est à toi de décider de son sort. Elle se soumet à ton jugement, à ta juridiction suprême. Elle t’accorde par ses mots le pouvoir d’un dieu, tu peux décider de sa vie ou de sa mort. Incapable de se sauver elle-même d’une situation dont elle ne tire pas les rênes, elle remet sa vie entre tes mains, se débarrassant du fardeau qu’est celui de vivre et de prendre des décisions. En un sens, tu estimes cette façon de procéder un brin égoïste, mais une part de toi ne peut se détacher de ses affirmations. Jamais un ange ne mentirai sur un point tel que celui-ci. Alice et toi partagez donc un objectif primaire commun : éliminer la souverain angélique de la surface de la cité.

Un choix cornélien, qui te fais douter. Une seconde à n’en pas douter. Tu t’approches désormais de l’intruse, et saisis ton uchigatana. Tu dégaines la lame, et prend le temps d’observer le métal réverbérer sous les rayons diffus de la bougie. Tes yeux d’or se dardent le visage de la demoiselle, tandis que ton visage n’a pas bougé d’un pouce, conservant sur lui un tableau froid et austère. Tandis que tes pas écourtent la distance vous séparant, tu l’esquives à la dernière seconde, pour rejoindre la porte et la sceller depuis l’intérieur, via une planche déposée contre le bois. Tu te retournes, et glisses ta lame contre le porte-manteau, avant de revenir vers l’ange, et de la saisir sans douceur par les épaules.

 
Renier sa race est le pire des crimes pour un divin, j’espère que tu en es consciente. Ton intrusion, malgré mes avertissements, ne peut pas être exempte de punition, aussi dure soit-elle.


Ta voix est autoritaire, impitoyable. Tu la plaques contre le mur, sans aucune once d’émotion. Ton aura serpentine s’agite, et déjà Kâa s’enroule autour de ta proie pour en détailler les contours. Sa langue bifide lèche les gouttes de pluie sur le corps, comme si des particules d’aura se solubilisaient en leur sein. Tes mains sont des griffes qui contraignent l’intruse, et bientôt tu soulèves sa frêle carcasse, pour avoir son visage en face du tiens.

Faire preuve d’un tel irrespect de tes consignes est digne d’un aller sans retour vers les confins. De finir rapiécé sans aucun remerciement, et de disparaître à jamais sous les pierres du temples. Personne ne peut pénétrer sans impunité dans ton bureau. Cependant, il existe une exception, comme à toute règle. Car au-delà du respect et de la loyauté, qui sont pour toi des valeurs essentielles, tu peux voir en la détermination d’Alice et en sa conviction une force, une insoumission (paradoxale en cette situation, tu lui accordes), qui te ressemble bien. Comme toi tu as refusé les lois pour revenir en ton monde et récupérer ton titre, elle s’affranchit des codes pour venir te chercher. Son incroyable ténacité ne peut pas être soulignée, malgré sa condition d’ange, et de femme qui plus est.

Cependant, je dois t’accorder ta ténacité. Tu crains la mort, mais tu as choisi de l’affronter pour te délivrer des tiens. Plus rien ne sera jamais comme avant une fois que tu ne seras plus une ange. Alors laisse moi te poser une question : te sens-tu capable de tuer la reine, Alice ?


Quitte à finir en chaire à canon, autant que ce soit entre tes mains.

(c) codage by Serfy


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Dragon reign over the city
Phaedra - Lucius Annaeus Seneca ✻  Iamque erat in totas sparsurus fulmina terras sed voluit, ne forte sacer tot ab ignibus aether conciperet flammas longusque ardesceret axis esse quoque in fatis reminiscitur, adfore tempus quo mare, quo tellus correptaque regia caeli ardeat et mundi moles obsessa laboret.


