Eye of Tiger.

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MessageSujet: Eye of Tiger. Jeu 27 Oct - 20:28


Eye of the Tiger




Il y a de ces moments où vous ressentez pleinement le besoin de vous évader, de vous envoler quelques minutes, voire quelques heures loin de votre quotidien. A cette occasion là, vous êtes prêts à y aller, vous levez les bras préparés à vous laisser porter et.. ça ne marche finalement jamais. Vos pieds restent bien ancrés, vos bras maigrelets ne peuvent vous soulevez. Vous demeurez empêtrés dans une situation que vous vous évertuez à tenter de démêler, en vain. Et pourtant, il vous faut un moyen de décompressez, sinon vous savez que vous allez exploser. A cet instant précis de sa vie, c’est ce que ressentait Alec, qui, encore énervé trois jours après son rendez-vous, avait besoin de calmer ses nerfs. La scène avait défilé en boucle, un peu à la manière de BFM TV au sein de son crâne surchauffé. Des heures à se mortifier, à vouloir se baffer et pourtant, rien n’avait changé. Son antre, durant ce temps, était vite passé du stade de confortable à.. Invivable. Des fringues jonchaient le sol parmi les assiettes et les couverts utilisés, la télé tournait en fond comme si le matériel pouvait changer l’irréel. Foutaises. Au contraire, cela allait rendre la facture d’électricité bien réelle quant à elle. Mais le démon n’avait cure de ce qui l’entourait, il ne se souciait que de ce qu’il vivait. Du moins si l’on peut appeler ruminer ses souvenirs vivre. Un bond souple lui permit de joindre les deux bouts de son salon, une muraille de chine l’empêchant de se déplacer correctement. Je vous éviterai les détails, dieu seul sait ce qui vivait dans ce huitième continent. Montant quatre à quatre les marches de son escalier, il déboula dans sa chambre, seule pièce à peu près encore tolérable. Facile quand on n’y met plus les pieds… Son regard farfouilla les étagères en bois peints de son dressing à la recherche de ce qu’il cherchait. Un coup d’œil suffit à les trouver. Rapide comme l’éclair, sa main fusa et attrapa l’une de ses tenues de sport avant de les jeter habilement dans le sac qui les attendait sagement à quelques mètres de là. En voyant le beau panier qu’il venait de faire, il poussa un petit cri victorieux avant de se ressaisir immédiatement.


° Bon Dieu, Alec, tu perds la boule mon vieux.°


Il finit donc de se hâter pour se préparer, histoire de ne pas laisser ses folies continuer à s’exprimer. Puis, en moins de temps qu’il n’avait dévalé l’escalier, il sortit, quittant l’air pollué de son appartement renversé. Une fois dans la rue, il fut surpris de la différence de température marquée et pour se protéger, resserra d’une main déterminée les pans de sa veste. Balançant son sac sur l’épaule, il se mit en marche non sans avoir jeté un petit coup d’œil à la rue faiblement éclairée. La nuit était tombée et les ténèbres approchaient. Le démon inspira à grandes goulées cet air vivifiant qui le faisait frémir. 3 jours qu’il n’était pas sorti, 3 putains de jour à se demander pourquoi il faiblissait. Mais l’ennemi n’avait pas triomphé, non, non. Il allait se ressaisir et la meilleure thérapie qu’il connaissait pour cela résidait en.. la boxe. On guérit le mal par le mal disent parfois les sages. De ce fait, le suédois allait mettre son corps à rude épreuve en espérant que ses pensées suivraient. Il est vrai que l’idée de les avoir entièrement dirigées sur l’informe silhouette d’un punching-ball était beaucoup plus alléchante que de revoir les courbes féminines d’une bombasse. N’est-ce pas ? Le démon eut un ricanement qui résonna dans les ruelles traversées. Quelle bombasse ? Il secoua la tête rapidement. Il n’y avait aucune bombasse qui tienne, juste une imbécile du fond des bars, rien de plus. Le sport était ce qu’il lui fallait, ce qui l’aiderait. Bon, il y avait d’autres moyens également. Drogue, alcool mais le suédois n’en était pas là. Ces cochonneries là, il n’y touchait pas. Comment entretenir sa plastique en étant à moitié allongé, le visage pâle et le crâne bourrées d’hallucinations ? Un instant il s’imagina ce qu’il pourrait bien voir. Des flashs d’idées lui parvinrent aussitôt ce qui lui fit écarquiller grand les yeux. Non, non. Mieux valait ne rien imaginer à ce sujet. Gêné par ce qu’il venait de visualiser, il accéléra le pas, se redressant au passage pour arborer une démarche plus droite et fière.

Au bout d’une dizaine de minutes, il surgit au beau milieu du centre-ville, au niveau du passage piéton de Damned Town. Des couples se baladaient main dans la main, un sourire niais collé jusqu’aux oreilles. Des enfants chahutaient entre les magasins de déguisements, préparant sûrement leur future fête puérile. Le suédois cracha par terre en passant parmi eux. Il lui en foutrait à Damned Town des passants hyper barbants. Pour la joie qu’ils exprimaient, ils méritaient tous de brûler. Son regard incendiaire parcourut d’ailleurs la place entière avant de se reporter sur l’horizon qui se profilait. A fleur de peau, un rien semblait l’agacer et il n’émet guère ce positif état d’esprit. Le courroux et la colère mènent à la perte Hamilton, se sermonna t-il durement, ne l’oublie jamais. Comme pour prouver ses sages dires, il trébucha sur un pavé et faillit se rétamer. Furibond, il jura violemment, faisant au passage retourner quelques passants et repartit encore plus rapidement, le visage dur et froid de celui irrité. Rien n’allait pour lui, mais rien du tout. Il vivait seul dans un taudis au milieu de Bagdad dans un quartier réservé à ceux de son espèce mais il n’y avait JAMAIS âme qui vive. Aucune baston, aucun sang versé. Du moins quand lui y était. Il s’ennuyait à mourir ! Il allait se promener pour se ressourcer et là, sur qui tombait-il ? Des abrutis de premières classes, des Itsuke fringants au possible, des anges empestant la mort qui te regardent de leur petit air condescendant ou encore des sa.. qui se sustentent en ta compagne mais qui derrière n’attendent qu’une chose, te mettre hors de toi. Non, vraiment, cette foutue ville ne lui apportait rien de bon. Les pupilles dilatées par la colère qui commençait à pointer, il tourna dans une ruelle adjacente à la zone piétonne et s’enfonça dans un coin plus calme où il finit par trouver un cul de sac. De là, il balança avec violence son sac sur la route magnifiquement pavée et vint s’appuyer face au mur. Sa respiration sifflante de contrariété tenta de se maîtriser mais plus il tentait de la calmer plus elle persistait dans son impétuosité. Rien n’allait et en plus il n’arrivait rien à arranger. Hurlant de fureur et d’impuissance, il décocha de nombreux coups au corps immobile qui lui faisait face, frappant toujours plus fort, ignorant les lancements qui se faisaient peu à peu sentir. La pierre ne protesta pas, ne lui cria pas une seule fois dessus, accepta son sort, sans sourciller. Il continua jusqu’à ce que sa rage entière se soit totalement consumée. Haletant et transpirant, il retira finalement sa veste qu’il balança également dans un coin. Ses phalanges meurtries le tiraillaient, le sang n’avait pas demandé pour se mettre à couler mais il se sentait bien, il se sentait mieux. Il ne se laissa pas glisser au sol mais trouva en revanche refuge contre le matériau qui lui ressemblait. L’odeur du sang commençait déjà à l’enivrer, il ferma les yeux de contentement tandis que son second sens s’éveillait. S’étirant alors souplement, il se tâcha légèrement sans s’en apercevoir et rouvrit les yeux, les muscles déliés. Une détermination nouvelle y perlait, comme découlant de ce moment innocent. La ruelle n’avait pas changée, demeurait silencieuse et vide. En son sein évoluait le démon qui se mit à tourner en rond. Faisant craquer ses doigts fragilisés, il regarda le sang couler, la pierre s’en imprégnait et ce même fluide vermillon commençait déjà à sécher. Un rictus s’empara de sa belle gueule d’ange et parallèlement à cela, il récupéra son sac abandonné, vidé de toute idée de faiblesse. Non il n’était pas médiocre, non sa vie ne tournait pas au vinaigre. Au contraire, elle s’élançait seulement. Damned Town était son nouveau terrain de jeu, le nouveau joujou qu’on lui avait livré, spécialement pour lui. Alors quoi ? Il allait laisser une pét.. semer la discorde chez lui ? Hors de question. Tant pis, sa partie de jambe en l’air ne lui serait jamais offerte, il ne pourrait que fantasmer sur ce qu’il aurait apprécie mais qu’importe. Des milliers de bonnes à rien rêveraient de le satisfaire et le monde ne s’arrêtait donc pas à une prude effarouchée. Se passant une main ragaillardie dans les cheveux, il remit sa veste, l’ajusta correctement, prit son sac en main et reprit son chemin, oubliant à demi ce qui venait de se passer.


La salle n’était plus très loin, il le savait. Il n’eut à traverser que quelques avenues pavées qu’il observa d’ailleurs avec soin. Ne dissimulant pas ses mains blessées, il fit fi des regards curieux que de rares passants pouvaient lui octroyer. Qu’ils aillent pourrir en Enfer, ils le reverraient là bas. Une dizaine de minutes plus tard, il se présentait à ce que certains considèrent comme le Temple. Aujourd’hui, pas de séance de musculation pour notre jeune blond mais un cours un peu plus cardio, beaucoup moins individuel. La barre à squats ne lui avait fait aucun mal, il n’allait pas la frapper. Par contre le partenaire qu’il aurait allait quant à lui échapper à cet excès de bonté. Le démon poussa sans hésiter la porte boisée et entra là où il devait, apprivoisant au passage l’air conditionné qui y régnait. Au comptoir, Chelsey, la coach secrétaire qui était là chaque fois qu’il entrait. Ils étaient parfaitement synchronisés. Il lui adressa un de ses sourires séducteurs auquel elle répondit sur le même ton et avant d’engager la conversation, il se rendit aux vestiaires. A peine entré, il fit un mouvement de pied pour se débarrasser de ses chaussures trop serrées. L’une d’elle faillit éborgner un homme bien charpenté. Celui-ci lança au suédois un regard courroucé.


« Pardon, je n’avais pas suffisamment estimé à quel point tu prenais de la place. Un petit conseil, insiste un peu au niveau des pecs, t’as le gras qui pendouille. Et les filles mon gars.. elles aiment pas ça. »


Lui décocha un sourire rutilant avant d’aller jusqu’au bout du vestiaire où il eut tôt fait de s’installer Le costaud eut bien envie de le frapper, il le sentait mais il parvint de justesse à contrôler le puissant taux de testostérone qui l’avait fait bondir. Alec en fut de quelque peu déçu. Il aurait bien aimé se vêtir d’un peu de sang autre que le sien. Cela faisait tellement longtemps. Tel un souverain, il s’assit et projeta son regard sur son royaume. Ils étaient trois. Superman, lui et un roux, stéréotype parfait du premier de la classe. Le démon le jugea piteusement, outré que l’on laisse entrer des gens de son gabarit. Une honte, songea t-il.


° En espérant que tu ne sois ni dans mon groupe, ni dans la même salle que moi, Weasley °



Finissant de s’habiller, le suédois quitta ce lieux bourrés de bonnes odeurs de transpirations et retourna à l’encontre de Chelsey afin de lui tenir une conversation toute à fait professionnelle. A la fin de celle-ci, il s’informa des petites informations essentielles pour assister à son petit cours de boxe. Autant vous dire tout de suite, il n’en avait jamais fait. Il ne venait ici que pour les machines en général. Mais cogner lui avait toujours plu donc pourquoi ne pas s’améliorer. Quand elle lui indiqua gentiment la salle où il devait aller, il la remercia d’un petit baiser courtois et se dirigea dans la direction indiquée. Il poussa la porte et pénétra dans la salle, le regard rivés sur ses doigts. Satisfait de l’aspect un peu sanguinolent qu’ils avaient, il leva son regard vaniteux afin de jauger ses adversaires. Il les estmia un à un, s’attardant sur les plus impressionnants afin de déjà tenter de les cerner. Un futur captain America, une catwoman sans la classe qui l’accompagne, une bombasse chocolat, un hyperactif et.. Attends quoi ? Son regard fusa vers ce qu’il avait déjà vu et une bouffée de malaise l’envahit. Alice. Oh bordel de m*rde ne put-il s’empêcher de hurler intérieurement. Ressortant comme un fou de la salle, il se précipita au bureau de sa jolie blonde et tapa furieusement du poing là où la pierre l’avait déjà entaillée. Il retint une grimace, trop furieux pour s’y attarder. Grimaçant, il articula de manière prononcée, luttant pour ne pas céder à l’impulsivité.


« Que fous Alice dans ces locaux ?! C’est quoi ce bordel. »


Chelsey le regarda comme s’il était devenu fou à lier et s’aventura sur un terrain qui semblait glissant afin de lui expliquer. Le démon se décomposa, littéralement. Alice travaillait ici. Prof de boxe, elle allait être sa supérieure pendant toute l’année. C’est celle qui l’avait frappée qui allait lui montrer comment cogner, celle qu’il avait poignardé qui allait s’occuper de lui. Et puis quoi encore ? Son regard se voilà de tristesse mêlée d’une rage indicible et il fit machine arrière, se précipitant aux vestiaires à pas lents, encore sonnée par l’image de l’ange toute de noir vêtue.


°On se casse Hamilton, retour à la base, l’ennemi a tout colonisé!°




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MessageSujet: Re: Eye of Tiger. Ven 28 Oct - 3:36

Alice Green Ft. Alec Hamilton





Eye of the Tiger




Ça fait trois jours que ce connard m’a plantée. Trois putains de jours. Au début, j’étais résignée. Je voulais pas laisser tomber. J’étais dans les vapes, encore crispée par mes pleurs. Je voulais l’aimer. Jusqu’au bout. J’ai nié ce qu’il s’était passé. Je suis rentrée chez moi, convaincue que ce n’était qu’une grosse blague. J’ai nié tout ce qu’il m’avait dit en bloc. Je pouvais pas accepter de m’être laissée traiter de la sorte.

Puis petit à petit, j’ai dû me rendre à l’évidence. En fait, le soir même, je chialais déjà. Parce que ce petit con me manquait. Je me suis détestée d’être aussi faible. J’ai maudit ces sentiments de merde qui venaient tout chambouler. Mes plans, mes convictions, mes espoirs. Depuis qu’Alec était rentré dans ma vie, je faisais n’importe quoi. A commencer par l’aimer. Je suis sacrément conne d’éprouver de l’amour pour cet abruti.

Vous me trouvez vulgaire ? Je vous emmerde. Mais alors profond. C’est pas vous qui souffrez en ce moment. C’est pas vous qui n’avez pas dormi la nuit de ce rendez-vous. C’est pas vous qui vous êtes tellement bourré la gueule que vous avez vomi dans vos toilettes. C’est pas vous qui avez ressemblé à une pauvre fille, les cheveux mêlés de larmes et de biles. Il est glamour ce tableau, hein ? Mais c’est ce que je suis. Oh je peux faire apparence, faire la belle brunette pimpante, mais j’ai rien de raffiné. Et quand je vais mal, je me laisse aller. J’envoie tout valser.

J’ai trop bu. Je me souviens plus. Je crois que j’ai dansé dans mon salon. Je suis montée sur la table de la cuisine et je l’ai cassée. Je me suis fait mal en tombant. Et j’étais nue. Je sais, je suis pitoyable, ça je vous l’accorde. Du coup, j’ai dû la réparer.

Le lendemain, j’ai essayé de décuver. J’arrêtais pas de penser à lui. C’était lourd. J’ai rien mangé. J’avais pas faim. Je suis restée allongée dans le canapé à déprimer toute seule. Je fixais le plafond. Puis, comme quand je déprime, je me suis mise à tout trier. Un genre de tic maniaque, cherchez pas à comprendre. J’ai retourné les placards, tout rangé à sa place en faisant un grand tri par le vide. J’ai jeté de vieilles affaires et des restes de plat qui avaient pourri au fond du frigo. Et j’ai bu du thé. Du thé noir. Beaucoup de thé noir. Beaucoup trop de thé noir. J’ai pleuré. Encore. Je me suis sentie nulle. Encore. Et j’ai bu. Encore. Une fois que les bouteilles de rhum et de whisky furent épuisées et que je ne pouvais plus noyer ma tristesse dans autre chose que de l’eau, j’ai essayé de me calmer.

Le deuxième jour, j’avais une mission. J’ai rencontré un démon au temple. Un passage que je préfère oublier. Et après, qu’ai-je fait ? Je suis restée chez moi. Sans pouvoir me sortir Alec de la tête. Ses yeux s’imprimaient dans mon esprit, son odeur me hantait, et chaque fois que le sommeil me prenait, je me réveillais en sursaut, haletante, le cœur battant. J’arrivais encore à fantasmer. Sauf que revenait sans cesse cette scène, ces mots, ce regard. Ça tournait en boucle dans ma tête comme une horrible chanson dont on arrive pas à se défaire. Et putain, ça voulait pas partir, ça voulait pas s’arrêter, ça me faisait chier.

Et nous y voilà, dix-neuf heures, je laisse ma moto sur le parking du gymnase. Il faut tout de même que j’assure le cours de boxe. Je me suis portée volontaire, c’est pas pour les abandonner dès la troisième séance, d’autant qu’il y a de nouveaux inscrits. Bref, j’essaye de reprendre ma vie en main. Ce soir, je cogne. Je suis en colère. Je repense à ce mec et la rage me vient comme elle viendrait à un lion en cage. Les élèves vont déguster. Tant pis pour eux. C’est pas de ma faute si je suis amoureuse.


Tu entres dans le bâtiment, ton sac sur l’épaule et salue vaguement Chelsey assise à son comptoir, en bonne veille potiche d’accueil. Cette fille t’exaspère avec ses cheveux blonds platine, sa peau cramée par les ultra-violets artificiels et ses décolletés plongeants. Elle te fait signe d’approcher. Tu grommèles et fais quelques pas vers elle. La pseudo secrétaire t’annonce qu’il y a bel et bien de nouveaux inscrits, tu acquiesces mécaniquement devant son petit manège de politesse. Cette fille essaye de devenir ton amie, pour tu ne sais quelle raison, tu t’en moques, mais elle t’énerve. Soudain, elle t’observe un peu plus attentivement et se penche vers toi, s’accoudant sur le comptoir. Voyant son visage s’approcher du tien, tu recules d’un air méfiant.

▬ Tu as de sales cernes. Et tu sens l’alcool. Tu es sûre que ça va ?

Tu arques un sourcil en ricanant et lui rétorque d’un air hautain :

▬ Quand j’aurai besoin d’une psy j’te sonnerai, ok ?

Elle cligne des yeux, un peu déstabilisée, mais elle se reprend très vite, ignorant ta froideur. Elle semble d’humeur à bavarder et tu te crispes.

▬ Oh, je vois, tu n’es pas de bonne humeur. Tu sais, tu peux tout me dire…

Putain c’est quoi ce cirque ? Les gens se sont passés le mot pour me faire chier cette semaine ou comment ça se passe ?

Tu soupires en levant les yeux au ciel et gagne les vestiaires en l’abandonnant à sa solitude et à son  travail passionnant de secrétaire. Sans répondre à sa question implicite. Vent intersidéral. Depuis quand pense-t-elle que vous êtes les meilleures amies du monde et que tu vas lui raconter tes petits soucis ? Une fois réfugiée dans la partie sombre et nauséabonde du gymnase, tu laisses tomber ton sac sur un banc et t’assois à ses côtés. Tu poses tes coudes sur tes genoux et viens appuyer ton front contre tes paumes en respirant profondément, luttant intérieurement pour ne pas céder à la tentation alléchante de tout envoyer valser pour ce soir.

Une fille entre dans les vestiaires et te salue avec entrain. Tu la regardes d’un air dépité. Tu penses que l’on s’acharne définitivement sur toi. On veut te faire craquer. La demoiselle semble attendre que tu lui répondes et elle peut continuer de patienter car tu ne daignes pas lui retourner ses formules de civilité. Tu te lèves en l’ignorant et commence à te changer. Tu enfiles un legging noir, une brassière de sport sombre aux reflets prune et ajuste un t-shirt. Un de ces hauts coupés au niveau du ventre, qui laisse à la vue de tous ton nombril perdu au milieu de tes abdos. Tu chausses tes baskets, attaches tes longs cheveux bruns en une queue de cheval haute et termines ta préparation en entourant tes mains de bandages, histoire de ne pas tâcher tes vêtements avec du sang – tu ne mets pas de gants, c’est pour les faibles, comme on le sait.

Tu sors enfin pour te diriger vers la salle et commencer ton échauffement. Certains de tes élèves sont déjà en piste. Plusieurs d’entre eux viennent te saluer, ils ne sont que deux à avoir tenu le coup. Il n’y a eu que trois cours en ce début de saison, mais certains ont déjà abandonné, jugeant la professeur – à savoir toi – trop brute. Ou alors par simple démotivation. Mais de nouvelles recrues sont venues renforcer les rangs. Le cours débute dans cinq minutes. Tu fais quelques étirements, sentant tes muscles se vriller, encore lourds de ta cure d’alcool et de tes récents déboires au temple avec ce démon. Ton dos te fait souffrir, comme d’habitude, mais tu ignores la douleur, motivée par la seule idée de pouvoir frapper dans un sac. L’alcool n’était vraiment pas la solution à ce chagrin d’amour, si l’on peut appeler ça comme ça. Tu ne comprends pas pourquoi tu n’es pas venue à la salle plus tôt. La boxe, ta première passion depuis ton enfance, était forcément un moyen de faire passer ce sentiment de frustration et cette ardeur contenue. Tu visualises les punching-balls ; aujourd’hui, pas d’intermédiaire, tu prendras le plus rugueux, le plus lourd, le plus ferme, tout de suite, sans gants, quitte à finir avec les mains broyées pour la soirée. Tu en es persuadée, ça va te faire du bien.

