Ressasser le passé est-il synonyme de vérité ? [Feat: Jake Ludefalsius & Linnéa Krämer]

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MessageSujet: Ressasser le passé est-il synonyme de vérité ? [Feat: Jake Ludefalsius & Linnéa Krämer] Dim 2 Juil - 20:19



Jake Ludefalsius & Linnéa Krämer






Ressasser le passé est-il synonyme de vérité ?







La fenêtre était ouverte, laissant passer un léger courant d’air dans la demeure de Jake. Si vous tendiez l’oreille, vous pourriez percevoir une mélodie se frottant et flottant au rythme de la brise du matin : vous l’aurez compris, le jeune homme était en train de composer. Fermant les yeux comme pour se concentrer, il pianotait instinctivement, laissant la musique parler pour lui. La veille, Jake fit un mauvais rêve. Enfin, son subconscient lui rappela plutôt son passé, sa vie antérieure, son vécu… Ses souvenirs sur sa famille, les conflits, la corruption, la manipulation, tout refit surface dans son petit esprit tordu… Il faut savoir que Jake, lorsqu’il se retrouve seul, est très lunatique sur les bords. Ce qui n’est quasiment jamais le cas quand il se met à aller faire un tour en ville. Surement le prendriez-vous pour le genre d’homme stéréotypé qui aurait comme façon de penser « Je sourie en toutes circonstances devant les autres, et me plains sur mon propre sort une fois seul » sauf qu’il n’en était rien. Au contraire, Jake aimait faire transparaître ses sentiments au travers de la musique. Il ne s’apitoyait pas mais les exprimait. Faîtes bien attention à cette nuance. Terminant son accord, il s’arrêta et remis bien en place une mèche rebelle venu l’embêter. Je vais prendre un bain, ça va me changer les idées… Faisant couler l’eau, il se dirigea ensuite en direction de la cuisine et y prépara un thé vert. Pendant que ce dernier chauffait, il retourna d’où il venait et « plongea » avec vivacité dans la baignoire. A peine eut-il le temps de prendre ses aises, qu’il poussa un soupir de soulagement, ses os, se décontractèrent au contact de l’eau tiède comme si le jeune vicomte était quelque peu tendu. Sa tête à moitié immergé dans l’eau, seule la partie haute de son visage demeurait visible. Il fixait l’eau, limpide, transparente. Soudainement, son regard changea, il arborait un air joueur. Gonflant ses joues, faisant mine de tirer la moue, il se mit à souffler provoquant des bulles allant se mélanger avec la mousse qui commençait à apparaitre. Cet acte quelque peu stupide et immature, le fit sourire et oublier tous ses petits tracas.

Un sifflement aigu l’extirpa de son amusement : il en vint à oublier le thé qu’il avait laissé sur le gaz ! Lâchant un juron, il saisit au passage une serviette, se la mit autour de sa taille et repartit de nouveau au pas de course en direction de la cuisine. Eteignant in-extremis la plaque, il s’assit pour souffler, rassuré. Pendant un cours laps de temps, le jeune démon eut des sueurs froides, de peur que la situation puisse empirer. Remontant et allant une énième et dernière fois en direction de la salle de bain, il termina de finir son « train-train quotidien » comme il le disait à savoir, se brosser les crocs, se coiffer s’habiller etc etc…

De bien meilleure humeur qu’auparavant, il s’installa au salon et se servit une tasse de thé, la vapeur d’eau venant chatouiller sa peau. Ouvrant la fenêtre du rez-de-chaussée, il prit appui avec ses coudes sur une rambarde et posa sa tête sur la paume de sa main droite, regardant le monde dehors affluer.

- « Bon, sortons prendre l’air. Rester chez soi, c’est bien, mais sortir c’est mieux !  »

Tout était dit. Sur un coup de tête, notre jeune Jake, prit son manteau, le vêtit, fredonna un petit air et sortit. Sauf que cette fois-ci, il ne voulait pas voir la ville. Il désirait en connaître les alentours. Ainsi, il partit en direction de l’extérieur de la citadelle. Ses oreilles se baladant un peu partout, il apprit qu’un magnifique lac se trouvait non loin de Damned Town. Marchant joyeusement vers sa nouvelle destination, quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il parvint à la trouver ! L’endroit était d’une beauté ! Le lac reflétait les rayons du Soleil éblouissant le jeune homme qui devait plisser les yeux afin d’y voir quelque chose. L’herbe était verdoyante, s’agitant au rythme du vent. Les sapins de l’autre côté de la rivière était tout aussi vert. En somme, c’était un endroit parfait pour pique-niquer. D’ailleurs, plus le jeune homme regardait ses arbres plus il voulait y grimper. Friand des hauteurs, il se disait que c’était un endroit parfait pour contempler ce beau paysage. Se dirigeant vers ce dernier, il ne put tout de même s’empêcher de se dire que la cité et ses alentours étaient parfaits. Mais, beaucoup trop parfaits. La faune et la flore s’harmonisant à merveille, personne ne manquait de rien, l’écologie y était respectée, les humains vaguaient à leurs diverses occupations, insouciants : non, forcément tout n’est pas beau, n’est pas rose. La preuve, lui, jeune démon avait débarqué ici. Damned Town ne pouvait pas être tel qu’il le voyait. Des choses se tramaient dans l’enceinte de la ville, c’était obligé.

Se positionnant sur une branche d’arbre solide, Jake y étendit ses jambes afin d’y prendre ses aises. Sortant son éternel montre à gousset en or, seul souvenir de sa famille il l’ouvrit, non pas pour regarder l’heure, mais juste pour apprécier la mélodie qui en sortait. C’était lui qui l’avait composé, et l’avait offert pour l’anniversaire de sa défunte mère. L’enfant qu’il était se souvint de ses dernières paroles : « Je suis fier de toi mon petit Jake, je mets beaucoup d’espoir en ton avenir ; je sais que tu accompliras de belles choses quand tu seras grand. »

Refermant la montre, la mélodie s’estompa. Malgré ses efforts, une larme finit par couler sur la joue de notre jeune démon… Le passé hein ?...





HRP:
 

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MessageSujet: Re: Ressasser le passé est-il synonyme de vérité ? [Feat: Jake Ludefalsius & Linnéa Krämer] Dim 2 Juil - 23:14

Ressasser le passé est-il synonyme de vérité ?
J’avais beau aimer la nature et ses dérivés, je ne pouvais m’habituer à la dureté de mes nuits. Cela faisait quatre jours, jours pour jours que Tao et moi nous étions acquittés de notre mission aux ruines. Depuis, je n’avais plus eu de nouvelles, chacun s’en étant allé de son côté. Certes, nous avions évoqué la possibilité de nous revoir, sans avoir à se confronter à la poussière et aux secrets. Mais allions nous vraiment un jour nous recroiser ? Pas aujourd’hui, je l’espérais fort. Mon arrivée à Damned Town avait été ce qui m’était arrivé de plus beau depuis des lustres mais je n’avais pas pensé à la difficulté de l’administration qui l’organisait. Il allait me falloir encore un peu de temps avant de réunir tous les papiers en vue de mon futur logement. En attendant, je sommeillais là, sous quelque peuplier reculé. Chaque début de crépuscule incluait le rituel : il me fallait jouer à cache cache avec le gardien, et jusque là, je me débrouillais plutôt bien. Une fois qu’il s’était assuré que la quasi-totalité du monde s’était éclipsé, il fermait les lourdes grilles qui quadrillaient le parc que je squattais, revenant de temps à autres de son pas lourdaud, pour s’assurer que rien ne bougeait. Silencieusement, j’allais me planquer derrière quelques buissons à proximité, et attendais, sans bouger, échappant aux faisceaux d’une lampe aveuglante. Le souci avec cette façon de procéder, c’est que mes cycles étaient entrecoupés de réveils ponctuels. Je ne dormais pas assez, ne pouvant m’endormir que très tard, quand il se décidait à fermer et était réveillé dès l’aurore par ce même personnage. M’enfin. Au moins, je pouvais dormir et rien ni personne hormis lui n’étaient jusque là venus me tourmenter. L’avantage du gardien.. Cela m’avait évité de voir ma précieuse lame dérobée. Oui, cela faisait quatre jours, mais je ne m’en étais pas lassée, elle me fascinait toujours autant. Quand je craignais qu’une silhouette ne surgisse dans la pénombre obscure, quand un bruit me paraissait plus que suspect, c’est elle que je tirai à moi, dans la piètre illusion qu’elle me protégerait. Bon, j’avais peut-être oublié que c’est moi qui la maniais. Le dernier petit bémol était qu’à chaque fois que je m’assoupissais, l’image d’un inconnu se glissait sournoisement derrière mes paupières baissées. Cheveux noirs, traits tirés, sa figure équanime me hantait. Son aura glissait perfidement autour de moi, tentant de venir mordiller la mienne recroquevillée à la manière d’un chien qui se voudrait de me tenter à revenir jouer. Sa voix suave venait m’ensorceler en même temps que son regard m’hypnotisait. Soudain, il m’attrapait par les cheveux, me forçait à m’agenouiller, et de là me faisait la morale, me reprochant d’avoir tourné le dos aux miens. Nous avions connu plus terrifiants comme rêves angoissants, mais à chaque fois, je me réveillai le cœur battant, et mettait de longues minutes avant de retrouver Morphée. Qui était-il, pourquoi rêvais-je de lui sans l’avoir rencontré ? Oui, j’avais abandonné l’idée qu’un tel mirage ait pu un jour avoir lieu. C’était impensable. Si la route d’un démon j’avais croisée, il m’aurait illico presto renvoyée d’où je venais. Ou m’aurait tuée. Il ne m’aurait pas affabulé de récits en tout genre, avec le maigre espoir de me voir replonger. C’était impensable.