Merci Alice :D:
 
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MessageSujet: Re: Too bad but it's too sweet [Alice Green ft. Keithan S.Kahara] Too bad but it's too sweet [Alice Green ft. Keithan S.Kahara] EmptySam 18 Mai - 23:31

Alice Green Ft. Keithan S.Kahara





Too bad but it’s too sweet




« Tell me which one is worse, living or dying first, sleeping inside a hearse » a song by Billie Eilish ♪

Une seconde peut s’égrainer à une lenteur vertigineuse. Tu en prends conscience en cet instant. Dragon face à toi, main à la garde de son arme s’avance vers sa proie. Tu as l’impression de vivre le moment au ralenti, en décomposition de mouvements. Ses doigts qui se serrent autour du manche de son uchigatana, la lame qui coulisse dans son fourreau et qui vient faire se refléter les faisceaux lumineux de la bougie. L’épée brille dans l’obscurité et tes yeux son rivés sur son tranchant, ton souffle retenu dans ta gorge comme si tu le sentais déjà effleurer la peau fine de ton cou. Tu tangues dangereusement, tremblante, te forçant à ne pas rechercher des repères dans le noir pour te maintenir debout. S’il faut faire face à la mort, autant le faire dignement.

L'expression du démon est imperméable, c’est à peine si tu l’as vu ciller. Tu ancres ton regard au sien, quittant son arme pour soutenir ses prunelles d’or une dernière fois. Finalement, ces deux ambres étincelantes formeront ton ultime vision du monde des vivants. Puis la distance entre vos corps se réduit, il est presque contre toi. Tu serres les poings. Tu as l’impression de peser une tonne et qu’en même temps la moindre brise pourrait te faire chanceler. Ton crâne bascule en arrière alors que ton cœur loupe un battement, ton menton frôle le torse de Dragon. Tu te prépares à entendre ton sang gicler dans la pièce comme une musique finale, dernier son audible de ta courte vie.

Mais le souverain t’esquive au dernier millième de seconde. Son corps contourne le tiens dans un pivotement rapide et il te dépasse pour faire le tour du bureau et retourner à la porte. Tu sens ton corps se relâcher violemment et tu chavires en avant, prenant finalement appui sur le bureau pour reprendre ton souffle. Tu inspires profondément, comme si tu venais de nager dans des abysses insondables, prête à te noyer et que l’on venait subitement de te propulser à la surface. Ton poing vient rejoindre ta cage thoracique et tes doigts s’ouvrent sur ta poitrine où tu sens ton cœur pulser avec une sauvagerie rare. Tu as soudainement froid, comme si tu te vidais de toute substance et que tes membres s’engourdissaient d’un commun accord. La sensation est perturbante et très désagréable. Mais tu n’as pas le temps de te remettre de tes émotions et de ce sentiment de mort imminente qui t’a envahi.

Dragon ferme la porte, la scellant à l’aide d’une planche de bois. Tu le regardes faire, incrédule. Est-il en train de vous enfermer dans le bureau et de te priver de ton seul espoir de repli ? Il l’est. Tu observes la sortie condamnée comme on suivrait du regard la chute d'une clef qui viendrait de tomber entre les barreaux d’une bouche d’égout. Le démon fait volte-face, tu le scrutes depuis l’autre extrémité de la pièce, détaillant ses contours dans la pénombre. Il dépose son uchigatana contre le porte-manteau. Tu portes ton attention sur l’arme l’espace d’un instant fugace. Serait-ce un avertissement ? Une menace en cas de tentative d’évasion ? Une mise à l’épreuve ? Comment ne pas penser à l’éventualité de se ruer dessus pour s’en servir ? Il te faut résister à la tentation de t’en emparer. Même pour te défendre.

Il revient vers toi et tu te redresses à son approche, abandonnant ta posture souffrante pour recouvrer ton aplomb et ta ténacité. Mais tu déchantes bien vite. Le souverain t’attrape par les épaules sans te ménager. Tu te sens secouée par ce simple geste ampli de vigueur. Tu frémis, ton aura se déployant tout à coup avec plus de bestialité autour de toi pour venir t’envelopper et t’éviter de flancher. Tes yeux cherchent les siens.