Soudain, quelques élèves se tournent vers un nouveau venu, machinalement tu fais de même pour pouvoir jauger la relève. Sauf que lorsque tu avises la porte d’entrée de la salle, la personne est de dos et semble sortir, furibonde. Tu as à peine le temps d’apercevoir une chevelure blonde en bataille et cette silhouette qui a agité tes trois dernières nuits. Ton sang se glace.

▬ Qu’est-ce qu’il a celui-là ? lance le type près de toi.

Il a raison. C’est quoi ce délire ? On va pas me dire que l’univers se fout pas de ma gueule ! Là il y a complot c’est pas possible autrement. On est censé ne plus se voir. On se quitte comme ça. Au bout de trois jours faut déjà qu’on se recroise ? Damned Town est pas assez grande pour nous deux, c’est ça ? Bordel.

Sans réfléchir, tu suis Alec qui a visiblement fait demi-tour. Tu l’entends hurler sur Chelsey qui sursaute sans comprendre. Elle le regarde avec des yeux ronds et te lance une œillade légèrement paniquée quand elle te voit débarquer à ton tour, tu restes à la porte, observant la scène à bonne distance. Il frappe du poing sur le comptoir et la secrétaire suit sa main des yeux, le cul sur son tabouret, visiblement choquée.

▬ Que fout Alice dans ces locaux ?! C’est quoi ce bordel ?

▬ Euh… Alice Green ? C’est la prof de boxe. Elle assure les cours pour l’année, se confond la secrétaire, l’air hébété, ne comprenant la situation.

Puis le démon s’en retourne aux vestiaires, fulminant. Tu le suis du regard avant de t’avancer à ton tour dans la pièce. Un homme – ou plutôt un tas de muscles – te regarde entrer en fronçant les sourcils et se permet de te réprimander d’un ton sévère.

▬ C’est le vestiaire des hommes, t’as rien à faire là fillette.

Tu sens ta colère pulser dans tes veines, battant un rythme régulier au niveau de tes tempes et tu le fusilles du regard. Cet homme vient de perdre une occasion de se taire et ce n’est pas parce qu’il pourrait se faire appeler « la montagne » que tu vas te laisser impressionner. Il ouvre la bouche pour répliquer mais tu le coupes, une main ouverte devant toi comme pour lui signaler que ce n’est vraiment pas le moment de l’ouvrir et de chercher les ennuis.

▬ Ta gueule.

Ton ordre résonne froidement dans la petite salle exigüe. L’homme ne réplique pas.

Sage décision. Il l’ouvre encore et je lui fourre sa sale tronche dans les chiottes.

Tu te diriges vers Alec, réfugié au fond des vestiaires, devant ce qui semble être ses affaires. Tu arrives près de lui et toussotes bruyamment en croisant les bras. Tu fulmines. Tu es en colère. Et en même temps, te retrouver si près de lui, après tout ce qu’il s’est passé, te trouble. Tu n’en laisses cependant rien paraître et permets à ta fureur de diriger. L’aura du démon te semble plus présente que d’habitude, tu la sens s’insinuer autour de toi pour essayer de te corrompre, mais tu l’ignores tant bien que mal. Ton regard se concentre sur Alec, sur cet homme qui te fait souffrir et que tu aimerais écorcher vif pour ce qu’il a fait de toi.

▬ T’as l’intention de repartir lâchement ? T’as pas les couilles de venir m’affronter sur le ring ? Tu sais, ta prof pourrait t’apprendre plein de choses.

Ton esprit de coach prend le dessus, animé par cette rage sourde qui semble habiter la moindre parcelle de ton être. Tu fais appel à son honneur pour le faire rester. Tu sais qu’il va tiquer. Tu sais que ce genre de réplique va fonctionner à merveille avec lui. Il est déjà sur les nerfs, ça se voit, ça se sent. Il va rester ici, il va te montrer de quoi il est capable et tu vas lui faire voir que toi aussi tu es blessée et en colère.

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MessageSujet: Re: Eye of Tiger. Ven 28 Oct - 22:01


Eye of the Tiger





Le démon n’eut pas besoin de se retourner pour savoir qu’elle se lançait à sa suite. Ses pas légers et feutrés écorchaient le sol de manière si désagréable, son regard lui trouait la nuque, le brûlait et l’enflammait. Alors il accéléra, serrant les poings autant que la mâchoire pour ne pas hurler et se retourner. Encore une fois, il choisit de fuir. En même temps… face à un monstre à la mâchoire fournie de crocs aussi gros que des couteaux, que feriez-vous ? Vous fuiriez bien sûr ! Bon.. d’accord, Alice était tout sauf menaçante à ce point. Ses dents avaient une blancheur impeccable et les dents étaient bien alignées mais elle n’en demeurait pas pour autant quelqu’un d’inoffensif. Au contraire, elle était ce monstre qu’il cherchait tant à éviter. A l’entrée de l’endroit où il avait prévu de se réfugier, il tomba sur pecgras qui le jaugea d’une manière furibonde. Si seulement celui là avait une vraie raison de vouloir sortir de ses gongs… Mais non, un simple petit conseil avait suffit à le mettre hors de lui. Pitoyable. Les sourcils du suédois s’arquèrent quand il passa à quelques pas de lui, dans ce corridor étroit.


°Un problème musclor ?°
se demanda t-il intérieurement avec une pointe d’arrogance .


Il n’attendit aucune réponse, muette ou prononcée, et poursuivit sa route de sa cadence soutenue. Poussant la porte avec force et la faisant claquer, il parcourut le vestiaire en quelques enjambées et se retrouva face à ses affaires soigneusement balancées. Oui, il n’avait jamais réussi à quitter cette petite manie de tout laisser traîner. Il demeura immobile, face au mur, attendant qu’elle fasse son entrée. Car bien sûr, elle n’allait pas s’empêcher de s’inviter. Elle l’avait toujours suivie, n’avait toujours fait que lui courir après, la garce. Pourquoi aujourd’hui cela changerait ? Et effectivement, deux minutes n’étaient pas déjà écoulées que la porte s’entrouvrait, laissant un courant d’air se créer. Au fond de lui, le même phénomène se produisit. Un froid glacial tomba, éteignant le petit côté flambant qui avait pu s’allumer. Les poings toujours serrés, les traits tirés, il attendit, calmant cette respiration beaucoup trop expressive à son goût qui le soulevait. La sienne, à elle, l’était tout autant, profonde bien qu’inhabituellement saccadée. Le démon voyait presque son visage danser devant ses yeux qui demeuraient baissés. Ses expressions ne cessaient de défiler, son sourire, ses pleurs, ses frayeurs. Un instant, il crût également percevoir le côté sucré de son parfum léger. Mais il n’en était rien et l’odeur intempestive de la transpiration revint au galop lui chatouiller les narines. Il retint un reniflement écœuré.

Clac. Clac. Un pas, puis un autre, une sensation auditive toujours plus forte, toujours plus proche qui le faisait tressaillir à chaque fois qu’elle se faisait ressentir. Et puis tout se stoppa. Il ne restait que deux corps figés, soulevés par deux respirations qui risquaient à tout moment de virer à l’halètement. Ni l’un ni l’autre ne faisaient le premier pas, leur fierté étant bien trop grande pour accepter de franchir l’obstacle. Butés, ils demeurèrent donc face contre dos un long moment, mais la jeune brune n’y tint bientôt plus. Ses sarcasmes eurent tôt fait de s’élever, pleins de reproches implicites.


▬ T’as l’intention de repartir lâchement ? T’as pas les couilles de venir m’affronter sur le ring ? Tu sais, ta prof pourrait t’apprendre plein de choses.


Il sentit la gifle le heurter de plein fouet mais tenta vainement de ne pas réagir. Peine perdue, l’une de ses canines s’enfonça dans la muqueuse de sa bouche, provoquant un léger saignement. Elle l’avait touché. De toute manière, elle avait toujours eu ce don. Cette voie nasillarde et si mélodieuse dans une bouche si harmonieuse. Même ces paroles vulgaires résonnèrent comme un somptueux petit air. Mais tu es taré mon pauvre Alec.. Il lui suffit d’ouvrir la bouche, de parler pour que tu te remettes à fantasmer ? Vieille chaussette, va. Après elle, ce fut à son tour d’avoir envie de se baffer. Ses doigts appuyèrent un peu plus sur les paumes de ses mains ardemment recroquevillées. Il aurait tant voulu faire de même, se laisser glisser à terre et fermer les yeux quelques temps, le temps de soigner ses tourments. Malheureusement ces derniers le suivaient et semblaient bien décidés à le persécuter. Il réalisa qu’il avait laissé le silence s’immiscer quand la doucereuse intonation se fut fanée. Il eut envie d’en redemander mais les mots finirent par le faire tiquer. Quoi ? Comment-ça lui n’avait pas le courage de l’affronter ? Cela faisait quelques jours qu’il la connaissait et il n’avait fait que cela. Sur une toute autre sorte de ring, certes mais les batailles, elles, avaient bel et bien eut lieu. Cela avait commencé lors de leur romantique balade au parc où il avait essuyé sa première défaite. Il avait cru s’attaquer à une madame tout le monde mais s’était retrouvé face à une créature à la langue bien armée. Le prolongement s’était fait lors du bal où ils avaient du se supporter mutuellement en dansant. Oui le démon préférait cette version là. Et cela s’était terminé autour d’une dispute conjugale au sommet. Bref, de quoi ne rien oublier. Chaque fois qu’il croisait cette fille, rien n’allait. Il n’avait jamais le dernier mot, avait l’impression de s’exprimer en vain, se fatiguait. Et elle osait ensuite venir lui dire qu’il n’avait pas la force de l’affronter ? Il l’affrontait à chaque instant que leurs regards se croisaient. Il combattait sans arrêt l’ange qu’elle était, voulant à tout prix percer son âme et la dompter. Chaque secondes était une lutte des plus ardues pour demeurer à ses côtés. Il fallait passer outre son âme putride, son caractère changeant et ses manières de le piquer comme pour le faire tiquer et mieux le savourer. Non, non, non, elle avait tout faux. Et qui plus est, elle n’avait rien à lui reprocher. Pas elle.

Lentement, il se retourna, le regard de celui résigné. Ses talons pivotèrent, crissant presque sur le carrelage immaculé. Bien trop tôt, il se retrouva face au regard incandescent d’une brune taciturne. Alors qu’ils avaient tout à se dire, il ne prit pas la peine de réagir à ses provocations. Cependant, il sentait grandir en lui cette chaleur habituelle. Elle commença par son bas-ventre et se propagea lentement, perfidement par le biais de ses artères, donnant à son sang ce côté bouillonnant. S’il avait pu, ne serait-ce qu’un peu plus resserrer les poings, il l’aurait fait sans hésiter. Fâcheusement, il n’était plus en mesure de se crisper plus qu’il ne l’était. Il s’avança et... la plaqua. Il ne réfléchit pas, n’anticipa pas pour qu’elle ne puisse deviner ce qui allait se passer. Il ne fallait pas lui laisser une seconde d’avance, sinon c’était perdu d’avance. En une fraction de seconde, il se retrouva contre elle, les mains violemment agrippées à ses poignets pour les stopper dans leurs tentatives de se révolter. Tout s’enchaîna. Il ressentit brièvement le choc de la rencontre avec le mur le gagner mais ce ne fut pas cela qui le fit exploser. Au contraire, cela aurait du le réveiller mais cela ne fonctionna pas sinon il ne se retrouverait pas là. Ses lèvres avides s’emparèrent de celles de la jeune femme. Il savait qu’elle ne saurait lutter. Lui-même était déjà damné d’avoir succombé. Ses mains toutes aussi voraces vinrent prendre en coupe le visage sidéré de la jeune femme plaquée. Il libéra ainsi ses poings. Libre à elle de commencer à le frapper. De toute façon il allait déjà se faire battre dans l’heure suivrait. Autant commencer. Son cœur eut un raté quand il retrouva le goût sirupeux des lèvres délicates d’Alice. Comme suppliant, sa demande se fit plus forte, ses mains glissèrent le long de la brassière de l’ange pour se retrouver au niveau de son ventre et venir agripper ses hanches. En même temps que celles-ci faisaient parler ses désirs, sa raison elle, se rappela à son bon souvenir. Il poussa un soupir exaspéré et très mal réprimé et cloua un dernier baiser sur les lèvres veloutées d’une Alice toute aussi chamboulée. Le démon ne recula pas, il demeura contre elle, aussi près que la physique le lui permettait. Il s’appuyait sur elle autant que le raisonnable le lui permettait. Sinon elle n’hésiterait pas à filer. A quelques centimètres de son visage, il inspira, observant sa coach d’un air maîtrisé. Sa colère ne s’était pas dissipée, contrairement à ce que l’on pourrait penser, elle revenait petit à petit, ayant déjà fait l’effort de le laisser un peu se lâcher. Tout n’était pas non plus permis. Cependant, il la tenait encore un peu, le temps de s’exprimer de manière civilisée et non à coups de pieds.


« Tu sais très bien que même sur le ring tu ne me battrais pas. Tu es faîte pour être en dessous. Notre affront ne vaudrait pas un sou. Je te clouerai au sol en moins de temps que tu ne le penserais. Et tu sais pourquoi ? Parce que tu n’aurais qu’une envie, me bouffer. »


Un léger sourire cruel perça sur ses lèvres revigorées tandis que sa main droite vint caresser le bas-ventre musclé de la jeune femme, d’ailleurs fort bien habillée.


« Tu la connais cette sensation là, n’est-ce pas. Celle qui monte petit à petit, qui pointe d’abord timidement et puis qui au final te brûle les entrailles. Elle te fait frémir puis gémir. Tu te sommes de la tarir, d’éteindre ce feu qui se déclenche en toi. Mais tu ne contrôles plus rien, tu es obligé de subir. Elle commence là, puis elle monte, ne cesse de grimper en même temps que ta peau se met à chauffer.. »


Pour illustrer ses propos, sa main glissa lentement vers le haut, sillonna les profondes marques abdominales, rencontra la peau artificielle du tissu ajusté pour finir par se planter sur la joue droite d’Alice.


« Et elle finit là. Toi qui voudrais conserver un tantinet de dignité, tu finis par t’empourprer et tout est brisé. Tes désirs te trahissent. »


Il savait pertinemment ce que la jeune femme ressentait, du moins ce qu’elle avait pu ressentir lors de leurs échanges passés. Car cette sensation, c’est celle qu’il vivait à chaque fois qu’il la voyait. En vérité, ce n’était pas elle qui était en dessous comme il se plaisait à l’avancer, il était tout autant à genoux. Elle le faisait ployer autant qu’elle le voulait. Il avait beau résister, ruer comme un animal enragé, elle avait le coup de main qu’il fallait. Cette impuissance avait tout pour rebuter. Mais lui, au contraire, ne cessait d’en redemander. Il voulait s’abandonner à elle, perdre sa liberté, qu’importe tant qu’elle lui appartenait. Et chose paradoxale, il n’arrivait pas à s’y résigner. Ce qu’il désirait ardemment, il ne l’aurait jamais totalement. Cette lutte incessante entre un cœur blessé et une raison affutée ne prendrait jamais vraiment fin. Il n’aurait de cesse de se demander ce qu’il faudrait sacrifier et au contraire garder. Il lui manquait cet équilibre pour que ce qu’il voulait puisse se réaliser. Et… entre nous, il n’avait jamais vraiment été de ces gars stables que l’on peut rencontrer. Ses coups de folies étaient aléatoires, ses humeurs aussi changeantes que les prédictions météos mais tout aussi impressionnantes quand la tempête ou le beau temps se déclaraient. Ceci justifie peut-être le fait qu’il ne parviendrait jamais à ses fins. Alice lui était vitale et néfaste à la fois. Il avait beaucoup insisté sur ce dernier point lors de leur dernière entrevue. Alors pourquoi avait-il tant envie de l’embrasser et de la cajoler dès que son satané regard enjôleur le sondait ? Elle demeurait un mystère mais quel mystère ! Il s’était jeté corps et âme dans un jeu dont il ne connaissait finalement ni les règles, ni le but du jeu. Placé dans un labyrinthe aux routes escarpées, il ne faisait pour le moment que se blesser. Mais que trouverait-il en sortie ? La surprise demeurait totale et incertaine. Il tâtonnait tel un aveugle, ne cessait de se prendre tantôt un mur, tantôt un lot de multiples sensations brutes mais si ensorcelantes. Comment était-ce possible d’être si niais mais résigné ? Le démon n’avait pas la réponse mais la question ne cessait de le tarauder. Il se donnait l’impression d’être un suicidaire marchant jusqu’au bûcher, un foutu masochiste qui ne tournait qu’autour du fouet qui le mutilait. Et voilà… voyez ce que je vous disais ? Il suffisait que cette fille entre en scène pour que la rationalité du jeune suédois se brise, pour que ses pensées carrées se mettent à divaguer, à voleter en tous sens, passant du coq à l’âne, du cochon au mouton. Fred till din själ, Alec.





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MessageSujet: Re: Eye of Tiger. Sam 29 Oct - 3:39

Alice Green Ft. Alec Hamilton





Eye of the Tiger




Touché. Alec se crispe encore plus, autant qu’il lui est possible de se raidir davantage. La colère rugit silencieusement à l’intérieur de lui. Ses poings et sa mâchoire se serrent. Tu sens son aura démoniaque vibrer farouchement autour de vous. Il reste pendant plusieurs longues secondes dans un mutisme absolu, semblant tenter de se contrôler, avec toute la bonne volonté du monde. Un petit sourire en coin traverse ton visage alors que tu l’observes, les bras toujours croisés sur ta poitrine. Tu sais que tes paroles sont en train de faire leur petit bonhomme de chemin, elles atteindront bientôt leur destination et il réagira enfin.

L’instant arrive irrémédiablement, Alec se tournant avec une lenteur agaçante vers toi. Ses baskets couinent légèrement sur le linoléum. Tu ne te démontes pas et lui fais face. Vos regards s’entrechoquent et tes lèvres s’entrouvrent. Tu n’as pas besoin d’analyser méticuleusement son minois pour comprendre qu’il est dans le même état que toi. Son teint est terne, ses cheveux mal coiffés, une légère barbe de trois jours a fait son apparition. Et de grosses cernes sombres creusent le dessous de ses yeux. Il n’a clairement pas l’air d’aller bien. Tu ne devrais pas éprouver ce genre de sentiment mais tu ne peux t’empêcher de ressentir une légère satisfaction devant ce tableau. Tu as la nette impression de te regarder dans un miroir et cela t’apprends qu’Alec vit les mêmes tourments intérieurs que toi. Le même combat. Lui aussi se sent comme une merde depuis votre altercation au Belvédère, ou du moins, c’est ce qu’il dégage. De la négligence. Venant de lui c’est vraiment étonnant. Une sorte de fierté éphémère s’empare de ton égo. Mais bien vite, ton cœur te remet les idées en place et tu souffres avec lui. Pourtant, tu ne peux t’empêcher de le trouver magnifiquement beau. Même dans cet état pitoyable. Tu plonges dans ses yeux, t’imprégnant de ce bleu incandescent qui ne cessera jamais de te chambouler. Un frisson parcourt ton corps délicatement. Tu essayes de l’ignorer. Et ta concentration devient telle qu’elle t’empêche de parer ce qui finit par arriver.

Alec se jette sur toi tel un fauve. Il est vif et puissant, tu n’as pas le temps de lutter. Tu as juste le réflexe de projeter tes mains en avant pour te défendre mais il s’empare de tes poignets avec force. Il te plaque violemment contre le mur et le bruit sourd de ton dos heurtant la paroi en pierre résonne dans toute la salle. Tu grimaces sous le coup de la douleur, tes omoplates te rappelant à leur bon souvenir. Alec fond sur toi comme un rapace sur sa proie. Ses lèvres viennent aspirer les tiennes et ton cœur s’emballe. Tout explose en toi. Le contact de son corps contre le tien t’enivre totalement, tu perds tout contrôle. Sa bouche se presse avidement contre la tienne, avec une vigueur sauvage. Ta peau s’embrase quand ses mains s’emparent de ton visage, une posée sur chaque joue, pour t’empêcher de bouger. Il t’embrasse avec une passion outrancière, démesurée, à la limite de la folie. Tu suffoques sous ses baisers, gémissant, sans comprendre, perdue dans un flot de pensées fantaisistes. Tu prends feu. Une fois tes mains libres, tes bras s’enroulent autour de ses épaules, une main s’enfonce dans ses cheveux, tes doigts s’entremêlant dans les mèches blondes indomptables. Tu sens ton cœur battre avec force absolument partout, il résonne dans ta tête comme la grosse caisse d’une batterie. Tu fermes les yeux, profitant du goût des lèvres du démon qui ne te lâchent pas, elles s’écrasent encore et encore avec vigueur contre les tiennes, échauffées, meurtries. Ton souffle se dérègle, inspirant et soupirant dans un ordre complètement indéfini. Tu sens alors ses mains descendre le long de ton ventre, sa caresse te brûle, ta tête te tourne, ton cœur se comprime. Le bas de ton ventre se crispe, tes cuisses tremblent, une flopée de spasmes s’envolent. Il s’agrippe à tes hanches, comme arrimé à une bouée de sauvetage et tu lâches un petit cri. Tu es dans un autre monde, tourmenté, où seul vos corps existent.

Quand il rompt le baiser, après un soupir d’exaspération, visiblement toujours en colère, contre lui-même certainement, furieux d’avoir cédé à la tentation, tu expires lentement en gardant les yeux clos, reposant l’arrière de ton crâne contre le mur. Il est toujours collé à toi, son visage près du tien, tu sens son souffle encre saccadé se mêler au tien, irrégulier, suffocant. Il inspire profondément, certainement pour tenter de reprendre son calme. Tu es toujours ailleurs, occupée à reprendre en main tes propres émotions qui sont parties en morceaux. En éclats de poussières, en petites particules, minuscules qui s’évaporent comme une pluie de confettis. Tu essayes de les maintenir en place, dans un ordre cohérent, mais ton âme elle-même est en proie au trouble. Tu adores quand il t’embrasse comme ça, comme une brute sanguinaire, comme si tu devais lui appartenir, pour toujours.