A l’aube de ma cinquième journée, je me levai en grimaçant, tout mon dos me lançant. N’y voyez rien d’inhabituel, il me fallait toujours une bonne dizaine de minutes avant de me remettre de ce sommier fort peu travaillé. M’étirant à demi-souplement, je fis craquer nombre de mes articulation, avant de me lever. Sur mon crâne, mes cheveux ébouriffés avaient à nouveau quelques invités. Des filaments d’herbes avaient entrepris de venir les orner. S’ils avaient été un peu mieux ordonnés et de quelques peu fleuris, je me serais plu à imaginer là quelques couronne florale. Malheureusement, j’étais loin de ressembler à une personnalité de rang élevé. Baillant sans m’y attarder, je tournai les yeux vers le soleil qui se levait, le saluant muettement. Au moins, ce qui était bien avec cette manière de fonctionner, c’est que je ne perdais pas une miette de ma matinée. Il fallait toujours positiver, surtout quand un rien pouvait nous inciter à pleurer. Après avoir terminé ma petite séance d’étirement, déliant mes muscles contracturés, je me rassis, attaquant de bon train le pain que je m’étais procuré. Malheureusement les provisions si généreusement procurées par les moines avaient fondues comme neige au soleil mais la ville pullulait de commerces en tout genre qui m’avait heureusement permis de me remettre à flot. Seule l’administration et leurs centaines de prérogatives me posaient toujours problème, il me manquait vraiment que cela. Je secouai la tête en imaginant la réaction de Radja s’il me voyait comme ça. Oh, il rirait, à coup sûr, se moquant de cette tignasse emmêlée qu’il allait falloir que je traite patiemment sous peine de devenir chauve à jamais. Ceci fait, il viendrait partager les rations, observant silencieusement ce qui nous entourait. Et là, de son sourire rayonnant, il me demanderait tout doucement si l’envie de me promener me prenait. Oh que oui. Mes jambes fourmillaient de l’envie d’aller marcher. Mon petit-déjeuner englouti, je me levai sans tarder, levant le camp sans plus m’éterniser. Avant toute chose, j’allais une fois de plus me rendre aux douches communes, histoire de me faire un brin de toilettes. Je voulais bien passer mes nuits à côtoyer le vent frais, mais sacrifier mon hygiène, ça, jamais. Une fois là bas, je rattrapai cette chevelure indomptée, la coiffant soigneusement. Douchée, prête à y aller, je partis sans attendre, me demandant bien où j’allais pouvoir aller me promener. La forêt, le temple et le lac étaient mes lieux favoris. Ils étaient peu fréquentés ! Mais aujourd’hui, la pureté de l’eau m’attirait. Soit, c’est là bas que je me rendrais. Un sourire aux lèvres, je me mis en route, la pelle ramassée lors de notre fouille avec Tao, me battant le bas du dos sans ménagement.

Du parc où je « logeais », je mis une quinzaine de minutes tout au plus, de ma démarche soutenue, à gagner les bords de la perle bleutée. Une fois arrivée, je m’arrêtai, profitant des rayons nouvellement nés qui se reflétaient sur la surface tranquille du géant qui sommeillait. Des joggeurs avaient déjà entamé leur entraînement, certains se boostant au son de quelques rythmes endiablés, d’autres ne pouvant s’empêcher de s’arrêter pour venir tremper les pieds. En voilà une idée qu’elle était bonne ! Je plagiai allégrement la petite rousse qui venait de le faire, et vint m’asseoir sur un rocher. De là, j’entamai une petite séance de méditation, les mains posées à plat sur mes cuisses immobiles. Ne vous attendez pas à ce que je vous dise que j’étais habituée à ce type de procédé. Cela serait mentir. A la vérité, je ne m’y étais mise qu’à mon arrivée. L’ambiance du temple, la simplicité de ceux qui y vivaient m’avaient frappée. Là bas, pas de précipitation, pas de frustration. Tout le monde prenait son temps, réfléchissait à ce qu’il faisait. Cela m’avait considérablement détendue. Depuis, je m’appliquai, tous les matins à rechercher cette sérénité qui m’avait habitée. Cela était si.. reposant. Inspirant et expirant longuement, je finis par rouvrir les yeux. Constatant que le soleil s’était déjà bien élevé, je me décidai à faire le tour du lac, profitant du fait que les enfants tumultueux n’étaient pas encore de sorties. Ce n’est pas qu’ils m’horripilaient, mais disons qu’en ce moment, l’introspection était de mise. J’avais besoin de trouver des réponses aux questions qui me titillaient, de remettre un peu d’ordre dans ma vie chamboulée. Mais pour l’instant, l’heure n’était pas à se chercher, mais plutôt à se promener. M’engageant sur le sentier principal, je me retrouvai rapidement au travers du petit bois. Une douce musique y régnait. Elle me mit du baume au cœur. Mon sourire n’en fut que plus grand, lui qui illuminait déjà mes traits fatigués. Il en aurait presque pu effacer mes cernes violacés. Mais il ne fallait pas non plus trop lui en demander vous savez, il faisait déjà ce qu’il pouvait. Règle numéro une pour ne pas flancher, toujours positiver. En écoutant le rythme qui en découlait, je me surpris à ne pas reconnaître les notes qui s’alignaient, en parfaite harmonie. Zut alors ! Tournant la tête de gauche à droite, je ne vis nul musicien. Personne d’ailleurs dont la présence aurait pu expliquer la symphonie qui me chatouillait. Hum.. Avait-on oublié sa boîte à musique dans le coin ? Intriguée, je m’arrêtai au point où le volume était à son paroxysme et pourtant, je ne pus localiser son origine. Un simple claquement clôtura le morceau. Dommage.. Ma jambe frémis alors que mon muscle s’apprêtait à me remettre en branle.

Ploc.

Oh non… ne me dîtes pas que les pigeons… Grimaçant par avance, je passai une main au niveau de ma tempe, essuyant la substance inconnue qui venait de me couler dessus. Hésitant à regarder, je fis tout de même un effort, quitte à me retrouver nez à nez avec quelque fiente. Quel ne fut pas mon étonnement de voir.. de l’eau ? Sans comprendre, je regardai la surface du lac. Aussi lisse que possible. Avait-il plu récemment ? Levant les yeux vers la cime des arbres, je vis ce à quoi je m’attendais le moins, : une paire de botte au subtil mélange noir et blanc. Hum.. Les pigeons avaient bien changé dis donc. Bourré d’OGM ? Nullement. Il s’agissait là seulement d’un sacripant qui s’essayait à faire le singe. Rassurée, je me décalai sur le côté, histoire de ne pas être sur le trajet de ses bottes si elles en venaient à tomber.

« C’est confortable là haut ? »

Les yeux tournés vers l’inconnu qui était tranquillement installé, je pris la peine d’essayer de discerner les traits dont il était constitué. Malgré les feuillages qui couvraient les branches, il demeurait en grande partie à contre jour si bien que je ne pus que constater la coupe étrange des vêtements qu’il portait. Il ne s’habillait pas au coin de la rue celui là. Où celle là ? Je ne savais à vrai dire pas. Une longue natte se balançait au rythme du vent, semant le doute dans mon raisonnement.


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MessageSujet: Re: Ressasser le passé est-il synonyme de vérité ? [Feat: Jake Ludefalsius & Linnéa Krämer] Mar 11 Juil - 16:27



Jake Ludefalsius & Linnéa Krämer






Ressasser le passé est-il synonyme de vérité ?







Regard perdu dans le vide, transcendant sa montre, Jake devait donner une bien piètre impression autour de lui. Vous connaissez ces moments où l’on a qu’une envie, c’est d’être tranquille ? Et bien là, c’était pareil pour lui. C’est vraiment le moment de réagir comme ça, il n’y pas à dire ! Seulement, les sentiments sont une chose qui ne se contrôle pas. De plus, à certains sujets, notre jeune démon est très sensible. Même en le niant avec brio aux yeux de tous, une fois seul avec sa conscience, c’est une autre paire de manche…

Depuis sa branche, ses yeux émeraude se portèrent vers le lac scintillant. Les oiseaux y chantaient ; ils étaient porteurs de bonheurs comme disait sa mère. Esquissant un sourire en repensant à elle, il fut rapidement extirpé de ses pensées par une voix féminine.

- « C’est confortable là haut ? »


Pris de surprise, Jake sursauta, glissa, se heurta, et finit par tomber de l’arbre par lequel il était suspendu. Il plissa d’abord des yeux, se frottant la tête dû au coup qu’il avait reçu. J’ai bien entendu quelqu’un, je n’ai pas rêvé ? Grognant à cause de la douleur ressentie, il se retint toutefois de vociférer quelques injures avant de ré-ouvrir une de ses paupières et de découvrir une présence à ses côtés.

Il ne pouvait distinctement la cerner, le choc le faisait voir légèrement flou. Cependant,  il put distinguer que cette fameuse présence semblait regretter son acte. Percevant tant bien que mal ses gestes, Jake vit qu’elle semblait s’agiter dans tous les sens tout en lui parlant.

Trouvant sa position des plus inconfortables, le démon s’empressa de se lever : bien trop vite évidemment. Il tituba, voulant reprendre ses repères.

-  « Aïe aïe aïe, même petit je ne tombais jamais des arbres… »


Dépoussiérant les éventuelles saletés présentes sur ses habits, une chose tilta chez le jeune homme. Mes gants, je ne retrouve plus mes gants !
Heureusement pour lui, il les retrouva bien vite. Une dernière formalité avant de s’assurer que tout allait bien pour lui, il mit une de ses mains dans ses poches afin de vérifier si sa montre y était. Se trouvant bel et bien à cet endroit, rassuré, il finit par pivoter sur lui-même afin de se retrouver nez-à-nez avec cette mystérieuse voix, daignant enfin lui consacrer de l’attention.