▬ Renier sa race est le pire des crimes pour un divin, j’espère que tu en es consciente. Ton intrusion, malgré mes avertissements, ne peut pas être exempte de punition, aussi dure soit-elle.

Ta respiration se bloque lorsque ton dos rencontre brutalement le mur. Tu as parcouru les quelques mètres en un éclair, propulsée par la force du démon qui t’a poussée jusque-là. Il te retranche entre ses bras qui forme un étau étroit. Tu te sens prise au piège. La peur s’agite à nouveau en toi, tes pupilles se dilatent un peu plus et tes doigts viennent crocheter le tissu recouvrant ses biceps comme pour y trouver une prise désespérée. Tu sens son aura t’assaillir sans ménagement. Elle s’enroule autour de ton corps dans une contorsion infernale qui te ferait presque recracher ton âme. Elle fait se dresser ton épiderme, attentif aux moindres fluctuations, alors que la tienne tente de se mêler à elle, dans un espoir vain de réfréner l’étreinte, comme un dernier rempart qui te protégerait de son intrusion. Les ténèbres qui entourent le souverain liées aux tâches obscures qui te sont désormais propres t’étouffent, emprisonnent ton esprit dans un flux de sensations envahissantes qui te préviennent d'établir une bribe de réflexion.

Ton souffle s’accélère alors que tu sens ses ongles contre la peau gelée de tes bras. Il se saisit de ton corps comme d’un meuble encombrant, venant faire se percher ton visage à hauteur du sien. Tes yeux se plantent dans ses deux fanaux dorés. La terreur t’envahit encore une fois. Tu te pensais sauvée mais Dragon semble finalement avoir choisi de te châtier. Tes paroles n’auront pas suffi. Il a fait son choix. Tes iris chevrotantes tentent toujours de lire quelque chose au fond des perles ambrées qui se dressent en face d’elles, mais rien ne transparaît, si ce n’est un feu calme pourtant ravageur. Qui ronge un bois tranquillement, sûrement, comme si sa pérennité était assurée par une cheminée bien remplie.

Tu commences à paniquer. Ton corps pendu au-dessus du vide de quelques dangereux centimètres est lourd à porter. Tes muscles sont tendus, tes abdos travaillent pour te soutenir, arrachant des vagues de douleurs horribles dans ta cage thoracique. Ta côte fêlée te fait terriblement souffrir. Tu ne parviens pas à respirer correctement et tu halètes avec difficulté.  

▬ Cependant, je dois t’accorder ta ténacité. Tu crains la mort, mais tu as choisi de l’affronter pour te délivrer des tiens. Plus rien ne sera jamais comme avant une fois que tu ne seras plus une ange. Alors laisse-moi te poser une question : te sens-tu capable de tuer la reine, Alice ?

Tu cesses lentement de gigoter. Tu prends conscience de ses mots peu à peu, les analyses un par un puis dans leur globalité. Tes mâchoires se serrent.

Est-ce que j’en suis capable ? Oui. J’en ai envie. Je m’en donnerai les moyens. Et rien ni personne ne m’arrêtera. Mentalement j'suis prête. J’ai rien à perdre, si ce n’est ma propre vie. Même ça, j’suis prête à le sacrifier. Maintenant est-ce que je peux le faire ? Non. Je n’ai ni la force ni les ressources nécessaires pour y parvenir. Tu m’aiderais Dragon ? Mais est-ce que je veux détruire la reine pour toi ? Ou pour moi ? Et puis pourquoi moi ? Pourquoi envoyer une ange venue se perdre dans ton bureau couper la tête de la reine pour te la ramener ? Pourquoi pas un démon ? Pourquoi pas toi ? Après tout, n’importe qui d’autre ferait l’affaire. Suis-je la mieux placée pour ça ? Je peux. Je veux. Et est-ce bien raisonnable au fond ?