▬ Tu sais très bien que même sur le ring tu ne me battrais pas. Tu es faîte pour être en dessous. Notre affront ne vaudrait pas un sou. Je te clouerai au sol en moins de temps que tu ne le penserais. Et tu sais pourquoi ? Parce que tu n’aurais qu’une envie, me bouffer.

Oh putain oui. Je veux te dévorer. Te manger tout cru. Te déguster. Je salive rien que d’y penser. Mais Alec, bébé, je domine la situation, tu le sais. Enfin, là, tout de suite, je te l’accorde, je viens de légèrement me faire violer, soit. Mais je peux te détruire. J’ai toutes les cartes en main, c’est toi qui me les as données. Tu m’as montré tes faiblesses par imprudence, tu m’as prouvé que sous cette carapace rugueuse se cachait un cœur, un homme, qui lui aussi peut se perdre. Aucun de nous deux n’est fait pour être en dessous. On est condamné à rouler sur nous même à l’infini, passant de dominant à dominé selon les jours de la semaine. Et j’écrase mon poing sur ta sale gueule parfaite quand tu veux.

Bien sûr, tout ça, tu ne le dis pas. Tu le penses intérieurement. Très fort. Mais tu n’as pour seule véritable réaction qu’un petit sourire impassible, pendant que ta main continue de farfouiller dans sa chevelure, alors que l’autre laisse tes ongles s’enfoncer dans la chaire de sa nuque, comme pour lui intimer de se taire. Mais il continue, en caressant ton ventre, ce qui t’arrache des frissons insoutenables. Tu te mords la lèvre en ouvrant les yeux doucement. Il sourit lui aussi, avec son petit air cruel du type arrogant heureux te tenir sa victime.

▬ Tu la connais cette sensation-là, n’est-ce pas. Celle qui monte petit à petit, qui pointe d’abord timidement et puis qui au final te brûle les entrailles. Elle te fait frémir puis gémir. Tu te sommes de la tarir, d’éteindre ce feu qui se déclenche en toi. Mais tu ne contrôles plus rien, tu es obligé de subir. Elle commence là, puis elle monte, ne cesse de grimper en même temps que ta peau se met à chauffer…

Il illustre ses propos en faisant balader sa main sur ton corps avant qu’elle ne se réfugie contre ta joue. Tu le regardes intensément. Ses paroles sont empreintes de sensations sulfureuses qu’il semble connaître par cœur. Il te décrit le désir, celui qui t’étreint en ce moment même, tourmentant tes sens, tes pensées, ton être tout entier.

▬ Et elle finit là. Toi qui voudrais conserver un tantinet de dignité, tu finis par t’empourprer et tout est brisé. Tes désirs te trahissent.

Mais tu ne t’en caches pas de ces sensations. Tu es encore dans les nuages et n’arrives pas à ressentir une quelconque amertume face à cette bataille perdue. Tu as laissé Alec franchir ta garde et te voler des baisers ardents. Tu les lui as rendus en laissant tes émotions parler pour toi. Pourtant, tu n’avais rien d’une vierge effarouchée et mutine. Tu as exposé à ses yeux ta peau rougie, tu l’as laissé entendre tes soupirs et se délecter de tes gémissements. Tu ne tentes pas de dissimuler ces sentiments tabous de désir profond. De toute façon, tu n’y arriverais pas. Tout est brut entre vous, intact et intense.

Tu soupires. Tu te redresses légèrement et vient caresser l’arrête de son nez avec le bout du tiens. Ta lèvre inférieure effleure sa bouche, s’y accrochant légèrement comme avide d’un autre baiser. Tu sens son souffle chaud te bercer. Tu fermes les yeux. Les rouvres. Les refermes. On dirait une droguée qui profite de son voyage au pays des merveilles après une ligne de cocaïne.

Tu essayes de reprendre les choses en main. Ton corps s’avance, repoussant tant bien que mal celui d’Alec. Tu te dégages de son emprise. Tu le regardes. Tes yeux transmettent des centaines de choses en même temps. De l’amour, du désir, de la tristesse, de la rancune et surtout de la colère. Tu n’arrives pas à la faire taire. Tu lui en veux toujours pour les blessures béantes qu’il a ouvertes trois jours auparavant. Il t’a fait tellement mal. Tu as tant pleuré pour lui. Un air de défi s’immisce en toi et transparaît sur tes traits. Tu ne vas pas laisser Alec s’en tirer si facilement.

Soudain, une présence néfaste et ennuyeuse se fait sentir. Le mec des vestiaires, avec plus de muscles que de neurones se tient près de vous et il semble mécontent. Tu tournes la tête, lui lançant un regard noir. Il signe alors son arrêt de mort.

▬ Vous savez qu’il y a des lieux appropriés pour vos cochonneries ?

Il a à peine le temps de finir de poser sa question que ton poing s’écrase contre son sternum. Tu sens le creux formé par l’os qui relie le bas des côtes se graver contre tes phalanges. Il suffoque et se penche en avant. Tu saisis alors sa tête fermement et vient l’exploser contre ton genoux, lui brisant le nez que l’on entend craquer. L’homme semble surpris, furieux et pousse un cri aigu de douleur. Il appose ses mains sur son visage, du sang bariolant déjà ses joues et dégoulinant entre ses doigts. Il t’insulte, hurlant et gémissant et sort précipitamment des vestiaires. Tu l’avais pourtant averti.

L’adrénaline, la colère, le besoin de violence vrombit en toi comme le moteur d’un bolide. Tu regardes Alec et tes yeux jettent des éclairs.

▬ Vient te battre alors. Vient prouver à tout le monde que tu peux me mettre par terre. Vient m’humilier, qu’est-ce que tu attends ? Tu m’en veux ? Je suis cruelle ? Ou alors t’es furax parce que tu contrôles pas tes sentiments, tu aimes une putain de salope et ça te dépasse hein ? J’me trompe ? Toi aussi ça te bouffe de l’intérieur. Regarde-toi ! Alors vient de battre, vient te battre si t’es un homme ! Je sais que t’as envie de me frapper, que tu veux me faire du mal. Bordel, moi j’te jure j’ai qu’une envie c’est de te piétiner, Alec ! Je te déteste, tu m’entends ? Vient te battre !

Tes paroles affluent, d’abord calmes et s’alarmant petit à petit, se teintant de haine et de violence. Le ton monte et tu rugis presque ton dernier ordre. Tu lui fais des signes en criant, l’invitant à venir. Tu t’emportes totalement. Tu es perdue. Tout se mélange. Tous vos moments ensemble défilent en boucle dans ta tête. Des flashs qui te désorientent, te perturbent, te rendent folle. Tu as besoin d’exprimer tout ça. De le laisser sortir, parce que ça fait mal. La façon dont il s’est jeté sur toi t’as décontenancée. Totalement. Ton aura se teinte encore quelques millièmes de seconde de cette tâche sombre, insidieuse et envoûtante. Tu trembles.

Je l’aime à en crever. Je l’aime tellement que je le déteste. Ou plutôt non, je le déteste si intensément que je ne peux pas m’empêcher de l’aimer. J’adore le haïr. Je l’aime violemment. D’une violence pure et belle. Mais dangereuse.

Tu sors des vestiaires en trombe, persuadée qu’il va te suivre, qu’il va venir vers toi et t’en coller une. Quand tu arrives dans la grande salle, des élèves curieux ont passé la porte et s’agglutinent en public curieux pour assister à la scène. Chelsey semble un peu effrayée et te regarde avec une incompréhension totale. S’il se débine, tout le monde en sera témoin. Il ne pourra pas se permettre de te laisser gagner.

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MessageSujet: Re: Eye of Tiger. Mar 20 Déc - 18:41


Eye of the Tiger





Le démon n’avait nullement besoin de vivre et revivre cette scène pour s’en souvenir. Chaque fait et gestes d’Alice se gravait peu à peu dans sa mémoire, s’insinuant sournoisement en lui, gagnant peu à peu ses sens déjà drogués. Sa nicotine à lui, c’était elle. Chacun de ses gémissements le transportait et lui donnait la fâcheuse envie de se mettre à la déguster. Mais il tint bon, se léchant simplement les babines, tâtant tout bonnement le petit nuage qui ne cessait de le frôler. Pour un peu, il se serait crû dix lieues au dessus de la terre. Heaven and Hell. Entre les enfers et le ciel, il n’y avait qu’un pas. Entre ces deux extrêmes, il n’y avait qu’elle. Il n’y avait qu’eux. Oscillant dangereusement entre l’un et l’autre, la danse mortelle se poursuivait. Les faux pas faisaient trébucher, les menaçaient sans cesse de les faire couler mais à chaque fois, au dernier moment, alors qu’on les pensait damnés, ils se ressaisissaient, reculaient pour mieux se remettre à danser. Actuellement, c’était sa main à elle qui se mouvait, qui virevoltait parmi les mèches blondes éparpillées. Il la sentait, pressante mais charnelle, avide mais formelle. Ses frémissements aussi témoignaient de son affaiblissement. Il tenait entre ses mains la corde qui la faisait vibrer, celle qu’il fallait plier pour la blesser. Il voulait en devenir le musicien, apprendre à la manier pour que la mélodie n’en soit que plus maîtrisée et plus fluide. La percussion de son cœur emballé cognait lourdement contre sa poitrine opprimée, donnant à l’ensemble un côté plus attirant encore, plus alléchant. Leurs respirations mutuelles enrichissaient ce spectacle improvisé, s’agitant au gré du tempo de leurs corps animés. Le crescendo se stabilisait pour mieux s’emporter, au rythme de leurs inspirations qui ne dépendaient que des gestes qu’il faisait. Les chefs d’orchestre ? Ils n’étaient autres qu’eux-mêmes, attisés par les flammes qui les consumaient. Il s’accrocha entre autres à ce baiser esquimau et à la tendre morsure à laquelle elle l’exposa. La cantilène finit toutefois par lui échapper et ne plus être sienne. Le son se tarit, Alice fermant peu à peu le robinet de ses émotions. La jeune femme le repoussa du mieux qu’elle put pour se dégager de son étreinte un tantinet trop oppressante. Après avoir frémit d’envie, son corps pulsait l’envie de cogner. Il voyait ses poings se fermer, ses yeux prendre une variante plus sombre, moins suppliante, beaucoup plus violente. Pour un peu il l’aurait vu bondir comme lui l’avait fait pour l’embrasser. Mais elle ne l’aurait pas imité. C’était toujours lui qui refusait de se contenir, qui se jetait pour se rapprocher. Elle, elle le cognait. S’il avait été un brin plus sage, il se serait préservé de ce schéma coloré. Il ne se serait plus approché, aurait reculé et fait une croix sur ce bois sacré. Mais il ne pouvait se résoudre à laisser la nymphe filer. Il avait bien trop l’appétence de la grignoter, de la faire mijoter à petit feu pour mieux la croquer. De plus, la sagesse n’avait jamais marché main dans la main avec le démon aux yeux bleutés. Elle le fuyait autant qu’elle le révulsait. Lui vivait de la violence de ses sens. Chaque sentiment avait la fâcheuse tendance à se déverser en lui comme le flot tumultueux d’une cascade encore indomptée. Le barrage inné dont nous sommes tous dotés était depuis longtemps délabré ou bien trop impuissant pour lutter.

Just like animals.

Son odorat de lion affamé l’informa d’ailleurs bien avant que la voix niaise de pecgras ne résonne dans le lieu confiné. Un sourire carnassier éclaira alors sa mine ternie. Car oui Alice avait bien vu son mal-être et il pouvait déjà fort affirmer que c’était l’hôpital qui se foutait de la charité. Les cheveux mal coiffés de l’ange et son haleine chargée d’alcool la trahissait autant que les signaux que son corps envoyait. Elle était en train de toucher le fond. Lui en comparaison n’attendait que cela. Il n’avait pas la motivation pour s’imaginer ce qu’elle avait vécu durant les trois jours qui les avait séparés et entre nous, il n’en avait rien à foutre. Son enveloppe charnelle ne respirait encore que de leurs baisers échangés. Son engourdissement se dissipait seulement et les hallucinations le tenaient encore. Il la sentait toujours le caresser comme elle l’avait fait et l’enivrement n’était pas disposé à laisser une quelconque clarté venir le draper. C’est en voyant le crâne du balourd venir s’écraser contre le genou enragé de l’être divin qu’il sortit de son mirage sucré et grommela. Elle venait de le devancer. Plus pour l’empêcher de lui piquer sa place que de l’empêcher de quelconques soucis professionnels, il s’empara soudainement de sa taille et la tira loin de l’homme qui de toute manière fuyait déjà. Bon et bien, seulement elle risquait d’avoir des soucis avec la direction pour agression sur autrui mais aussi et surtout elle venait de lui piquer l’occasion d’étancher sa soif d’échauffourées. Furax, il lui adressa un regard noir qui ne put que gagner en obscurité quand elle se dégagea violemment pour le chauffer de ses mots acérés.

▬ Vient te battre alors. Vient prouver à tout le monde que tu peux me mettre par terre. Vient m’humilier, qu’est-ce que tu attends ? Tu m’en veux ? Je suis cruelle ? Ou alors t’es furax parce que tu contrôles pas tes sentiments, tu aimes une putain de salope et ça te dépasse hein ? J’me trompe ? Toi aussi ça te bouffe de l’intérieur. Regarde-toi ! Alors vient de battre, vient te battre si t’es un homme ! Je sais que t’as envie de me frapper, que tu veux me faire du mal. Bordel, moi j’te jure j’ai qu’une envie c’est de te piétiner, Alec ! Je te déteste, tu m’entends ? Vient te battre !

Tout son être vrombissait de sentiments tous moins purs les uns que les autres et cet excès de violence réveilla en plus de ses envies de la débarrasser de sa chasteté son envie de la cogner. Avec ses mains désormais ornées de sang séché, il se passa une main au dessus de la lèvre supérieure tout en la fixant avec une insistance décuplée. Ses yeux la déshabillèrent pour l’analyser. Sa manière de se tenir lui donna un petit indice quant à son dos fragilisé et ce fut avec un immense plaisir de loup qui sait qu’il va chasser qu’il se lança à sa suite dans le couloir bondé. Car oui, là ou il y a des soucis, de la violence et du sang, tout le monde ne peut s’empêcher d’affluer, non pas toujours dans le but honorable de venir aider les possibles blessés mais plus avec l’objectif de satisfaire sa putain de curiosité. A tous, il leur adressa son plus joli doigt d’honneur et entra à son tour dans la salle où l’amusement n’allait pas tarder à s’inviter. Tous les élèves observèrent l’entrée furibonde de leur coach, suivie d’un individu aux yeux rougeoyants de l’envie de lyncher. Aucun ne fit de commentaires, mais Alec aurait juré voir sur leurs visages les paris qu’ils se gardaient de partager. Tous misaient bien évidemment sur la magnifique jeune femme qui se pavanait depuis plusieurs séances parmi eux pour les corriger. Tous ou presque avaient pu la voir en mettre certains au tapis mais cette fois, elle n’allait pas se retrouver face à n’importe qui. La banalité n’amène que le calme et la sérénité a-t-on l’habitude de constater. Mais Alec n’était pas de ces gars ordinaire pour elle puisqu’il ne cessait de l’attirer hors de sa zone de confort. Et dieu seul sait à quel point l’inconnu peu nous rendre imprudent. Nos repères s’envolent soudainement, et pourtant on se croit toujours sur-puissants. Grave erreur, mon ange.

Le démon, une fois entré dans la salle où tout allait se passer, se détourna de la jeune femme qui l’attendait. Il se mit à sautiller deux secondes sur place, faisant craquer sa nuque d’un air déterminé. Arrogant et fier, il promena un regard empli de défi sur ses futurs concurrents et les jaugea d’un air condescendant. Les paroles d’Alice léchaient son ego blessé et il y répondit intérieurement, ne laissant s’exprimer que le sourire ombrageux de ses lèvres pincées.

°Mais moi aussi mon ange, je n’ai qu’une envie. Te butter. Voire ta jolie gueule venir mordre la poussière. Voir le supplice dans tes yeux me fait autant fantasmer que le cul que tu t’évertues à montrer à tous tes élèves qui peuvent le réclamer. Lire la panique sur ton épiderme sirupeux, sentir la faiblesse paralyser tes membres. Je me vois m’accroupir, relever ton menton ensanglanté par le flot s’écoulant de ton nez cassé. Je sens sous mes doigts les frémissements que ton corps ne peut retenir à mon contact glacé. Je n’attends qu’une chose. Que le baiser glacial de la mort que je pourrais t’offrir ne vienne t’effleurer, s’emparer de ton âme que tu juges à tort noble et inestimable. °

Tournant le dos à la créature au minois marqué par les déboires auxquelles elle s’était livrée, il vint fureter ci et là dans la salle bien rangée pour contenir son esprit bouillonnant et son corps galvanisé par toute cette excitation qui le tenait. Son aura dansait à un rythme endiablé dans la pièce fermée. Elle se mouvait avec impétuosité, venant lécher chaque âme ponctuée de lumière qui pouvait se déplacer. Chaque approche étant précédé de frissons longeant la colonne vertébrale, la glace qui en émanait ne pouvant s’empêcher de caresser chaque personne visée comme si elle avait pour mission de la geler. Venant s’appuyer contre le mur le plus éloigné d’Alice, le démon croisa les bras et vissa son regard sur la jeune femme jusqu’à ce que celle-ci ne tourne les yeux à son tour vers lui. Quand il eut capté son attention, ce fut contre elle qu’il projeta son aura assoiffée. Elle vint l’entourer avec une envie dévorante. Il lui octroya toute la froideur que la jeune femme lui inspirait et par la force de sa volonté, son sourire narquois planté sur le visage, vint la tourmenter. Les ténèbres évoluaient autour de la nymphe, venant adhérer à chaque pore de sa peau comme s’ils devaient l’imprégner. Ils l’entourèrent de leurs bras pressants, vinrent titiller son aura blanche comme un linge qui commençait à s’entacher. Puis soumis aux envies de celui qui les contrôlait, ils se mirent à la mordre aussi fort qu’ils le pouvaient. L’illusion en laquelle ils résidaient n’enlevait rien à l’envie de blesser que le démon montrait ouvertement. Venir ainsi la chatouiller revenait à ouvrir les hostilités sans vraiment les déclamer. Il voulait qu’elle attaque en premier, qu’elle excite encore un peu plus en lui ce besoin de l’abîmer. La poupée de cire ne sortirait pas indemne de ce combat. Cette joute de regard qu’il instaura fut pour lui le moyen de plus l’observer et de détailler la tête pitoyable qu’elle tirait. Hormis ses cheveux dans un état catastrophique, il put constater ses yeux fatigués et bouffis. A trop pleurer, même lorsque l’on laisse le temps s’écouler, notre peau ne peut tout chasser. Ses yeux suivirent alors le contour de ses lèvres pincées, de sa mâchoire fermée et de ses traits durcis. Son corps entier n’était par ailleurs pas disposé à se détendre pour un sou et il aurait juré que chacun de ses muscles demeurait à tout instant bandés comme s’il la jeune femme se sentait chassée. Il se félicita d’avoir une telle influence sur elle mais ne put s’empêcher de remarquer la grandeur qu’elle s’évertuait à montrer. Malgré ce coup de mou apparent, ses cheveux étaient attachés, donc un tantinet brossés, ses yeux brillants d’une détermination qui témoignait de la vitalité de son esprit qui n’avait rien d’endormi. Malgré la crispation que ses omoplates laissaient parfois percer, sa stature demeurait droite et fière, à la manière de celle qui défie le monde entier de venir lui parler de son état déplorable et lamentable.

°Bon Dieu Alice. Tu serais la démone parfaite. Dommage que rien n’en soit. Je suis condamné à te détester et toi à me supporter°



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MessageSujet: Re: Eye of Tiger. Jeu 22 Déc - 3:58

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Tu n'as pas besoin de le voir pour savoir qu'il est là, derrière toi, qu'il t'a bel et bien suivie. Tu le vois simplement au regard du public qui le fixe. Ils semblent tous procéder à leurs pronostics. Tu sais qu'ils ont assez confiance en toi pour te parier grande gagnante. Mais tu doutes de tes capacités face lui, malgré les apparences. Tu es fragile avec Alec. Tu oscilles entre des sentiments puissants et violents que tu ne contrôles plus et tu n'as aucune idée ce qui pourrait advenir de vous.

Les troupes se galvanisent devant la tension grandissante. Un brouhaha se forme, entre les chuchotements, les sifflements, les appels au combat à peine retenus. Tu fermes les yeux en respirant profondément, tentant de faire le calme en toi. Mais les restes d'alcool t'en empêchent, te font encore tourner la tête et tu serres les poings. C'est plus fort que que toi, tu as besoin de frapper. Quand tu ouvres les yeux, tu es déterminée. Tu te retournes pour lui faire face. Et tu le découvres à l'autre bout de la salle, appuyé contre un mur, les bras croisés, en train de t'observer. Quand tes yeux rencontrent les siens, une puissante décharge te balaye. Son aura vrombissante de démon t'arrive en plein visage comme une bourrasque lors d'une tempête, ornée d'éclairs argentés et de coups de tonnerre. Pour un peu, tes cheveux en auraient presque frémis comme sous l'emprise d'un vent imperceptible. Ton âme entre en écho avec cette aura démoniaque que tu ne connais que trop bien. Il l'a déploie telles les ailes d'un oiseau géant, aux couleurs sombres et ténébreuses mais envoûtantes, pourvues de plumes qui viennent te caresser et te chatouiller.