- « Oui c’était confortable, jusqu’à ce que l’on décide de me faire perdre mon équilibre. »

Bizarrement, Jake lui dit cela d’un ton froid. Elle n’y était pour rien. La nature appartient à tout le monde et il n’est surement pas le seul à aimer s’y repaître. Elle était juste là au mauvais moment.

Recouvrant la vue, il la scruta, plongeant ses yeux dans les siens. Marrons, enfin, châtains. S’accordant avec ses cheveux, la jeune femme semblait passer de mauvaises nuits depuis quelques temps au vu des cernes qu’elle avait.
Malgré cette brève description, la nature de notre démon refit surface. Il ressentit une aura du moins une sorte de distinction. La personne se tenant devant elle n’était rien d’autre qu’un démon déchu… De ce que Jake entendit aux enfers, ses semblables et lui-même ne sont-ils pas censés traquer ces êtres et les exterminer ? Voilà déjà une chose que je n’aime pas ici. De toutes manières, il n’était pas ici pour s’amuser à jouer à l’ours voulant chasser une proie.

Assez bavassé avec ma conscience, il est temps de faire les éternelles présentations et courtoisies envers les nouveaux visages, tel le veut la coutume.

- « Toi aussi, tu aimes regarder la nature opérer et admirer ce qu’elle devient ? »


Ce n’était pas du tout des présentations, mais Jake s’en fichait. Après tout, faire la connaissance d’une personne en de telles circonstances est peu commun alors pourquoi ne pas aller jusqu’au bout dans l’absurdité ?




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MessageSujet: Re: Ressasser le passé est-il synonyme de vérité ? [Feat: Jake Ludefalsius & Linnéa Krämer] Lun 24 Juil - 14:05

Ressasser le passé est-il synonyme de vérité ?
J’avais mis quelques minutes avant d’éclaircir ma voix et de l’aborder, histoire de cerner plus ou moins le type de personne qu’il était. Mieux valait cela que de partir tête baissée et risquer de se faire remballer. Pas que le fait de me faire agresser verbalement ne m’effraie. C’est pas comme si l’on s’adressait à moi comme une moins que rien seulement de temps en temps. J’avais en effet la malchance de ne côtoyer depuis le début dans cette ville que de mes « congénères » et dieu seul savait à quel point ma présence les excédait. Ils détestaient les individus comme moi, les « traîtres », ceux qui faisaient honneurs à leurs rangs. Ils avaient beau ne pas le dire clairement, à chaque fois qu’ils venaient me sonder, je sentais clairement le frémissement dégoûté de leur aura, le changement sans précédent qui les secouait. Je les répugnais, et j’avoue que ce sentiment était délicieux. Cela signifiait que je me rapprochais de la caste immaculée que je visais. D’autant plus que de base, je n’en demeurais pas moins de sang-pur. Raison encore plus grande de me haïr et de vouloir me faire la peau. Mais il n’est pas encore né celui qui me fera plier, encore moins celle qui pourra me tuer. Je le savais en plus, que je ne devais pas aller me frotter aux démons. Je les détestais autant que eux me rabaissais, la froideur qui m’habitait encore légèrement les tenait responsable de ce que j’avais enduré et l’envie tenace de me venger ne m’avait jamais quittée, entachant mes desseins que je voulais lumineux et généreux. Ils n’avaient pas fini de me compliquer la vie, m’ayant pourri le coeur de cette promesse de violence contre eux. J’aurais du m’estimer heureuse d’être capable de prendre du recul sur ma caste au point de les condamner, mais ce n’était pas forcément très altruiste et bienveillant que de vouloir les faire souffrir, leur faire endurer en retour ce qu’ils m’avaient fait vivre. Et pour cette impureté que je portais en moi, je savais que les portes du Paradis me demeureraient fermées. Mon sang de démone y jouant en plus de cela beaucoup. Jamais ils ne m’accepteraient vraiment, je le savais pertinemment. Mais cela ne tarissait pas mon envie de les rejoindre. Le monde était tellement beau, pourquoi ces enflures de chiens de Satan prenaient-ils le parti de le dégrader, de s’attaquer à la bonté humaine, de la détraquer ? Insensé. Et pourtant on ne peut plus vrai. C’est pourquoi il fallait le changer, quitte à ne jamais vraiment trouver sa place en retour. C’était un prix à payer pour voir son idéal triompher et j’étais prête à m’y résoudre. De toute façon, le plus dur avait été de me dire que je serais sans famille. Maintenant que je m’étais sevrée, je pouvais bien vivre quelques années de plus accompagnée de ma solitude non ?

Mais alors, si je tenais à l’égard de mes confrères tant de haine, pourquoi m’étais-je adressée à celui là ? Bonne question, très bonne question. Mais de loin, son aura m’avait déjà intriguée. Noire comme celle des autres démons, elle était toutefois assez… déroutante. Une pointe de nostalgie la blanchissait, et je la sentais vibrer, pleine d’une émotion que je ne retrouvais pas forcément chez les autres. Méfions nous de l’eau qui dort comme on dit, mais en l’occurrence, la seule eau tranquille qui me semblait digne de s’exciter, c’était celle du lac dont la surface était des plus lissées. Donc.. aucun danger. Et puis, au vu de l’air absent qu’il prenait, il s’était absenté. Il mettrait donc à coups sûrs quelques temps à revenir à ses esprits, suffisamment pour que je puisse filer si en fait agressif comme tout il se montrait. Sur ce point, j’avais raison. Ma voix vint écourter sa contemplation, le perturbant suffisamment pour qu’il en vienne à basculer. Comprenant les risques que cela entraînait, je poussai un cri.

« Attention ! »

Cela dut encore plus jouer sur ce qui ne manqua pas de se dérouler, il chuta, sa tête venant heurter le sol avec un trop plein de violence qui me poussèrent à m’approcher. Exit la prudence, je fis de grandes enjambées jusqu’à le rejoindre, affolée.

« Monsieur ? Monsieur ? Ça va ? »

Je ne le touchai cependant pas, ne m’accroupis pas, me contentant de rester debout, le surplombant sans ménagement. Il ne dut pas trop apprécier, au vu de la tentative de redressement qu’il esquiva. Bien sûr, au vu du coup que le bas de son crâne venait de se prendre, cela entraîna des vertiges qu’il ne put contrôler, au point qu’il en vint à tituber. Par réflexe, je tendis le bras gauche pour m’emparer du sien et ainsi l’empêcher de retomber, tandis que ma droite vint se placer au niveau de son dos. A peine sentis-je qu’il se stabilisait à nouveau, il se dégagea violemment, me lâchant d’un ton froid.

« Oui, c’était confortable, jusqu’à ce que l’on décide de me faire perdre mon équilibre. »

Reculant, je me renfrognais, n’en croyant pas mes oreilles. Comme si j’avais voulu qu’il se casse la figure ! Non mais. C’était pas de ma faute si c’était un piètre équilibriste quand même ! En plus, il se plaignit en faisant le beau. Oui mais mon coco, tu n’es plus enfant, à toi de savoir faire face aux aléas. Bien évidemment, je ne pipais mot, le visage encore fermé face aux vibrations glaciales que sa voix avaient prises. A quoi je m’attendais de la part d’un démon ? Qu’il me salue gentillement ? Trop bête Linnéa. La connerie humaine semble avoir un certain penchant avec toi, ma petite. Quand te rentreras-tu dans le crâne que jamais, oh grand jamais tu ne dois te laisser avoir parce que les gens te montrent d’eux ? Jamais je crois.. J’avais toujours eu foi en tout le monde. Oui, le paradoxe. Je me méfiais de tout, tout le temps, mais en même temps je ne pouvais m’empêcher d’espérer que les gens puissent changer. Mon rêve était d’adoucir Satan lui-même. Une infiltrée dans l’âme qui se voulait distributrice de bonnes volontés. Ridicule. On aurait dit une enfant qui espérait vainement devenir présidente ou encore chanteuse alors qu’elle ne sait pas chanter. Quelles illusions.. Au moins, cela relevait de jolies chimères. C’était déjà ça, on ne pouvait me reprocher d’être pessimiste.

Mon mutisme s’aggrava alors que je sentis ses yeux glisser sur moi. Serrant les dents, je constatai avec soulagement qu’il se contentai de mon visage, butant sûrement sur ces maudites cernes qui me marquaient. Baissant les yeux, je ne reculai pas. S’il pensait vouloir m’effrayer en venant me sonder, c’était loupé. Il n’avait qu’à me reprocher ma nature, me cracher sur les pieds si cela lui chantait, je ne lui ferais pas le plaisir de le laisser en paix, et ainsi repartir la queue entre les pattes. Son aura ne respirait plus la douceur que j’y avais précédemment décelée. Ayant retrouvé tout son potentiel, elle me fit frissonner. Pas qu’elle soit des plus démoniaques, mais même. Je n’étais plus habituée à telle noirceur. Surtout que depuis mon cauchemar au temple, je me braquai aux moindres ténèbres qui m’approchaient. Et dire que là c’était moi qui m’étais aventurée…

Après de longues secondes d’un examen méticuleux, il finit par se calmer, toute animosité ayant quitté sa manière de s’exprimer. Surprise, je relevai les yeux, ne comprenant pas tout de suite le baragouinage qu’il me servit.

« Toi aussi tu aimes regarder la nature opérer et admirer ce qu’elle devient ? »

Quoi ? Je chassai cet air ahuri qui m’abrutissait, plissant les yeux en tentant de savoir si j’avais bien compris. Au vu du silence que je lui offris en réponse, il tourna la tête vers moi, le regard inquisiteur. Hum… Voilà qui n’était pas courant comme entrée en la matière surtout que je m’attendais à tout sauf à cela. Une part de moi eu envie de ne jamais lui répondre, de continuer ma route puisque j’étais maintenant assurée qu’il allait bien, mais de l’autre.. se pourrait-il que je sois tombée sur un démon… gentil ? Mes oreilles n’en croyaient pas un mot, c’était comme manger du pain sans farine, mettre des lunettes sans verre, etc. Un démon gentil, c’était.. bizarre ? C’est ce doute qui m’incita à rester. Les différences devaient être conservées, non condamnées et puis je n’avais rien à faire de ma journée, devais seulement attendre que le soleil ne se couche. Alors bon.. Autant tenter de voir si ce démon avait quelque chose de particulier où si déjà je me faisais leurrer. Prenant le parti de me tourner vers le lac, je croisais mes bras contre ma poitrine, plissant les yeux face aux rayons qui se reflétaient sur la surface bleutée.