Tu te demandes quel est le but d’une telle question. Est-ce que c’est une demande sérieuse cachée ? Un simple test ? N’as-tu pas été suffisamment claire dans tes propos ? Bordel, tu réfléchis beaucoup trop Alice. Et pendant ces secondes de songes, ton corps continue d’endurer la douleur lancinante qui pointe entre tes côtés et irradie dans ton ventre en plus de se ramifier dans les muscles de ton cou.

Puis, tu prends une soudaine inspiration. Tes doigts s’agrippent aux bras de Dragon avec fermeté. Dans un effort colossal, à la manière d’une traction, tu soulèves tes jambes et vient enserrer le corps du démon. Tes chevilles se croisent derrière lui et ton dos adhère aux pierres pour soulager la pression subie par tes côtes. Tu te portes à la force de tes cuisses, assise sur les hanches du souverain. La douleur se fait moins ressentir et tu papillonnes frénétiquement des paupières en retrouvant un souffle plus régulier, comme si quelque part, tu étais soulagée. Tu attires Dragon à toi pour raffermir ta prise.

Tu n’as pas réfléchi, cherchant uniquement une position plus confortable, si cet adjectif peut convenir à la situation actuelle. Tu sais bien que ton objectif n’est en rien agressif. De toute façon, si ton but avait été l’attaque, agir ainsi aurait été totalement stupide. L’impression de rétablissement d’équilibre des forces en présence n’est qu’illusoire. Dragon a toujours le contrôle de la situation. Il te tient. Tu ne peux rien faire contre ça. Tu viens même de lui offrir l’opportunité de te maintenir plus fermement encore. Ce serait une vaine tentative d’avoir le dessus. C’est peine perdue. Qu'il prenne ce geste comme il le souhaite.

Tu laisses échapper un long soupir qui se transforme en rire léger, ta tête penchée en arrière, sentant la pierre venir décoiffer ta crinière de charbon. Ton corps collé contre celui du démon te permet de discerner sa respiration et tu percevrais presque ses battements de cœur. Ça le rendrait à peu près normal. Un divin parmi tant d’autres. Il est bien vivant, ce n’est pas un être supérieur.

Non. Plus rien ne sera jamais comme avant.

Ton visage se crispe en une moue déterminée. Tes yeux sont noirs de haine, noyés dans cette volonté résolue d’en finir une bonne fois pour toute. De régler cette affaire pour passer à la suite des hostilités. Le marché avec Dragon devra se négocier, les conditions s’établir et enfin tu pourras envisager une ombre d’avenir. Ton âme vibre en écho à ta colère, à cette force qui n’a pas fini de t’inonder et que tu espères ne pas voir te submerger.

Tes émotions sont chamboulées. Mises en cage dans ton petit corps, elles sont secouées dans tous les sens. Le démon les a agitées. Les menaces, les propositions, les questions. Tu ne sais plus démêler le vrai du faux. Tu es fatiguée de ces montagnes russes incessantes. Mais n’est-ce pas ce qui te fait te sentir si vivante Alice ? Les hauts, les bas. Et ce vrombissement sourd dans tes entrailles à chaque fois que ton corps se prend le tsunami de pleine face. La proximité du souverain t’interdit de mettre de l’ordre dans tes idées. Pour le moment tu n’es que hardiesse. Yeux dans les yeux.

▬ Je suis capable de le faire, seulement si vous me montrez le chemin.

Tu serres un peu plus ta prise, tes muscles commençant à s’endolorir. Ta cheville droite glisse sur le tibia opposé et le mouvement rapproche encore davantage Dragon de toi. Ton souffle saccadé doit lui caresser le visage.

▬ Je tuerai la reine, si vous me dites comment faire.

Tu laisses une nouvelle seconde s’étaler dans le silence, seulement briser par une profonde respiration et tes dents qui viennent mordre fermement ta lèvre inférieure pour te rappeler l'effort continue que tu exerces.

▬ Satisfait ?

D’autres questions, Dragon ?

HRPG:
 


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