A sa manière, tu croises les bras, t'efforçant de paraître impassible. Tu frissonnes légèrement pourtant. Cet effet, tu ne peux pas le retenir, ni l'étouffer ou le refouler. Il existe, il est en toi, ce désir fou. Mais tu ne fléchis pas : la noirceur de l'âme d'Alec n'est pas comparable à celle rencontrée la veille, celle de ce Dragon. Tu es presque heureuse de retrouver ce parfum affriolant, ce goût de tentation qui t'envahis chaque fois que l'aura du démon vient à ta rencontre. Tu sens ton corps se contracter, tes sens frémir d'impatience, désirant toujours plus. Une flopée de papillons noirs s'envolent dans ton ventre et menace ton équilibre personnel. Comment ne pas se laisser tenter ? Tout ce qu'Alec a déjà déclenché en toi semble lui répondre imperceptiblement, ton aura elle aussi sort de sa coquille, se mélange à la sienne. Et tout cela n'a rien de naturel, ressemble à une alliance improbable, pourtant tu n'es presque plus rebutée par l'aura du démon, elle continue de t'intriguer et immisce en ton être des idées folles d'union charnelle - dont nous tairons ici et pour le moment les détails. L'insistance de l'aura autour de toi qui tente de s'imprégner de ton âme soulève en toi quelques soupirs impudents que tu essayes de cacher. Un autre combat se joue, invisible aux yeux de tous, il n'appartient qu'à vous.

Et puis tu finis par ne plus supporter son petit sourire narquois et la domination qu'il semble vouloir asseoir sur toi. Tu avances lentement, lui laissant le loisir d'observer tes courbes se mouvoir jusqu'à lui. Une fois en face à face, tu affiches une moue amusée. Tu te dresses sur la pointe des pieds pour l'empêcher te regarder de haut et vient coller ton front au sien. Tes mains se frayent un chemin sous son t-shirt et tes ongles viennent griffer lentement sa peau. Vos auras dansent encore autour de vous, ayant déjà engagé la bataille sans plus attendre. Tes yeux sont plantés dans les siens. Son regard azuréen brille de fureur. Le tien alterne entre le choc de ses prunelles et l'intensité de ses lèvres près des tiennes. Et tu n'y tiens plus. Ta bouche se presse à nouveau contre la sienne, avide et déchaînée. Ton baiser est violent et passionné. Tes mains viennent se saisir de ses poignets pour décroiser ses bras et les placer autour de tes hanches. Tu joues avec lui pour le perdre, le déconcentrer et l'énerver encore davantage.

Ton sang bouillonne, perdu entre désir et violence. Ton envie de frapper ne s'est pas évanouie et elle vient surpasser l'ardeur de ton attirance pour Alec. La colère vengeresse te rattrape et pour le mal qu'il t'a fait, tu le blesses, débutant le combat par une attaque virulente. Alors que vous vous embrassez, tu lui décoches un coup de genoux entre les jambes. Tu sais que ça fait très mal. Que ça devrait être interdit. Mais tu n'as jamais dit que tu jouerais dans les règles. Il utilise son aura alors pourquoi tu devrais te gêner pour ruser ? Dans un sens, porter atteinte à sa virilité alors que vos souffles se mélangent te semble ironique et drôle. D'ailleurs tu romps le baiser en éclatant d'un petit rire moqueur avant de lui envoyer un crochet du droit dans les côtes. Tu attrapes son visage entre tes paumes et l'attires vers toi pour murmurer à son oreille.

▬ Désolée Alec mais tu m'as mise en colère. Tu peux me frapper si tu veux mais je frapperai toujours plus fort. On en crèvera peut-être tous les deux. Mais jamais tu ne te débarrasseras de moi. Je te poursuivrai à travers ce monde et parmi les autres, je retournerai la galaxie pour te retrouver. Je foutrais le feu au Paradis pour toi s'il le faut et j'inonderais même les Enfers. Ça pourrait paraître mignon ce genre de déclaration, mais te t'avises pas de croire que c'est de la niaiserie. Tu me connais assez maintenant pour savoir que je suis loin d'être tendre. Alors frappe-moi, fait moi mal, met moi à terre, putain. Tu veux voir si le sang des anges est tout aussi rouge que le vôtre ?

Je l’aime à en crever. Je l’aime tellement que je le déteste. Ou plutôt non, je le déteste si intensément que je ne peux pas m’empêcher de l’aimer. J’adore le haïr. Je l’aime violemment. D’une violence pure et belle. Mais dangereuse.

Les cris du public résonnent dans la salle, une clameur étouffante de ring de boxe. Tu as à peine commencé à cogner qu'ils apprécient le spectacle. Tu les trouves pitoyables. Ils négligent tellement d'enjeux, ils ne sont là que pour les poings et ressentir la douleur par l'intermédiaire d'un perdant. Cette bande d'humains ignorants. Une nuée de cons. Au fond, en cet instant, ils te répugnent. C'est certainement indigne d'un ange d'avoir de telles pensées mais ils te révulsent, c'est certains. Leur livrer cet affrontement ne te réjouis pas. Mais cet appétit pour la violence est encore plus présent.

Tu sais que tes paroles trouveront le chemin du cœur d'Alec. Il n'est pas insensible, loin de là, désormais tu le sais. Mais étrangement, au delà de ton envie de frapper son beau visage, tu as ce besoin autodestructeur que lui aussi te fasses du mal. Tu ne seras pas satisfaite tant que tu n'auras pas vu de tes propres yeux éclater sa colère, tant que tu n'auras pas vu de quoi il est capable, tant que tu n'auras pas vu jusqu'où il peut aller. Tu le repousses dans ses retranchements comme un animal qu'on excite, suscitant chez lui cet agacement qui fait perdre tout contrôle. Comme s'il refoulait sa véritable nature depuis le début. Peut-être qu'après ton combat contre Dragon, tu as besoin de te prouver qu'Alec est comme lui, un des leurs, un démon. Comme si tu l'avais oublié. Comme si tu pouvais oublier ce minuscule petit détail. Tu aurais peut-être besoin qu'on te le rappelle. Qu'il t'apparaisse comme véritablement mauvais pour que tu puisses le détester. Uniquement le haïr. Sans sentiments contraires dévastateurs.

Et puis au fond tu as peur d'aimer ça chez lui. Tu redoutes de te confronter à l'évidence même de l'intensité de ton amour pour Alec qui irait au delà de cette violence amère. Qui verrait plus loin que les clivages d'espèce. Qui ne ferait plus de distinction entre le bien et le mal. Tu te dis que peut-être tu trouverais la rage chez Alec belle et poétique. Cette admiration pour les démons que tu as contracté se confirmerait. Et même si Dragon te dégoûte, même si tu te poses la question de sa similitude avec Alec, quelque chose te dit que ça sera différent. Que tu aimeras Alec sous toutes ses facettes, toutes ses coutures, toutes les parcelles de son être.

Mais c'est un démon. Tu es un ange. Condamnés à vous aimer dans l'opposition, dans la contradiction éternelle qui anime l'univers. Condamnés à vous détester pour le bien de l'équilibre naturel. Condamnés à cultiver cette passion qui vous lie désormais à jamais.

Ou alors tu pourrais sombrer. Le rejoindre dans les ténèbres. Tout abandonner pour lui. Te transformer. Car c'est un démon et tu es un ange. Troquerais-tu ton auréole contre des cornes, Alice ? Laisserais-tu éclater cette part obscure qui t’habite ? Et si oui, le ferais-tu réellement uniquement pour lui ? N'est-ce pas finalement ce qui te libérerait ? Oh Alice, petit erreur de la nature, un jour il faudra bien faire un choix avant que le sort ne finisse par te rattraper.


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MessageSujet: Re: Eye of Tiger. Jeu 22 Déc - 20:15


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Le démon ne percevait rien à se qui se passait aux alentours. La foule se densifiait néanmoins, mélangeant habilement toutes sorte d’individus : les adeptes du cardio, les fous de fonte, la ravissante Chelsey au goût d’autobronzant, des gamins à peine sortis de puberté venu se frotter à la dure réalité. Tous s’assemblaient dans un adorable métissage et le brouhaha perceptible n’en cessait plus de croître, montant en niveau sonore, avançant toujours plus autour de leurs deux corps qui se déchargeaient. Comme à l’accoutumée, ambiance électrique entre elle et moi. Pour un peu, j’observerai la douce vapeur qui émane de chacun de ses pores. La colère qui la fait bouillonner et la flambée de désir qui ne fait que monter n’aide pas à se calmer. J’en convins Green, j’en conviens. Mais regarde toi les poings serrés ma douce, regarde ta belle gueule d’ange contrarié. Ces badauds n’ont qu’à hurler, n’ont qu’à s’époumoner, ne t’en fais pas, je n’entends, je ne perçois que toi. Chacun de tes soupirs tinte à mon oreille comme le signe toujours plus distinct d’une victoire qui ne cesse d’approcher. Pour un peu, je caresserai tes halètements du bout des doigts, de mes mains de magiciens je dresserai la lionne qui sommeille en toi pour la dompter. Je dois avouer que tu es sublime. Tu as beau te vêtir de ton plus beau legging, tes formes n’ont aucun secret pour moi. Ta brassière peut te couvrir autant que tu le voudras, il me tarde de te montrer que tu es bien plus belle au naturel. Eve dans toute sa splendeur, une Eve que je ferais tomber. Ne me prends pas pour Adam, je ne suis que le serpent. Celui qui te fera goûter à ce qui te fera tomber. Tu mordras dans le fruit défendu, et nous n’en parlerons plus. Un bel ange corrompu, quelle victoire cela serait de tenir entre mes mains ton âme brisée, de sentir ton corps sangloter d’avoir perdu sa lumière passée. Je savourerai chaque parcelle de ta noirceur, la couvrirait de baisers glacés. Je te corromprai, et tu ne pourras m’arrêter.


Le démon, vraisemblablement dans une bulle insonorisée demeurait le regard ancré à celui de la jeune boxeuse. De temps à autres, il dérapait contre sa peau basanée, mais un tressaillement et la joute reprenait. Il lui suffisait de sentir son aura frémir et commencer à se rétracter pour recommencer. Celle d’Alice ne tarda d’ailleurs pas à se manifester. En écho à celle violement projetée du démon, elle se déplia lentement, comme peu habituée à se frotter à plus noire que soi. Car oui, elle était tachetée la petite beauté. De ce genre de pelage que les dalmatiens arborent normalement. Chaque coulure de noire semblait se démarquer et trouer cette blancheur nacrée. Telle sa propriétaire, le démon la dévora du regard, désira en devenir le peintre afin de la barbouiller d’obscurité. Mais le pinceau n’avait pas été lavé et l’ambiance n’était pas à la sérénité, celle que nous permet de demeurer inspiré. Il eut l’impression que son oreille moyenne le rappela durement à la réalité en lui offrant pour cadeau un magnifique acouphène. Serrant les deux, il reprit conscience du boucan ambiant et jeta alors un regard circulaire à cette foule qui l’oppressait. Au moment où il s’apprêtait à se redresser pour la faire reculer, Alice frémit. Il se figea alors automatiquement, reportant son entière concentration sur l’être qui commençait à se mouvoir. Aussi attentif que celui qui va découvrir un ballet qui ne fait que débuter, il s’appuya à nouveau sagement contre le mur reculé et ferma sa grande bouche emplie de grossièreté. Il faut dire qu’il avait de quoi s’exprimer. Son poing se ferma d’ailleurs pour faire affluer le sang au niveau de son avant-bras droit afin de se contenir et de conserver sa dignité mais dieu qu’il eut envie de craquer. La jolie prude effarouchée se transforma en une noble vénus, en cette femme fatale qu’il ne demandait qu’à savourer. La lueur colérique qui illuminait son regard d’un petit côté incendiaire partagea son royaume avec l’envie farouche de celle qui veut s’amuser. Il vit chaque détail venir munir son petit minois insolent, et apprécia chaque transformation qu’elle lui offrait généreusement. Sa démarche se fit plus féline, plus souple et charnelle. Rejetant ses longs cheveux attachés, il la vit s’approcher à pas lents, les yeux pleins de malice de celle qui ne va pas tarder à se retourner.


Ferme la bouche Alec, tu vas gober des mouches.


Bien trop tôt, elle fut contre lui, se hissant du mieux qu’elle pouvait pour ne pas se laisser surplomber. Il sentit par delà son t-shirt cotonneux la chaleur étouffante venir le chatouiller. Sans se départir de son regard de glace alors que son corps entier s’embrasait, il ne sourcilla pas et attendit la suite du numéro. Qui sait, n’allait-elle pas lui offrir le délice de se dévêtir elle-même ? Piètre illusion, peut-être une petite déception ? Elle l’embrassa à pleine bouche, louchant à peine sur l’objet de ses convoitises. Il sentit ses lèvres venir à la vitesse de l’éclair se saisir des siennes et avec un empressement et une avidité qui ne peuvent être nommées, il répondit à son appel, lui rendant chacun de ses baisers avec une ardeur renouvelée. N’allez pas croire qu’il en devenait dépendant, à la manière de celui qui savoure chaque dose qu’il pourrait sniffer. Non, non, il dealait également son brin de marchandise, tentant de lui procurer autant d’effet que elle le faisait. Il s’appliqua ainsi à lui faire goûter à la colère imprimée dans le moindre de ses tissus et avant qu’elle ne rompe cet échange désireux, il lui mordit la lèvre inférieure, croquant dans la chaire ensorcelante de la nymphe qui le collait. Voyez-y une manière de lui rendre la pareille pour l’estafilade qu’elle lui avait volée. Ce petit échauffement durant leur petit moment d’intimité dans le vestiaire qu’ils avaient pu passer. (Sisi, pour ceux qui n’ont pas compris, c’est ironique x). Il s’attendait à ce qu’elle rompe aussitôt, qu’elle ne s’affaire pas à le contenter mais décidément, la lionne n’avait pas attendu l’ordre de se produire pour entamer sa danse endiablée. Ses doigts graciles se glissèrent sous son t-shirt déjà un peu sanguinolent et se pressèrent contre la peau brûlante de son dos. Il sentit l’ardeur des ongles qui s’enfonçaient et retint son envie de la projeter. La chaleur passa de supportable à insoutenable et le frémissement qui s’empara de lui témoigna de la virulence de l’envie qui le submergea. Il ne se fit pas prier quand les doigts d’Alice vinrent l’inviter. Ses mains se placèrent naturellement sur les hanches voluptueuses de la jeune femme qui le cajolait et il l’attira davantage contre lui. Il ne cherchait pas à comprendre ce qu’elle lui voulait. Il aurait dû. Car Alice se jetait corps et âme contre lui pour le faire broncher. Mais ses sentiments se contredisaient sans cesse. L’envie de le blesser se traduisait par ses ongles aiguisés qui le charcutaient mais les lèvres assoiffées de la créature divine ne transmettaient pas qu’une envie folle de violence. Elles invitaient à tant de paradoxes. Désirant le faire rugir, le voir sourire, elles l’intimaient à la douceur, à la pudeur comme à l’animosité et l’irascibilité. Il choisit de lui offrir les deux. Parfois, il retenait ses ardeurs de femme fatale et ne daigner lui donner qu’un brun d’effleurement, la repoussant doucement de ses mains amarrées à ses hanches dont il aurait du se méfier.


Sans qu’il ne remarque la différence, une furieuse envie de l’étrangler fit son chemin, partant de la plaie béante que sa virilité venait d’essuyer et atteignant son cerveau surchauffé. Il ne put lui faire le plaisir de hurler, demeurant muet de stupeur et surtout, de douleur. Se pliant immédiatement en deux comme celui qui tente misérablement de se protéger, il n’émit qu’un grognement guttural de l’animal furieux que l’on a agressé et qui se prépare déjà à vous le faire regretter. Mais la stratégie de la fourbe était bien pensée, avant qu’il ne puisse tant bien que mal se relever, son poing s’écrasa en un bruit sourd dans ses côtes exposées. Cette fois le démon réagit à l’instinct, se forçant à ne pas rester immobile. La jeune femme pensait qu’il allait mettre quelques secondes à se redresser, il ne les lui accorda pas. Il se redressa soudainement, faisant un effort surhumain pour enlever ses mains de la zone affaiblie par l’attaque insoupçonnée. L’arrière de son crâne rencontra ainsi sans scrupule l’arrête du nez de la jeune femme mais celle-ci, malgré la douleur que cela du engendrer, se montra bien plus forte que lui quelques secondes auparavant, et attrapa sa tête au passage pour venir lui murmurer dans de fausses déclarations, toutes plus perfides les uns que les autres :


▬ Désolée Alec mais tu m'as mise en colère. Tu peux me frapper si tu veux mais je frapperai toujours plus fort. On en crèvera peut-être tous les deux. Mais jamais tu ne te débarrasseras de moi. Je te poursuivrai à travers ce monde et parmi les autres, je retournerai la galaxie pour te retrouver. Je foutrais le feu au Paradis pour toi s'il le faut et j'inonderais même les Enfers. Ça pourrait paraître mignon ce genre de déclaration, mais te t'avises pas de croire que c'est de la niaiserie. Tu me connais assez maintenant pour savoir que je suis loin d'être tendre. Alors frappe-moi, fait moi mal, met moi à terre, putain. Tu veux voir si le sang des anges est tout aussi rouge que le vôtre ?


Je la sens s’éloigner de moi cette fille de pute. Mais tu ne t’en tireras pas comme ça vieille enfoirée. Il fut à nouveau plié en deux par la force insoupçonnée de la jeune femme. Mais, encore soumis à la nature qui avait décidé de le rendre homme pour ainsi le programmer à souffrir à chaque coup donné, il agrippa pourtant le sommet de la cuisse d’Alice et la tira vers lui. De son épaule abaissée, il chargea tel le taureau énervé. Okay, aucune classe, mais pour ma défense cette technique marche bien. Avec toute la force que sa rancune lui offrait, il la poussa si fort qu’il ne la lâcha pas en la faisant trébucher sur le tapis qui sommeillait. Il chuta alors avec elle et lui tomba dessus sans une once de délicatesse. Un bruit mou résonna alors dans la salle désormais devenue silencieuse. Ah oui, là quand lui se faisait malmener, ils avaient leurs encouragements à balancer, mais maintenant qu’il se réveillait, plus personne n’avait envie de broncher. Que leur avait-elle fait pour ainsi les menacer , la garce ? Se mettant tant bien que mal à quatre pattes au dessus d’elle, une main de chaque côté de ses oreilles, il lui offrit son plus beau sourire carnassier et prit le temps de répondre à chacune de ses accusations, repensant pour chaque mot à la douleur physique qu’elle lui avait infligée.


« Ah ouais ? Je suis ravie que tu m’accordes autant d’attention, poupée. Mais vois-tu, ton sang ne m’intéresse pas, tu peux crever que j’en aurais rien à cirer. J’te l’ai dis la dernière fois, ça aurait du rentrer. Y’a que ton cul qui m’intéresse. Mais des meufs comme toi, y’en a des milliers, des milliards. Et t’es loin d’être la plus bonne, crois-moi. Alors s’il te plait, ferme là. Tes jérémiades me fatiguent. »


Avant qu’elle ne lui chope l’un des avant-bras pour regagner le dessus ou je ne sais quelle bêtise encore, il lui décocha une droite qui vint à nouveau heurter son nez fragilisé. Cette fois une flopée s’écoula, arrosant doucement son torse beaucoup trop dénudé. En voyant son sang à elle s’écouler, le démon n’y tint plus, sa main vint se gorger de ce liquide vital qui le faisait fantasmer et humant lentement, une lueur barbare explosa dans ses yeux bleutés et un sourire digne de celui qui ne cherche qu’à tuer se dessina lentement sur sa belle gueule d’ange. S’emparant du haut de sa brassière, il redressa son dos de quelques centimètres du sol et plongea son regard dans celui de l’ange qui pour l’instant ne prenait sagement pas sa revanche.


« Ne joues pas avec moi Alice. Fais attention à ce que tu déclenches. »


Une menace comme un avertissement, le regard fou du démon fouilla celui soudain incompréhensif de l’ange qui demeurait envieux de le faire morfler. S’accroupissant, il fit un petit bond en arrière pour s’éloigner de celle qui allait revenir le chercher. Avant de lui accorder à nouveau toute son attention, il fit un pas vers la foule qui automatiquement recula en voyant la tête malveillante qu’il abordait désormais. L’un n’eut pas le temps de reculer. Avec un plaisir non dissimulé, il lui fit une balayette totalement maîtrisée et regarda avec satisfaction sa masse tomber au sol dans un bruit encore plus sourd que la chute des deux êtres avait pu faire. Il vint lui fourrer la plante du pied au niveau du diaphragme et le fit rouler du pied sur le côté. Suffoquant, celui-ci fut réceptionné par deux amis qui jetèrent un regard désapprobateur sur le démon qui souriait de toutes ses dents d’enfant satisfait. Ce geste réveillerait Alice, il s’en doutait, du moins l’espérait. Oh que oui qu’il allait la cogner. Cette garce ne méritait que cela. Crève satan. Il ressentait encore les lancements de ce qu’elle avait impunément prit le partit d’agresser. Bah oui, il n’y avait qu’elle pour attaquer sur le côté comme ça et non en chargeant au front comme les plus valeureux le font.




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MessageSujet: Re: Eye of Tiger. Ven 23 Déc - 3:05

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Le piège s’était refermé autour de lui sans qu’il n’ait le temps de s’en rendre compte. Il avait répondu à tes baisers avec la voracité d’un animal. Il ne faisait aucun doute qu’Alec était affamé. Avide d’enfin pouvoir te dévorer toute entière. Et il te mord même la lèvre avant que tu ne mettes fin à votre échange langoureux. Il frémit, t’attire contre lui, comme si son corps pouvait traverser le tien, s’imprimer à l’intérieur, fusionner. Autant de réactions qui ne trompent personne. Alec est en feu. Tu sais qu’il est en colère, n’importe qui le serait à sa place mais il brûle aussi de désir. Cette opposition qui serre ton cœur le tient également sous son joug intense. Il joue avec toi en essayant de t’arrêter par moment, de calmer tes ardeurs pour s’octroyer l’illusion de les contrôler, pour que tu reviennes vers lui encore plus brutalement.

Et c’est le premier coup que tu lui portes qui le plie en deux. Il ouvre grand la bouche mais aucun son n’en sort, muet de douleur ou alors il se retient de hurler pour ne pas paraître encore plus faible à tes yeux. Tu aurais aimé qu’il crie. Mais il se contente d’un grognement bestial, rauque, encore coincé au fond de sa gorge. Tu baisses les yeux vers lui, satisfaite de lui avoir fait mal, physiquement cette fois. Et tu le frappes une seconde fois. Il se plie un peu plus alors que tu admires ton travail. Sans crier gare il se redresse brusquement, l’arrière de son crâne venant s’écraser contre ton nez. La douleur irradie instantanément mais tu l’oublies bien vite pour venir lui parler, sa tête entre tes mains, comme si tu avais enfin le dessus sur lui. Tu jubiles de pouvoir entamer les hostilités, cette violence qui fulmine en toi depuis trois jours a besoin de s’exprimer.