« A croire. J’aime surtout l’imaginer reprendre enfin ses droits sur cette espèce qui cherche tant à la parquer. »

Me taisant un peu, je finis par m’asseoir, désormais sourde quant à mon instinct qui me dictait de ne surtout pas faire cela. Mon sac à dois toujours vissé sur les épaules, retombant le long de ma colonne vertébrale, je repliai les jambes vers moi, posant mon avant-bras droit sur le sommet de mes genoux.

« C’est reposant, bien loin de l’agitation incessante de la ville et de ses habitants. »

Souriant doucement, je replaçai l’une de mes mèches que le vent était venu déloger, avant de relever les yeux vers lui, grande perche qu’il était.

« Et toi ? Tu fuis aussi la ville ? »

Maintenant que je pouvais l’observer sans y perdre une rétine, je constatai qu’il paraissait débarquer tout droit du siècle dernier, voire bien avant. Étrange.. Je fronçai les sourcils de manière imperceptible alors que je le questionnai immédiatement :

« Mon petit doigt me dit que le brouahaha persistant qui y règne doit te peser non ? Ou... justement, tu découvres ? »

Ça y est, ma curiosité venait de s’activer. Mon choix était fait, je voulais en apprendre un peu plus sur ce type particulier qui se démarquait de l’ensemble de la populace. Rien qu’à voir la longue tresse qu’il abordait ! Un rire léger me secoua tandis que je continuai à le détailler, sans toutefois insister, réellement curieuse. Grand, blond, les traits du visage d’une finesse sans égale, ses yeux verts émeraudes s’accordaient avec la veste qu’il portait, son pantalon étant quant à lui plus blanc que blanc. A ses pieds, des bottes elles aussi fort peu habituelles. Partisan du passé ? Envie de se démarquer ? C’est sûr que mon style à moi devait bien contraster à côté.. M’enfin. Ni lui ni moi n’avions à nous justifier. Je le laissai donc tranquille, reportant mes deux prunelles sur les abords du lacs qui scintillaient encore de la petite rosée qui était tombée.

« Pardonnez, vous préférez que je vous vouvoie ? »

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MessageSujet: Re: Ressasser le passé est-il synonyme de vérité ? [Feat: Jake Ludefalsius & Linnéa Krämer] Mar 25 Juil - 20:58



Jake Ludefalsius & Linnéa Krämer






Ressasser le passé est-il synonyme de vérité ?







A première vue, la jeune démone qui s’était dressée devant moi semblait vouloir entamer la discussion
Pourquoi ? Que recherchait-elle ? Je ne pouvais me fier qu’aux propos des autres de mes congénères aux enfers. Il paraitrait que certains aimeraient retourner aux enfers. Mais pour cela, ils doivent affronter de terribles « démons tueurs » en espérant à ce qu’un autre démon puissant le prenne sous son aile. Sans mauvais jeux de mots.
Me considérait-elle comme un de ses énergumènes au vu de mon accoutrement ? Certes j’étais puissant et influant mais, dans une vie antérieure. Désormais je suis un banal démon qui ne fait que vagabonder dans Damned Town.
Pas de conclusions hâtives. Ne jamais confondre rapidité et précipitation comme je le disais.
En parlant de flâner, il semblerait que je ne sois pas le seul :

- « C’est reposant, bien loin de l’agitation incessante de la ville et de ses habitants. Et toi ? Tu fuis aussi la ville ? »  

A peine m’étais-je relevé qu’elle me posa des questions. La petite brunette me semblait bien entreprenante. J’aimais bien découvrir la cité, toutefois, ces environs m’attiraient davantage. Il faut dire que je semblais être comme elle :

- « Mon petit doigt me dit que le brouhaha persistant qui y règne doit te peser non ? Ou... justement, tu découvres ? »


Instinctivement, je me mis à  penser aux parcs d’attractions avec Zora. Le lac était l’exact opposé ; Calme, apaisant.

-  « Oui, j’aime les endroits tranquille, on s’y sent bien, ce sont des endroits parfait pour relativiser et réfléchir. J’aime m’y repaître et y passer du bon temps. C’est un peu comme ma seconde tanière si je puis dire.»

Qu’est ce qui me prenait de lui dire ça ? Je n’en avais pas la moindre idée. Toujours est-il que ce qui est dit, est dit.
De plus, elle m’intriguait. J’aimais beaucoup la nature est tout ce qui s’y rapportait et voilà qu’elle me sort aimer la regarder reprendre ses doigts ? En parlant de Dame Nature, si un jour vous venez à me demander qu’elle serait ma fleur préférée, je vous répondrai la rose. Diverses couleurs, diverses significations. Toutes ayant un but précis. J’étais friand de ce genre de subtilités. De plus, leurs parfums étaient exaltants, envoutants…

- « Pardonnez, vous préférez que je vous vouvoie ? »


Sa prise de parole, finit pat m’extirper de mes pensées. S’il y avait bien une chose dont j’avais horreur, c’était les formalités. Mis à part pour notre supérieur hiérarchique, pas de vouvoiement entre nous, nous sommes tous égaux. Peut-être que j’agissais mal en tant que démon et que je devrai la considérer comme une moins que rien, mais, mes principes avant tout. De plus, tant que je n’en apprenais pas plus sur elle, je ne pouvais pas prendre certaines initiatives.

-  « Je n’apprécie guère ce genres de procédés. Restons-en au tutoiement, tu veux bien ? »


Un bref silence s’instaura avant que je reprenne :

-  « J’en viens même à oublier les bonnes manières : je me nomme Jake Ludefalsius. Tu l’auras senti, je suis un démon, jeune déchue »

Ces dernières paroles, avaient pour but de voir sa réaction. Nous admirait-elle ? Ou au contraire, elle n’avait qu’une idée en tête nous renier jusqu’au dernier pour tenter de se repentir vers nos « ennemis » de toujours ?
Je ne pris pas la peine de lui demander son nom. Si elle voulait m’en faire part, elle le ferait. Je ne voyais pas les choses sous le même angle que les « communs des mortels » si je peux me permettre d'utiliser cette appellation. Faire connaissance avec quelqu’un, ça doit être mutuel. Nullement besoin d’insister en disant des choses telles que « Je m’appelle Jake et toi ? » Il faut laisser le temps faire avancer les choses : telle était ma façon d’agir.

La regardant dans les yeux, je finis tout de même par lui poser cette question :

-  « Et toi ? Pourquoi être venue ici ? »

Une légère brise se leva faisant flotter ma longue natte blonde et mes vêtements. Ce léger vent était-il synonyme de prise de distance, de méfiance ? Ou au contraire, de bonne fortune ?




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MessageSujet: Re: Ressasser le passé est-il synonyme de vérité ? [Feat: Jake Ludefalsius & Linnéa Krämer] Lun 1 Jan - 11:37

Ressasser le passé est-il synonyme de vérité ?
Plus qu’un simple petit chimpanzé qui s’entraînait à grimper, il paraissait maintenant argumenter avec sa tierce personne, cherchant à ne pas douter la meilleure façon de répondre à ma question. Au vu du temps qu’il pris pour aligner les mots qui suivirent, je sentis immédiatement que cet homme aimait prendre son temps. Ne pas se précipiter. Voir ce que les choses lui réservaient. Bien loin du stress et de la pression que les autres se mettaient, il semblait se tenir éloigné de telle manière de se comporter, appréciant le calme et la tranquillité, la recherchant même au point de s’isoler, de s’éloigner des siens.

« Oui, j’aime les endroits tranquille, on s’y sent bien, ce sont des endroits parfait pour relativiser et réfléchir. J’aime m’y repaître et y passer du bon temps. C’est un peu comme ma seconde tanière si je puis dire.»

Cela dit, le rapprochement avec la tanière me mit la puce à l’oreille. Je me crispai immédiatement, mes yeux se plissant, prêts à capturer le moindre de ses mouvements. Ils n’étaient pas si pacifiques les animaux qui logeaient là, à se camoufler dans leur tanière jusqu’à ce que soit venue l’heure d’aller chasser. Etait-ce une menace dissimulée ? Me prévenait-il déjà que de nous deux, il était le prédateur  et moi, celle à turr? Instinctivement, ma main se porta le long de ma hanche, du côté de mon sac à dos où ma dague était encapuchonnée. Sans établir de lien direct entre elle et moi, je me tins tout de même suffisamment proche d’elle pour la dégainer si jamais la moindre avancée il tentait. Sa natte y passerait en premier.

Pourtant, rien ne se fit. Il ne bougea pas d’un poil, et ce, durant de longues minutes. Désirait-il endormir ma confiance ? Peut-être. Mais en attendant, j’étais toujours autant assise, vulnérable dans telle position. Me relevant prestement, je fis quelques pas vers le lac, me plaçant d’un quart de tour en direction du démon, de sorte à l’avoir toujours dans mon champ de vision.

«  Je n’apprécie guère ce genres de procédés. Restons en au tutoiement, tu veux bien ? »

Mais de quoi parlait-il donc ? Indécise, je mis quelques secondes à me remémorer les propres paroles que j’avais pu prononcer. Simplette que j’étais ! Une conversation n’était pas entamée pour de suite passer à autre chose et la fourrer à la corbeille telle une malpropre. Cela n’était pas très convenable. Sans même répondre, ce auquel il ne prit cure, il poursuivit sur sa lancée, ayant soudainement retrouvé l’usage de sa parole.