Après ton petit discours, tu en remets une couche et balance ton genou entre ses jambes une seconde fois. Il a un hoquet de douleur et tu souris de toutes tes dents. Alors l’adversaire se rebelle enfin. Il attrape ta cuisse et te pousse de tout son poids propulsé contre toi. Il charge et te plaque au sol tel un catcheur. Tu ne peux pas lutter, il est évidemment plus lourd que toi. Vous tombez sur un tapis dans un bruit étouffé. Le silence se fait dans le gymnase, les élèves vraisemblablement surpris par ce retournement de situation. Tu grimaces sous le choc de son poids sur toi, ton omoplate blessée continuant de te faire souffrir. Alec se redresse, à quatre pattes au-dessus de toi. Il te sourit, moqueur, avec un air de fou à lier. Les bras en croix, tu fais l’étoile de mer en le défiant du regard.

▬ Ah ouais ? Je suis ravi que tu m’accordes autant d’attention, poupée. Mais vois-tu, ton sang ne m’intéresse pas, tu peux crever que j’en aurais rien à cirer. J’te l’ai dit la dernière fois, ça aurait dû rentrer. Y’a que ton cul qui m’intéresse. Mais des meufs comme toi, y’en a des milliers, des milliards. Et t’es loin d’être la plus bonne, crois-moi. Alors s’il te plait, ferme là. Tes jérémiades me fatiguent.

Tu exploses de rire devant son air furieux. Cette fois il ne parvient plus à t’atteindre. Il y a trois jours tu as pleuré. Ca n’arrivera plus de si tôt. Ses mots n’ont plus aucune répercussion sur ton égo, il a volé en éclat au Belvédère, il est en miette et ce n’est pas en quelques jours que tu es parvenue à les recoller, au contraire. Il peut t’insulter et te cracher son venin à ta figure, tu restes impassible, t’amusant de sa colère. Depuis mercredi, tu en as vu d’autres. Tu as rencontré Dragon et tu sais désormais ce qu’est un démon qui laisse s’exprimer sa rage. Tu sais pertinemment que ces joutes verbales qu’Alec prend plaisir à t’envoyer sont loin d’être son maximum. Tu ris nerveusement, te moquant de lui et de ses paroles acerbes qui n’ont plus aucune valeur pour toi.

▬ J’ai du mal à croire que tu te mettes dans des états pareils pour un cul, mec. Surtout un cul aussi banal que le mien comme tu sembles l’affirmer. Arrête ton cinéma Alec, ça marche plus.

Et c’est ça qui te rend fou hein ? Tu veux pas de moi ! T’as rien demandé ! Et pourtant je suis là et ça tu pourras rien y faire à moins de m’éliminer. T’as peur de ces émotions que tu contrôles pas. Tu les assumes pas. Arrête de faire passer ça pour une simple histoire de fesses, putain. Toi-même t’arrives pas à décrocher. Tu me poursuis sans relâche. Je le vois dans tes yeux. Le désir te dépasse. Tu l’as avoué. Tu t’éloignes de moi parce que je pourrais te blesser. Tu veux pas mettre ce putain de mot sur ce putain de sentiment mais il existe. Bordel de merde quand vas-tu enfin comprendre ? Ah oui, j’oubliais, t’es trop occupé à me détester et à te faire passer à tout prix pour le mec sans attache, qui en a rien à taquer des nanas. Qui les baise et qui les jette, les unes après les autres. Mais faut pas t’appeler coureur de jupons et faut pas dire que t’es amoureux non plus. T’es pathétique à me dire que je t’excite pas. Comme si j’étais n’importe qui. C’est ça qui te tue. Je suis pas n’importe qui. Sinon, je serais déjà morte depuis longtemps.

Cette partie tu n’as pas le temps de la prononcer. Alec t’envoie une droite en plein visage qui fait exploser le sang dans ton nez. Déjà fragilisé par ton combat de la veille, il n’en faut pas beaucoup pour que les plaies se rouvrent. Tu sens des gouttes chaudes atterrir sur ton décolleté et le liquide coule le long de tes lèvres, glissant sur ton menton et dans ton cou. Tu serres les dents pour mieux encaisser. Tu te fiches de la douleur, tout ce qui t’intéresse c’est lui, le faire sortir de ses gonds une bonne fois pour toute. Et justement, un sourire carnassier digne d’un psychopathe se dessine enfin sur les lèvres d’Alec, tu observes son visage se transformer avec fascination, ses yeux luire d’une soif meurtrière. Le goût de ton propre sang t’enivre et la partie démoniaque grandissante de ton âme frémit. Il empoigne ton haut avec force et te soulève sans mal pour approcher ton visage du sien. Tes yeux ne quittent pas ses prunelles animées par la folie vengeresse, contemplative de cette mutation en cours.

▬ Ne joues pas avec moi Alice. Fais attention à ce que tu déclenches.

▬ Oh mais la partie a déjà commencé Alec, détrompe-toi…, fais-tu d’une voix suave, grave, méconnaissable.

Il s’éloigne à nouveau et ton dos claque une seconde fois contre le tapis. Tu pouffes en silence, le sang continuant d’affluer le long de ton visage. Les événements sont en train de te transformer en un monstre inconnu.

Tu entends du grabuge un peu plus loin et roule sur le côté pour observer. Alec violente un des spectateurs, tu souris en le regardant faire, amusée. Puis soudainement, tu te vexes de le voir s’en prendre à quelqu’un d’autre qu’à toi. Tu te redresses avec l’agilité d’un chat et enlèves une de tes baskets sans en défaire les lacets, puis répètes l’opération pour la seconde. Tu siffles avant de lancer la première en plein dans l’arrière du crâne du démon. Tu attends qu’il se tourne vers toi pour balancer l’autre qu’il parvient à rattraper.

Ton aura mouchetée vrombit autour de toi, elle irradie de son imperfection telle une gigantesque auréole. Tes membres sont pris de spasmes et ton visage affiche une expression indescriptible, tentatrice et menaçante, loin de l’ange pure et candide. La lumière en toi lutte pour reprendre le pouvoir mais elle n’y parvient pas, se heurte à toute cette noirceur qui a pris le contrôle de ton corps, s’immisce dans tes veines et corrompt ton cœur. Un miroir au fond de la salle te renvoie ton reflet, tu ne te reconnais pas. Tu viens défaire ta queue de cheval et tes cheveux retombent en cascade sombre sur tes épaules. Tu redresses les manches de ton gilet ouvert et ton cou roule sur lui-même dans de petits craquements.

Avec une célérité incroyable, tu cours jusqu’à lui comme si tu allais lui décocher un coup de pied sauté digne des plus grands films de kung-fu. Mais arrivée à sa hauteur, tu déposes un baiser léger sur sa bouche entrouverte.

▬ Fait moi mal, chuchotes-tu à la commissure de ses lèvres.

Et tu frappes à nouveau. Tu viens faire claquer la paume de tes mains sur ses oreilles. La meilleure technique pour déséquilibrer quelqu’un. On est troublé, la vision s’altère quelques secondes et il est impossible de faire fonctionner ses réflexes. C’est bête dit comme ça, mais le centre de l’équilibre de notre corps se trouve dans cette infime partie oubliée. Tu enchaînes avec un coup contre la pomme d’Adam, la gorge étant également un point sensible. La partie basse et dure de ta paume vient entrechoquer cet os qui ressort particulièrement chez la gente masculine. Un bon moyen pour empêcher de déglutir et de reprendre son souffle, en écho à ce qui suit. La troisième partie de la technique consiste à clôturer l’attaque par un coup de poing au niveau du sternum. Arrêt de la respiration pendant plusieurs longues secondes, projection vers l’arrière et potentiellement des côtes fêlées si la puissance est suffisante. Tu y places toute ta colère et ta rage. Tu vas lui faire mal, il n’y a aucun doute là-dessus. Très mal. C’est autrement plus douloureux qu’un simple genou dans les bijoux de famille. Tu as sorti les atouts techniques de ton expertise en arts martiaux. Si après ça il ne laisse pas sa colère se déchaîner, tu ne sais pas jusqu’où tu devras aller pour enfin découvrir le Alec démoniaque. Ou alors c’est qu’il n’existe tout simplement pas.

Mais ce que tu as pu apercevoir ne te trompe pas. Cette expression folle et violente qu’il arborait au-dessus de toi, ces menaces et ce coup ne sont pas là pour rien. C’est la première fois qu’il fait preuve d’autant de férocité physiquement parlant. Tu sais que tu es sur la bonne voie, la bombe va bientôt éclater et tu es aux premières loges pour admirer le feu d’artifice.

Laisse-toi aller, Alec. Sois en colère. On se pardonnera après.

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MessageSujet: Re: Eye of Tiger. Jeu 29 Déc - 17:48


Eye of the Tiger




Une nouvelle fois, Alec cracha son venin. Cette première approche perfide ne trompa pas l'ange qu'il tentait d'atteindre. Ses mots fielleux se heurtèrent à l'expression de glace qu'Alice afficha. Cette fois-ci, le bloc ne se fragmenta pas, il n'explosa pas en petit cristaux fragiles et miroitants comme avant. La visage de la je une boxeuse demeura au contraire intacte, parfaitement entier. Au fond, le démon en fut soulagé. Qu'aurait-il à penser si une faible le maintenait aussi facilement sous son emprise ? Le tiraillait entre le désir de simplement l'embrasser et l'envie plus pressante de la heurter ? Le fait même de ne pas savoir se stopper et reculer était déjà bien assez. Si en plus la responsable de cette excès d'attention et de passion en venait à se révéler moins forte et attirante qu'elle ne l'était, la déception prendrait des proportions démesurées et il n'aurait de cesse de culpabiliser. Courir après elle était une honte à ce jour suffisamment humiliante pour que le grand blond l'affirme à haute voix. Pour lui, l'illusion résidait en le fait qu'il puisse tout contrôler. Mais cela ne dupait personne, pas même lui. Il sentait son cœur vibrer plus fort à chaque fois qu'il saisissait le moindre détail de sa personne. Apercevoir ses cheveux chocolats en entrant dans une pièce aussi renfermée que celle-ci suffisait à le faire frémir. La chamade qui s'emparait de lui à chaque fois qu'elle s'approchait témoignait à chaque instant du danger qu'elle représentait. La plaisir transcendant d'occuper toute son attention, de voir ses deux jolies yeux se plisser alors que son amour perçait contribuait autant à son bonheur que la mise au tapis d'une dizaine d'abrutis. Le problème était là. Il aurait du l'adorer paralysée, sentir le goût du sang l'appeler à la vue de sa peau peu protégée. Mais non. Il l'aimait vivante, en chair et en os. Il aimait la lueur pétillante qui allumait son regard, ce ton arrogant qu'elle lui présentait, sa manière de tenir tête. Son ton vulgaire lui plaisait, ses tendances boudeuses et enfantines, son franc parler. Tout chez elle le surprenait, l'obligeait sans cesse à se remettre en question. Elle le déroutait à chaque fois que sa bouche se mouvait. Ses mots le blessaient autant qu'ils le ravivaient et sa haine l'excitait autant qu'elle le désolait. Décidément, ce petit bout d'ange avait tout pour le faire plier. Mais le démon n'était pas de ceux qui basculent facilement. Plus que son propre ego, plus que sa propre vie, il demeurait fidèle à ce qui l'avait sauvé. Les ténèbres constituaient son terrain de jeu, sa personnalité toute entière, son refuge en toute occasion. Il ne pouvait s'en défaire si facilement. Et bien qu'il sentait que s'il en venait à devoir perdre l'ange qui le narguait, il en souffrirait, il ne se sentait pas l'âme d'abandonner sa caste. Il en mourrait. Sacrifier son rang de démon, aussi bâtard soit-il, et ce même pour celle la plus mielleuse qu'il ait rencontré, jamais.


Actuellement, c'est ce dilemme qui entravait notre suédois. L'envie de la protéger pour la garder toujours auprès de lui. La souiller pour ensuite mieux l'apprécier. Mais comment garder son plaisir intacte si elle finissait estropiée ? Et en même temps, elle le cherchait. Le sang coulait désormais à flot de son visage et même s'il aurait du se questionner quant à l'origine d'une telle fragilité, le démon en fut plus fébrile qu'intrigué. L'odeur délicieuse du sang ne cessait d'affluer jusqu'à ses narines dilatées. Son cerveau autant que ses sens se gorgeaient de cette odeur pure et si enivrante. Qui plus est, le sang d'Alice avait un effet encore plus puissant que celui de pecgras, qu'il sentait toujours en arrière plan. Celui de sa nymphe avait de cet arôme qui n'invite qu'à goûter. Louchant sur la plaie qui ne cessait de s’humidifier, il eut envie de porter ses lèvres jusqu'à la jointure et d'aspirer ce qu'il aurait pu en tirer. Pas jusqu'à la saigner, il n'était pas fou et cet excès lui aurait provoqué des nausées encore trois jours après. Mais il aurait voulu savourer ce petit côté attrayant qu'elle lui présentait. D'ailleurs il ne sentit bientôt plus que cela. Le focus était fait, Alice avait réussi à gagner l'entière attention du démon. Il vissa donc son regard sur elle, oscillant entre ses lèvres et le liquide vermillon qui la maculait désormais. C'est en accordant un regard particulier à la bouche qui le tentait, qu'il la sentit rire. Un petit spasme la secouait en effet et les commissures de ses lèvres s'étaient élargies. Le son mit quelques instants à emplie ses oreilles et disparut aussitôt, la bulle s'étant refermée. Qu'elle rie si bon lui semblait, si seulement elle pouvait encore un peu plus le frapper pour qu'il ne se sente pas coupable de la cogner. Ce furent ces mots qui lui donnèrent l'excuse tant attendu. Il perçut vaguement qu'elle lui parlait mais sans avoir interprété ce qu'elle lui disait, il lui offrit immédiatement une seconde droite qui fit jaillir une flopée de plus sur son buste déjà imprégné. Il n'allait tout de même pas se laisser prier une second fois. Son sourire de gosse comblé ne disparut pas, il se prit même à rire, de ce rire heureux de celui qui retrouve son terrain de jeu. Humant une dernière fois la proximité du sang qui le charmait, il se releva rapidement, frottant la main qui le démangeait. S'éloignant d'Alice qu'il laissa retomber, il chercha à éloigner la foule qui s'était trop rapprochée. Il reviendrait à celle allongée quand le temps le lui permettrait.


Concentré à s'amuser, il sentit soudainement un choc à l'arrière de son crâne qui le fit cligner des yeux. Avec la lenteur de celui qui ne se soucie de rien, il chercha l'abruti qui venait le titiller. Bien entendu, c'était encore elle. Ravi qu'elle ne se laisse pas décourager, il eut à peine le temps de lui adresser son petit sourire enjôleur que l'autre lui lançait déjà irrespectueusement sa seconde basket. Pressée dis donc. Avec vivacité, il la rattrapa et la serra jusqu'à ce que ces phalanges craquent. Moqueur, il arqua un sourcil, faussement perplexe tout en lâchant la basket à ses pieds :


« 'C'est une déclaration de guerre ma douce ? »


Le côté renfermé du démon ne chercha pas à le laisser tomber. Son ouïe le trompait, le silence environnant de la salle, la voix tantôt furieuse et enjôleuse d'Alice ne lui parvenaient plus ou à peine, similaires à de petits bruits sourds mais légers. En revanche, l'aura de la boxeuse qui se déploya ne le laissa pas indifférent. La sienne réagit au contraire brutalement, et comme attirée par la noirceur qui en montait, vint se heurter à celle devenue si agréable d'Alice. D'abord tentée, de la repousser, l'aura de l'ange finit par craquer et les deux côtés sombres finirent par se retrouver. Celle plus ébène d'Alec vint entourer la nouvelle venue comme si la pénombre qui venait d'émerger risquait de lui échapper. Leur frôlements se firent beaucoup plus doux que à leurs précédentes rencontres, semblables à deux amies se retrouvant après un trop long moment d'absence. Cela aurait pu perturber notre suédois mais la jeune femme l'avait lancée. Le changement ne le fit pas broncher. Seule son aura su l'accueillir et la fêter comme il se devait. Lui croisa les bras, ne se souciant que d'Alice et non de de qu'elle dégageait. Enfin, si, mais hormis son sang et son visage déterminé, rien ne l'intéressait. Comme dans un film tourné au ralenti, il la vit alors défaire lentement sa queue de cheval et laisser retomber la cascade de cheveux sur ses épaules meurtris. Il sentit sa soif d'agressivité à ses mimiques incontrôlés. Ce que le démon ignorait volontairement, c'était qu'Alice avait déjà à moitié basculé. Son aura se faisait toujours plus sombre, et le noir se mélangeant peu à peu à la blancheur immaculée qui l'aveuglait auparavant lui échappait complètement. Sinon il se serait rué sur elle pour ne pas se faire piquer l'honneur de la voir chuter. Dans sa tête, tout demeurait  faussement intacte, d'une extrême clarté. Alice était pour lui la blancheur incarnée. Certes elle possédait une part d'ombre non négligeable qui allait lui permettre de la faire craquer, mais le besoin plus imposant de répandre sa lumière l'empêchait pour le moment de se retourner. Belle illusion mon cher démon.  


Le mouvement en avant de la jeune femme le sortit de ses doucereuses pensées et il la regarda alors venir. Sa vitesse impressionnante ne le fit pas reculer et ses pensées étaient-elles qu'il n'anticipa ni son attaque, ni son baiser. La froideur avec laquelle son corps réagit à la proximité qu'elle s'appliqua à marquer contrasta avec la chaleur qui l'engourdit alors. Elle venait de lui demander personnellement de la frapper. Un soupir satisfait s'échappa alors de ses lèvres figées et son regard reprit une teinte de vitalité. Quelques secondes à peine l'empêchèrent de s'exécuter avec empressement et le choc auriculaire le heurta. Le coup porté à quelques pouces de sa tempe atteint précisément le vestibule visé et il eut de la chance de ne pas se trouver en mouvement, sinon il se serait à coups sûrs rétamé. Sonné, il cligna passivement des yeux, ses sens déjà à nouveau concentrés sur le sang qui l'appelait. Il tendit la main pour s'en emparer à nouveau mais Alice en avait décidé autrement, et incapable de lutter par les coups qu'elle lui portait et sa propre inactivité, il ne put qu'endosser. Contrairement aux coups qui l'avaient fait frémir au commencement de leur altercation, il ne prononça pas un mot, s'enfermant dans un mutisme de bien heureux. Son sourire n'avait rien de figé et au contraire, évoluait au fil de ce qu'elle lui allouait. Il frémit ainsi à peine quand sa pomme d'Adam fut attaquée par la jeune boxeuse, déterminée à lui en mettre plein la vue. Pourtant, la douleur ne l'épargna pas et se répandit tout le long de sa trachée, amenant un surplus de salive au niveau de sa bouche désormais entièrement fermée. Il ne déglutit pas, conscient qu'il lui serait difficile de se servir de ce que la jeune femme frappait. Il ne lui fallait pas oublier qu'elle était professeure de boxe. Professionnelle dans un sport de combat. Ce léger détail n'était pas à prendre à la légère et le démon ne l'ignora pas. Il endura ce qu'elle lui infligeait, se contenant sagement. Après son oreille, sa gorge, elle s'attaqua à son sternum. En comparaison de la gorge qui n'était déjà pas qu'une simple caresse, le choc fut brutal. Le démon contint à nouveau sa souffrance mais cette fois-ci, la jeune femme lui arracha un souffle beaucoup plus bruyant alors que la violence du coup le faisait vaciller vers l'arrière. Sa respiration le lâcha et heurtant quelques corps agglutinés derrière lui, il regarda droit devant lui, attendant patiemment que ses muscles soient à nouveau oxygénés. Il sentait la douleur intérieure irradier puis se propager, le tenir à chaque inspiration qu'il tentait de prendre.  Il se consola en se disant que la souffrance faisait partie du processus. Il l'apprivoisa donc, choisissant de la vivre pleinement plutôt que de gémir à tenter de la fuir. Il prit ainsi conscience des zones dans lesquelles elle vint se longer, s'habitua peu à peu à la respiration difficile qu'elle lui octroyait à peine et peu à peu, son corps ne soufra plus de sous-oxygénation, bien que ce ne soit pas devenue la folie non plus.


Les mains craintives qui l'avaient réceptionnées, plus par réflexe que par envie de le relever,  s'empressèrent de le pousser à nouveau en direction d'Alice qui attendait une unique chose, que le démon se mette en rogne. Le suédois donna un coup de coude dans un ventre encore légèrement proéminent pour qu'ils le lâchent plus vite et se redressa soudainement. Le souffle encore sifflant, il garda la bouche fermée, le regard cependant ouvert et vif. Faisant rouler ses épaules comme à chaque fois qu'il s'échauffait avant de prendre les barres, il fit quelques rotations de nuque qui arrachèrent quelques craquements. Sa colonne vertébrale se joignit à ce concert imprévu et Alec en se redressant s'approcha simplement plus amplement d'Alice. Il adopta sa tactique, mais en plus pacifique. A sa plus grande surprise, Alice ne recula pas. Cela n'aurait pas du l'étonner. Elle attendait qu'il le frappe pour pouvoir répliquer. Comme lui. Il profita donc de son immobilité pour venir jusqu'à elle, la dominant de toute sa grandeur. Arquant légèrement le cou, il se pencha au dessus d'elle et sa main vint enserrer le mignon petit menton qu'elle arborait. Sans douceur mais sans fureur non plus, ses ongles s'enfoncèrent au niveau de sa peau, enserrant au passage le bas de sa mâchoire. Ses yeux à lui luisaient de l'envie vorace qui le consumaient mais également d'une glaciale patiente qui lui était habituellement étrangère. Ses gestes précis mais peu rapides semblaient se moquer du temps qui s'écoulaient, son souffle criant n'avait cure des secondes qui s’effilochaient. Il observa le relief de son visage, et au bout de quelques minutes, contracta violemment les muscles de sa jolie mimine, resserrant d'avantage son étreinte. Pas de baisers volés, cela le répugnait. L'ange qu'il surplombait n'avait aucune raison d'obtenir quelques faveurs de sa part. Son pieds balaya l'air comme pour lui faire une prévoyante balayette mais l'ange s'y attendait, et le démon le savait. Il profita donc du fait qu'elle tente d'esquiver pour la piéger. Alors qu'elle mettait tout son poids sur son autre jambe pour qu'il ne puisse la déséquilibrer, il lui attrapa l'arrière du genou gauche de la main droite et le souleva en attrapant le bas de son dos de son autre main. Privée de son accès à la terre ferme, il la porta jusqu'à la glace qui tapissait le fond de la pièce. Elle servait habituellement aux débutants à se corriger eux-mêmes et aux coquets de se refaire une beauté une fois la sueur séchée après le cours terminé. L'appuyant contre elle, il posa à nouveau ses yeux sur ses lèvres à elle entrouvertes mais libérant sa main droite, vint la fracasser contre la glace. Une fois, deux fois, trois fois. Le calme dont il faisait preuve ne l'affaiblissait en rien. Au contraire, concentré sur le verre qui se craquelait petit à petit, il en réceptionna un délicatement, l'arrachant à sa prison miroitante. Jouant de cette arme improvisée, il caressa simplement la peau de l'ange que le courage immobilisait. Elle le laissait faire, l'invitant presque à s'énerver. Mais pourquoi s'énerver alors qu'elle le contentait ? Certes elle l'avaient frappée, mais ce n'était rien, une preuve d'amour, rien de plus. Elle en avait après lui, et lui aussi. Mais pas de la même manière. Sur ce points, ils différaient. Avide, le bout de verre finit par caresser un peu trop violemment la lèvre inférieur d'Alice, laissant le mince filet de sang tant attendu s'écouler. Le démon n'attendit pas plus longtemps, il lâcha Alice complètement et ses deux mains enserrèrent à nouveau avec agressivité sa mâchoire contractée. Il pressa alors ses lèvres contre les siennes, l'embrassant sauvagement et aspirant rapidement le peu de sang qui s'écoulait. Il goûta ainsi pour la première fois à ce qui l'enivrait et au bout d'une vingtaine de seconde à peine, il recula, s'essuyant lui-même les lèvres pour en ôter le sang resté. Sa joie toute retrouvée, il attrapa la jeune femme par les cheveux et la tira vers le bas avant de poser la main droite au niveau de ses omoplates. S'y appuyant et lâchant simultanément la chevelure sombre, il ne lui laissa pas le temps de se relever et fit un petit saut de mouton pour se retrouver derrière elle. A la manière d'un enfant, il venait de passer au dessus-d'elle d'une manière des plus enfantines. N'oublions pas qu'il n'avait aucune technique de combat. Seul l'instinct le guidait. Certains pourront critiquer mais au moins l'objectif y était. Il se trouvait dans son angle mort et alors qu'elle était encore à demi penchée, il lui fit cette-fois ci une vraie balayette pour qu'elle retombe au sol, mais sur le dos cette fois. Il vint alors s'agenouiller de part et d'autres du bas de son dos, maintenant délicatement les poings serrés de la jeune femme contre le tapis mou mais fort peu confortable. Il se pencha alors pour venir embrasser son cou, repoussant du nez les mèches qui pouvaient venir le gêner.


« Ne trouves-tu pas qu'il fait un peu chaud ici ? » lui murmura t-il joueur.


Du bout des dents, pour ne pas encombrer ses mains déjà prises, il fit glisser le gilet par étapes, s'aidant parfois en soulevant de quelques centimètres le buste d'Alice afin de mieux faire glisser le tissu. Le côté ouvert de ce dernier l'aida d'ailleurs considérablement et ce ne fut que vers le milieu de son dos qu'il se figea. Le frôlement du vêtement contre la peau de l'ange se stoppa et un grognement faible se fit immédiatement entendre. Grondant de plus en plus fort, le démon se laissa tomber en arrière, s'asseyant violemment sur les dernières vertèbres de la jeune femme alors que son hurlement de rage ébranlait la pièce entière. Un flot d'insultes impétueux s'empara de son esprit tout entier et même ses cordes vocales vibrèrent de concert pour exprimer la fureur qui l'étreignait. Un putain de serpent était niché dans son épiderme. Le démon vit bien la couleur carbone que le symbole arborait mais l'illusion perdura. Se jetant sur ce qui venait de le stopper net dans son avancée, il lacéra la peau d'Alice de ses ongles, comme pour gratter ce qu'il aimerait détruire à jamais. Mais la peau d'Alice rougit, l'ange bougea sous lui comme pour le rappeler qu'il commençait à vraiment exagérer mais le démon demeurait les yeux fixés sur le serpent qui le narguait, et qui jamais ne disparut, malgré les assauts répétés. Hagard était son regard, son hurlement ayant cessé, il fixa hébété ce qu'il ne cessait de visualiser, par delà ses paupières, intérieurement, extérieurement. Puis comme le ferait un schizophrène dont les voix se déchaîneraient, il se prit la tête entre les mains, entrouvrant silencieusement ses lèvres horrifiées. Il prit conscience de ce qu'il voyait, caressant lentement le sillon brûlé qui la zébrait à présent. Comment ne pas saisir ce qu'il observait ?


Alice est marquée. Alice est marquée. Alice est marquée. Alice est marquée. Je vais le buter.  


Se relevant d'un bond, le démon se mit à marcher en rond, délaissant l'ange allongée. Il n'avait pas eu le temps de lancer les hostilités que déjà on le stoppait. Il en était seulement à se défaire des vêtements encombrant qui pourraient le déstabiliser ! Cette marque, maudite soit-elle, il la connaissait. Combien de courriers avaient été par son biais signés, ou du moins par un sceau qui lui ressemblait? Les coïncidences n'existent pas.  Ses yeux fous cherchèrent alors un point de repère auquel s'accrocher, il avait le sentiment que l'on tentait de le noyer. Intérieurement, il se consumait, le feu ravageant peu à peu son corps choqué. Il se propagea par le biais de ses veines, son cœur tambourinant violemment contre sa poitrine serrée pour le propulser. Ses poings serrés ne laissèrent aucun espace pour que l'air puisse s'y infiltrer et s'il avait pu creuser un sillon de ses pas endiablés, il l'aurait volontairement fait. Mais là n'étaient pas ses pensées. Elles virevoltaient, que dis-je, vrombissaient dans son esprit retourné. Il ne lui avait pas fallu longtemps pour assimiler la marque tatouée si l'on peut dire au souverain des démons lui-même. Celui que l'on appelait Dragon, celui qui techniquement avait les rênes de la ville. Au sein même de sa poitrine, un intarissable sentiment de révolte se leva, en même temps que le grondement de sauvageon revenait. Qui était cet enfoiré pour ainsi venir l'attaquer, le défier. Qu'avait-il fait depuis son arrivée ? Alec pourrissait dans son appartement depuis des semaines déjà et cet enfoiré de  haut-placé avait-il levé le moindre petit-doigts pour éveiller ne serait-ce que son armée ? Foutaises, il dormait sur son canapé, la panse sûrement remplie de petits plats mitonnés, une catin à ses côtés. Comment Alec pouvait-il simplement accepter cela ? Ce Dragon là, bordel mais ce n'était qu'un petit péteux qui ne faisait rien de sa journée hormis s'occuper de ses papiers. Ah oui… le beau bureau qu'il pouvait posséder, la belle vaisselle dans laquelle il pouvait manger, mais il était où le palmarès, enfoiré ? Ils étaient où les ordres militaires que le suédois attendaient ? Ah ceux là, il ne risquait pas de les apercevoir. Ce n'est pas demain la veille que le vieux crétin se bougerait. Qui plus est, au lieu de tuer, il marquait. Quelle belle preuve de faiblesse. Alice semblait vraisemblablement avoir rencontré le Dragon et quoi ? Il ne la tuait pas ?! Depuis quand un démon faisait preuve de pitié ? Mais… il était fort à parié qu'il avait lui aussi jeté son dévolu sur son magnifique minois ? Ou alors, lui avait-elle fait plaisir, la saleté ? Et lui ? Sa belle gueule d'ange l'avait-elle amadouée ? Qu'importe, le résultat était là. Ils s'étaient rencontrés, il ne l'avait pas tué, mais il l'avait marqué. Alec prit cela pour un affront personnel. Certes le Dragon n'était pas censé savoir qu'il l'avait ciblée mais qu'importe, il aurait pu s'inquiéter de la part de pénombre que l'ange semblait aborder. C'est la lune qui le lui avait octroyée peut-être ? Connard. A partir de ce constat, le respect s'envola. Déjà qu'il se s'ennuyait clairement sans missions, en plus le souverain faisait un nouveau faux pas en empiétant sur son terrain. Le démon poursuivit sa course sous les yeux ahuris de ceux qui l'observaient. L'ampleur de sa fureur n'avait plus rien à voir avec celle qu'Alice lui avait arraché. Petits joueurs. Non, c'était à présent tout l'être du démon qui fulminait de haine et d'animosité. Les flammes meurtrières qui allumaient son regards n'avait plus cet aspect charmés. Ils avaient soif de vengeance. Le cœur du jeune homme se serra aussi bien que ses poings. Ses paumes lui faisaient d'ailleurs un tantinet mal, ses ongles les perçant de toute leur puissance. S'éloignant d'Alice, il changea finalement d'avis et revint vers elle, muscles bandés. Son ton impérieux claqua dans l'air alors qu'il s'emparait à nouveau de ses cheveux :


« Tu l'as rencontré quand ? Tu fais partie de son harem maintenant ? »  


N'attendant pas sa réponse, il la relâcha avec dédain pour qu'elle retombe au sol. Il aurait voulu ne pas ainsi s'énerver, contenir cette rage qui le déchirait. Mais comment accepter le poignard que l'on venait de lui planter ? Qui plus est de la manière la plus lâche qui soit. La lame s'était immiscée alors qu'il ne pouvait la voir arriver mais le mal qui en découlait, lui , il ne pouvait que le regarder. Ce n'était plus les petites caresses d'Alice qui le torturaient, c'était au contraire cette image à jamais gravée. Venant s'appuyer contre la vitre, il plongea son regard dans son reflet et laissa ses yeux se communiquer mutuellement ses pensées.


Résigné, il finit par se redresser, à pas lourds, il s'approcha une nouvelle fois d'Alice. C'est ce qu'il avait toujours su faire, avancer jusqu'à elle. Jamais reculer, simplement se laisser attirer. Mais la décision était prise. Puisque Dragon ne l'avait pas fait, puisqu'il semblait vouloir la garder pour d'autres desseins, Alec allait lui couper l'herbe sous le pieds. Lui tendant une main rigide, il l'aida à se relever. Il croisa alors le regard indécis d'Alice, et.. une once de déception qu'il ne l'ait pas frappée ? Quand elle fut debout, il inspira un bon coup, les yeux, le cœur et la tête résignés. Pivotant lentement, il fit demi-tour et se fraya un chemin dans la foule pour sortir de la pièce bondée. On ne chercha pas à le retenir, lui trouant bêtement la nuque de leur curiosité mal placée. Il gagna donc la porte, le port de tête droit et fier. Il quitta les lieux pour sortir à l'air frais. Il n'allait certes pas faire impasse sur son cours de boxe mais il lui fallait faire le vide pour se reconcentrer. Respirer, établir l'ordre de ses priorités. Fermant les yeux, il laissa son esprit se vider. Mais la décision, elle, était prise. Dragon allait payer, puisqu'il l'avait marqué de sa propriété, le suédois allait la lui enlever et faire ce que le crétin n'avait pas été capable de faire. Ouvrant les yeux, il formula intérieurement le fond de ses pensées, la mine stoïque.


Alice. C'est moi qui te tuerai.



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MessageSujet: Re: Eye of Tiger. Mar 10 Jan - 1:58

Alice Green Ft. Alec Hamilton





Eye of the Tiger





▬ C'est une déclaration de guerre ma douce ?

Tu crois pas si bien dire, poussin. Mais tu te trompes encore d’ennemi. On est dans le même camp depuis le début.

Et son aura te répond. Elle est réactive la coquine, elle ne se fait pas prier pour rejoindre son alter ego qui lui est soudain devenue familière. Alors tout à coup, elles ne font plus qu’un, elles se rencontrent pour se compléter, pour s’allier, pour s’aimer. L’aura d’Alec a ce petit quelque chose de terriblement sexy et tentateur, ce penchant sombre mais agréable auquel tu ne peux pas résister. Dès la première seconde, il t’a hypnotisé et jamais tu ne pourras te lasser de l’effet qu’il a sur toi, c’est sans cesse renouvelé, intacte, au-delà de tous les possibles. Tu penses chaque fois que la passion va s’essouffler mais chaque fois il t’apparaît encore plus séduisant, encore plus attirant, encore plus irrésistible. En toile de fond, au-dessus de vos têtes, vos auras se sont déjà acceptées.

Son sourire s’efface une demie seconde et ses yeux clignotent légèrement quand le premier coup arrive. Mais son expression espiègle revient pour encaisser la deuxième frappe. Au dernier poing, il suffoque, le souffle coupé même si son visage ne trahit aucune douleur. Il te fixe alors qu’il bascule en arrière, rattrapé par la petite foule observatrice. Comme sur un ring, ils échangent des regards interloqués, jaugeant l’attaquante avec des yeux plein d’appréhension. Ils relancent le combat en poussant Alec à nouveau sur la piste, comme pour s’en débarrasser avant de s’attirer des ennuis. La scène en est presque comique. Le démon grogne tout bas en donnant des coups de coude pour se dégager, comme honteux de se faire mettre au tapis par surprise, ne voulant surtout pas supporter l’aide indélicate des élèves. Le genre de réaction d’enfant en manque d’indépendance, qui veut dire « je suis assez grand pour me débrouiller tout seul » que tu trouves si touchantes chez Alec. S’il le savait, ça ne lui plairait peut-être pas, que tu le considères parfois comme un petit garçon mignon.

On repasse brusquement à une apparence d’homme viril. Malgré sa respiration sifflante, il fait rouler son cou pour faire craquer les os de son dos et de sa nuque à la manière d’un combattant qui s’échauffe bruyamment pour impressionner l’adversaire. Tu le regardes, un petit sourire au bord des lèvres. Tu adores son petit jeu, même quand il enfreint les règles, même si c’est un tricheur et un mauvais perdant. Tu croises les bras alors qu’il s’approche de toi à pas lents. Il tourne autour de ton corps comme un loup autour de sa proie et tu le suis du regard sans broncher, aucunement sur la défensive. Tu attends simplement qu’il contre-attaque, prête à accuser les coups qu’il te portera. Il se place face à toi, te surplombant aisément mais tu as les yeux perdus dans le vague et ne soutient pas ses prunelles azuréennes. Alors ses doigts se logent sous ton menton, se saisissant de ton visage sèchement. Alors tu acceptes de plonger tes pupilles dans ses iris aux couleurs de l’océan. Alors pour répondre à ton défi ses ongles enserrent la peau de tes joues. Son expression est teintée de désir et de violence, les deux émotions formant un cocktail visuel des plus agréables à contempler. Quand ses doigts pressent un peu plus ta mâchoire, se contractant abruptement sans prévenir, tu es obligée de te redresser un peu et tes bras se décroisent d’eux-mêmes, par réflexe, prêts à parer une attaque. Et justement, il s’apprête à te faire basculer en arrière, sa jambe vient se placer derrière la tienne, prévoyante. Tu t’attends à résister à sa tentative de prise mais tu te retrouves soudainement dans ses bras. Au lieu de te faire tomber comme ses gestes le prévoyaient, Alec s’est saisi de ta cuisse pour te soulever. L’autre main dans ton dos, il te porte désormais. Consternée, tu ne réagis pas, fronçant simplement les sourcils alors que ton bras se place autour de ses épaules pour t’assurer de ne pas tomber s’il venait à vouloir te lâcher.

Tu ne comprends pas ce qu’il cherche à faire quand il s’avance vers le miroir qui tapisse le mur du fond de la salle. Il vient se mettre contre lui, t’appuyant dessus pour pouvoir libérer une main ; tu tiens plus ou moins en équilibre, t’agrippant à ses épaules. Son poing s’abat violemment contre la paroi argentée. Tu sursautes, ne t’attendant pas du tout à un tel geste. Tes yeux alternent entre le visage d’Alec au-dessus de toi et le miroir qui se brise sous ses coups.

Mais putain, qu’est-ce qu’il fabrique ce con ?

Au bout de trois frappes, le miroir est craquelé, divisé en plusieurs morceaux qui pendouillent plus ou moins. Alec attrape l’un d’entre eux et vient s’en servir comme la lame d’un poignard. Sauf qu’il ne te met pas en sang mais laisse simplement le côté tranchant de son arme improvisée caresser ta peau. Tu sens le froid picoter ton épiderme le long de ton front sur la trajectoire de la pointe miroitante. Ce mouvement est lent, empreint d’une sensualité de psychopathe sadique. Pourtant tu ne bouges pas, toujours pendue à ses épaules, soutenant son regard intensément concentré. Ses yeux observent méticuleusement le chemin de son couteau argenté comme passionnés, avides, fous. Le tranchant arrive finalement sur le coin de ta bouche et la peau fine et fragile de tes lèvres ne résiste pas, une fine coupure se trace et un mince filet de sang perle sur l’extrémité de l’arme et le long de ton menton. Au même moment, les pupilles attentives du démon se dilatent.

Alec te lâche instantanément et tu retombes lourdement, toujours accrochée à lui, les bras autour de son cou. Il se rue sur toi, te plaquant contre le miroir. Avec une autorité bagarreuse il s’empare à nouveau de toi, ses mains se saisissent de ton visage et ses lèvres fondent sur les tiennes. Ce petit looping dans le creux de ton ventre se déclenche en simultané, alors que sa bouche réclame la tienne, le goût du sang se mêlant dans ce baiser sauvage. On dirait un vampire assoiffé. Tu es surprise et perdue dans le flot d’émotions contradictoires qui te submergent. Comment voulez-vous anticiper un tel comportement ? Tu en oublies de fermer les yeux, ton corps vibrant contre le sien, tes mains serrant un peu plus fort les muscles de ses épaules. Quand il se recule, trop vite selon toi, il s’essuie les lèvres, maculées de ton propre sang. Tu vacillerais presque, prise de court et bloquée dans des nuages tenaces. Pendant une seconde, tu te demandes si ce ne sont pas des restes d’alcool qui te mettent dans cet état, mais tu conclus bien vite que c’est juste Alec, juste lui et ses putains de baisers.

A cause de ça, tu n’as pas le temps de le voir venir alors qu’il t’attrape les cheveux. Tu te blâmes toi-même de les avoir sottement détachés. Il tire sur ta chevelure pour te forcer à te pencher et tu t’exécutes posant un genou au sol sans rien dire, encore un peu perchée dans les volutes vaporeux de cette intense embrassade. Tu sens ses mains s’appuyer sur ton dos pour passer par-dessus ton corps, à la manière d’un gamin jouant à saute-mouton. C’est ce mouvement anodin qui te réveille. C’est surtout la décharge électrique dans ton dos lorsqu’il doit soutenir un bref centième de seconde le poids du démon, la douleur vrombissant dans ta colonne vertébrale, ta blessure te rappelant encore une fois sa présence qui te font revenir à la réalité.

Même si tu essayes de reprendre les choses en main, Alec ne t’en laisse pas le temps, tu tombes à plat ventre sur le tapis. Tu grognes. Tu veux te retourner mais il se place sur toi, une jambe de chaque côté de ton corps affalé. Il se saisit fermement de tes poignets et les maintient au sol pour être certains que tu ne bouges pas. C’est la deuxième fois en deux jours consécutifs que tu te retrouves dans cette position sans pouvoir y remédier. Tu gigotes plus ou moins, cherchant surtout à le déconcentrer plus qu’à t’échapper – simplement parce que ça ne servirait à rien. Il se penche et tu sens soudainement son souffle réchauffer la peau de ta nuque. Il vient t’embrasser dans le cou et tu te crispes, frissonnant en fermant les yeux pour dissimuler le trouble qui t’assaille. Tu te mords la lèvre fermement, contrairement à la veille, pas pour retenir des cris de douleurs mais des gémissements d’excitation.

▬ Ne trouves-tu pas qu'il fait un peu chaud ici ?

Ces paroles murmurées au creux de ton cou, alors que sa respiration caresse ta peau que ses baisers viennent chatouiller, embrasent en toi un feu ardent. Tu ne comprends pas ce soudain revirement de situation mais tu t’en fiches, dès qu’il pose les mains sur toi tu t’enflammes, comme si tu étais une flaque d’essence et lui une allumette. Tu parviens à l’apercevoir par-dessus ton épaule. Il s’empare du pan de ton gilet avec les dents et entreprend de le faire glisser le long de ton bras pour te l’enlever. Au départ, tu ne penses pas à ce qu’il risque de découvrir, profitant innocemment du jeu qu’il t’impose. Et alors que le tissu commence à descendre un peu trop bas, frôlant ta blessure, tous les frissons de plaisir disparaissent immédiatement de ton corps. Tu te raidis en te souvenant de ce minuscule petit détail. Tout à coup, tu essayes de te dégager mais tu n’as pas le temps de lui demander d’arrêter que le mal est fait. Ton omoplate gauche est découverte, exposant sa cicatrice encore fraîche aux yeux du démon. Tu te stoppes lorsque tu perçois son grondement sourd. Ce dernier s’amplifie et Alec se laisse tomber sur toi, s’asseyant dans le bas de ton dos. Tu laisses échapper un hoquet sous son poids.