« J’en viens même à oublier les bonnes manières : je me nomme Jake Ludefalsius. Tu l’auras senti, je suis un démon, jeune déchue »

Mon ventre se tordit à peine cette phrase fut-elle aussi anodinement balancée. Un grondement sourd s’empara de ma gorge, s’en échappant sans vergogne alors que mes jambes pivotaient à nouveau, revenant illico presto jusqu’à cet homme qui manifestement me défiait ouvertement. Les yeux rivés sur lui, j’y laissai inconsciemment percer deux ou trois fois l’envie de l’étriper alors que je me rapprochai, jusqu’à revenir à sa hauteur. Ma destination finale atteinte, je dégainai ma précieuse arme d’un geste si bien rôdé  que n’importe qui aurait pu comprendre qu’il avait mainte et mainte fois été répété. Le tranchant du bout vint entailler la blanche chemise sur laquelle je fis pression de ma dague, les yeux toujours rivés en sa direction.

« Et moi je n’apprécie guère ce genre de procédés. Parce que tu as cru que sentir ton aura et remarquer que ta est noirceur supérieure à la mienne suffisait pour te donner la permission de me parler comme à une apprentie. Je suis ton égale, rentre le toi bien dans le crâne. Si tu veux me faire la peau, comme tes semblables, viens donc te frotter à moi. Mais je te préviens, j’ai vraiment mauvais goût. »

Les lèvres pincées à chaque mots que je prononçai, je ne me soumis pas à son regard qui me surplombait. Oui, en taille, il me dominait, mais qu’importe, j’avais plus d’un tour dans mon sac et il m’était assez aisé d’affirmer que je ne tomberai pas à la première tentative de me tuer. Peut-être à la seconde mais, certainement pas à la première. Je n’avais pas fait tout ce chemin pour être évincée du jeu maintenant.

La brise se leva pile au moment où je finis de piquer ma petite crise, faisant fi de la question qu’il m’avait posée alors que j’avançai vers lui. Il n’avait nullement reculé, me laissant l’approcher sans problèmes. Un trop plein de confiance en son talent de prédateur ou seulement une confiance aveugle sur le fait que mon rang de déchue me poussait à leur baiser les pieds ?
Le grondement au fond de ma gorgé s’était arrêté depuis belle lurette, mais la froideur et la rancune de mes prunelles ne m’avaient pas quittée, dansant le long de mes iris à l’image d’un feu follet.

Pourtant, un battement de cil me fit soudainement déguerpir, me portant sur le côté comme si l’acier m’avait électrisée. Un haut le coeur me souleva le thorax avec une violence insoupçonnée, me faisant prendre appui sur le tronc le plus proche. Ma main tremblante en vint même à lâcher ma fidèle alliée qui tomba sans un bruit contre ce plateau de verdure que nous étions en train de massacrer à fouler.
Ils revenaient m’habiter. Mes vieux démons. L’envie profonde de me venger, de tous les saigner pour tout ce qu’ils nous avaient fait, à Radja et moi. Si la couleur immaculée j’avais revêtue, ce pêché aurait été violemment réprimé. Et pourtant, mon instinct lui-même s’était porté garant de mes gestes. Comment alors revendiquer mon rang de déchue et vouloir passer dans le camp d’à côté si les pulsions des miens continuaient à me hanter et à s’évertuer à me faire balancer du mauvais côté ? Mes nausées se calmèrent tandis que je respirais à grandes goulées. Les tremblements de mes membres cessèrent aussi spontanément qu’ils étaient apparus, mais je ne me retournai pas. Il n’avait qu’à ramasser cette foutue dague et me l’enfoncer dans le dos. Peut-être qu’à ma mort, Dieu aurait pitié de moi et me ferai venir dans ses rangs. Enfin.

Je forçai ma vue à ne pas se brouiller et à ne pas laisser les larmes venir m’inonder. Il y avait bien pire dans la vie, alors pourquoi persister à s’affaiblir ? De nouveau mue par mon instinct, je reviens vers lui, sans un regard, les yeux fuyant, à la recherche de ma bien aimée. Là ! Gisant toujours à terre, il ne l’avait pas ramassée, sûrement encore sonné de ce qui venait de se passer. Vive comme l’éclair, angoissée à l’idée qu’il ait pu s’en emparer avant moi, un immense soulagement s’empara de mon être lorsque le contact avec elle fut renoué. Dès qu’elle m’eut retrouvée, je reculai à nouveau, levant les yeux à la hauteur de son torse, la voix un peu bafouillante.

« Je.. je suis désolée, je ne sais pas ce qui m’a pris. Ravie de vous avoir rencontrée. »

Les oreilles sourdes aux paroles qu’il aurait pu débiter, je remis les pieds sur le sentier, m’éloignant à grande enjambée jusqu’à apercevoir un petit coin rocailleux, frontière éphémère entre terre et mer. Je m’empressai d’y grimper, venant ensuite me pencher vers l’eau limpide que je dominai désormais. D’une main empressée, je vins déranger la surface immobile, recueillant l’eau glacée que je vins projeter contre mon visage asséché. L’eau me donna ce piètre sentiment de renaître. Sa fraîcheur vint picoter mes nerfs au point de me changer quelques instants les idées, me redonnant un semblant clarté, ou du moins éloignant ces pensées si troublées. Je réitérai l’expérience une ou deux fois, jusqu’à ce que quelques unes de mes mèches soient trempées, et mon visage froid de ce traitement répété. Qu’importe, cela m’avait permis de faire un peu de vide autour de moi. Me mordant la lèvres, je coulai alors à nouveau un regard à cet inconnu. Du moins… à Jake. Et si j’étais parano ? Et s’il avait juste voulu se présenter ? Voyais-je donc le mal partout où avais-je raison de m’inquiéter de la sorte ?

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MessageSujet: Re: Ressasser le passé est-il synonyme de vérité ? [Feat: Jake Ludefalsius & Linnéa Krämer] Ven 23 Mar - 20:18




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Ressasser le passé est-il synonyme de vérité ?







Pendant quelques instants, je fus hébété de sa réaction, me contentant de rester immobile, comme paralysé. Quelle ironie du sort. A peine étais-je arrivé ici que l’on me menaçait, comme si je ne l’avais pas déjà vécu par le passé… Au vu de l’agressivité de la brunette, il était évident que le « sang des démons » était dans ses veines. Le pire dans cette histoire était ma chemise. Elle est légèrement trouée à cause de la dague. Tout juste bonne à remplacer. Cette affaire m’embêtait bien. Si ça continue, à ce rythme là, il faudra que je m’empresse d’aller récupérer d’autres vêtements dans une galerie marchande…

Fixant toujours mon regard sur cette entaille qui m’agaçait plus qu’autre chose, je ne pus tout de même m’empêcher de me faire une réflexion : en vérité, je n’étais pas assez sur mes gardes. Sans mauvais jeux de mots par rapport au lac, je dirai même qu’il faut se méfier de l’eau qui dort. Je finis par me laisser tomber dans l’herbe, bras complètement étendus, les cheveux s’éparpillant de tout part.
Plus sérieusement, avec du recul, sa violence me paraît tout de même justifiée. Enfin, je ne dis pas qu’elle n’est pas en tort. Après tout, menacer avec une arme blanche n’est pas anodin. Mais vivre sans arrêt dans l’oppression de ses congénères, telle une proie, qui me dit que je n’aurai pas réagis pareil ? Au vu de sa dégaine elle paraissait en baver… J’aurai du faire preuve de plus de tact. Ca ne ressemblait pas à mes habitudes de procéder ainsi… Me redressant, prenant appui sur mes genoux, je fus ébloui par un étrange objet. On aurait dit… Une bourse dans laquelle se trouvaient des pièces. C’était surement ces dernières qui m’avait aveuglé un instant.

Elle devait appartenir à la petite brunette. Je la pris par le cordon afin de la resserrer pour la fermer. L’observant quelques instants, elle s’emblait s’apparenter à du cuir. Peu lourde, elle ne faisait que confirmer mes suppositions : elle ne devait  vraiment pas vivre une vie facile… Etait-ce de la pitié que j’éprouvais ? Pas le moins du monde, comme je viens de le dire, ce ne sont que des suppositions. De plus, s’il y a une chose que je ne supporte pas, c’est que l’on me prenne en pitié et je ne dois pas être le seul. Alors, pour ne pas faire d’amalgame, je préfère mettre les points sur les « i ». Cependant, cette bourse venait à point nommée pour me mettre à sa recherche.

Heureusement pour moi, la retrouver n’avait pas l’air bien compliqué. Nos pseudo traces de lutte avaient marqué le sol et l’herbe était piétinée par les pas de la fuyarde. Ils menaient tout droit vers un petit sentier. Me dirigeant dans cette direction je ne pus m’empêcher de me poser certaines questions : allait-elle me menacer de nouveau ? où bien refuir ? « Comprend ton ennemi afin de mieux le berner » c’était un de mes principes. Bon, même si pour tout avouer, je ne la considérai pas comme tel vu que je ne la connaissais pas vraiment. Disons qu’il fallait juste que je me méfie cette fois-ci. Engagé dans le sentier, il ne me fallut pas longtemps pour la retrouver. En effet, près d’un petit coin rocailleux, assise de dos, elle ne semblait pas avoir prêté attention à ce qui l’entourait. Les rayons du soleil parvenaient à percer à travers l’épais feuillage des arbres, ce qui rendait le paysage vraiment apaisant à regarder. Un coin de plus que je vais devoir explorer, pensais-je avec un léger sourire aux lèvres. Etant assez agile à force de grimper aux arbres, je finis par la rejoindre sans trop de difficultés.
Ne m’ayant toujours pas remarqué, je raclai ma gorge afin d’énoncer ma présence sans trop la surprendre, puis, toujours avec ce même sourire, je finis par sortir tout en lui tendant la bourse :

-  « Jeune demoiselle, il semblerait que vous ayez oublié ceci. »




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MessageSujet: Re: Ressasser le passé est-il synonyme de vérité ? [Feat: Jake Ludefalsius & Linnéa Krämer] Sam 21 Avr - 0:21

Ressasser le passé est-il synonyme de vérité ?
Ma curiosité ne fut point comblée, le malautru resta prostré dans sa position de statuette figée. Je ne m’attendais pas à ce qu’il tourne les talons comme s’il venait de discutailler avec Janette, la mémé du quartier, mais le fait de le voir si.. aréactif me fit esquisser une moue songeuse. Avec le recul, je pouvais détailler sa tenue abracadabrante. Pas de « normalité », une excentricité pleinement assumée, il débarquait tout droit du siècle dernier, des siècles derniers pour mieux le préciser. Un cygne noir parmi ses pairs. Mais était-il vraiment l’un des vilains petit canards ?