Il se met à hurler, furieux. Il se jette sur toi et ses doigts griffent violemment ta peau avec rage, essayant à grands coups d’ongles d’effacer le serpent gris imprimé dans ta peau. Tu te mets à crier en remuant, tentant vainement de te relever pour l’en empêcher. Non pas que souhaites garder ce sceau pour le montrer fièrement au monde entier mais parce que la plaie est encore fraîche et qu’Alec ne fait que rouvrir la blessure qui avait cicatrisé tant bien que mal depuis la veille. Tu n’as pas envie de tâcher une nouvelle fois tes vêtements de sang. Tu as assez passé de temps à t’occuper de ça pour le moment, la vue de ce symbole ornant ton dos t’a suffisamment agacée pour la semaine.

Finalement, il s’arrête, se tait, fixant avec des yeux embués par l’incompréhension et la colère, la marque de Dragon, le roi des démons, ancrée à tout jamais dans ta chair. Et il s’attrape la tête, fourrant ses mains dans ses cheveux comme s’il s’apprêtait à les arracher, à la manière d’un homme possédé. Tu t’attends à ce qu’il se remette à crier mais il garde le silence, continuant d’observer ton dos. Tu sens ses doigts venir caresser la cicatrice à vif. Tu grognes légèrement sous la douleur en fermant les yeux et en serrant les poings.

Il se relève enfin, te laissant par terre, t’abandonnant pour faire les cent pas, traçant des cercles à l’infini dans les tapis du gymnase. Tu te redresses douloureusement et t’assoies, un genou relevé, le coude posé sur son sommet. Tu t’étires en silence, les paupières closes.

Putain fait chier. Je voulais pas qu’il le découvre comme ça. Pas maintenant. Pas sans que je le prévienne. Pas comme ça, là, alors que… Bordel de merde. Dragon je vais te buter. Ou non. Je vais d’abord te faire souffrir, mais d’une telle force que tu vas revoir te définition de douleur après ça. Je peux avoir de l’imagination quand je veux et je sais pas pourquoi tu m’inspires des idées de tortures assez affreuses. Si je dois me balader à vie avec ton putain de serpent de merde, c’est avec la marque de mes poings sur la gueule que tu mourras. Et Alec. Mais qu’est-ce qu’il va penser ? Que je lui ai menti ? Que je bosse pour l’autre connard ? Que je suis pas vraiment un ange ? Ou alors si, mais que je suis un agent double. Qu’est-ce qu’il va s’imaginer ? Il doit être furieux.

Les quelques doutes illusoires s’estompent quand tu le vois fulminer. Au final, ce n’est pas toi qui est parvenue à le faire sortir de ses gonds mais le roi des démons – cet enfoiré. Comme tu n’as pas accès à ses pensées, tu ne sais pas si tu dois te réjouir te cette réaction démesurée. Appréhendant légèrement la situation, tu préfères le laisser s’énerver tout seul, les explications viendront après. Tu le suis du regard alors qu’il continue de marteler le sol dans sa démarque d’insensé, grommelant, les poings serrés, le regard empli d’une haine dévastatrice à faire peur.

Puis il s’éloigne. Change d’avis. Revient vers toi. Il bouillonne de colère, un inconnu aurait presque pu ressentir sa rage rien qu’en posant les yeux sur lui. Il t’attrape par les cheveux avant que tu ne puisses répliquer quoi que ce soit. Tes mains se joignent aux siennes pour essayer de lui faire lâcher prise alors que tu te soulèves pour éviter qu’il ne tire trop fort.

▬ Tu l'as rencontré quand ? Tu fais partie de son harem maintenant ?

Cette question te fait l’effet d’une grande claque dans la figure. Tu te figes, cessant de te débattre. Il te relâche tout aussi violemment et tu retombes au sol sans même chercher à te rattraper, comme une vieille loque. Tu restes bloquée sur ses paroles. Son mépris ne t’atteint pas. Seuls ses mots résonnent en boucle dans ta tête. Tu ne le vois pas aller s’appuyer contre la vitre comme pour se calmer. Tu fais le lien entre sa réaction et ses dires. Il n’y a que toi, en grande folle, pour prendre ça comme une sorte de déclaration d’amour. Avant de heurter ton égo, son comportement te va droit au cœur. Car tu réalises qu’Alec est jaloux. Il est jaloux. Putain, Alec est jaloux ! Pourquoi se mettre dans un état pareil sinon ? Tu as la preuve en direct qu’il tient à toi contrairement à ce qu’il s’entête à répéter. Quand une hyène vient voler une proie, le lion se lasse et la lui laisse, il en trouvera bien une autre. Mais tu n’es pas n’importe qu’elle femme aux yeux du démon. L’idée qu’un autre ait pu poser les mains sur toi le répugne, que tu puisses appartenir à quelqu’un d’autre le met hors de lui, son emportement le trahit. Pourquoi s’énerver autant pour ça si tu n’étais pas importante ? Un homme qui ne se soucierait pas de toi aurait simplement ri, il se serait payé ta tête, ayant la preuve sous les yeux que tu as échoué face à un démon. Mais non. Alec hait, Alec veut se venger, Alec le prend personnellement. Et toi Alice, tu te mets à l’aimer encore un peu plus fort.

Il s’avance à pas lourds et te tend une main. C’est sa paume tendue dans ton champ de vision qui te fait revenir à la réalité. Tu secoues légèrement la tête, lèves les yeux vers lui puis regardes à nouveau sa main qui t’invite à te relever. Tu la prends et te remets sur pieds. Il soupire, il a l’air résigné. Tu fronces les sourcils en scrutant ses prunelles, à la recherche d’un indice quelconque. Tu hésites à parler. Il fait demi-tour, te lâchant. Tu perds tout contact avec lui alors qu’il s’éloigne, fendant la foule, les élèves s’écartant en silence, l’air grave, pour le laisser passer. Il rejoint la sortie avec une sorte de dignité étrange et quitte la salle sans dire un mot. Tous les regards se ruent sur toi dans la seconde. Tu croises celui de Chelsey, complètement décontenancée, à des années lumières d’une once de compréhension.

Tu ne perds pas une minute et avances à pas rapides, suivant la trajectoire du démon. Tu traverses le petit groupe et freines soudainement avant de te retourner. Tu les fixes quelques secondes avant de soupirer, excédée.

▬ Vous allez rester plantés là combien de temps exactement ? Le cours est annulé. Rentrez chez vous.

Tu continues ton chemin mais ne percevant pas le moindre mouvement dans ton dos, tu fais de nouveau volte-face. Personne n’a bronché.

▬ Bordel, vous êtes sourds ? Bougez ! Exécution !

Tout le monde se presse alors vers les vestiaires dans un grand brouhaha. Tu lèves les yeux au ciel en soupirant et avant que tu ne puisses faire un pas, la voix criarde de la secrétaire te parvient. Tu serres les poings, agacée. Elle ne voit pas que tu as autre chose à faire que de lui parler ?

▬ Alice, attend !

Tu aimerais lui dire non et te barrer sans demander ton reste mais ta qualité de professeur au club te revient en tête. Tu souffles davantage et la regarde froidement pour l’inviter à se dépêcher.

▬ Euh hm je… Enfin il est tard et euh…

La jeune femme semble grandement perturbée par votre altercation. Tu lui coupes la parole, bien qu’elle soit en train de bégayer, s’embrouillant toute seule.

▬ Les clefs sont sur le comptoir, je m’occuperai de fermer la salle. Tu seras à l’heure pour l’épisode de Gossip Girl, t’en fais pas.

Elle te regarde bizarrement, tente un sourire mal assuré, doutant que ce soit de la sympathie. Mettant un terme à ses questionnements silencieux, tu lui ordonnes une seconde fois de rentrer chez elle. Sans attendre plus longtemps, tu te précipites vers la porte. Tu appuies sur le gros loquet et le pan métallique froid bascule. L’air frais vient te mordre la peau et tes yeux ont du mal à s’accoutumer à l’obscurité pendant quelques secondes. Tu avances sans prendre le temps de refermer et la porte claque derrière toi dans un grand bruit sourd. Tu cherches Alec du regard mais il est introuvable. Tu continues de marcher, décidant de faire le tour du bâtiment pour le trouver. Il n’a pas dû aller bien loin.

Seul un pauvre lampadaire diffuse sa lumière jaunâtre et éclaire tant bien que mal l’endroit. Mais au détour d’un mur en bêton, tu finis par apercevoir la silhouette du démon. Il est appuyé contre la paroi glacée que tu es en train de longer, sa respiration formant de petit nuage dans le froid austère du début de cette nuit d’hiver. Il est sorti pour se calmer tu présumes. C’est bête de ta part de venir l’interrompre mais tu ne peux pas le laisser sans explications. Tu as peur qu’il déduise des choses seul dans son coin et qu’il soit impossible pour toi de rétablir la vérité après ça. Tu t’approches.

▬ Tu es là.

Ta voix trahit tes émotions qui continuent de se mélanger. Quand tu arrives à sa hauteur, tu te places juste en face de lui, posant tes mains sur ses bras et cherchant son regard. Tu ne comprends pas toi-même pourquoi tu t’appliques à mettre autant de douceur dans tes gestes. D’autant que sans prévenir tu lui décolles une énorme gifle. La paume de ta main vient heurter sa joue. Sans attendre aucune réaction, ton ego, aussi minuscule et fragile soit-il – bien qu’il sache s’exprimer – prend soudain les rênes de votre échange.

▬ Son harem ? Tu m’as prise pour qui ? Ou plutôt, tu m’as prise pour quoi ? Tu penses vraiment que je suis du genre à baiser avec un type comme lui ? Tu crois franchement que je le laisserais me toucher comme ça ? C’est tout ce que tu peux conclure de moi ? Que je suis sa pute ? Sérieusement. Alec. Non. Que je bosse pour lui comme espionne ou quoi, à la limite, mais que je sois son jouet sexuel, certainement pas. Mais bref, c’est pas le problème.

Tu prends une grande inspiration, cherchant tes mots. Tu ne sais pas par où commencer. De plus, tu ne peux pas t’empêcher de trouver ça gênant de lui raconter ça, à lui. Mettre à nu ta douleur physique et lui dire combien tu as souffert de cette marque te rend quelque peu honteuse. Mais tu pourrais enchaîner sur ta soif de vengeance, sujet qui t’enchante bien plus.

Tes mains viennent se loger d’elles-mêmes autour de son cou. Alors que tu es en train de réfléchir à une façon d’aborder l’épineuse question de Dragon, tes yeux croisent ceux d’Alec et tu ne peux plus résister. Ses paroles, bien que blessantes par ailleurs, ont d’abord eu cet impact sur ton cœur avant de venir toucher ta raison et ta fierté. Tes sentiments prennent littéralement le contrôle de tes mouvements et ta bouche vient rejoindre la sienne. Ta main caresse sa joue que tu viens de frapper comme pour lui demander pardon alors que tes lèvres sont en train de revendiquer celles du démon. Tes mâchoires s’entrouvrent afin que ta langue rejoigne la sienne et tu l’embrasses avec cette intensité qui caractérise vos étreintes. Ta frustration, ta douleur, ta colère, tout passe dans ce baiser ardent aux couleurs de la passion et de cet amour qui te torture l’âme.

Quand tu finis par abandonner ses lèvres, à regret, tes yeux se ferment et ton front vient se poser contre le sien. Tu soupires, nichant tes mains dans le creux de son cou et derrière sa nuque, tes doigts s’emmêlent dans les cheveux qu’ils y rencontrent.

▬ Alec… Je suis vraiment désolée. Je ne sais pas comment t’expliquer ça. Mais juste, sache que Dragon, ce salaud quel qu’il soit, est mon ennemi. Je ne suis pas sous ses ordres, je n’ai ni sympathisé avec lui ni couché avec lui ni rien. Il m’a… fait… ça. Hier.

Tu n’ouvres pas les yeux et c’est presque douloureux de devoir lui dire tout ça, les mots ont du mal à sortir. Ta tête glisse et tombe sur son épaule. Tu n’iras pas jusqu’à pleurer, non, tu ne ferais pas ce plaisir au roi des démons. Mais tu es fatiguée. Et en colère. Tu n’as jamais ressenti autant de haine et d’amour en même temps. Ces émotions t’épuisent.

▬ Ça te dirait de rentrer avec moi ce soir ? Je pourrai t’expliquer plus en détails… Et puis, on pourra parler. Il faut qu’on mette certaines choses au clair. Sérieusement, pour une fois. En plus, il caille dehors. Je te jure qu’il fait beaucoup plus chaud chez moi.  

Tu parles tout en restant blottie contre le démon, sentant son cœur battre. Collée à lui un peu plus calmement que durant cette dernière heure, tu te rends compte à quel point sa seule odeur a pu te manquer pendant ces trois jours. Consciente de ton renoncement, tu baisses la garde, t’offrant totalement à lui. Il pourrait réagir de toutes les manières possibles, tu es sans défense dans ses bras, secouée de frissons par le vent glacial. A ce moment précis, tu as envie de lui dire que tu l’aimes, mais tu te ravises. Il n’est pas en état d’encaisser de tels mots et d’y réagir convenablement. Plus tard, peut-être.

Oh oui je t’aime Alec. Même quand tu es dans cet état de tueur prêt à se délecter de la souffrance de ses victimes. Même cette folie je l’aime, cette étincelle vengeresse dans tes yeux, tes cris et tes poings serrés par la rage. Je t’aime. Tout entier. Que tu sois un démon dangereux, je m’en fout. J’aime ça. Je t’aime. Et qu’importe ce qu’on dira, si je dois abandonner mes ailes pour être avec toi, si je dois te suivre jusqu’en enfer, je le ferai. Parce que je t’aime.

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MessageSujet: Re: Eye of Tiger. Sam 11 Fév - 22:49


Eye of the Tiger




La brise me nargue depuis de longues minutes  et je ne sens toujours  qu’elle. Froide, sèche, dénuée de toute douceur. Comme au sein de ma poitrine, j’ai cette dérangeante impression que le blizzard s’est fait sa place. La tempête de neige menace à peine que mon cœur s’est déjà glacé.  Pourtant, je ne grelotte pas, je ne frémis pas. Car mon esprit bouillonne de représentations toutes plus effroyables. Les images défilent devant mes yeux ouverts, se projetant les unes à la suite des autres sur le mur qui me fait face. Spectateur dans un cinéma que je n’ai pas choisi, je revis ce qui m’a fait vibrer, ce qui me donnerait presque envie de pleurer. Mais la prestation n’a rien de quelque chose de consciencieusement voulu. Je ne suis finalement ni maître de ce qui se déroule, ni du moment où cela a lieu. Une nouvelle fois, je me retrouve dans la position du faible. Je n’ai toujours été que cela. Trop proche de mes émotions, trop peu résistant face à leur force destructrice. Ma jalousie m’enserre et m’étouffe petit à petit, ma colère me ronge, un peu comme si je m’immergeai lentement dans un bain d’acide et ma soif de violence m’hydrate à la manière d’un soda. J’en deviens dépendant, addict au sucre et à l’énergie qu’elle me procure. En somme, tout ce qui me constitue est soumis au bon vouloir des choses extérieures. Moi qui pensais avoir une emprise sur quantité de gens, sur quantité d’événements, je ne suis à la fin que le fruit de leur déroulement. Les personnes évoluent avec ou sans moi. Leur route ne s’arrête pas, ne se finit pas en cul de sac si je ne suis pas là. Que j’interfère dans leur vie ne les détourne jamais vraiment de leur chemin, ne constitue qu’un minime crochet qu’ils ont tôt fait de combler. Ils sont finalement plus forts que moi. Tous. Alice est plus forte que moi. Dragon est plus fort que moi et ce simple constat réveille en moi  une insubordination qui menace à tout instant de virer à la rébellion. Mais ce que je m’efforce de ne pas voir, ce contre quoi je lutte indirectement, c’est moi. Tous ne représentent rien à mes yeux, ne sont que de petits cailloux sur le sentier qui m’amènera à ce que j’ai toujours désiré. Je suis le seul à pouvoir me faire plier, le seul être qui incarne le plus grand danger pour ma propre personne. Je suis mon propre assassin, mon propre talon d’Achille. A chaque coup que je donne aux autres, c’est finalement moi que j’aimerai atteindre. Depuis le début de mon existence, depuis le début de ma cavale, depuis le début de ma haine pour Alice, c’est moi que je fuis, que je déteste, que je veux abattre. Puisque tous mes maux émanent de mon cœur, puisque tout découle de cet organe qui me fragilise beaucoup trop, autant le mettre hors d’état de nuire. Levant les yeux vers le ciel qui s’étoile lentement, je réalise qu’à mon bonheur, il n’y a qu’une seule et unique issue. Ma mort. En mourant, je m’adonnerai aux bras de quelqu’un qui saura prendre soin de moi. Je cesserai de me détruire petit à petit et mon agonie en sera abrégée. Les autres n’auront plus à faire de détours puisque ceux-ci ne servent finalement à rien, ne sont que perte futile de temps.
Mais en même temps, je me plains de ma faiblesse, ne cesse de me reprocher les failles qui parsèment mon être mais me donner à la grande faucheuse ne serait que confirmer ce pour quoi je n’arrête pas de me blâmer. Ce serait un ultime acte de lâcheté. Moi qui depuis tout petit ne rêve que de luttes héroïques, de batailles toutes plus magnifiques les unes que les autres, qui cherche tant bien que mal le sens de ma vie, je n’ai finalement toujours été qu’une âme perdue, qui tente de survivre en flottant simplement et passivement à la surface. Je n’ai rien de la classe que certains Hommes ont, à lutter pour une cause qu’ils défendent corps et âme. De leur droiture, de leur vertu. Même dans le royaume de Satan je ne suis qu’un bâtard qui n’a jamais pris le temps de s’enquérir de ce qui l’entourait. Est-ce un regret qui semble pointer ? Peut-être bien, je n’en sais rien. Je suis de nouveau hagard. Retour à la case départ. J’aimerai tant dégeler ce cœur congelé, mais si je le faisais, survivrait-il ? Nous passons notre vie à nous chercher. Mais finirais-je seulement par me trouver ? Ou suis-je condamné à me tromper quant à la conduite à adopter ? En ce moment même, j’aimerais tant remonter le passé. Revenir à ce bonheur que je croquais à pleine dents. Revoir ton sourire, sentir à nouveau tes caresses dans mon demi-sommeil. M’éveiller chaque matin à tes côtés et pouvoir à chaque instant contempler la douceur de tes traits. Mon amour, tu me manques. Mon cœur, je te l’avais donné. J’ai toujours eu ce petit côté mauvais qui me titillait, qui me tirait du sinistre côté. Je n’étais pas fiable, pas de ceux à qui l’on peut vraiment se confier sous réserve que rien ne pourra fuiter. Mais tu pouvais être assurée, que je t’aurais tout donné. Je t’ai tout donné, à commencer par ma propre confiance, ma sincérité et ma loyauté. Tu en as fait de même. Du moins pendant longtemps. Je nous revois, insouciants et heureux, la hargne dans les yeux de ceux qui ne se laisseront pas séparer. Rien ne devait nous séparer. Mais on a échoué. Pardonne-moi de t’avoir tuée. Nos promesses de jeunes ont hanté ma tête des nuits et des nuits après que tu ais entièrement disparu de ma vie. Tu m’as juré que tu m’appartenais pour l’éternité. Je devrais m’estimer heureux. Maintenant j’en suis persuadé. Mais ton absence se fait tout de même cruellement ressentir. Les échos de ton rire résonnent parfois dans mon appartement trop grand. Mes rêves reviennent sans cesse à nos plus beaux moments. Nous deux à la plage, rayonnants, galvanisants. Combien de fois ais-je repensé à nos plongées sous-marines, allant à l’encontre de tous les trésors de l’océan ? Même sous l’eau, nos sourires et regards complices persistaient. Nous n’avions pas besoin de parler. Nos prunelles, nos gestes, nos corps tout entier communiquaient sans cesse. Nous étions liés. Il y a une chanson qui te colle tout à fait à la peau. You are the origine of love. Cela est vrai mon amour. Que ton âme repose en paix.