Détournant mes yeux de ce curieux personnage, je me pris la liberté de divaguer. Revenir à mes occupations premières, me recentrer sur cet égocentrisme clairement affiché par mon esprit d’enfant en cavale, d’orpheline. Marcher le long du sentier, sentir la fraîcheur de l’eau sur ma peau, tout cela m’étais bien familier. Cela me rappelait ma situation, les gestes que j’avais répétés, encore et toujours, avant d’arriver dans cette ville si perchée. Tout quitter et marcher, marcher, et encore marcher vers un horizon dont les couleurs sont encore à peine esquissées. L’avenir se résumera t-il à un bain de sang ? A la violence d’un ouragan ? Au calme chantant des champs ? Incertain, étranger, lointain. Je ne pouvais errer sans décider de ce que je recherchais. Cela m’était impossible. J’avais fui pour la liberté. Et me voilà. Libre. Libre de mes choix, à mener la vie que j’entendais, sans avoir à me plier aux carcans, aux catégories que les miens se plaisaient et se devaient à me jeter. Mais fuir pour la liberté, à quoi cela m’avait mené ? Quelle est la vie que j’entends maintenant ?

J’avais perdu ce à quoi je tenais. Aussi violents et froids qu’ils étaient, mon sang était derrière moi, ces personnes qui m’avaient donné le sein, bercée, élevée. Ils avaient pris soin de moi et par la seule force de mes convictions, par l’opposition de mes pensées, je m’étais permise de les abandonner ? L’éducation n’est pas simplement du parent à son nourrisson. Moi, aussi inculte et bête que j’étais, j’avais tout à apprendre des autres, mais j’avais également tout à leur apprendre. L’apprentissage est une chance, un enrichissement permanent. J’avais tourné le dos à une culture à laquelle j’avais refusé d’amener ma patte. Mais la répression, l’emprisonnement, les traitements justifient t-ils vraiment de tout abandonner ? De simplement s’en aller, en baissant vainement les bras ? Rejoindre le Paradis, à qui cela profitait ? A moi, seulement. Si j’étais restée dans les abysses, j’aurais pu mener la cause que j’entendais, à la source. Certes seule, sans grande portée, au risque de devenir folle et vraiment bonne à interner. Mais là, à quoi servais-je ?

Mon manque de sécurité financière et matérielle ne me dérangeait pas. Bien que l’on ne fasse plus partie des époques dernier, si ce curieux phénomène avait pu cultiver sa garde-robe, je povais toujours m’arranger pour utiliser les techniques passées. Récolte de fruits, douches à l’eau froide, à l’aube, avant l’arrivée des citadins, etc. Le point auquel je ne pouvais cesser de penser résidait en le but que j’allais maintenant me donner. j’étais libre. Libre, mais seule. Connaissez vous ce sentiment de solitude ? Assurément que oui. L’homme est un être solitaire qui vit parmi ses pairs. Qui a besoin des siens, ou du moins de quelqu’un. J’ai besoin de quelqu’un. Ce brouillard me pèse bien plus que je n’aimerais l’admettre. Se lever le matin et n’avoir personne à qui sourire, personne à qui aller chanter faux dans le creux de l’oreille. Personne pour subir mes blagues maladroites, me faire rougir à l’idée de sous-entendus. Où est le temps ou je me réveillais à leurs côtés ? Les arbres sont devenus mes compagnons, les témoins des journées qui s’effilent. Le temps est soluble, et cela m’effraye. Il est rapide et pourtant interminable. Savez vous ce que cela est que de faire la route seul(e) ? Oh certains le font très bien, l’endurent très bien, s’y plaisent même. Ce n’est pas mon cas.

La revoici qui m’approche. A pas de loups, elle m’entoure de ses bras faussement protecteurs. « Abandonne toi à moi… Je saurais te rendre heureuse. J’ai les épaules qu’il te faut. Abandonne toi à moi... ». Son souffle tiède et putride m’effleure l’épiderme du cou, me fait frissonner, m’en donnerait presque la nausée. Au lieu de ça, mes bras se contente de venir enserrer mes genoux, les serrer très fort contre moi, à défaut que cela soit toi. C’est ma propre peau qui vient cueillir mes larmes, non tes doigts. Ton parfum me hante. Je donnerais n’importe quoi pour venir le humer. A la source, dans tes vêtements, au coin d’un restaurant. Ton contact me hante. Ce silence bienfaisant, ces regards échangés, sans que l’un ou l’autre nous n’ayons besoin de parler. A quoi servent les mots si les yeux ont déjà tout exprimé ? Si les gestes ont déjà tout illustré ? Alors oui, il me manque nos étreintes, ils me manque nos baisers volés. La malice de tes yeux qui pétillent, ces challenges que l’on se donnait, quand enfin tes bouquins tu osais quitter. C’est avec délice que je m’abandonne à la chaleur des souvenirs. Mais c’est la froideur de la solitude qui me recueille. Elle virevolte autour de moi depuis quelque temps. Je ne sais pas si c’est la même pour toi. Je ne te le souhaite pas.

Certains se plaisent à dire que nous sommes la seule et unique personne qui est là à notre premier souffle, et également à notre dernier. C’est si triste. Ne pourrait-on donc pas tout partager ? Les rires comme les pleurs, les malaises comme les moments d’aise ? Grandir à tes côtés, voilà ce que j’aurais aimé. Et alors ? Tu peux toujours trouver d’autres personnes à qui donner ta confiance, à qui t’abandonner. Certes. Mais loin de moi l’idée de me risquer à me limiter à ces êtres de chairs qui me font si vibrer et pleurer.

Si je suis partie, c’est que j’avais une idée en tête. Ne voyant rien bouger, je me suis effrayée. Pourquoi les mentalités refusaient-elles d’évoluer ? Face à un système qui selon moi, selon certains autres courre à sa perte, pourquoi persister à renier sa tragique finalité ? Pourquoi tranquillement se lover dans son canapé et ne se soucier que de son petit avenir personnel ? Bordel. « Tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ». Si tu as déjà entendu ce proverbe, c’est soit que tu me connais bien, soit que tu partage ma façon de penser. Dans tout les cas, je ne pense pas avoir à me justifier. Est-ce ma faute que de vouloir m’engager ? Que de refuser de vouloir endosser ce rôle de spectatrice tout présélectionné ?

Mais quel chemin devrais-je emprunter ? Il y a tellement de belles causes pour lesquelles l’ont devrai lutter, tellement de possibilités de servir son prochain, que je demeure paralysée. Privilégier l’éthique, prendre soin de mère Nature, défendre la liberté de penser et de participer ? C’est dingue d’ailleurs de s’en référer à un souverain, à notre époque. Cette hiérarchie corrompue des enfers, n’avait aucun sens. L’argent n’a aucun sens à partir du moment où la balance est déséquilibrée. Et le bien, a t-il un sens ? Ce terme subjectif n’a de sens que pour celui qui le prononce, n’a de traduction que pour l’esprit qui le projette. Et sur quoi se projette t-il ? Sur des actes ? Sur des caractéristiques anatomiques ? Des critères culturels ? Je réfléchis bien trop. Et pour tourner en rond en plus. Tu t’es prise pour une philosophe Ly’ ? Regarde toi avec tes cheveux gras, ton air de petite intello effarouchée, qui pense à changer le monde rien qu’avec ses pensées. Foutaises, chimères. Tu seras comme les autres. A ta mort, l’on gravera sur ta pierre tombale que tu as bien mangé, que tu as bien bu et que tu avais la peau du ventre bien tendue au moment où la première vague de terre t’a recouverte. Dès lors, comment donner un sens à sa vie ? Si dans tous les cas, seuls l’on est voué à ne rien faire avancer ? Est-ce que cela vaut la peine de faire tous ces efforts, de se poser toutes ces questions? Evidemment, ce que tu es conne ! Si personne ne se les pose, rien n’avancera jamais. Penser est déjà un premier pas.

Alors lève toi petite Ly’, arrête de pleurer, premièrement. Secundo accepte ton ignorance, ton insignifiance. Tu n’arriveras jamais à rien si tu agis seule dans ton coin (du moins si tu commences déjà par agir, ce qui.. serait déjà une petite victoire, on va pas se mentir). Tu veux construire le monde de demain, avoir ton mot à dire dans les réformes à venir, tes idées à apporter pour innover, améliorer ? Alors reprend ta marche. Va vers les autres, ceux qui comme toi aimerait retrouver un équilibre, un brin d’harmonie. Non seulement, tu retrouveras ta stabilité émotionnelle, ton lot d’affection, mais tu pourras également t’éclater dans de nouveaux projets, porter les étendards d’un monde que tu auras envie de voir émerger.