She was the origine. And you’re the row. Je pensais qu’après sa mort, j’aurais été libéré du devoir d’aimer. Que ces chaînes là céderaient leur place à d’autres fers, moins brillants, mais également moins lourds. Que je ne trainerai plus ce fardeau. Que mon corps souffrirait, pas que mon cœur serait à nouveau soumis aux assauts de sentiments bien trop puissants. Pourtant, il semblerait que le destin n’en est pas fini avec moi. Il a fait apparaître sur ma route quelqu’un sur qui mes yeux n’auraient jamais du glisser. Elle m’avait juré de se donner à moi pour l’éternité. J’en avais fait tout autant le serment. Je l’ai éliminée parce qu’elle ne l’avait pas respecté. Par fierté de mâle blessé, mais aussi par pure rancune. Je voulais qu’elle souffre autant que son infidélité m’avait blessé. Et voilà que j’en faisais de même. Mas comment résister à ses yeux de louve ? Un regard hâlé aussi beau à contempler ne devrait pouvoir exister. Et son corps. Les anges auraient du apprendre à mieux se cacher. Elle respire l’envie de pêcher. Pourtant, c’est un ange. Certes. Mais pas n’importe quel ange. Oh ça non. Son agressivité, son franc parlé et toute son acidité ont la classe d’une démone. Son port de tête, sa manière féline de se déplacer ont de quoi charmer autant qu’effrayer. Avec elle, le monde pourrait s’écrouler que je ne m’en soucierai pas. En quelques jours à peine, elle a su marquer son territoire à mes côtés. Son parfum enivre mes sens, sa vue accapare toute mon attention. Mais bien plus qu’une attirance physique, il y a cette attraction perpétuelle qui s’exerce entre nous. Une certaine alchimie qui semble e s’être opérée au fil du temps. Elle est un proton dont je suis l’électron. Piètre comparaison, mais simultanément tellement véridique. Finalement, c’est moi qui ne fais que lui tourner autour. Indirectement, même quand je tente de l’éloigner de ma vie, mes pensées sont toutes à elle. Quand je tente de l’oublier, mon corps revient à elle.
Un rictus ébranle mes lèvres figées. Mais mon brave Alec, tu es vraiment un demeuré. Mon corps se redresse de quelque peu pour mieux s’appuyer au mur qui exerce sa force glacée contre mon dos transpirant. Ma respiration soulève de minuscules nuages blancs dans l’air frisquet. Dans cette pénombre, je me sens bien. Elle se mêle à mon aura tout autant qu’à mes humeurs sombres. Cela est bien beau de parler d’amour et de regrets, mais le présent n’en est tout de même pas à négliger. Et le présent, c’est Dragon. A tort, je me l’imagine fort mais la réalité est souvent toute autre que nous pouvons l’imaginer. Pourquoi ce constat échapperait-il à la généralité ? Aucune raison. Et quand bien même il le serait, que grand bien lui en fasse. Un homme m’a déjà volé celle que j’aimais. Je ne me laisserai pas gratter une nouvelle fois sur mon terrain de chasse comme cela. Entre nous, je n’ai pas dit que j’aimais Alice hein. Tttt… pas d’amalgames. Je dis juste que c’est une enchanteresse très sexy. Alors attention. Quoi qu’il en soit, même si j’en venais à échouer dans ma tentative de lui faire regretter, je me relèverai. Le but que je cherchais dans cette ville vient à peine de m’être donné. Ce n’est pas contre les anges que je lutte désormais, quoi que leur présence reste tout aussi horripilante et déplaisante. Mais mon chemin va dorénavant à l’encontre de notre cher roi des démons lui-même. Cela dit, roi des démons est peut-être beaucoup trop exagéré pour le petit péteux qu’il est. Nous nous contenterons du fonctionnaire qui occupe passivement sa fonction. Ou de celui dont il vaut mieux ne pas prononcer le nom, sous peine de se prendre mon poing dans le menton. Que les choses soient claires. Je ne me retourne pas contre ma propre caste. En aucune façon. Seulement contre celui à la tête de la ville dans laquelle je vis. Rien de plus normal en fait. On a toujours besoin d’ennemis, toujours besoins de cibles à abattre. Du moins, dans mon cas. Je ne sais pas vraiment si tuer Alice lui fera du tort. Peut-être que cela le contrariera, le piquera. Mais il n’en sera pas tant que cela affligé. Elle ne demeure après tout qu’un ange, un être à éliminer. Cela serait peut-être lui rendre service que d’agir ainsi. Ou alors, cela pourrait être le début de ma traque. Commencer par elle, enlever mes attaches et pouvoir enfin me débarrasser de cette foutue sensibilité. Oui, cela pourrait être une option. Mais cela voudrait dire qu’il me faudrait trouver la seconde étape, puis la troisième, et ainsi de suite jusqu’à arriver jusqu’à Dragon lui-même. Et pour cela, il faudrait le rencontrer. Voir son joli minois avant de le défigurer. Et… améliorer mes crochets au passage. Parce que ce n’est pas en jouant à saute-mouton que je parviendrais à le maitriser.
Un bruit sourd résonna dans le silence bienfaisant et les pensées du démon se tarirent pour se camoufler dans le calme ambiant. Il effaça toutes ses questions, toutes ses réflexions et ses résolutions de sa mémoire pour ne laisser la liberté qu’à ses sens en alertes. L’instinct de survie met extrêmement peu de temps pour se réveiller, ce n’était pas notre suédois qui l’ignorait. Peu de temps après, des pas se firent entendre. Feutrés et si peu discret. Comme si la personne avançait à pas lents sans toutefois se cacher. Alec se força à ne pas bouger, à faire comme si ses pensées n’avaient pas interrompu leur ballet endiablé. Mais en réalité, son champ de vision suivait la silhouette qui approchait et il mit peu de temps à l’identifier, ce qui relâcha de quelque peu ses muscles bandés. Il ne s’attendait pas à voir Alice débarquer aussi naturellement. Il avait spontanément plus pensé à Pecgras qui aurait voulu en profiter pour se venger ou alors Chelsey pour lui dire qu’il avait oublié ses affaires et en profiter pour lui claquer un baiser. Mais non. Il en fut presque soulagé.


▬ Tu es là.

Une voix emplie de quantités d’émotions peuvent trahir une personne à des kilomètres à la ronde. Alice n’échappa pas à la règle. Elle était bouleversée. En bien ? En mal ? Ça, il n’aurait pu le préciser. Il savait juste qu’elle semblait secouée. Pourtant, cela ne l’empêcha pas de continuer à s’approcher, jusqu’à ce que ses mains délicates se posent sur les avant-bras de notre statue suédoise. Cette dernière ne comprit pas trop le contraste entre ces gestes présents et la violence qui émanait de tout son être il y a encore quelques minutes auparavant. Le démon se méfia aussitôt. En général, quand elle se montrait aussi douce et mignonne, c’était qu’il y avait anguille sous roches. Il se raidit avant que la gifle ne l’atteigne. Effectivement, le calme s’était pointé avant la tempête. L’orage éclata quand elle débita son flot de paroles. Inarrêtable, elle se déchargea de ce poids qui étreignait son cœur, ou du moins son égo :

▬ Son harem ? Tu m’as prise pour qui ? Ou plutôt, tu m’as prise pour quoi ? Tu penses vraiment que je suis du genre à baiser avec un type comme lui ? Tu crois franchement que je le laisserais me toucher comme ça ? C’est tout ce que tu peux conclure de moi ? Que je suis sa pute ? Sérieusement. Alec. Non. Que je bosse pour lui comme espionne ou quoi, à la limite, mais que je sois son jouet sexuel, certainement pas. Mais bref, c’est pas le problème.

Pour toute réponse, le démon eut un haussement d’épaules, comme faussement convaincu. Il faut dire qu’il ne pouvait pas cesser de s’imaginer ce qui c’était passé. Il allait lui falloir quelques temps pour digérer le film qu’il s’était fait. Qui plus est, il n’avait pas tellement envie d’en parler. Alice pensait peut-être apaiser ses doutes en venant ainsi lui parler mais elle ne faisait que réveiller de vieilles blessures qu’il n’avait peut être pas forcément envie de voir remonter.  Des paroles comme elle lui offrait, il y en avait des milliers. Chaque être les avait peut-être prononcées au moins une fois dans sa vie, mais cela ne changeait rien. Il ne digérait pas. Le poignard s’était enfoncé dans sa chair exposée et il venait simplement de le retirer, à grands renforts de cris et de souffrance. La blessure mettrait du temps à se refermer. Le démon laissa sa tête s’étirer vers l’arrière jusqu’à rencontrer la résistance rugueuse du muret. Ses yeux se plongèrent alors dans les étoiles qui les surplombaient, elles aussi spectatrices forcées. Lentement, ses lèvres s’entrouvrirent pour parler mais se refermèrent aussi sec, trop pudiques pour s’exprimer. Alice fit de même, il sentit son inspiration suivie de très près d’une expiration, indice considérable sur son esprit dérouté. Ne te force pas à parler, partons chacun de notre côté et clôturons ainsi le sujet. Malheureusement, tout serait plus simple, évidemment. Mais ce n’est absolument pas ce qu’il désirait. Alice dut le lire dans ses pensées puisque ses doigts ne tardèrent pas à aller à l’encontre de sa nuque contractée. Ils se faufilèrent parmi ses cheveux et docilement, il n’omit aucune opposition. Aussi naturellement qu’il était possible, leurs lèvres se joignirent, retrouvant leurs symbiose passé. Il retrouva ainsi avec délice leur goût sirupeux, les entailla légèrement de ses dents avides de sa peau défendue. Mas la jeune femme insista au point que leurs langues se lièrent, offrant à ce baiser une profondeur insoupçonnée. Le démon se redressa et se grandit de quelques peu pour embrasser la jeune femme à pleines bouche, répondant à tout ce qu’elle lui offrait. Il lut dans cette façon de venir le chercher une volonté farouche de s’accrocher, de ne pas le laisser tomber, de montrer qu’elle était à ses côtés. Et pourtant, un petit goût salé lui rappela toute la souffrance que l’ange pouvait autant que lui ressentir de son côté. Il aurait pu passer sa nuit entière à la manger comme s’il la découvrait mais elle finit par reculer pour poser son front contre le sien. Le regard du démon ne cherchait plus la chaleur des astres lumineux mais bel et bien celle que la demoiselle lui offrait. Son souffle vint caresser le nez du démon alors qu’Alice reprenait plus doucement, se confessant.

▬ Alec… Je suis vraiment désolée. Je ne sais pas comment t’expliquer ça. Mais juste, sache que Dragon, ce salaud quel qu’il soit, est mon ennemi. Je ne suis pas sous ses ordres, je n’ai ni sympathisé avec lui ni couché avec lui ni rien. Il m’a… fait… ça. Hier.

Les hésitations marquées transmettaient toute la difficulté que l’ange rencontrait à s’exprimer. Les bras du suédois l’entourèrent sans plus tarder comme pour lui intimer de cesser. Elle n’avait pas besoin de se justifier et quand bien même, son obstination les rendaient vaines, le démon n’entendait que ce qu’il voulait. Quoi qu’il en soit, il retint sournoisement le caractère frustré des propos d’Alice qui aboutirent à un constat essentiel pour notre Alec révolté. Dragon était son ennemi à elle aussi. Dragon était leur ennemi. Pour faible preuve de solidarité, sa main fendit l’air avec une lenteur démesurée pour venir se glisser contre la hanche d’Alice, passant outre le tissu qui la couvrait. Son pouce indompté ne cessa de caresser lentement sa peau légèrement frissonnante, conséquence de la brise qui n’avait pas cessé de s’exprimer à son arrivée. Le Suédois sentit le corps entier de la jeune femme qui se mit à trembler ce qui l’effraya de quelques peu. Sa personne ne pouvait ainsi être atteinte par de simples phénomènes sans être épuisé. Il en conclut alors que la jeune femme était à bout. Son haleine chargée d’alcool et son regard souligné de cernes violacés lui revinrent en mémoire et il ne tarda pas à l’entourer de ses bras un peu trop brûlants pour lui transmettre un peu de sa propre chaleur corporelle. Quand le verre est rempli, il est temps de partager lui avait-on un jour dit. Ce n’était pas lui donner quelques secondes qui allait le tuer, surtout si cela lui revenait à elle.

▬ Ça te dirait de rentrer avec moi ce soir ? Je pourrai t’expliquer plus en détails… Et puis, on pourra parler. Il faut qu’on mette certaines choses au clair. Sérieusement, pour une fois. En plus, il caille dehors. Je te jure qu’il fait beaucoup plus chaud chez moi.  

Sa proposition tomba dans le vent et eut pour seule réponse.. un vent. Le démon tressaillit lorsque la proposition d’Alice fut formulée. La serrant davantage contre lui, il prit le temps de réfléchir sur ce que cela signifiait avant de lui répondre promptement. La suivre revenait à accepter de discuter. Discuter avec un ange, se rendre chez un ange. Quitter son quartier sombre pour gagner le sien illuminé et peuplé de ces êtres puants. Mais cela signifiait également aller mettre le pied dans son intimité. Avoir non seulement son adresse mais en plus passer une soirée avec elle. Et en plus, ce n’était pas lui qui avait forcé mais elle qui lui avait spontanément proposée. Le démon hésita une fraction de seconde. Dragon, va te faire foutre.

« On a carrément tout à mettre à plat toi et moi. »

Un petit sourire triste se dessina sur ses commissures, encore mélancoliques du baiser qu’elles avaient partagées.

« Tu n’as pas peur de m’amener chez toi ? Après tout, ce n’est pas comme si toi et moi étions des êtres pourvus de raisons et capables de se comporter de manière civilisée. Je pense que l’on se tape sur la tronche comme l’on se dit bonjour. Tu fais quoi si je me jette sur toi ma mignonne ? »

Embrassant son front, il finit par desserrer son étreinte et laisser ses bras retomber, pour s’emparer de la main droite d’une Alice paralysée. Son petit sourire de chat potté céda sa place à une risette plus assurée, plus pourvue en humanité et il s’empressa de se mettre en mouvement, retournant vers ce gymnase qui puait encore à plein nez de leur petit face à face. Il justifia leurs mains liées par une petite phrase simplement balancée par-dessus son épaule :

« Allez, n’aies crainte, je te ramène chez toi, Bella. »

Dépassant le pas de la porte, il ramena Alice à l’intérieur du complexe délicieusement chauffé pour tarir les petits frémissements qui s’emparaient d’elle régulièrement. Il la sentit se détendre sitôt que l’air réchauffé vint la caresser. Ne lâchant pas sa main pour un sou, il l’emmena à sa suite dans le vestiaire des hommes et d’une main, fourra tout son bordel dans son sac qu’il eut tôt fait de refermer d’un petit geste sec et déjà désintéressé, se tournant à nouveau vers celle qui l’accompagnait.

« Je suis prêt. On récupère tes affaires, et on y va ? »

Fort peu désireux de s’attarder en ces lieux, il focalisa son attention sur Alice pour ne pas se laisser enchâsser par les souvenirs forts peu glorieux qu’ils venaient de construire ensemble. Le démon voulait fuir ce lieu ou le sang de la jeune femme avait coulé, effacer la violence dont il avait pu la marquer, et recommencer à lui parler pour tout renouveler. Secouant la tête, il se reprocha de déjà y resonger alors qu’il ne l’avait même pas quitté, ce gymnase empesté.




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MessageSujet: Re: Eye of Tiger. Lun 20 Fév - 3:42

Alice Green Ft. Alec Hamilton





Eye of the Tiger




Les bras d’Alec se resserrent autour de toi et tu pousses un petit soupir d’aise. Tu voudrais pouvoir oublier tout le reste et demeurer ainsi contre lui à jamais. Tu aimerais que plus rien n’existe à part vous. Mais bien sûr, c’est impossible, il faut sans cesse affronter la réalité et ses obstacles. Le fait que vous ne soyez pas du même monde, que l’univers soit dirigé par des connards et que tout soit si compliqué. Et puis, tu ne connais rien de lui. Tu es folle à lier d’un homme dont tu ne sais absolument rien. Tu es vraiment pathétique. En plus de ça, tu l’invites carrément à venir chez toi. Tu mets aux oubliettes ta prudence et tes vœux envers les anges, tu bafoues les règles encore une fois pour lui. Comme si le côtoyer n’était pas déjà assez dangereux, tu veux faire rentrer le loup dans la bergerie.

Le démon semble hésiter un moment, pesant certainement le pour et le contre de son côté. Tu profites de ses tergiversations dans le silence de la soirée pour fermer les yeux et écouter simplement son cœur battre. Tu te sens terriblement bien ainsi blottie dans ses bras, malgré le froid et malgré vos récentes altercations, tu ne peux t’empêcher de ressentir cette extase d’être enfin accueillie contre son corps chaud avec une sorte de tendresse possessive. Son pouce trace des sillons sur ta hanche, passant outre le peu de tissu pour venir au contact de ta peau. A ce moment précis tu ne voudrais plus le quitter.

▬ On a carrément tout à mettre à plat toi et moi.

Tu souris à sa remarque. Il faudrait que vous commenciez par faire des présentations, reprendre tout à zéro comme des gens normaux. Mais non, tu aimes cette passion folle qui ne s’explique pas. Tu as bien sûr envie de le connaître néanmoins tu veux conserver cette étrange alchimie qui vous retient. Ne pas la briser par des formalités, des baisers au bout de trois rendez-vous et des joues qui rougissent. Tu as passé l’âge des enfantillages. Tu veux passer aux choses sérieuses et découvrir les mystères de ton démon. En apprendre plus sur lui en partant à l’aventure main dans la main.

▬ Tu n’as pas peur de m’amener chez toi ? Après tout, ce n’est pas comme si toi et moi étions des êtres pourvus de raisons et capables de se comporter de manière civilisée. Je pense que l’on se tape sur la tronche comme l’on se dit bonjour. Tu fais quoi si je me jette sur toi ma mignonne ?

Bien que le dernier qualificatif ne te plaise pas, cette menace implicite provoque en toi un petit frisson. En vérité, tu penses que tu ne te débattrais pas, au contraire. Mais ça, tu te gardes bien de le lui dire. Est-ce que tu as peur ? Non. Tu es fatiguée. Et excitée à l’idée de passer la soirée avec lui. Tu as envie de rattraper vos bourdes du belvédère, d’expliquer cette histoire de marque et essayer de mettre des mots sur ce que vous ressentez. Si vous devez en venir aux mains, tant pis. Tu es déterminée à faire venir cet homme sur ton territoire, en signe de cessation des hostilités. Tu hisses le drapeau blanc. Mais si violence il doit y avoir alors violence il y aura, tu ne peux rien y faire. Comme il le souligne si bien c’est dans votre nature.

Alec vient déposer un baiser sur ton front en reculant. Tu le lâches à contrecœur alors qu’il retrouve son sourire plein d’assurance qui te réconforte. Sa main vient se glisser dans la tienne et il t’entraîne à sa suite alors qu’il retourne vers le gymnase. Au bout de quelques pas, il lance quelques mots pour justifier ce soudain entrain et tu te sens presque revivre en retrouvant ton Alec taquin et enjoué.

▬ Allez, n’aies crainte, je te ramène chez toi, Bella.

▬ M’appelle pas comme ça, fais-tu en riant légèrement.

Vous arrivez à la porte et une fois à l’intérieur de la salle, la chaleur regagne ton corps tremblotant et tu te sens tout de suite mieux. Tout le monde est parti et vous êtes seuls à pénétrer une seconde fois dans l’arène. Mais Alec t’emmène à sa suite dans les vestiaires des hommes. Il ne daigne pas lâcher ta main alors qu’il ranger ses affaires à la hâte, comme si tu allais t’échapper. Tu le regardes faire en silence et une fois son sac fermé, il se tourne vers toi.

▬ Je suis prêt. On récupère tes affaires, et on y va ?

Il te regarde intensément, l’air impatient de quitter les lieux. Tu souris et t’approches lentement de lui pour venir déposer un baiser léger sur ses lèvres. Elles ne font que s’effleurer mais cela suffit pour éveiller ton désir et affoler tes sens. Tu te recules aussi vite comme si tu venais de te brûler. Ce n’est pas le moment de se laisser déconcentrer. Toute avance physique risque de faire craquer. Tu te reprends en toussotant. Tu lui décoches un grand sourire en acquiesçant.

▬ Okay ! Je vais les chercher, attend moi devant le comptoir, je reviens.

Tu laisses tes doigts quitter les siens avant de t’éloigner d’un pas rapide pour rejoindre les vestiaires des femmes de l’autre côté de la salle. Une fois à l’intérieur tu t’appuies contre le mur en fermant les yeux. Tu prends ta tête entre les mains. Ton cœur bat soudainement deux cents à l’heure. Des angoisses t’assaillent et tu luttes pour reprendre ton souffle. Tu déglutis en respirant profondément, essayant de recouvrer un certain contrôle.

Mais qu’est-ce que je fous exactement ? Si je laisse Alec rentrer chez moi c’est fini. A partir du moment où il aura franchi la porte je serai à lui. Définitivement. Je peux pas prétendre l’inviter spontanément et nier que c’était juste pour faire un Monopoly entre potes. Putain Alice ça n’a rien d’innocent. Il a parfaitement compris. Pourquoi accepter sinon ? Ce mec ne m’aime pas. Il me veut mais pas pour des sentiments et je le sais. Faut que j’arrête de croire au prince charmant ! Je croyais qu’on j’étais passé à autre chose. Je croyais que j’avais compris que ça n’existait pas. Mais c’est trop tard. Je me suis trop accrochée à lui, je peux pas laisser tomber. Et qu’est-ce que je vais faire ? Je vais pas annuler maintenant. Je peux pas me débarrasser de lui. En vérité j’en ai même pas envie. Merde à la fin ! Pourquoi je me pose autant de questions ? Si je veux que ce type vienne chez moi, il vient et puis c’est tout. En plus, il va peut-être rien se passer. On va peut-être juste parler. Ouais, c’est ça, on va simplement discuter. On va mettre les choses au clair. C’est tout.

Une fois calmée par ton déni temporaire de ton besoin ardent de ne faire qu’un avec Alec, tu te rues sur ton sac, tu y fourres tes affaires à la hâte, retires ton gilet pour enfiler un t-shirt à manches longues, remets ton gilet, passes ta veste en cuir, enlèves tes baskets pour enfiler tes bottes de moto, les mets dans ton sac que tu refermes et balances sur ton épaule. Tu récupères ton casque et tu sors de l’antre en éteignant la lumière. Alec est devant le comptoir. Tu te diriges d’un pas rapide vers les vestiaires des hommes pour vérifier qu’il a bien éteint en sortant et va enclencher l’interrupteur principal de l’autre côté de la salle. Un petit claquement se fait entendre et le gymnase sombre dans l’obscurité. Seule subsiste la petite lampe de bureau perchée devant le démon à l’entrée. Tu le rejoins en souriant pour déposer ton sac sur le tabouret qu’occupait Chelsey il y a encore quelques dizaines de minutes. Tu récupères les clefs que cette dernière a laissées comme convenu sur le comptoir. Une fois le gros trousseau en main, tu fais le tour des portes de sécurité pour les verrouiller et vérifier que tout est bien fermé. Une fois cette tâche accomplie, tu vas ouvrir un placard métallique derrière l’entrée où tu ranges toutes tes affaires. Tu y laisses un second casque de moto au cas où, si jamais tu as besoin de raccompagner quelqu’un chez lui par exemple. Tu refermes la porte qui pousse un grincement strident. Tu vas donner le casque à Alec et reprends ton sac.

▬ Pas que j’ai peur d’avoir un accident mais on va respecter les règles pour changer.

Vous sortez enfin du gymnase dont tu fermes le cadenas avant de laisser le trousseau dans la boîte aux lettres, vous avez chacun un double de la clé pour l’ouvrir. Tu avances vers ta moto, Alec sur tes talons. Avant qu’il ne puisse protester, tu l’informes immédiatement que c’est non négociable.

▬ C’est ma bécane, c’est moi qui conduis.

Tu rejettes tes cheveux en arrière et enfonces le casque noir sur ta tête. Une fois mis en place, tu sors tes mitaines de tes poches pour les enfiler et grimper sur l’engin. Tu invites Alec à monter à son tour d’un geste de la main. Il s’installe et s’agrippe à tes hanches. Nul doute qu’il en profite un peu. Tu fais rutiler le moteur avant de t’élancer le long de la route en direction de chez toi. A moitié consciente d’être en train de sceller ton destin dans les ténèbres.  

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