Vous riez à me lire ? Vous vous dîtes que la fraîcheur de la jeunesse embellit mes idées, masque les nombreux aspects sombres de ce monde ? Sachez que j’ai passé trop de temps derrière des devoirs, des tâches à accomplir, pour le petit patron du coin, pour la fierté du voisin. Et ma propre fierté dans tout ça ? Si je suis fière de me sentir utile, si je veux me donner, me tuer à aider. C’est mon droit non ? Et comment lutter pour ses convitions sans avoir au préalable été perdu face à ce flot perpétuel d’informations, de revendications ? Alors cesse de rire, et pose toi la question en retour. A quoi sers tu ? Quelle est la chose qui te donne envie de te lever le matin ? Tu es libre de ne penser « qu’à toi », de te dire qu’il faut remplir la gamelle et d’aller bosser. C’est pas de cette vie là que je veux moi. Je respecte ta manière de penser, alors respecte la mienne. Et si mes idées « farfelues » te donne envie de me pendre, et bien arrête toi là. Je ne vais pas changer ma vision du monde, ma perception des choses pour satisfaire à autrui.

C’est ce que je disais. Tu tournes en rond. Wake u…

« Humhum.. »

Un raclement de gorge discret mais maîtrisé retentit dans mon dos, interrompant ma philosophie de vie. Même le cours de la vie me sommait d’arrêter de penser, et de me lever. D’arrêter de vouloir utiliser les mots, mais d’enfin remettre le pied à l’étrier.

Je pris le temps de faire un léger tri dans tout ce que je venais de déballer, même si pour certains, cela ne semblerait être qu’un brouillon désordonné. Lentement, l’apex de mes pouces vint également écraser les perles nacrées sous mes paupières avant que je ne me relève prestement, me tournant vers l’inconnu(e) dont le larynx faisait des siennes. Je me retrouvai alors une fois de plus face à … Jake ? Si ma mémoire ne me jouait pas des tours ,je crois bien que c’est sous cette dénomination qu’il s’était présenté. Entre ses doigts pendait un semblant de tissu que j’eus tôt fait d’identifier : il s’agissait du logement de mes piètres économies. Super ! Un démon qui possède mon porte-monnaie. Tu me diras, pour ce qu’il contient…. ce n’était pas la mort du petit cheval.

Rapidement, mon regard se détourna de la bourse, pour glisser jusqu’au quartier exposé de son flanc Bien que sa peau soit extrêmement claire, elle ne s’unissait guère avec le blanc immaculé de la chemise qu’il portait... Cela me permis aisément de comprendre,, au vu du non professionnalisme de la découpe, qu’il ne s’agissait pas là d’un motif quelconque mais bel et bien d’une déchirure. Sa chute d’arbre avait-elle été si dure que cela ? Plissant les yeux pour mieux visualiser, je ne vis aucune plaie. S’il s’avérait qu’une branche l’avait effectivement effleuré dans sa chute, elle ne se serait pas juste contentée de l’avertir de sa dangerosité en s’en limitant au tissu. En bref, il aurait eu des traces de lésions. Or là, rien du tout, peau vierge. Le sommet de mes deux sourcils tendit à se rejoindre, alors que je me projetais un peu plus loin dans le souvenir de notre entretien. Quand je formulais ma seconde hypothèse, un petit cri choqué échappa de ma gorge alors muette de stupeur :

« Oh ! »

Etais-je la source de ces dégradations ? Je me rappelais en effet avoir dégainé ma petite dague de joueuse. Mais quelle malpropre ! Ça veut rejoindre les rangs des bons Samaritains, et ça agresse les premiers venus. Sans crier gare, je me rapprochai, me souciant désormais bien peu de ses paroles concernant l’argent. Ma vue n’était pas si optimale que cela, et il me fallait, par souci de conscience, vérifier que je n’étais à l’origine d’aucune plaie. Sans une once de formalité, je vins poser les doigts sur son derme, cherchant au toucher la moindre irrégularité. A mon grand soulagement, il n’y avait rien à signaler. Mais quand même, le geste était impardonnable. Il n’y avait pas d’excuse de légitime défense qui tienne, j’étais l’agresseur et non l’agressée. Je reculais pour reprendre un brin de distance vitale avant de m’exprimer, de voix calme mais affirmée :

« Désolée pour cet incident. Je ne suis pas sûre de pouvoir vous en repayer une à l’heure actuelle, mais si dans l’avenir nous en venons à nous recroiser, je m’acquitterais bien évidemment de cette formalité ».

Levant les yeux pour croiser son regard, je constatai qu’il était un peu perdu. Comment ne pas l’être ? Je passais du coq à l’âne sans la moindre parcelle de transition à l’horizon, mon humeur changeait comme vents et marées à l’abouchement du port. De quoi dépayser, voire déstabiliser. Mais d’ailleurs, pourquoi n’était-il pas parti? Pourquoi étions nous à nouveau là à nous jauger ? Il avait paru si.. décontenancé et compte tenu de l’entaille de son vêtement, me suivre était soit, un acte très maso, soit véritablement peu caractéristique d’un vilain petit canard. Ce dernier aurait pris le peu de pièces, et se serait tiré, peut être en m’ayant coupé les doigts au passage, histoire de s’assurer que je ne puisse plus manipuler ma lame bien aimée.

« Avec les fringues de quelle époque tu te vêtis ? »

Ce fut la première question qui me passa par la tête sitôt que j’eus décidé d’orienter la discussion sur un sujet plus léger. Au vu de là où nous nous trouvions, il ne pouvait m’agresser sans risque de tomber dans l’eau gelée. Je pouvais bien en profiter pour tester son état d’esprit à l’aide de petites questions, non ? Et comme Tao m’avait jugée à raison comme une véritable pipelette…

Soyons clairs, son aura me chatouillait toujours aussi.. peu agréablement, mais elle ne cherchait pas à vouloir m’impressionner, me réprimander ou que sais-je. Si j’avais la possibilité de la sonder avec plus d’objectivité, je crois bien que je l’aurais estimée.. intriguée. Aussi curieuse que moi je l’étais. Etait-ce la première fois qu’il croisait une déchue ? Et d’ailleurs, étais-je vraiment déchue ? Quitter les Enfers avait-il été le déclencheur d’une possible déchéance ou faisais-je toujours partie des « démons » ? Quoi qu’il en soit, mon aura était bien moins noiraude, et appréciait un peu plus de se dorer la pilule, se trouvant quelques points communs avec les faisceaux de lumière blanche. Comme pour témoigner de mon invitation à la discussion, à la conversation plutôt qu’à la baston, je pris ma dague et sous ses yeux attentifs, je la rangeai soigneusement dans mon sac, avant de le recaller bien fermement sur mes épaules.

« Ne t’en fais pas, plus d’accès de fébrilité. »

Souriant légèrement, je me rassis, également, sachant pertinemment que s’il se jetait sur moi, je pouvais bien plus facilement et moins violemment me glisser à l’eau pour échapper à ses griffes. Etais-je folle, dans l’erreur, que de toujours envisager le pire ? Je préfère dire que je suis prudente s’y vous n’y voyez pas d’inconvénients.

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MessageSujet: Re: Ressasser le passé est-il synonyme de vérité ? [Feat: Jake Ludefalsius & Linnéa Krämer] Mar 17 Juil - 16:18



Jake Ludefalsius et Linnéa Krämer






Ressasser le passé est-il synonyme de vérité ?







Voilà un bout de temps que je l’observais. Perdue dans sa pensée, paniquée, égarée. Je sais que je vais me répéter, mais les démons sont-ils si odieux avec leurs semblables déchus ? Peut-être que je me faisais tout simplement des idées, mais ce fut l’étrange impression que j’eus en l’observant : cette mystérieuse demoiselle à la chevelure ébouriffée.
Le cadre dans lequel nous étions actuellement ne faisait que renforcer ce côté errant si je puis dire ? Les quelques rayons du Soleil qui parvenaient à percer l’épais feuillage de la forêt faisaient office de lumière qu’envoyaient les Anges en signe de bienveillance à la brebis égarée. Du moins, c’est comme ça que j’interprétais la scène. J’aime bien tout imager de la sorte. C’est ce qui me permet de me remémorer pleins de souvenirs et de détails qui pourraient être insignifiants pour le commun des mortels, mais qui pour moi, sont d’une grande importance.
Histoire d’être sur le même terrain de jeu que la voisine qui se tenait en face de moi, je me mis assis, comme elle, sur un rocher, assez éloigné, mais pas trop afin qu’elle puisse m’entendre. Si ça peut rassurer, ne serait-ce qu’un peu, ça serait un bon point pour entamer la discussion. Car une grande question trotte dans ma tête et elle me semble particulièrement apte à m’y répondre.

Après m’être assis « confortablement » je finis par lui dire :

-  « Plus de violence du tout même je dirais »

Puis je finis par esquisser un léger sourire. Elle semblait… Etonnée par ce que je venais de faire.

-  « Et bien, pourquoi cette mine si surprise ? »

Je joignis mes deux pieds entre eux afin de garder l’équilibre sur la roche instable. Hors de question que je me casse la figure une seconde fois.


-  « Par contre, si je peux me permettre une remarque, nous avions dit que le vouvoiement, on laissait de côté. Et en ce qui concerne ma chemise, tu peux laisser tomber. Ce n’est que du matériel. Il y a eu plus de peur que de mal on va dire. »

« Ce n’est que du matériel » vous trouvez ça étonnant venant de la part d’un vicomte qui à première vue à l’air de faire très attention à son aspect ? Et bien, je vous dirai que les apparences sont toujours trompeuses et aussi bizarre que cela puisse paraître, j’en ai toujours eu que faire de ce genre de coutumes. Mis à part faire bonne figure auprès d’autres nobles, je n’y voyais pas d’autres intérêts.

D’ailleurs, en parlant de vêtements, il me semble que l’on m’a posé une question à ce sujet :

-  « Avec les fringues de quelle époque tu te vêtis ? »


Les mots « fringues » et « vêtis » m’ont sonné bizarre à l’oreille, mais, soit, après tout, c’est une manière « originale » de s’exprimer si je puis dire.

-  « Est-ce que tu connaitrais l’époque Victorienne ? Enfin, dire époque est étrange, vu que jusqu’à maintenant, il s’agissait de mon présent. Si ça peut te donner un ordre d’idée, sur une frise chronologique, ça correspond au milieu du XIXème siècle voir même encore un peu après. C’est de cette « époque » et de ces « fringues » là que je m’habille chaque jour. Pourquoi cette question ? »

Il n’y a pas à dire, je m’étais risqué à dire ce satané mot « fringues » et… Ca ne me collait pas du tout.

-  « Et puis, pour en revenir à cet incident, il ne s’agit que d’une bête chemise. Si ça te permet d’avoir la conscience tranquille, sache que ce n’est vraiment rien. »

J’hésitais déjà à lui poser ma fameuse question. Elle portait sur les rapports entres les Démons déchus et les Démons eux même. Mais de nature très méfiante, en la lui posant, n’allais-je justement pas la remettre sur ses gardes ? N’allait-elle pas prendre de nouveau peur et s’enfuir ? Je préfère jouer la sûreté, et profiter de l’ouverture que j’avais actuellement pour entamer la discussion. Même si elle devait se porter sur des vêtements, c’était toujours ça de gagner. Toutes informations m’est utile, à moi qui suis nouveau dans cette cité. Et avoir le point de vue d’un des ennemis jurés des Démons est quelque chose que je ne pouvais pas laisser passer. Ou du moins, je devais essayer d’obtenir quelques informations aussi futiles soient-elles.

Sur un ton légèrement amusé, je me mis à lâcher ces quelques dernières paroles :

-  « Mais dis moi, je ne vais pas me contenter de t’appeler par « la jeune déchue ». Autant te mettre sur le même piédestal que les autres. Tu dois bien avoir un nom ? Quel est-il ? »





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MessageSujet: Re: Ressasser le passé est-il synonyme de vérité ? [Feat: Jake Ludefalsius & Linnéa Krämer] Mar 24 Juil - 11:56

Ressasser le passé est-il synonyme de vérité ?
De mon siège rocailleux, je n’avais eu de cesse de le fixer. Malgré nos échanges, ses vaines tentatives pour me rassurer, je n’avais pourtant pas plié et mon sentiment de culpabilité n’était pas complètement tombé. Mes yeux demeuraient rivés sur le pan de tissu déchiré. Heureusement qu’aucun sang coagulé ne s’y était installé. J’aurais pu me taillader les veines pour me punir si je l’avais à ce point entaillé. Mes dents blanchâtres vinrent enserrer la fine peau de mes lèvres alors que je réfléchissais, toujours plus. Jusqu’à ce qu’il initie un mouvement. Surprise qu’il bouge autant, lui qui avait autant la bougeotte qu’une statue de marbre, j’eus un mouvement de recul quand il frémit, avant de me calmer sitôt que j’eus compris qu’il ne faisait que s’asseoir. Il ne choisit d’ailleurs pas de se poser à mes côté, préférant installer une petite distance entre la furibonde que j’étais et le blessé-à-demi qu’il était. Acceptant et comprenant ce choix, je pus tourner les yeux vers le lac, sans remords. Je n’avais plus besoin de le surveiller. Hormis si la discrétion était l’un de ses talents cachés, la moindre de ses gesticulations m’alerteraient si vers moi il choisissait de se diriger. Ma méfiance redescendit donc d’un cran, tandis que je me débarrassai des lanières de mon sac. Je les laissais glisser le long de mes bras avant de m’en dépêtrer, pour le poser à mes côtés, un bras venant s’y appuyer. Déroulant les jambes, j’enlevais à nouveau mes chaussures ainsi que les chaussettes qui habillaient mes pieds, avant de plonger une nouvelle fois le tout dans l’eau glacée. A combien était-elle ? Très bonne question. Pas très chaude en tout cas, le soleil n’ayant eu le temps de la réchauffer. Au moins, la circulation sanguine n’en serait que stimulée. Inspirant un bon coup, je pris le soin de laisser mes alvéoles se remplir, laissant l’hématose se faire.

- « Plus de violence du tout même je dirais »

La moue moqueuse que j’eus au moment où ces paroles furent prononcées eut raison du calme apparent qui m’habitait. Comme si un démon, aussi étrange soit-il pouvait prôner l’absence de violence ? Je ne lui fis pas part de mon envie de sarcasmes, préférant sourire bêtement. Je ne savais pas encore à quel petit jeu il jouait, mais ce faux pas venait de lui coûter sa crédibilité. Sans un mot, je crus que j’allais pouvoir laisser le silence s’installer. C’était sans compter le potentiel de Jake, qui enchaîna :

- « Et bien, pourquoi cette mine si surprise ? »

« Un démon qui prêche un comportement pacifique, ne trouves tu pas cela un brin étrange ? J’appelle cela de la contradiction pure et dure. Ne t’étonnes donc pas de ma surprise. Je sais bien que j’ai l’air d’une enfant, mais quand même. Si tu veux me berner, il va falloir un peu plus de capacités. »

Sans plus le regarder, moins par envie de paraître froide et distante que de profiter du panorama que le lac me tendait, je retrouvais le silence, me concentrant déjà à nouveau sur les phrases qui suivaient. Pour le coup, il avait pris la décision de répondre à ma question. Celle où je l’interrogeais sur le courant de ses vêtements.

« Est-ce que tu connaitrais l’époque Victorienne ? Enfin, dire époque est étrange, vu que jusqu’à maintenant, il s’agissait de mon présent. Si ça peut te donner un ordre d’idée, sur une frise chronologique, ça correspond au milieu du XIXème siècle voir même encore un peu après. C’est de cette « époque » et de ces « fringues » là que je m’habille chaque jour. Pourquoi cette question ? »

« Comme ça. Ce ne doit pas être pratique pour mutiler et tuer. N’as tu donc pas une garde robe des plus splendides ? Le sang, ça tâche, et pas sûr que cela parte. Dommage alors que de gâcher de si beaux vêtements à chaque attaque. »

Mon agressivité avait refait surface sans que je ne puisse la refréner. Peut-être d’ailleurs n’en avais-je pas envie ? Je sentais que j’étais des plus irritables. Je ne me cherchais nullement d’excuse, mais il allait rapidement falloir que je retrouve un sommeil correct et un train de vie « normal », sinon, je n’étais pas prête de retrouver ma sérénité d’esprit. Je me sentais souillée à chaque fois que mes mots fendaient l’air, pitbulls incontrôlés qu’ils étaient. Je me comportais à la manière d’une adolescente que ses parents auraient voulu brider. Or je ne le connaissais ni d’Eve, ni d’Adam. C’était déjà bien assez pour que mon esprit tente de rationnaliser. Mais il paraissait ne pas vouloir s’en formaliser. A l’heure où j’aurais du me montrer courtoise, un brin curieuse peut-être, je me montrais odieuse. Sûrement essayai-je de le déloger sans vraiment le lui annoncer. Son aura venait vraiment trop me déranger. Je n’avais pas envie que l’on vienne me rappeler de là où je venais.

- « Mais dis moi, je ne vais pas me contenter de t’appeler par « la jeune déchue ». Autant te mettre sur le même piédestal que les autres. Tu dois bien avoir un nom ? Quel est-il ? »

« Les autres ? »

Pour le coup, ma stupéfaction fut totale. Je n’étais donc pas la seule déchue du coin ? Cela aurait été bien naturel qu’il en soit ainsi. Après tout, dans une ville, l’on trouve normalement de toute ethnie, de toute origine. Mais le fait que cela soit formulé me fit chaud au coeur. Peut-être pourrais-je dénicher auprès d’eux ce fameux sésame, ce sentiment d’appartenance que je cherchais ? Fronçant légèrement les sourcils, je me rappelais qu’il m’avait demandé comme je me prénommai. Malheureusement, il avait soulevé bien plus intéressant comme cap de conversation. Je m’empressai alors de rebondir sur ce qu’il venait de dire.

« Combien d’autres déchus as-tu rencontré ? Où résident-ils ? Comment vont-ils ? Personne ne leur a fait le moindre mal ? »

J’avais actionné la molette, enclenchant le feu de questions qui m’habitait. Je concevais que cela ne soit pas très poli que d’exiger des réponses, quand moi même je me refusais à en donner. J’acceptai donc le fait de lui répondre, me présentant brièvement :

« Je me prénomme Linnéa. »

Je ne m’attardai pas plus sur ces banalités, jugeant qu’il était suffisant de connaître la manière de m’interpeller. Il n’avait pas besoin d’en savoir plus. Si j’avais été convaincue du fait qu’à l’avenir nous nous recroiserions, j’aurais pu être un tantinet plus bavarde. Mais étant donné son penchant, je le discriminais sans plus de scrupules. Rien ne me disait qu’il n’allait pas mentionner mon existence sitôt qu’il serait rentré. Il allait sûrement falloir que je sois prudente dans les jours à venir. Que je surveille les visages que je croiserai, les regards que je soulèverais. Je songeai même, un instant, retourner m’en réfugier au temple, entre ces pierres froides, parmi ces litanies de prières. Pourtant, mon dernier cauchemar en date se produisait là bas, dans ces lieux. Etait-ce prémonitoire ? Mieux valait prévenir que guérir. Malgré l’apaisement que cela aurait pu me procurer, je me résignai. Il allait me falloir trouver autre chose. Dans un coin de ma tête, je me promis de repasser aux bureaux dans la journée. Il allait falloir que je me renseigne sur l’avancée de mon dossier, et si nécessaire faire pression pour que cela puisse accélérer. Il me fallait obtenir rapidement les clés de mon logement, histoire d’avoir au moins cette petite rempart là. Bien maigrelette, je conçois, mais déjà bien plus efficace que les grilles d’un parc.


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MessageSujet: Re: Ressasser le passé est-il synonyme de vérité ? [Feat: Jake Ludefalsius & Linnéa Krämer]

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